Le Blogue-Trotter

Archive de la catégorie ‘Éthiopie’

Jeudi 13 mai 2010 | Mise en ligne à 5h36 | Commenter Commentaires (6)

À une prochaine fois, chère Éthiopie

ÉMILIE CÔTÉ

Ça y est, je rentre ce soir à Montréal, après 18 jours passés en Éthiopie.

Je passerai à peine trois petites nuits à la maison avant de repartir pour l’Europe.

Au moment d’écrire ces lignes, je suis devant un lac, dans un village nommé Debre Zeit, situé pas très loin d’Addis-Abeba. Je recharge mes batteries.

Je suis dans le grand luxe africain. J’en suis presque mal à l’aise. Je suis au Kuriftu Resort, dont le décor naturel est magnifique.

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J’y suis allée en autobus. Debra Zeit est situé à 45 kilomètres d’Addis-Abeba, donc à environ une heure et demie de route (avec  les nombreux arrêts).

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J’aurais aimé profiter davantage de mon escapade en dehors de la ville… J’ai eu une montée de fièvre suivi d’un gros rhume peu après mon arrivée. Comme tout le monde, je tombe souvent malade quand mon corps relâche.

Il faut dire que ma dernière journée à l’orphelinat, en début de semaine, a été difficile, se terminant dans les larmes.

Daniel, le petit garçon dont je vous parlais précédemment, ne voulait pas que je parte. C’était déchirant de le voir pleurer mon départ…

C’est ça faire un voyage solidaire ou humanitaire, et non faire un voyage de groupe dans une destination touristique, où tout le monde retourne chez soi quand c’est fini.

Je pars, mais l’orphelinat reste, avec ses employés qui gagnent moins que rien pour tout ce qu’ils font avec dévouement. Et que dire des enfants, pour la plupart trop jeunes pour comprendre qu’ils sont sans parents. Certains grandiront dans des pays occidentaux, à la grande tristesse du personnel de l’orphelinat, pour qui l’adoption est le dernier choix.

Les autres resteront à la charge de l’ONG qui gère l’orphelinat. À cinq ans, ils seront transférés dans l’orphelinat des plus vieux. Peut-être qu’un jour, l’ONG aura les sous pour bâtir son “village”  pour enfants sans parents. Un projet de ”grande maison” permanente, dont l’ONG serait la propriétaire et non la locataire.

Mais pour l’instant, l’ONG a besoin des revenus engendrés par l’adoption internationale.

J’ai aussi dû dire au revoir à ma famille d’accueil. Je leur dis un grand merci. Ce n’est pas un hôtel qui m’aurait fait vivre la culture éthiopienne comme Aster, son mari et ses enfants me l’ont fait vivre. Merci pour les belles conversations et les réponses éclairées à mes nombreuses questions.

J’ai aussi quitté Heidi, cette « colocataire » et « covolontaire ” avec qui je croyais n’avoir aucun point en commun. J’ai plutôt découvert une personne qui, je pense, cache un lourd secret. Heidi ne parle plus à ses parents, ni à ses frères et sœurs. Je ne sais pas ce qu’elle a vécu ou ce qui s’est passé, mais je suis persuadée que cela a été éprouvant.

Heidi dit devoir se forcer pour sortir de la maison, sauf pour faire des voyages humanitaires en Afrique… Il doit y avoir quelque chose qu’elle vient chercher ici, quelque chose qui la grounde

***

Alors voilà, je te dis à une prochaine fois, chère Éthiopie. Merci pour tout, merci pour la belle expérience remuante.

***

Et à mon petit Daniel, j’espère que le Dieu de la croix que tu portes dans ton cou prendra soin de toi comme tu prends soin des autres.

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Mercredi 12 mai 2010 | Mise en ligne à 9h50 | Commenter Commentaires (4)

Observations et réflexions “addis-abebiennes”: suite

Notre journaliste Émilie Côté est à Addis-Abeba, la capitale de l’Éthiopie. Elle fait un voyage dit “solidaire” avec l’organisme Projects Abroad. Elle vit dans une famille et apportera de l’aide pendant deux semaines dans un orphelinat.

ÉMILIE CÔTÉ

Tel que je l’ai fait la semaine dernière, voici quelques impressions ressenties par rapport à certains traits de la société et culture éthiopiennes.

La politique

Les élections éthiopiennes auront lieu le 23 mai. Les Éthiopiens s’attendent à ce que le parti au pouvoir depuis 1991 soit réélu pour un autre mandat. J’ai vraiment entendu des choses épouvantables par rapport à ce gouvernement corrompu, dont les politiques et décisions ne profitent qu’à une poignée de gens, m’a-t-on dit. Pour avoir un bon emploi, pour pouvoir se payer l’université, pour faire de l’argent, il faut être l’ami du parti et non avoir un bon curriculum vitae. La vie est également plus facile pour les Éthiopiens qui sont du même groupe ethnique que le parti au pouvoir. Le gouvernement contrôle et possède les médias et les télécommunications. Les blogues sont interdits, par exemple. Comme me l’ont dit beaucoup de gens ici, « c’est une fausse démocratie ». Beaucoup de dissidents du parti au pouvoir sont aussi retrouvés morts.

