Je me souviens de sa première journée comme si c’était hier. Il succédait à un monument, Monsieur Cataractes en personne, qui avait été viré la veille après une décennie de loyaux services. Intimidé de chausser les souliers de Denis Francoeur dans sa propre ville? Peut-être un peu, mais il ne l’a jamais laissé paraître en conférence de presse. Ni dans les jours qui ont suivi où il faisait tout ce qu’il pouvait pour assimiler le plus rapidement possible toute l’information disponible pour se mettre dans le bain.
Éric Veilleux n’a jamais eu peur du travail, sur la glace comme dans un bureau et il couché parmi les insectes à l’aréna Jacques-Plante pendant une couple de semaines pour maximiser ses journées et s’assurer que son apprentissage allait se faire le plus rapidement possible.
Sept années se sont écoulées depuis ce temps-là. Veilleux a traversé deux douloureuses reconstructions qui se sont terminées tout au haut de la pyamide. En 2009, il a perdu par un but au septième match de la grande finale de la LHJMQ dans un duel face aux Voltigeurs qui a marqué l’histoire de la LHJMQ. J’ai toujours trouvé insensées les personnes qui lui reprochaient cette défaite. UN but qui a fait la différence au terme de neuf mois de hockey, face à un club certes bâti différemment mais aussi puissant que le sien. Rendu là, c’est du pile ou face… exactement comme en finale du tournoi de la Coupe Memorial.
Avant le but en or d’Anton Zlobin, les Knights ont eu quelques chances de marquer mais ce soir-là, Dame Chance était de l’autre bord. En 2009, elle avait plutôt opté pour les Voltigeurs. Dans les deux cas, le travail du pilote qui est de soutirer le meilleur de ses hommes a été accompli. Ce fut d’ailleurs la marque de commerce des printemps d’Éric Veilleux à Shawinigan… à part cette élimination en deuxième ronde face aux Saguenéens il y a deux mois.
Difficile pour moi de dire ce qui s’est passé. Pourquoi Veilleux a échoué à ce moment-là? Peut-être parce qu’il avait besoin de plus de temps pour mettre à sa main une équipe où il y avait un paquet d’éléments qu’il n’avait pas élevés… Chose certaine, le mois qui a servi de pont entre cette humiliante défaite et le party de fin d’année de la Ligue canadienne lui a permis de réécrire le scénario de flop mémorial qui semblait être destiné à son club. Les Cataractes ont été préparés au couteau par un entraîneur qui naviguait pourtant en pleine tempête et tout ça s’est terminé par cette conquête attendue depuis quatre décennies.
Benoît Groulx m’a déjà dit qu’un entraîneur peut être bon une journée par année s’il lève la Coupe mais que dès le lendemain, il redevient un incompétent! Ce n’était pas ses mots exacts mais ça ressemblait pas mal à ça! Je doute pourtant que Veilleux ait fait l’unanimité même une petite minute après le but de Zlobin. Certains attribuent le mérite à Bob Hartley, d’autres diminuent l’impact du triomphe parce que les Cataractes étaient invités au bal de fin d’année en tant que club hôte…Il ne le dira jamais mais je suis sûr qu’il a trouvé difficile d’entendre ses détracteurs continuer de le visser après la victoire historique alors que tous les partisans auraient dû être en train de fêter…
Veilleux pouvait revenir avec les Cataractes, Mondou lui a offert un contrat de trois ans. Il a plutôt choisi de déménager sa petite famille à Baie-Comeau où le Drakkar s’est fait insistant depuis deux semaines. Il a fait le bon choix: il arrive dans une organisation où il est vraiment désiré, et il hérite d’un excellent club. Steve Ahern a tellement travaillé pour le persuader, il n’aura pas le choix maintenant de le laisser mener sa barque comme il l’entend.
Le Drakkar hérite d’un homme droit, fait d’un bloc. Il n’a jamais été le favori des journalistes car ça ne fait pas partie de sa philosophie de se donner en spectacle, mais je veux souligner sa disponibilité, dans les bonnes comme dans les mauvaises journées. Il était également généreux à micro fermé.
L’état-major et les partisans du Drakkar doivent profiter de son séjour là-bas car je ne suis pas convaincu qu’il va y rester bien longtemps, malgré le pacte de trois ans qu’il a signé en conférence de presse cet après-midi. Je pense en effet comme bien des gens du milieu qui sont convaincus que Veilleux aura sa chance chez les pros, tôt ou tard. D’ailleurs, c’est pas Guy Boucher qui avait paraphé une prolongation de contrat de plusieurs années avec les Voltigeurs, quelques semaines à peine avant d’accepter de diriger les Bulldogs d’Hamilton?
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