
Notre journaliste Émilie Côté a entamé son troisième et dernier voyage, après un premier à Bali et Tokyo, et un deuxième en Éthiopie. La voilà entre Paris et Copenhague, à Amsterdam, la deuxième de plusieurs escales européennes.
ÉMILIE CÔTÉ
Je me sens comme un juge de patinage artistique qui veut donner une note parfaite mais qui a d’autres compétiteurs à voir patiner.
Ma note parfaite, c’est à la ville d’Amsterdam que je veux la donner, mais je n’ai pas encore visité Londres, Copenhague et Venise, qui figurent aussi à mon itinéraire dans les prochaines semaines.
Si je parlais néérlandais, New York perdrait son statut de la première ville au monde où je souhaite habiter à un moment donné de ma vie.



Il faut dire que la température est superbement ensoleillée depuis deux jours, alors que c’est généralement plutôt gris à Amsterdam.
Mais comment dire…j’ai vraiment « pogné de quoi » ici, comme on dit en bon français. Je ne sais pas avec quels mots exprimer à quel point Amsterdam me prend par les trippes.
Que la ville est belle et que la vie y est agréablement simple !

Amsterdam me parle : le mode de vie des gens, leur allure, leurs habitudes de vie…C’est l’inverse d’un choc culturel : c’est un coup de foudre culturel.
Tout le monde est en vélo, tout le monde est beau. C’est plat et dense, sans gratte-ciel, sans magasin grande surface et sans boulevard à je ne sais combien de voies de large. Il y a une pénurie de logements, les maisons sont petites et les gens sortent beaucoup et sont toujours dehors (du moins quand il fait beau). Certains habitent dans des bateaux-maisons.



C’est une vie éco-urbano-branchée-relaxe, avec plein de restaurants et boutiques que vous voudriez tous essayer.

Et avec la centaine de canaux qui se croisent tout partout, le paysage est tellement sublime qu’on se croirait dans un film.

Et tout comme moi, les filles sont plutôt grandes. Des souliers de taille 10 dans une friperie, ça existe ! Contrairement à Bali et à Tokyo, je ne me sens pas comme Hulk :)
Tout le monde qui est allé à Amsterdam m’avait dit que c’était super. Mais je prends conscience que j’associais essentiellement la capitale des Pays-bas à la prostitution légale du Red Light District, au pot dans les coffee shops, au fromage Gouda, à la bière Heineken et au film Vincent et moi, un « classique jeunesse » des Contes pour tous pour les gens de ma génération.
Mais parfois, les gens ont beau nous vanter une ville, il faut y mettre les pieds pour comprendre…

***
Qu’est-ce que j’ai vu et visité ?
Après mon arrivée vendredi en fin d’après-midi, j’ai pris le tramway jusqu’à la station Western Market, dans le secteur Western Canal Belt (ceinture des canaux ouest ).
J’étais à peine débarquée du tramway que mon appareil-photo était sorti. J’étais renversée par le décor. D’abord par l’église Westerkerk, qui allait être mon repère.


En plus, il y avait la belle lumière du soleil de fin de journée. (En ce temps-ci de l’année, le soleil se couche vers 22h ici…)
Je suis allée me balader dans un secteur charmant appelé Nine Little Streets (Negen Straatjes), la crème au niveau des boutiques, des cafés et des restaurants.


J’ai rencontré trois filles à la beauté et au look à faire défroquer un prêtre. Elles buvaient simplement de la bière dans la rue. Super gentilles, elles m’ont refilé plusieurs adresses pour mon séjour.

J’ai poursuivi mon chemin au hasard en croisant un nombre infini de bars et cafés où tous les clients étaient debout dehors sur les terrasses.

J’ai marché jusqu’au centre de la ville (rien n’est vraiment très loin à pied à Amsterdam, encore moins à vélo).
J’ai vu le centre commercial Magna Plaza (l’un des rares à Amsterdam), aménagé dans un ancien bureau de poste construit entre 1895 et 1899.

Puis je suis arrivée au célèbre square Dam. C’est un lieu historique, là où Napoléon et ses troupes ont été reçus quand ils prirent la ville en 1808.
Voici le Monument national, érigé à la mémoire des victimes de la Seconde Guerre mondiale:

Dans le square, il y a un musée de cire Madame Tussaud.

