Le Blogue-Trotter

Archive, août 2010

Mardi 31 août 2010 | Mise en ligne à 7h13 | Commenter Un commentaire

Le papa de Mae

Ouf, j’ai l’impression d’avoir mis le pied dans un autre monde. Et pourtant, les voitures ici ont des plaques du Québec. Je viens d’arriver à Kuujjuaq, dans le Nunavik, et je suis pas mal dépaysée. Et encore, je suis déjà venue ici. Il y a quelques années, j’ai fait une croisière avec Cruise North qui partait de Churchill, au Manitoba, qui traversait la baie d’Hudson, qui suivait la côte du nord du Québec et qui se terminait à Kuujjaq. Je n’avais toutefois passé que quelques heures dans la plus grande communauté du Nunavik (près de 2000 habitants).

Déjà, à l’aéroport, les choses sont différentes. Je sors de l’aérogare pour prendre un taxi… Aucun à l’horizon. Les autres passagers semblent tous avoir été accueillis par une connaissance. Et il ne reste plus grand monde à l’aéroport. Je vais voir l’une des rares personnes qui restent, le monsieur en charge de la boutique de souvenir. Très gentiment, il m’appelle un taxi. Mais ça ne répond pas. Il réessaye, réessaye, rien. Alors, le gentil monsieur me dit: attendez cinq minutes, je ferme et je vais vous reconduire.

Je réalise alors que le monsieur me semble familier. Je cherche dans mes souvenirs… et je pense trouver.

«Vous avez une fille qui travaillait pour Cruise North?», que je finis par demander.

«Oui, oui».

«Elle s’appelle Mae?»

«C’est cela!»

Ah ben! Que le monde est petit! (surtout à Kuujjuak!)

Je me rappelle maintenant. Le gentil monsieur nous avait fait un tour de ville de Kuujjuaq dans un autobus brinquebalant, racontant, sans reprendre son souffle, toutes sortes de détails intéressant sur la communauté. Nous avions été surpris d’apprendre que ce grand conteur était le papa de Mae, une jeune fille discrète que nous avions eu le plaisir de rencontrer pendant la croisière. Réservée au début, Mae avait pris de plus en plus d’assurance et vers la fin de la croisière, elle était en mesure de donner des conférences sur la culture et les chants inuit. Elle nous avait également impressionnés parce qu’elle s’était prise de passion pour la navigation et qu’elle espérait un jour devenir capitaine.

En jasant avec son papa aujourd’hui, j’apprends qu’elle travaille activement en vue de réaliser ce rêve. Ça me fait vraiment plaisir d’apprendre cela.

Le papa de Mae me dépose à mon hôtel et grâce à lui, je me sens déjà beaucoup moins dépaysée. Et, bonheur, il y a internet sans fil (même si ce n’est pas rapide rapide) à l’hôtel. Par contre, mon Blackberry (ou plutôt, celui du bureau, parce que moi, ces machins électroniques…) n’a pas de service. Je le range donc bien loin. De toutes façons, je n’en aurai pas besoin dans les Pingualuit. Et je doute que l’internet me suivra jusque dans le fond du fameux cratère du Nouveau-Québec…

Il reste à savoir si je survivrai jusque-là. En marchant le long des rues de Kuujjuaq, j’ai failli me faire renverser à quelques reprises par de jeunes fous en VTT (véhicules tout terrain). Ici, le VTT semble être un véhicule de choix. J’ai vu des familles entières entassées sur ces petits véhicules. L’adulte tient un bébé sur ses genoux d’une main en conduisant de l’autre main, avec deux ou trois autres personnes assises derrière lui… Impressionnant.

Un signe que les maniaques du VTT devraient prendre en considération...

Un signe que les maniaques du VTT devraient prendre en considération...

Autre constatation: il y a beaucoup de francophones dans les services gouvernementaux (bureau de poste, etc), mais la vie se fait plutôt en inuktitut et en anglais. En fait, quand j’appelais de Montréal pour prendre des rendez-vous avec des intervenants ou pour demander des informations, on répondait toujours au téléphone en inuktitut. Ça vous déconcentre une journaliste, ça! Il va falloir que j’apprenne quelques mots:

Bonjour: Ai (celui-là est facile)

Au revoir: At-su-nai (c’est un brin plus compliqué)

Merci : Na-kur-miik (celui-là, il faut vraiment que je l’apprenne)

Oui: A-a (celui-là n’est pas trop difficile)

Non: Au-ka (une coche plus complexe)

J’ai faim: Kaat-tu-nga  (on ne sait jamais, ça peut être utile)

Je veux aller en traîneau à chiens: Qi-mut-si-kuu-ru-ma-vu-nga (celui-là, je n’ai pas besoin de l’apprendre, ce n’est pas la bonne saison!)

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Lundi 30 août 2010 | Mise en ligne à 7h46 | Commenter Commentaires (7)

Pingualuit, me voici.

À peine de retour à Montréal, je repars. Direction nord, encore une fois. Mais cette fois-ci, c’est le nord du Québec que je vise, plus précisément, le parc des Pingualuit. C’est un tout nouveau parc québécois (créé en 2004, pour être plus précise), géré localement par Parcs Nunavik (et non pas par la SEPAQ…).

Ce parc est situé au 61e parallèle, loin au nord-ouest de Kuujjuaq. Il est à peu près au milieu de nulle part.

Pour m’y rendre, je prendrai d’abord un vol de First Air pour Kuujjuaq. Puis, je prendrai un vol nolisé vers Kangiqsujuaq, où se trouve le centre d’interprétation du parc.

