Le Blogue-Trotter

Archive de la catégorie ‘Éric Clément’

Mercredi 7 avril 2010 | Mise en ligne à 11h22 | Commenter Commentaires (3)

Terminus à San José

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L’église de San José de Chiquitos (Bolivie)

ÉRIC CLÉMENT

Nous sommes arrivés à San José de Chiquitos de nuit et j’ai tout de suite senti que j’aimerais cet endroit. D’abord, la route, nouvellement refaite mais non complétée à l’entrée du village, nous réservait une surprise. Elle était bouchée par un gros tas de terre et de cailloux.

Même quand on est un peu éreinté par le voyage, les villes qu’on préfère, ou plutôt qui nous marquent, sont parfois celles qui ne se pénètrent pas facilement. Qui se laissent désirer. Qui ne révèlent pas tout, tout de suite. Laissant traîner une part de mystère. Qui nécessitent des détours. Du temps. De la patience. Du doigté. De l’attention. De douces intentions. Des petits bonheurs d’abnégation.

Jérôme, ex-ingénieur (peut-on s’en défaire?) devenu aventurier puis, depuis un an et demi, maçon, menuisier, électricien, plombier, bâtisseur d’hôtel, et finalement guide, conduisait l’auto.  Il a contourné le bouchon de terre. En disant “merde”. Le soufflé de Sophie allait peut-être retomber.

Mais la route me réservait une autre surprise. Sans prévenir, les cols bleus du village avait, plus loin, placé quelques pierres en travers de la voie de droite nouvellement pavée pour nous obliger à passer sur l’autre voie. Sans panneau. Sans lumière. Rien. On aurait pu foncer dans ces pierres…

“Oh, ça fait un moment que c’est comme ça”, a dit Jérôme.

Je me sentais chez moi. Une route pas terminée. Des ornières un peu partout et là, des pierres oubliées… Il y avait donc aussi en Bolivie des employés de la construction, des cols bleus ou des édiles municipaux qui s’en foutaient.

En plus, arriver de nuit a une part de magie. C’est le peu de lumière qui fait ressortir l’essentiel. Ici, l’hôpital (tiens, une grande ville ?). Ici, une école. Et soudain, l’Hotel Villa Chiquitana dont on ne voyait distinctement que le logo, sur un mur blanc de l’entrée.

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C’est là que mon guide et sa conjointe Sophie ont bâti un hôtel qui sera inauguré lundi. Tout une aventure. Deux Français, deux professionnels, qui partent durant trois ans faire le tour du monde en scooter. Va, faut bien que jeunesse se passe. Quand ils rentreront, ils reprendront leur vie “d’avant”.

Eh bien non, ils ont laissé leurs boulots bien rémunérés. Ils ont pris leur  Swanne, à peine née, et sont partis se construire une Villa Chiquitana en Bolivie, dans la partie la plus méconnue du pays, l’Oriente, où je n’ai rencontré que quatre touristes en huit jours alors que dans l’ouest bolivien, ça fait la queue 12 mois par année pour visiter Potosí, Sucre, La Paz ou le Titicaca…

C’est qu’ils ont compris le potentiel de cette région pour leur propre bien-être: un coin calme, beau, simple et rempli de soleil. Une région sans grands hôtels, sans autobus remplis de touristes, sans internet ou presque et quasiment sans télévision.

Une région, par contre, où ce sont les gens que l’on visite, les gens qui jouent du violon, qui bichonnent leurs églises, qui prennent soin de leur nature (ou presque: le recyclage n’existe pas encore là-bas ni les 3 R!), enfin des gens qui aiment leur histoire et s’en souviennent.

C’est maintenant que j’ai quitté San José de Chiquitos que je comprends aussi pourquoi Sophie et Jérôme, mais aussi le guide-restaurateur Pierre Martinez, ont choisi cet endroit.

C’est parce qu’on y boit la meilleure chicha d’Amazonie, pardi !