Un grand magasin chic appelé De Bijenkorf:

Et bien entendu le Palais royal, qui était malheureusement en rénovation.
Lu sur www.amterdam.info:
“Le Palais Royal, qui trône sur la place du Dam, est un ancien hôtel de ville du XVIIe siècle construit à la gloire de la ville d’Amsterdam et du gouvernement. À sa construction, en 1648, il s’agissait de l’édifice non religieux le plus grand au monde. Il fut le palais royal de Louis Bonaparte de 1808 à son abdication en 1810. Il est un des trois palais rachetés par l’État et placés à la disposition de la Reine par Acte du Parlement. Cela dit, elle n’y séjourne pas.”
(Les Pays-bas ont une monarchie constitutionnelle).

Puis je suis retournée sur mes pas pour aller souper dans un restaurant que j’avais croisé, le Het Molenpad.

J’ai eu une discussion bien intéressante sur la « culture canadienne » avec un Hollandais qui trouvait bien dommage que, selon lui, la seule chose que le monde en général connaisse à propos de la culture canadienne est que les gens sont sympathiques.
Je ne savais pas trop quoi répondre… J’avais beau lui dire que le Québec est un cas à part au Canada, et que la Hollande n’est quand même pas le pays le plus connu sur l’échiquier mondial (« bonne chance si tu fais un Vox-pop sur la Hollande au Canada », lui ai-je dit), pour cet Hollandais, le Canada est dans l’ombre des États-Unis, un point c’est tout.
Si c’est le cas, so what, lui ai-je dit ?
En plus, Vincent (c’est son nom) ne connaissait pas le groupe Arcade Fire, pas plus que Robert Lepage, et il pensait que le Cirque du soleil venait de la France… « Mais je connais Alanis Morissette et Bryan Adams… »
Ouin… Meilleure chance la prochaine fois.
Mais Vincent m’a fait jurer de vous faire connaître Amsterdam autrement que par son Red Light et ses coffee shops.
Promis.
Fin de la discussion pendant laquelle j’ai bu un verre de vin et lui, trois Heineken.
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Samedi matin, je ne savais pas par quoi commencer tellement j’avais de endroits que je voulais visiter.
J’ai d’abord déjeuné-lunché dans un restaurant que les trois filles de la veille m’avaient recommandé, le Café George (c’est le nom de mon frère donc leur suggestion m’a prise par les sentiments).


J’ai marché au moins 30 minutes avant de trouver la place. Je trouve que ce n’est pas facile de trouver son chemin ici à travers tous les canaux et les rues, les « gracht » et les « straats », qui semblent tous pareils à mes yeux. J’ai par exemple confondu le canal Leidsegracht et la rue Leidsestraat.
Je suis ensuite allée voir toutes les sortes de fromages Gouda qu’avait à vendre le célèbre fromager De Kaaskamer.


Puis je suis entrée une friperie, Episode, qui plaît beaucoup aux Amstellodamois.

Une paire de bottes plus tard, j’étais dans un Coffee Company, le « Starbucks » d’Amsterdam.

Par la suite, la file d’attente était raisonnable devant la Maison d’Anne Frank, donc j’ai tenté ma chance.



En 20 minutes, j’étais à l’intérieur, plongée au cœur du journal intime de l’adolescente juive victime de l’Holocauste que j’ai lu à 13 ans, et qui m’avait bouleversée à l’époque. Je ne suis pas la seule : Le Journal d’Anne Frank a été traduit dans plus de 55 langues et s’est vendu à plus de 20 millions d’exemplaires.

Le musée (dont l’extérieur est maintenant moderne mais dont l’intérieur est resté intact) nous montre l’Annexe, l’endroit où la famille d’Anne Frank s’est cachée du 6 juillet 1942 au 4 août 1944.

L’entrée de l’Annexe était derrière une bibliothèque pivotante.


L’appartement que les Frank partageaient avec une autre famille clandestine juive était très exigu. Difficile de penser qu’ils y ont vécu près de deux ans sans sortir dehors et sans y faire de bruit, les rideaux pratiquement toujours fermés.
(Je n’avais pas le droit de prendre les photos que j’ai prises, d’où leur nombre limité).
Le père d’Anne Frank avait deux entreprises, qu’il a faites mettre au nom de Victor Kugler, qui est devenu le protecteur de la famille clandestine.
Kugler apportait des revues de cinéma à Anne Frank pour la divertir. Elle en découpait les photos pour les coller sur les murs de sa chambre.

