Je m’en voudrais de ne pas revenir sur cette histoire abracadabrante survenue cette semaine à Laval: une altercation entre un chauffeur d’autobus et deux cyclistes, dont le coureur Martin Rooseboom, qui a dégénéré en cas de rage au volant et en blessures.
Une histoire à la fois ridicule et triste dont il sera difficile de savoir la vérité du commencement et de la fin, comme dans le classique: “Hey! C’est lui qui a commencé!” des enfants qui se chicanent.
Qui a “commencé”? Les deux versions sont très contradictoires. ”Les cyclistes soutiennent que le chauffeur d’autobus de la Société de transport de Laval a volontairement foncé sur eux, mais ils reconnaissent qu’ils lui ont d’abord livré le fond de leur pensée, deux fois plutôt qu’une“, peut-on lire dans le Journal de Québec.
Ok. Disons qu’ils l’ont engueulé et insulté. Ça ne justifie pas que le chauffeur fonce sur eux et les blesse!
Il est très stressant, quand on est chauffeur (à ceux qui ne sont pas encore au courant, j’ai été chauffeur d’autobus urbain pendant sept ans), de se faire quotidiennement agresser verbalement. Mais quand on est professionnel, on doit apprendre à se faire une carapace et à ignorer les insultes. Et c’est loin d’être facile.
Toutefois, il arrive que certains ne soient pas capables de composer avec tous les irritants du métier et qu’à force d’accumuler de la frustration, ils perdent les pédales et posent des gestes stupides et dangereux. C’est ce qui semble s’être produit à Laval. Le chauffeur a vu rouge, il a pété les plombs. Je ne l’excuse pas, je constate les faits, du moins, ce que l’on en sait à la lumière des articles.
J’en ai vu des cas de chauffeurs qui pètent les plombs, mais pas aussi fort que ça! Moi-même ça m’est arrivé à la fin d’un quart de travail, à deux heures du matin. J’ai alors lancé une pile de dépliants à deux ados…mon action la plus violente en sept ans de carrière! Mais comme je me sentais coupable, je suis ensuite allée les reconduire presque à la porte de chez eux avec l’autobus avant de rentrer au garage, vous voyez le genre…on a jasé pendant le trajet.
Quant à cette histoire de menace de plainte contre le cycliste pour “agression armée avec un suçon”, c’est le boutte du boutte parmi toutes les niaiseries de chauffeurs d’autobus que j’ai entendues, et croyez-moi, j’en ai entendu beaucoup!
Je peux vous dire qu’il est vrai que certains d’entre eux, tout comme les automobilistes, n’aiment pas les vélos. Voici pourquoi: tu le dépasses, tu arrêtes à un arrêt pour faire monter des passagers, il te redépasse, tu le re-redépasses, il te re-re-redépasse…c’est sans fin! Une guerre des nerfs!
PETIT SONDAGE AUCUNEMENT SCIENTIFIQUE
Cyclistes, comment composez-vous avec un autobus qui circule sur la même artère que vous et dans la même direction?
A) je le dépasse à chaque fois qu’il s’arrête, il me redépasse et nous jouons à ce petit jeu pendant de longues minutes
B) je reste en arrière, je le suis de près et je respire ses douces émanations de diesel
C) j’attends un peu et je lui laisse prendre de l’avance pour ne plus être dérangé par lui
D) je change de rue et j’emprunte une voie parallèle.
E) J’engueule le chauffeur ou je fais tout pour le faire suer, ce sont des maudits syndiqués gâtés pourris et je paye leur salaire avec mes taxes!
F) Je roule sur le trottoir, accrochant au passage les usagers qui descendent aux arrêts en leur disant: tasse-toi matante!
F) Aucune de ces réponses. Précisez.
Ma réponse à moi? C ou D, selon les possibilités. Je n’aime pas rouler trop près d’un autobus.
AVERTISSEMENT: CETTE CONCLUSION NE PARLE PAS DE VÉLO (HON!)
Enfin, je pourrais vous en parler pendant des heures mais j’aimerais conclure avec une réflexion qui sort du sujet du vélo et des autobus pour se diriger vers l’importance d’avoir une carrière qu’on aime dans la vie. Il y a des emplois qui sont des cages dorées. Bien payés, syndiqués, avantages sociaux et tout le tralala. Des gens qui ne sont pas vraiment faits pour pratiquer ces métiers difficiles se laissent prendre au piège et entreprennent des carrières qui ne sont pas faites pour eux.
Avec les années, ils deviennent usés, amers, et ne savent plus quoi faire pour s’en sortir parce qu’ils ont des obligations: une famille, une hypothèque, des dettes à payer. Que faire? Et en plus, s’ils osent dire qu’ils sont tannés, il se font écoeurer par des envieux qui leur disent au moins une fois par jour: ben de quoi tu te plains? T’es rien qu’un maudit bébé gâté syndiqué gras-dur qui fait tout le temps la grève et bla-bla-blaaaaa…..
Par contre, je lis dans l’article que le chauffeur concerné fait ce travail depuis seulement dix-huit mois. Comme on dit, il n’est pas sorti du bois! Je pense qu’il serait mieux de se réorienter pendant qu’il en est encore temps! De toute façon, il sera peut-être suspendu…
Quel que soit votre métier, j’aimerais juste vous dire que même si c’est très difficile, c’est possible de changer de carrière.
N’attendez pas de péter les plombs.
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