Les autorités éthiopiennes et l’Union Européenne (UE) ont néanmoins signé un accord pour encadrer une mission d’observation des élections. Voir un article sur le sujet ici.

La vie nocturne

Vous devriez voir le nombre de bars qu’il y a ici. Samedi soir, nous sommes sortis dans un « vrai » bar d’Addis et non un bar d’expats. C’est impressionnant de voir à quel point les gens ont le sens de la fête…pas dans le sens de débauche, mais dans l’esprit de décrocher, de juste profiter du moment présent. Les gens dansent et chantent, oublient leur quotidien le temps d’une soirée.

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Il y a une importante communauté de Chinois à Addis-Abeba. Pour la plupart, ils sont ici pour la construction d’édifices et de routes. L’une des infirmières de l’orphelinat parle de l’Ethiochina, et des Éthio-chinois, soit ces petits bébés noirs dont il ne reste que du père que les traits asiatiques.

L’éducation sexuelle, la religion

Le sida a beau faire des ravages en Afrique et en Éthiopie, beaucoup de gens pensent que c’est dans les mains de Dieu. J’ai été vraiment surprise d’entendre les employés de Projects Abroad me dire que l’eau bénite d’une église en haut des montagnes d’Addis-Abeba peut soigner les gens du sida. « Les gens viennent de l’Europe pour cette eau bénite, m’a assuré Weini. Et après, leur test est négatif. Je te le dis ! »

À l’orphelinat, beaucoup des « gardiennes » viennent de la campagne et sont peu éduquées. Quelques-unes ont donné leur bébé à un orphelinat…mais elles sont contre l’adoption internationale.

Le gouvernement a beau offrir gratuitement différents moyens de contraceptions (pilule anticonceptionnelle, condoms), c’est de l’éducation sexuelle dont les gens ont besoin. Mais encore là, ce n’est pas aussi simple que ça. Il y a aussi l’alcoolisme et les viols qui sont un grave problème.

La notion de loisir

Les gardiennes de l’orphelinat gagnent entre 8$ et 15$ par mois, selon leur ancienneté. Elles vivent à l’orphelinat, y sont logées et nourries, mais elles n’ont qu’une seule journée de congé par mois.

La plupart viennent de la campagne et envoient une grande partie de leur salaire à leurs parents.

Elles dorment entassées dans des petites chambres. Pratiquement à tous les repas, elles mangent des injera, le plat traditionnel éthiopien.

Je les admire. Personnellement, vers 16h, je commence à avoir hâte de sortir de l’orphelinat. J’adore m’occuper des enfants, mais on bouge et on se déplace peu durant la journée, nous sommes toujours dans les mêmes pièces…À un moment donné, j’ai besoin de marcher, j’ai besoin d’air.

Les gardiennes ne sortent pratiquement jamais de l’orphelinat… c’est leur vie. Quand l’une part et revient avec une lettre, par exemple, tout le monde est excité. Il y a quelque chose à raconter, une nouveauté.

Je me rends compte à quel point pour elles, la notion de loisir n’existe à peu près pas.

Même chose pour ce qui est de la nourriture. Pour nous, cuisiner, aller au marché, même penser à ce qu’on va manger est un loisir.

« Pas de pizza ce soir, dit-on à une amie qui nous invite au restaurant, j’en ai mangé avant-hier. »

Bien ici, la plupart des gens mangent la même chose tous les jours, et même plusieurs fois par jour.

Je vous dis tout ça, mais les gardiennes de l’orphelinat ne sont pas malheureuses de leur sort pour autant. Ce sont des bonheurs tout simples qui les font sourire : une chanson de leur coin de pays à la radio, l’une qui essaie les vêtements de l’autre, ou des bananes que j’apporte pour tout le monde un matin.

Bref, le bonheur, c’est bien relatif.

L’homosexualité

L’homosexualité est interdite en Éthiopie. Dans les guides de voyage, on conseille même aux voyageurs de ne pas aborder le sujet. La semaine dernière, à l’orphelinat, quand le coordonnateur a parlé avec effroi de parents gais qui adoptaient des enfants, je n’ai pu m’empêcher d’aborder la question (à la défense de mes nombreux amis gais et lesbiennes).

J’essayais d’expliquer à Ficsum qu’il y a probablement sensiblement le même pourcentage d’homosexuels au sein de la population éthiopienne que dans les pays occidentaux. Il ne voulait rien entendre.  Pour lui, c’est inimaginable. Il m’a raconté s’être fait « cruiser » l’autre jour dans un bar où il avait l’habitude d’aller. « Je n’y mettrai plus jamais les pieds », a-t-il dit. L’une des infirmières était de son avis. Après notre conversation, elle a fait un signe de croix en lançant « Jesus », et elle est sortie de la salle en coup de vent.

Cette réaction aussi forte surprend, surtout que plusieurs hommes se donnent la main dans la rue ou s’assoient l’un contre l’autre tel un couple.

