Voilà déjà un an qu’est décédé Éric Cloutier dans un accident de la route. Si vous n’êtes pas de Louiseville ou si vous n’avez pas joué dans la Ligue de hockey senior de la Mauricie, il est probable que ce nom ne vous dise rien. Et pourtant, ce jeune homme a bien failli porter les couleurs des Cataractes.
J’ai eu le bonheur de le diriger il y a trois ans. Je me souviens de notre première rencontre, il pratiquait avec une équipe junior B! Évidemment, il était bien trop fort pour cette ligue – il avait joué dans le midget Espoir trois ans auparavant -et je l’avais invité à joindre l’équipe senior A que je dirigeais.
Malgré ses 18 ans, il a eu un impact immédiat à la ligne bleue. Robuste à souhait, une bonne première passe, de l’ardeur au travail, il s’est même permis d’inviter Anthony Quessy à jeter les gants durant une mêlée à ses premiers coups de patin! Or Quessy était peut-être le joueur le plus craint de la ligue à cette époque et il était devant ses partisans. Comme coach, j’étais content que Quessy passe son tour!
En revenant dans l’autobus, je me suis assis avec le «Clou». J’ai écouté son histoire, comment il avait perdu goût au hockey dans le midget Espoir et comment il l’avait retrouvé dans le senior! Je lui ai dit que sa place n’était pas avec nous, qu’il méritait de jouer à un niveau bien supérieur et il accepté que je le recommande à Éric Veilleux.
Le coach des Cataractes est venu le voir jouer le week-end suivant à Saint-Marc-des-Carrières. La situation était bizarre car les rôles étaient inversés. Cette fois, c’est Veilleux qui m’épiait derrière le banc. Le pire, c’est qu’on avait encaissé une terrible dégelée! Mais Veilleux avait lui aussi vu le potentiel de Cloutier et il l’avait invité à pratiquer avec son club.
Cloutier a participé à quelques séances d’entraînement de façon sporadique parce que son horaire au cégep était très chargé. Le congé des Fêtes s’en venant à grands pas, Veilleux l’a invité à terminer la saison avec les Cats. Le coeur de Cloutier était déchiré entre ses études et le hockey et il a finalement décidé de refuser l’offre. «J’espère que tu ne m’en veux pas», m’avait-il dit. «J’ai 19 ans, je sais bien que je ne ferai pas carrière au hockey. L’expérience me tente beaucoup mais je préfère rester concentré sur mes études, ça va super bien. Et puis j’aime ça, le senior.»
Fâché, moi? Voyons donc! Je l’ai plutôt félicité pour sa maturité! En plus, nos séries s’en venaient et j’avoue que je préférais aller à la guerre avec lui plutôt que sans lui.
Quand j’ai appris son décès il y a un an, j’ai eu un choc comme tous ses amis. Je me suis rendu à ses funérailles avec mon fidèle compagnon Pit Lapierre mais nous avons été incapables d’aller transmettre nos sympathies à ses parents tellement ils semblaient ébranlés. On ne devrait jamais avoir à enterrer nos enfants. Comme jeune père de famille, j’ose à peine imaginer l’ampleur du chagrin avec lequel ils doivent vivre.
Je m’étais toutefois promis de trouver une façon de leur témoigner mes condoléances dans le futur, d’une façon ou d’une autre. Voilà, c’est fait… RIP Éric Cloutier
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