Je suis déjà passée par Kangiqsujuaq, dans le cadre d’une croisière au nord du Québec organisée par Cruise North Expeditions. C’est un petit village inuit très accueillant et j’ai bien hâte d’y remettre les pieds. Le centre d’interprétation est petit, mais très bien fait, très intéressant. J’ai hâte de le revoir de plus près. C’était d’ailleurs en passant par ce centre que j’avais pris connaissance du parc des Pingualuit et que je m’étais jurée d’y aller un jour.

Le mot pingualuit signifie boutons d’acné… Drôle de nom pour un parc! Sauf qu’il colle bien à la réalité. Le parc comprend en effet le fameux cratère du Nouveau-Québec, un cratère parfaitement rond de trois kilomètres de diamètre au fond duquel se trouve un petit lac aux eaux extrêmement pures. Et ce machin rond, vu d’en bas par des Inuit au sens de l’humour développé, ressemblerait effectivement à un bouton d’acné.

Le lac comprend également de grands lacs, comme le lac Laflamme, et le canyon de la rivière Puvirnituq. Bref, un joli terrain de jeu. Une connaissance y est allée l’année dernière et m’a dit que c’était hallucinant. Bonne référence.

Donc, notre vol nolisé nous prendra de Kangiqsujuaq pour nous déposer au bord du lac Laflamme, où se trouve un refuge qu’on me dit très beau.

Toutefois, je doute que l’internet se rende jusque là, ce qui posera un petit problème pour ce blogue. Donc, si vous n’entendez pas parler de moi pendant les prochains jours, ne vous inquiétez pas, ce n’est probablement pas parce que je me serai fait bouffer par un ours polaire.

De toutes façons, le parc des Pingualuit est à l’intérieur des terres, et les ours polaires, qui préfèrent les côtes et les glaces (avec de beaux phoques bien dodus dessus), ne viendront probablement pas faire un tour. Mais qui sait…

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Vendredi 27 août 2010 | Mise en ligne à 6h53 | Commenter Commentaires (14)

Cartier, Cartier, ô Jacques Cartier…

Il y a plein de touristes prestigieux qui sont passés avant moi à St-Anthony, à l’extrémité nord de Terre-Neuve. Jacques Cartier, par exemple. Ce qui n’est pas une mauvaise référence.

C’est d’ailleurs ce bon M. Cartier qui aurait nommé St-Anthony. C’est-à-dire, qui lui aurait donné le nom de Havre de Saint-Antoine. Quoique les historiens ne s’entendent pas trop là -dessus. Les pêcheurs basques et français fréquentaient déjà les parages et auraient peut-être nommé le coin avant M. Cartier. Mais c’est au cours de son fameux voyage de 1534 que Jacques Cartier a officialisé ce nom.

Le phare de Fox Point, au-dessus de St-Anthony.

Le phare de Fox Point, au-dessus de St-Anthony.

Ça me fait penser à la fameuse chanson de Charlebois… si Jacques Cartier avait décidé de rester à St-Anthony, nous aurions tous été pêcheurs de morue… et nous aurions tous été frappés par le fameux moratoire de 1992. Mais je m’égare.

En visitant le coin, j’ai appris plein de choses sur la présence française à Terre-Neuve. En fait, au 17e siècle, Terre-Neuve était pratiquement plus française qu’anglaise. Entre 1678 et 1688, par exemple, il y avait 20 000 pêcheurs français sur place, soit deux fois plus que de pêcheurs anglais! (Ce n’est pas moi qui le dis, c’est l’Université Memorial sur ce site très intéressant).

L’Angleterre a obtenu Terre-Neuve par le traité d’Utrecht en 1713, mais les Français ont conservé des droits de pêche tout au long de ce qu’on appelait la French Shore, qui s’étendant de la Pointe Riche au Cap Bonavista, ce qui couvrait grosso modo le nord de Terre-Neuve. Toutefois, les Français n’avaient pas le droit de s’établir ou de passer l’hiver sur place.

Le Traité de Versailles, en 1783, a eu pour effet de ramener la zone française  plus à l’ouest. Les Français ont conservé leurs  droits de pêche sur le nord de la péninsule et sur toute la côte ouest. Mais il y a eu de moins en moins de pêcheurs français (133 en 1898, contre 9000 dans les années 1820!). Et en 1904, la France a cédé ses droits de pêche à l’Angleterre en vertu de l’Entente cordiale en échange de concessions en Afrique. Mais la France a gardé Saint-Pierre et Miquelon…

Je retrouve des bribes de cette histoire tout au long de mon périple. À St-Anthony, on est très fier de la connection avec Jacques Cartier. À St-Lunaire-Griquet, l’économusée Dark Tickle présente une exposition sur le capitaine Guillaume-Jacques Constant de Liberge de Granchain, qui a effectué une mission en 1784 le long de la côte française pour vérifier si les droits des pêcheurs français étaient respectés (ce n’était pas toujours facile entre les Français et les pêcheurs terre-neuviens).

Le phare de Lobster Cove Head.

Le phare de Lobster Cove Head.

Et sur la côte ouest, au phare Lobster Cove Head (tout près de Rocky Harbor et du Parc national du Gros-Morne), je tombe sur une exposition sur les diverses populations qui se sont succédés ici, ce qui comprend les indiens archaïques, les paléo-esquimaux, les vikings et les Français.

Encore ici, le voyage de Jacques Cartier en 1534 est à l’honneur. En gros, on dit que c’est Jacques Cartier qui a «mis Terre-Neuve sur la map»!

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