Et ce n’est pas Pitagoras qui va me contredire. Pitagoras, le sympathique vendeur de chicha de la Plaza 26 de Febrero dont on voit la photo partout, dans les guides, dans les journaux, dans les documents touristiques boliviens. Il est connu comme le loup blanc et le carré de l’hypoténuse.

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Faut dire que sa chicha (le verre à droite sur la photo), faite d’arachides broyées, d’eau, de clous de girofle, de cannelle et sûrement de bien d’autres choses, est délicieuse. Il la sert très fraîche, ce qui est assez étonnant quand on constate qu’il n’a pas de frigo près de sa table en bambous.

Et en plus, pour en avoir bu plusieurs fois de sa chicha, elle ne donne pas envie de courir toujours au même endroit plusieurs fois par heure, comme cela m’est arrivé à Marrakech en février…

Et puis, Pitagoras peut bien être le symbole de ce village. Il est beau. Il est beau de cette façon de vous souhaiter la bienvenue, beau de ce sourire qu’il a collé sous la moustache, un sourire qui rafraîchit encore plus que sa chicha qu’il échange contre un petit boliviano, soit 1/7ème de dollar. Faites le calcul, ça doit pas faire grand chose. Surtout pour un sourire et une chicha divine.

Ceci dit, à deux pas de Pitagoras, s’élève, vous l’aurez deviné, l’église du village qui date du milieu du 18ème siècle. Contrairement aux autres des missions jésuitiques, elle est en pierres.

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Ce qui fait aussi son originalité, ce sont ses trois façades et sa tour alignées face à la Plaza, ce qui fait de belles photos souvenirs:

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Mais ce qui en constitue sa richesse, ce sont ses peintures intérieures que des experts espagnols dévoilent et étudient encore dans des pièces qui étaient à l’origine des ateliers de sculptures sur bois ou de tissage, des salles de catéchisme ou d’enseignement scolaire.

L’église de San José de Chiquitos est la dernière des églises des missions à être rénovée.

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Et ces peintures précieuses, tous les touristes ne les voient pas. Il n’y a pas de visite organisée. Il faut le savoir et demander la clé. Il faut en fait être avec Pierre Martinez,  que tout le monde connaît dans le village car il est le patron du restaurant Sabor y Arte (où l’on mange d’excellents raviolis aux feuilles de coca).

Le nom de son resto dit tout. Pierre aime l’art et les raviolis.

Alors, Pierre (mais aussi Sophie) nous ont fait visiter les salles de l’édifice religieux (j’aurais envie de dire leurs salles, tellement ils aiment cet endroit) où des peintures ont été soit découvertes (dans les deux sens du terme) soit restaurées. Et ces peintures, que l’on nous a exceptionnellement autorisé à photographier (sans flash bien sûr), sont aussi diversifiées qu’intéressantes du point de vue historique et sociologique.

On y voit, par exemple, une peinture datant de 1810, représentant des soldats napoléoniens, ce qui redonne du crédit au fait que la couronne de France, avec les Bourbons, a établi, à un moment donné, son autorité dans cette partie du monde:

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Sur la photo suivante, on voit le plan de la “réduction”, soit le village jésuite de l’époque, dessiné sur le mur, un dessin qui daterait de la période juste avant l’expulsion des Jésuites de Bolivie par les autorités espagnoles, en 1767. On y voit l’église et les maisons alignées des paroissiens. La structure du village n’a guère changé.

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Les Jésuites avaient aussi permis des dessins issus de la culture locale. “Il y a eu un pas fait de chaque côté”, dit Pierre Martinez.

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La tradition de vénérer le corps de la femme, comme on l’a vu aussi dans différents bois sculptés, s’est donc transmise dans l’enceinte même de la sphère religieuse.

Et aujourd’hui encore, sur la route qui mène à la piscine municipale de San José, deux baigneuses dans le plus simple appareil s’offrent à la vue des passants de part et d’autre de la chaussée:

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L’influence de l’église est encore très présente à San José de Chiquitos. Les enfants du village vont notamment dans un collège mariste ou un collège franciscain.

