Notre journaliste Émilie Côté a quitté Tokyo. Elle rentrera quelques jours à Montréal avant de repartir pour l’Éthiopie, pour aller travailler pendant deux semaines dans un orphelinat d’Addis Abeba, la capitale. C’est si les vols pour l’Europe reprennent d’ici samedi…
ÉMILIE CÔTÉ
Ah que c’est toujours bizarre la dernière journée d’un voyage. C’est un double-sentiment: on est à la fois triste de partir, mais fébrile à l’idée de rentrer à la maison. Dans mon cas, ce ne sera qu’un touch and go à Montréal, comme on dit en bon français, mais j’en profiterai pour faire le plein de famille et d’amis… Et je ferai du lavage :)
C’est sans compter la rédaction des articles qui paraîtront dans le journal.
Mais je suis toujours à Tokyo au moment d’écrire ces lignes. Je m’apprête à prendre l’avion. Avant de m’envoler au-dessus du Pacifique, laissez-moi vous raconter ma dernière journée dans la mégapole japonaise.
Au programme hier: deux secteurs animés de Tokyo où je n’avais pas mis les pieds, soit Shinjuku et Ikebukuro.
La journée a mal commencé, mais je vous raconterai le très banal incident à la fin du message.
Shinjuku, donc. Shinjuku en quelques mots? D’abord la station de métro la plus fréquentée au monde, avec 3,6 millions de personnes qui y transitent chaque jour.

Shinjuku, c’est aussi le Park Hyatt Tokyo (où l’action du film Lost in Translation se déroule), mais surtout des grands magasins et de grands édifices qui appartiennent aux grandes compagnies japonaises.


Mais après quatre jours à Tokyo, les gratte-ciel et les grandes artères commerciales, c’est moins épatant… Je suis donc allée à Shinjuku pour voir le quartier chaud (le “red light“) et le quartier gai.
Le secteur des bars et des clubs XXX se nomme Kabukicho. Il est dans des ruelles derrière les grands édifices “importants” de Shinjuku.


Pas de doute, j’étais au bon endroit.


Imaginez tous ces néons qui brillent la nuit:


Dans le Lonely Planet, on dit que les “clubs d’hôtesses” et les “salons de massages” sont contrôlés par les yakuza, les “mafieux”. What’s new… Tant qu’à faire, précisez donc que les hôtels où on offre des tarifs de sieste ne sont pas recommandés :)
Ce qui m’a frappée, c’est plutôt la grande “offre” masculine:


Pas trop virils les gars..hein les filles? Contrairement à ce gorille !?!

Il faut savoir que je n’étais pas encore dans le quartier gai. En m’y rendant, j’ai cru entendre de la musique traditionnelle de Bali. Bien, je n’étais pas folle, ai-je constaté, en croisant cet hôtel. (Ah Bali, où je suis allée avant Tokyo…merci d’être entré dans ma vie!)

J’ai continué à marcher. Étais-je rendue dans le quartier gai? J’ai sorti ma carte pour vérifier. Mais en fouillant dans mon sac, j’ai vu ce DVD dans une vitrine. J’avais ma réponse.

Il n’y pas grand-chose à voir de jour. Mais on peut constater qu’il y en a pour tous les goûts. Dans cet édifice, on a le choix: les ours ou les athlètes?

J’ai su que j’aurais été admise dans ce bar:

Et que je manquerais cette soirée de drags au Advocates Bar, décrit par le Lonely Planet comme “un lieu de convivialité homo”. (Il me semble que ça fait tellement “1995″ l’expression “homo”… )

Bon, il se faisait tard et je voulais voir le quartier d’Ikebukuro de jour, situé à quelques stations de métro.
***
L’une des nombreuses sorties de métro où je suis sortie donnait sur un site en construction:

Je suis donc partie à droite et j’ai abouti dans une ruelle fascinante.

Il y avait un établissement où l’on vendait de l’alcool, mais qui était aussi un bar improvisé, fréquenté seulement par des hommes:

Il y avait aussi plusieurs salles de pachinko & slot…

Des gens viennent manifestement y décompresser après le travail en jouant et en enfilant des cigarettes (ce que ça puait la boucane là-dedans):

La ruelle débouchait sur l’une des artères principales d’Ikebukuro. La vue était beaucoup mieux ici:



J’ai croisé ces écoliers:

Recommandé par quelqu’un sur Twitter, le secteur d’Ikebukuro est certainement à visiter. C’est plus japonais, moins occidentalisé. Nous sommes davantage témoins de la vie quotidienne des Tokyoïtes.
J’ai par ailleurs mangé dans un excellent restaurant de sushis, où l’on était bien surpris de voir y entrer une touriste.

En sortant du restaurant, la nuit était tombée:

Je suis allée fouiner dans un magasin de disques…

…et en voyant cette boutique, je me suis dit: “Vivre la liberté assumée de Tokyo!”