Le père d’Anne Frank est le seul membre de sa famille qui a survécu aux camps de concentration. Ses deux filles et sa femme sont mortes aux mains des Nazis, dans les camps de concentration (Anne et sa soeur sont mortes du typhus, alors que la faim et l’épuisement ont eu raison de leur mère à Auschwitz).
À la fin de la visite, Otto Frank – à qui l’on doit le musée et la publication du Journal d’Anne Frank- confie dans un vidéo que s’il y a une chose dont il a pris conscience en lisant le journal intime de sa fille, c’est à quel point il la connaissait peu. « Je ne connaissais pas ma fille comme je l’ai lue », dit-il.
Poignant.
Je suis ressortie un peu remuée du musée, mais je me suis ressaisie. Après tout, j’avais une ville à visiter.
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J’ai décidé de faire une ballade en bateau. Cela m’a aidée à me situer dans la ville à travers tous ses canaux.

Wow.


L’eau est dégueulassement sale, mais la vue est superbe:

Et le petit garçon dans la rangée devant moi était trop mignon.

Sa mère, une Française, m’a dit qu’elle avait peur d’emmener son fils dans le Red Light District, même en plein jour.
Mon Dieu qu’elle s’en faisait pour rien !


Le Red Light est beaucoup plus touristique que trash, ai-je constaté. Et depuis 2008, les autorités ont entrepris un nettoyage du quartier qui est celui de tous les vices (drogues douces-prostitution-jeu).
Bon, je n’aimerais peut-être pas que mon jeune enfant voit les prostituées dans les cabines, mais il reste que ce n’est pas un quartier dangereux.

Le Red Light, c’est aussi les coffee shops où l’on peut fumer du pot. Encore là, ceux du Red Light sont surtout fréquentés par les touristes.

Cela vaut quand même la peine de passer par le Cannabis College, un organisme sans but lucratif qui informe les gens sur tout ce qui est relié à la marijuana. C’est aussi une bonne façon de connaître les meilleurs coffee shops en ville, peut-être les plus « typiques ».

Il y a aussi le Musée de l’érotisme:

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C’était déjà l’heure du souper… J’ai par hasard arrêté mon choix sur un délicieux restaurant italien aux prix plus que raisonnables. Mon serveur –au look à mi-chemin entre le médiéval et Yanni- m’a servi des tomates avec de la mozzarella fraîche et des asperges enroulées de prosciutto. Simple, mais tellement bon.

Avis aux intéressés, l’endroit s’appelle le Paladio. Voir le site Internet du restaurant.

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Dimanche, j’ai loué un vélo pour me balader de quartier en quartier, de parc en parc et de square en square :
Le parc Rembrandt, où je fais mon jogging le matin :

Les environs de la Gare centrale :


La Place Rembrandt :

Le secteur des musées, en partie en rénovation (où je reviendrai demain):

Le Johnny Jordaanplein, où trônent les statues de quatre « monuments » de la chanson amstellodamoise (ou devrait-on dire « jordaanesque ») : Johnny Jordaan, Tante Leen, Manke Nelis et Johnny Meyer. Plus d’infos ici.

Et j’ai terminé ma journée dans le Central Park d’Amsterdam, le Vondelpark… Vous auriez dû voir le nombre de gens qui y étaient réunis pour profiter du soleil : des jeunes et des familles, assis à côté de leur vélo à se faire cuire des trucs sur un BBQ improvisé.



Mes amis avec qui je soupe souvent au parc Laurier m’ont terriblement manqué le temps d’un instant.
Pour me consoler, je suis allée boire un verre de Prosecco sur la terrasse d’un club de tennis en terre battue. (Je suis une joueuse de tennis, et c’est Roland-Garros en ce moment.)

***
Alors voilà, je vous laisse là-dessus pour aujourd’hui.
Il me reste une autre journée à Amsterdam demain.
Je prévois déjà y retourner.
Un coup de foudre, je vous le dis.