Le prêtre de l’église du village est autrichien. Les prêtres sont d’ailleurs souvent des étrangers ici. À Santa Ana, il est brésilien. L’archevêque de San Ignacio est allemand. San Rafael a un père italien et le curé de San Javier est polonais.

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À noter enfin qu’en face de l’église, un très bel arbre toborochi semble avoir l’âge vénérable des peintures:

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À l’intérieur de l’église, les dorures sont omniprésentes mais la finition n’est pas celle qu’on a appréciée à Concepción ou à San Javier.

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Le confessionnal est aussi d’une grande simplicité…

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…et finalement moins baroque que la cabine téléphonique de la place.

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…autour de laquelle des motos circulent en permanence toute la journée, à deux, à trois, voire même à quatre passagers.

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A 3h30 du matin, après un repas d’adieu, mes hôtes m’ont raccompagné à la gare de San José pour prendre le train à destination de Santa Cruz où je suis arrivé six heures et quelques courbatures plus tard.

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Là, s’est achevé mon périple dans l’Oriente bolivien. Un voyage fascinant, à petit prix, distrayant, sportif et culturel. Du bonheur sous le soleil.

Là, s’achève aujourd’hui mes écritures sur ce blogue-trotter de Cyberpresse, écritures débutées le 20 décembre dernier. C’était tout un travail à réaliser et en même temps un plaisir véritable de maintenir ce lien avec les internautes qui partagent mon goût du voyage. Je vous souhaite plein d’aventures. Et restez branchés, ma collègue Émilie Côté prend le relais…

Bon vent !

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Mercredi 7 avril 2010 | Mise en ligne à 0h19 | Commenter Commentaires (6)

Verte et sauvage Chiquitanie

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ÉRIC CLÉMENT

En Chiquitanie, il y a les missions jésuitiques, les églises et la musique baroque mais il y a aussi tout un univers naturel exceptionnel. La forêt amazonienne n’est jamais loin des pistes.

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Dans ces conditions, il est toujours étonnant de trouver une cabine téléphonique au bord de la forêt.

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Mais fonctionne-t-elle ?

Ou bien une piscine en pleine forêt, comme à San José de Chiquitos:

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J’ai ressenti cette ambiance quasi brésilienne, la frontière n’est pas très loin, lorsque je suis allé à Aguas Calientes, avec mon guide Pierre Martinez. Aguas Calientes est un village de la province de Santa Cruz, à environ 200 km de la ville brésilienne de Corumbá et tout près du village de Roboré.

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Il s’agit d’un site de sources thermales assez chaudes (au-delà de 40 degrés). Quand on se place au niveau de la source, on est tiré vers le bas. Assez particulier. Le routard français Maxime s’est prêté à l’expérience:

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Une autre activité passionnante aura été la visite du site d’El Portón, non loin du village de Chochis. Il s’agit d’un piton rocheux situé tout proche d’une falaise:

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À la base du piton a été construit un sanctuaire en mémoire des habitants du village d’El Portón décédés lors d’une soudaine éruption volcanique en 1979.

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L’endroit est à la fois un lieu de recueillement et un site artistique. Il y a en effet un grand nombre de bois sculptés. Ici, une colonne:

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Là, la porte d’entrée de la chapelle:

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L’arbre de vie qui forme l’axe central de la chapelle est, lui aussi, entièrement sculpté et l’a été, sur place, peut-on dire en quelque sorte “in vivo” ?