Puis dans le métro, j’ai croisé l’acteur Christopher Walken déguisé en Japonais:

En j’en ai conclu que les hommes d’affaires japonais qui ont des lunettes des années 80 ont l’air plus importants:

***
Alors voilà, c’est déjà la fin des mes aventures japonaises. Ce qui m’a le plus frappée? La “droiture” des Japonais. Je m’explique…
Ils sont 500 à attendre à une intersection. Le feu est rouge et il n’y a pas l’ombre d’une voiture, mais personne n’emboîte le pas avant que la lumière tourne au vert.
Les gens respectent les règles et sont honnêtes. Pour eux, ce n’est pas pensable de jeter un papier de gomme par terre. Et si vous laissez un petit peu de pourboire, on vous le redonne! (Le pourboire n’est pas commun au Japon).
Je suis allée en Chine et je m’y suis sentie en très grande sécurité. Au Japon, encore plus… Mais comme me le soulignait une barmaid d’origine polonaise qui vit à Tokyo depuis cinq ans: “ils sont tellement riches, ils s’en foutent des 100$ dans vos poches.”
C’est bien vrai…ce qu’ils ont de l’argent et ce qu’ils magasinent les Tokyoïtes. Surtout les jeunes. Mais où prennent-ils leur argent? Et le dimanche à 22h, pourquoi traînent-ils encore dans les boutiques?
Mais je dois préciser que les Tokyoïtes n’incarnent pas la vie traditionnelle japonaise. On dit que les gens qui sont à Tokyo ont voulu fuir les lourdes obligations familiales traditionnelles japonaises. Cette image est très poétique, et il ne faut pas généraliser (je ne suis pas sortie de Tokyo), mais il est vrai que les Tokyoïtes dégagent l’impression qu’ils font ce qu’ils en ont bien envie et qu’ils n’ont besoin de personne.
Ils sont “autarciques”, comme me le soulignait un ami avant de partir. Ils font leurs trucs et n’ont pas besoin de faire parler d’eux. C’est un peu comme ça politiquement, non? Pourquoi nous connaissons bien les chefs d’États chinois, russe, etc., mais pas celui du Japon. Et le système politique japonais, comment fonctionne-t-il? Vous connaissez quelqu’un qui a pris un cours d’histoire du Japon à l’université?
Pas moi en tout cas…mais je compte bien faire du rattrapage.
J’ai bien hâte à mon retour à Montréal pour mettre la main sur l’édition hors-série du Courrier international intitulé Pop Japan. Je vous en reparlerai.
Mais la “droiture” des Japonais peut aussi avoir ses mauvais côtés pour un touriste de l’Amérique du Nord. Je vous disais au début de ce message que ma journée d’hier a mal commencé. Ce n’est rien, mais je vous raconte…
Je me suis rendue dans un centre d’entraînement très tôt en matinée pour courir (il était impossible de faire du jogging dans le coin achalandé de mon hôtel).
Il a fallu que je prenne le métro (les gyms sont très rares à Tokyo). Le premier Gold Gym (est-ce que ça existe encore chez nous?) que j’ai vu était fermé. Je me suis donc rendue à un deuxième. Pour m’entraîner seulement une fois, il fallait que je paye 30$ !?! J’étais prête à le faire (quand j’ai un plan dans la tête, il n’y a rien pour m’arrêter), mais la fille au comptoir ne voulait rien savoir (dixit RBO), car je n’avais pas mon passeport avec moi. J’étais rouge de rage. J’essayais de lui faire comprendre (gestes à l’appui) que ça faisait une heure que je cherchais un maudit gym d’ouvert, que c’était ma dernière journée, que je n’avais pas le temps de niaiser et que je voulais juste courir 45 minutes et m’en aller. Même un entraîneur a essayé de plaider en ma faveur.
Rien à faire.
-No, I’m sorry. I need your passport. It’s the rule.
Ah ben t… J’étais vraiment à bout de nerfs. Mais bon, je me suis calmée…valait mieux profiter de ma dernière journée à Tokyo après tout.
J’ai aussi dû me calmer quand j’ai retiré 300$ au lieu de 30$ avant d’aller au restaurant pour mon dernier repas.
Mais j’apprends beaucoup du bouquin que je lis dont je vous ai parlé, Eat, Pray & Love. En gros: on ne peut pas tout contrôler dans la vie. Surtout en voyage.
Parlez-en aux Québécois qui sont pris en Europe, ou pris à Montréal dans l’espoir de partir. Moi je ne suis pas encore revenue à Montréal, mais je passe par l’Europe pour aller en Afrique samedi.
Mais à quoi bon stresser sur quelque chose qu’on ne contrôle pas (ndlr: un volcan!).
Mon Dieu, je suis rendue aussi relax que Christian Bégin. “Vino”, comme dirait Marc Labrèche, en imitant le comédien qui porte un bracelet de cuir.
Allez, trêve de niaiseries.
Je vous dis à bientôt .
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