Le vélo en libre-service sera lancé officiellement à Londres dans trois jours. Ma collègue Mali Ilse Paquin en parle dans La Presse d’aujourd’hui (c’est d’ailleurs l’un des articles les plus lus sur Cyberpresse). Les 6000 vélos sont fabriqués à Chicoutimi, par Devinci, que j’ai eu la chance de visiter il y a deux semaines. Génial.
Mais pendant que le maire de Londres, Boris Johnson, rêve de faire de sa capitale une ville de vélo, des voix s’élèvent pour critiquer le fait que le nouveau service n’aura pas, comme le Vélib’ à Paris, le Vélo’V à Lyon ou le Bixi à Montréal, de véritable nom digne…de ce nom!
En effet, le vélo en libre-service de Londres portera le nom de son commanditaire, la banque Barclays, qui a déboursé 25 millions dans ce but. Ce sera le “Barclays Cycle Hire”. Plutôt moche, vous ne trouvez pas?
C’est comme si le Bixi s’appelait “Le vélo en libre-service Desjardins” ou “Le vélo en libre-service Banque Nationale”. Pas très vendeur. Parions que si le Bixi avait porté un tel nom, il n’aurait pas inspiré un rap au groupe montréalais Da Gryptions.
J’entends déjà d’ici les pragmatiques: “ben quoi, où est le mal? On a bien déjà un Centre Bell et un Colisée Pepsi? Pourquoi pas un service de vélo Laurentienne ou Banque Scotia, si ça nous permet d’économiser?” Et voilà repartie la chanson des “contribuables”!
Or, je ne suis pas du tout spécialiste en marketing, mais quelque chose me dit que de ne pas donner de véritable nom distinctif à un nouveau produit ou service n’est pas gagnant.
Justin McGuirk, chroniqueur au Guardian, signe aujourd’hui une chronique où il souligne le caractère unique de cette entente entre la Ville de Londres et Barclays. Non seulement le vélo en libre-service portera-t-il le nom de la banque, mais ce sera aussi le cas pour les fameuses soi-disant “autoroutes” pour vélo, une initiative dont nous avons déjà parlé sur ce blogue.
EXTRAIT: (en rappelant aux minutieux parmi vous que je ne suis pas traductrice!!!)
“Ce qui est nouveau, c’est que des centaines de kilomètres de la ville porteront la marque d’une corporation (…) Londres a maintenant l’honneur d’être le plus gros exemplaire de “corporate branding” ayant jamais existé. (…) On parle d’un maire qui vend le pavé sous nos roues, l’un des rares endroits qui est encore indiscutablement public. Qu’ils le réalisent ou non, à partir de maintenant, des milliers de cyclistes sont condamnés à rouler sur une publicité géante.”
Si les questions de publicité et d’envahissement de l’espace public par les marques de commerce vous interpellent, vous devez absolument lire la chronique de M. McGuirk. Comme il le mentionne “nous avons atteint un point où il semble que rien ne peut exister sans la présence d’un commanditaire privé”.
Croyez-moi, je n’ai rien contre les banques et autres grandes entreprises. Je ne suis pas du tout anti-capitaliste.
Mais il y a des limites. Et quand vient le temps de donner un nom à un nouveau service destiné à changer le visage du transport dans une ville, je préfère qu’il ne s’agisse pas du nom d’un commanditaire. Qu’en pensez-vous?
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