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Les messes sont données en plein air et la croix du Christ, sculptée dans un tronc, est exceptionnelle: Jésus est un Chiquitanos…

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Il y a aussi des peintures:

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Et des sculptures qu’on ne verrait pas à Rome…

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Il y a aussi des escaliers assez originaux:

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On peut grimper à la base d’El Portón (prendre de bons souliers):

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Et de là, on a une vue superbe sur l’immensité verte qui se prolonge, au loin, au Paraguay:

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Nous nous sommes ensuite rendus à Santiago de Chiquitos où nous avons rencontré une délégation chargée de nous présenter leur village: Mary Luz Pacheco (à gauche sur la photo ci-dessous), architecte et propriétaire de l’Hotel Beula, Milton Whittaker, éleveur et fromager quaker d’origine américaine, en Bolivie depuis plus de 40 ans (à droite) et (absents de la photo), Filomena Vargasfrias (chargée de la culture au village) et un représentant politique.

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Avant même de présenter les caractéristiques touristiques de leur village, ils se sont plaints de leur isolement financier et politique (Santiago n’est pas assez peuplé pour former une commune et dépend donc de Roboré) et du manque d’aide de la part du gouvernement central de La Paz, malgré le potentiel évident que représente ce coin de la Bolivie pour le tourisme.

Ils ont dit vouloir développer des activités touristiques dans le village, avoir besoin d’une meilleure distribution de l’eau potable (un problème dans plusieurs villages) et souhaiter contrôler un peu mieux leurs ressources naturelles (les compagnies minières, notamment canadiennes, semblent avoir le champ libre dans la province de Santa Cruz, riche en gaz, pétrole et métaux).

Ils ont déjà un sacré patrimoine, étant le seul village situé au sein du parc du Bosque Seco Chiquitano, une réserve naturelle de 20 millions d’hectares dont nous avons dans un premier temps visité le Centre d’interprétation avant d’aller nous balader, avec le guide Santiago Etcheverry Méndez, jusqu’au Mirador, un point de vue assez formidable donnant sur la vallée de Tucavaca. Je vous laisse regarder les photographies. J’espère qu’elles sont suffisamment parlantes:

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La forêt à perte de vue, avec le Brésil au loin:

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Après  cette balade, nous nous sommes promenés dans le village, pas très animé, les gens n’ayant pas encore le réflexe de présenter et vendre leurs produits. Il n’y a pas de boutiques, même si on produits plusieurs objets artisanaux.

On est vraiment dans une région où le tourisme n’est pas encore très développé car les gens n’en ont jamais vraiment eu besoin, contrairement à l’Altiplano andin où les conditions climatiques et le relief ne fournissent pas les ressources de vie dont dispose la population de l’Oriente bolivien.

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La nuit, tout est calme assez tôt à Santiago de Chiquitos (il n’y a aucune activité, aucun bar). On profite du ciel étoilé, magnifique car il y a peu de pollution lumineuse, et on se couche tôt pour profiter du petit matin. La vie s’anime dès 7h. Les enfants vont à l’école très tôt. On les voit déambuler tranquillement près de l’église et de la place du village:

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Voici la cour intérieure de l’Hotel Beula, où j’ai bu de délicieux jus d’acerola, de goyave et de tamarin:

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Le village nous a aussi organisé un petit concert dans l’église pour nous présenter le travail de la trentaine d’élèves de l’école de musique, dont une vingtaine de choristes:

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Le  concert était une sorte de répétition en attendant leur participation au 8ème Festival international de musique baroque. Ils ont interprété des oeuvres connues comme une notamment du maître du baroque Telemann mais aussi des oeuvres originales boliviennes.

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C’est une Américaine mennonite qui dirigeait l’orchestre. Bénévolement. L’école est à la recherche d’un professeur de musique. Et comme bien des villages de la Chiquitanie, elle manque d’instruments de qualité. Avis aux âmes charitables…

Après ce texte, je finirai mon périple par San José de Chiquitos, le village principal de la Chiquitanie (hormis Santa Cruz bien sûr), duquel je suis parti pour aller prendre mon avion de retour. À regret.

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Mardi 6 avril 2010 | Mise en ligne à 16h26 | Commenter Commentaires (7)

Les Mennonites de la Chiquitanie

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ÉRIC CLÉMENT

Nous nous sommes arrêtés au péage. Mon guide, Jérôme Maurice, est descendu de la voiture pour aller régler le coût du trajet. Nous nous dirigions vers les colonies de Mennonites situées entre San Ignacio et San José de Chiquitos.

