Ouf, j’ai l’impression d’avoir mis le pied dans un autre monde. Et pourtant, les voitures ici ont des plaques du Québec. Je viens d’arriver à Kuujjuaq, dans le Nunavik, et je suis pas mal dépaysée. Et encore, je suis déjà venue ici. Il y a quelques années, j’ai fait une croisière avec Cruise North qui partait de Churchill, au Manitoba, qui traversait la baie d’Hudson, qui suivait la côte du nord du Québec et qui se terminait à Kuujjaq. Je n’avais toutefois passé que quelques heures dans la plus grande communauté du Nunavik (près de 2000 habitants).
Déjà, à l’aéroport, les choses sont différentes. Je sors de l’aérogare pour prendre un taxi… Aucun à l’horizon. Les autres passagers semblent tous avoir été accueillis par une connaissance. Et il ne reste plus grand monde à l’aéroport. Je vais voir l’une des rares personnes qui restent, le monsieur en charge de la boutique de souvenir. Très gentiment, il m’appelle un taxi. Mais ça ne répond pas. Il réessaye, réessaye, rien. Alors, le gentil monsieur me dit: attendez cinq minutes, je ferme et je vais vous reconduire.
Je réalise alors que le monsieur me semble familier. Je cherche dans mes souvenirs… et je pense trouver.
«Vous avez une fille qui travaillait pour Cruise North?», que je finis par demander.
«Oui, oui».
«Elle s’appelle Mae?»
«C’est cela!»
Ah ben! Que le monde est petit! (surtout à Kuujjuak!)
Je me rappelle maintenant. Le gentil monsieur nous avait fait un tour de ville de Kuujjuaq dans un autobus brinquebalant, racontant, sans reprendre son souffle, toutes sortes de détails intéressant sur la communauté. Nous avions été surpris d’apprendre que ce grand conteur était le papa de Mae, une jeune fille discrète que nous avions eu le plaisir de rencontrer pendant la croisière. Réservée au début, Mae avait pris de plus en plus d’assurance et vers la fin de la croisière, elle était en mesure de donner des conférences sur la culture et les chants inuit. Elle nous avait également impressionnés parce qu’elle s’était prise de passion pour la navigation et qu’elle espérait un jour devenir capitaine.
En jasant avec son papa aujourd’hui, j’apprends qu’elle travaille activement en vue de réaliser ce rêve. Ça me fait vraiment plaisir d’apprendre cela.
Le papa de Mae me dépose à mon hôtel et grâce à lui, je me sens déjà beaucoup moins dépaysée. Et, bonheur, il y a internet sans fil (même si ce n’est pas rapide rapide) à l’hôtel. Par contre, mon Blackberry (ou plutôt, celui du bureau, parce que moi, ces machins électroniques…) n’a pas de service. Je le range donc bien loin. De toutes façons, je n’en aurai pas besoin dans les Pingualuit. Et je doute que l’internet me suivra jusque dans le fond du fameux cratère du Nouveau-Québec…
Il reste à savoir si je survivrai jusque-là. En marchant le long des rues de Kuujjuaq, j’ai failli me faire renverser à quelques reprises par de jeunes fous en VTT (véhicules tout terrain). Ici, le VTT semble être un véhicule de choix. J’ai vu des familles entières entassées sur ces petits véhicules. L’adulte tient un bébé sur ses genoux d’une main en conduisant de l’autre main, avec deux ou trois autres personnes assises derrière lui… Impressionnant.

Un signe que les maniaques du VTT devraient prendre en considération...
Autre constatation: il y a beaucoup de francophones dans les services gouvernementaux (bureau de poste, etc), mais la vie se fait plutôt en inuktitut et en anglais. En fait, quand j’appelais de Montréal pour prendre des rendez-vous avec des intervenants ou pour demander des informations, on répondait toujours au téléphone en inuktitut. Ça vous déconcentre une journaliste, ça! Il va falloir que j’apprenne quelques mots:
Bonjour: Ai (celui-là est facile)
Au revoir: At-su-nai (c’est un brin plus compliqué)
Merci : Na-kur-miik (celui-là, il faut vraiment que je l’apprenne)
Oui: A-a (celui-là n’est pas trop difficile)
Non: Au-ka (une coche plus complexe)
J’ai faim: Kaat-tu-nga (on ne sait jamais, ça peut être utile)
Je veux aller en traîneau à chiens: Qi-mut-si-kuu-ru-ma-vu-nga (celui-là, je n’ai pas besoin de l’apprendre, ce n’est pas la bonne saison!)
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