Ficsum a beau voir des gais dans les films américains, il croit que l’homosexualité n’existe pratiquement pas en Éthiopie…sauf peut-être pour quelques désaxés.

« Il n’y en a pas », tranche-t-il.

J’ai essayé de lui dire que beaucoup de gens le sont sans doute secrètement, que ce n’est pas un choix mais un “état”, mais j’ai fini par lâcher le morceau.

***

Alors voilà, je vous dis à bientôt.

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Mardi 11 mai 2010 | Mise en ligne à 2h29 | Commenter Aucun commentaire

Dernier weekend à Addis

ÉMILIE CÔTÉ

Je repars jeudi, donc c’était malheureusement mon dernier weekend à Addis-Abeba. Le temps était plutôt incertain (la saison des pluies commencera plus tôt qu’à l’habitude, dit-on ici), mais j’ai passé du très bon temps.

Vendredi soir (c’était le quatrième soir de suite sans électricité à la maison), je suis allée dans l’un des meilleurs restaurants d’Addis-Abeba, le Serenade. C’était délicieux… Je dirais que l’on y sert de la cuisine « africaine-méditérannéenne-fusion », dans un superbe décor.

J’ai mangé une entrée avec concombre et saumon fumé (avec de l’huile de l’olive !), puis un poisson d’un lac éthiopien, accompagné de légumes et de couscous… Mon estomac était vraiment content.

Samedi matin, je me suis baladée dans un secteur d’Addis qu’on appelle la Piazza (la « Place »), vestige de l’occupation italienne de 1936 à 1941.

J’ai d’abord pris un macchiato (plutôt deux) dans LA place que tous les guides de voyage recommandent pour le meilleur café en ville, le Tomoca, où l’on sent, dès qu’on y met les pieds, les grains qui sont grillés sur place.

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L’endroit, surtout fréquenté par des hommes qui jasent et qui lisent le journal,  est vraiment charmant avec son décor et ses machines à café d’époque.

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Je n’avais pas déjeuné donc j’ai mangé un genre de beigne comme j’en avais vu souvent depuis mon arrivée à Addis. C’était bon et beaucoup moins sucré que nos beignes à nous.

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Je suis ensuite allée fouiner dans la librairie située juste à côté du Tomoca.

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Il m’a fallu marcher vingt minutes pour me rendre au Merkato, l’immense marché d’Addis. C’était un peu téméraire de ma part d’y aller seule et d’y prendre des photos (je vous rappelle que sortir sa caméra en public n’est pas toujours bien vu ici), mais tout a bien été.

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Il faisait super beau, rendant la vue impressionnante, d’autant plus que le marché est situé en haut d’une côte.

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Sur le chemin du retour, je suis passée devant le monument Yekatit 12, qui rend hommage aux milliers d’Éthiopiens tués par les Italiens le 19 février 1937. L’histoire veut que deux jeunes Éthiopiens aient tenté bien maladroitement d’assassiner le chef de l’armée, qui a riposté par un massacre.

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En après-midi, j’avais rendez-vous au cinéma avec Metasabia, l’une des infirmières de l’orphelinat,  et Heidi, ma « colocataire ». Metasabia raffole des films américains… Elle avait déjà vu The Back-up Plan avec Jennifer Lopez donc nous sommes allés voir Iron Man 2. Un peu surréel de voir un gros film d’action en Éthiopie, mais j’ai bien apprécié le film dans son genre.

Le mari de Metasabia est un consultant en construction et un importateur de meubles. Il était parti pour quelques jours au Soudan.

Metasabia nous a invitées chez elle après le film. Sa maison, située en quelque sorte en banlieue d’Addis, est comme chez nous… C’est un petit bungalow qui fait plutôt « américain ».

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La vue au loin:

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Le mari de Metasabia fait pas mal d’argent. Le couple a une gardienne qui s’occupe des enfants. Metasabia travaille avant tout pour son amour du métier et non pour son salaire. Si elle veut garder son permis d’infirmière, elle ne peut cesser de pratiquer pendant plus de six mois.

La voici avec ses deux enfants.

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Ensuite, Heidi et moi avions rendez-vous avec Sammy et Weini de Projects Abroad. Nous sommes sortis dans un bar appelé Roha. Un bar typique d’Addis, pas un bar d’expats.

Nous avons eu bien du plaisir.

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***

Dimanche, il pleuvait donc j’ai décidé de repousser à un autre jour mon plan d’aller en haut des montagnes qui surplombent Addis-Abeba. J’en ai profité pour travailler et organiser les deux jours où je serai partie à l’extérieur de la capitale cette semaine.

Je passerai deux jours à Debra Zeit, un village où il y a plusieurs lacs.

Demain, c’est donc ma dernière journée à l’orphelinat.

Ce sera triste.

***

Demain, je mettrai en ligne un deuxième message avec des impressions et des observations sur la culture éthiopienne.

Et vous aurez ensuite des nouvelles à mon retour de Debra Zeit.

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