Un homme en salopette et portant un chapeau de paille attendait près du péage. Il nous a demandé de l’embarquer pour le ramener chez lui, dans une de ces colonies mennonites.

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Blond aux yeux bleus, la peau bronzée, Johan Wieler était à l’aise dans la voiture. Il avait visiblement l’habitude de parler à des “étrangers”, entendre “des non-Mennonites”, ce qui n’est pas le cas de tous les Mennonites. Tout étant ouvert, il nous a rapidement fait comprendre que son ouverture avait des limites, notamment quand on a parlé des cellulaires que certaines colonies mennonites ont interdits.

“Si je vois un jeune qui en a un, je lui confisque”, a-t-il dit, avant d’ajouter qu’un jeune Mennonite doit demander la permission de son père quand il veut épouser une jeune fille.

“C’est Dieu qui choisit, dit Johan. Moi, quand je me suis marié, j’avais 24 ans et ma femme, 19 ans.”

Johan Wieler est mécanicien. Il a 70 vaches, des cochons et des poules. Sa terre fait 41 hectares. “C’est pas beaucoup, dit-il. Certains ont 100 hectares.”

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Johan honnit les Mennonites des colonies qui ont accepté de “moderniser” leur façon de vivre et donc d’autoriser cuisinières électriques, cellulaires et automobiles. Comme la colonie de Chihuahua. “Je n’aime pas cet endroit”, dit-il. 

Les Mennonites sont à l’origine des protestants orthodoxes. Le nom Mennonite vient de Menno Simonsz, un prêtre hollandais du 16ème siècle qui était toutefois catholique avant de rompre avec l’Église. Anabaptistes (car au début, on rebaptisait les enfants lorsque devenus adultes, ce que l’on ne fait plus), les Mennonites ont été persécutés et un grand nombre s’est enfui en Amérique, notamment au Canada, aux États-Unis et au Mexique. Les Mennonites sont “normalement” des pacifistes. Ils ne chassent pas. Ils n’utilisent pas l’électricité (mais la bougie ou le gaz). Voici une lumière à gaz de chez Johan Wieler:

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Johan nous a dit qu’il était originaire du Bélize (en Amérique centrale) et que sa famille avait immigré en 1956, quand la Bolivie a souhaité attirer des Mennonites, réputés pour leurs connaissances en agriculture, dans le cadre de sa réforme agraire des années 50. Il y a aujourd’hui quelque 60 000 Mennonites en Bolivie.

Au début, ils se sont installés dans des endroits isolés pour conserver leurs traditions puis, au fur et à mesure de leur expansion, ils ont acheté des territoires et sont maintenant de gros propriétaires terriens, ce qui dérangent certains Boliviens.

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Mais peut-on se passer de leur présence ? Les Mennonites boliviens sont devenus le grenier du pays: ils cultivent beaucoup de céréales, notamment du soja, du sésame et du maïs. Les Mennonites sont d’abord et avant tout dédiés au travail. “Les enfants vont à l’école jusqu’à 13-14 ans mais après ils travaillent aux champs”, nous a expliqué Johan.

Arrivés chez lui, après des kilomètres et des kilomètres d’un chemin de terre en direction du Brésil, nous avons en effet vu son fils de 17 ans travailler dans un champ au volant de son tracteur.

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Vous remarquerez que le tracteur n’a pas de pneus mais des dents. “C’est pour empêcher que les tracteurs aillent sur les routes”, nous a expliqué notre guide. Les Mennonites les plus othodoxes interdisent en effet la conduite de véhicules à moteur pour se déplacer. C’est pourquoi, on les voit souvent dans des calèches à cheval. Mais pour les champs, le tracteur est permis…si on enlève les pneus.

Voici quelques photos de calèches prises dans les colonies mennonites que nous avons traversées:

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Et voici l’église d’une colonie mennonite, avec les piquets de bois pour attacher les chevaux pendant la messe:

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Dans les colonies mennonites, les gens parlent l’allemand, un “bas-allemand”, un vieil allemand, nous a-t-on expliqué.  Dans une épicerie mennonite, j’ai consulté un livre religieux mennonite écrit en lettres gothiques. Excusez la mauvaise qualité de la photo mais ça donne une idée:

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Johan nous a expliqué que les familles mennonites font beaucoup d’enfants, de six à huit par famille en moyenne. “Mais certaines femmes ont 16 enfants. Il y a 80 naissances pour 20 décès dans la colonie”, nous a-t-il dit. 

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 Lui semblait en avoir huit, tous des garçons. Je dis “semblait” car des garçons couraient dans tous les sens sur sa propriété et on ne savait pas trop s’ils étaient tous du même père.

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Notre présence dans la famille de Johan durant une demi-heure nous a permis de constater que la mère ne parlait pas. Elle ne nous regardait pas. Elle est restée dans son coin.

Quand nous avons donné des Smarties aux enfants, ils se sont précipités sur leurs bonbons avec une avidité particulière. On nous a expliqué que les enfants des Mennonites sont élevés à la dure, sans jeux, avec le goût du travail d’abord et avant tout. Une éducation spartiate.

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Nous avons discuté avec un voisin de Johan. Il s’est plaint du manque de pluie. “Nous allons produire 1500 kg de soja par hectare cette année, deux fois moins que d’habitude”, dit-il.

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Si au Paraguay, les Mennonites s’impliquent en politique, ce n’est pas le cas en Bolivie. Selon Johan, bien peu de Mennonites ont dû voter dimanche dernier aux élections des gouverneurs des provinces. Pourtant, ils devront bientôt s’occuper de politique, selon Jérôme Maurice, car le gouvernement du président socialiste Evo Morales réfléchit à leur ôter certains privilèges fiscaux hérités de leur arrivée au pays il y a un demi-siècle.

Johan nous a dit aussi être inquiet que des jeunes mennonites se fassent embarquer dans l’univers de la cocaïne. Un Mennonite pris à prendre de la coca se fait sévèrement réprimandé. La cocaïne peut aller jusqu’à l’excommunication.

“Quand un Mennonite est excommunié, il peut rester dans la colonie. Mais lui et sa famille sont bannis. On ne les regarde plus. On ne leur parle plus. Ils sont à l’étranger chez eux. Il vaut alors mieux qu’ils partent. Mais comment partir quand tu as passé toute ta vie dans la colonie, quand, parfois, tu ne parles même pas l’espagnol. L’excommunication, c’est un drame,” explique Jérôme Maurice.

On a parlé de ce type de drame à Johan, du fait que certains Mennonites sont plus ouverts à la modernité. Il n’a pas bronché, ne s’est pas fâché, a souri de ses belles dents blanches et a lâché: ” Quand il a 18 ans, le Mennonite se fait baptiser. Il a alors le choix de rester dans la communauté ou de partir. Personne ne le retient.”

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La communauté mennonite a été éclaboussée ces derniers mois par des scandales. Six membres d’une communauté ont été accusés d’une soixantaine de viols sur des fillettes et des femmes de leur communauté. Également, une petite fille a été retrouvée morte dans un champ de soya d’une communauté mennonite. On n’a pas trouvé le responsable de ce meurtre. Johan n’était pas capable d’expliquer ces problèmes qui ont assombri sa communauté.

“On ne sait pas, dit-il. Seul Dieu sait.”

Je garde en tout cas un bon souvenir de cette visite chez les Mennonites. Rudes oui. Fermés oui. Mais pas antipathiques et pas complètement isolés.

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Et ils ne chassent pas, même si les oiseaux qui mangent les graines qu’ils sèment, ce qui m’a permis de prendre cette photo assez incroyable d’un vol de perroquets au-dessus d’un champ devenu leur épicerie préférée…

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