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  • Stéphanie Bérubé

    Stéphanie Bérubé est journaliste à La Presse depuis 1997. Elle a travaillé aux informations générales et aux arts, puis écrit désormais pour les sections du samedi, Voyage, Gourmand et Maison.
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    Mardi 29 juin 2010 | Mise en ligne à 1h57 | Commenter Commentaires (2)

    L’amitié fleurit sous la pluie

    Je n’aime pas la pluie. Notamment lorsque je fais de la randonnée. Et surtout lorsque je fais du camping.

    Tout devient compliqué : comment monter la tente sans mouiller l’intérieur ? Comment faire sécher ses vêtements quand le taux d’humidité avoisine les 200 % ? Et comment sortir de son sac de couchage, le lendemain, quand la pluie continue de tambouriner sur le double toit ?

    Mais d’un autre côté, avez-vous remarqué à quel point les gens se rapprochent les uns des autres lorsque le temps est exécrable ? Lorsque les conditions sons difficiles ? Les inconnus d’hier deviennent de grands amis, les tablettes de chocolat se partagent, les rires éclatent, les adresses de courriel s’échangent.

    Je m’attendais à de la pluie pendant les deux premiers jours de randonnée sur la piste Chilkoot. Les premiers 20 kilomètres de cette piste traversent la forêt côtière de l’Alaska, une extension de la forêt pluviale (pluviale !) de la côte ouest.

    Et non, il fait beau pendant la première journée, et nous n’avons qu’une petite bruine pas trop méchante pendant la deuxième, soit jusqu’au camp Sheep.

    Dur dur de se motiver.

    Dur dur de se motiver.

    Mais la troisième journée ? Aïe aïe aïe. Il ne pleut pas fort, mais il pleut sans arrêt toute la journée. Or, c’est LA journée, le passage du col Chilkoot, un dénivelé de 800 mètres avec un gros sac à dos sur six kilomètres. Vers la fin, la pente est particulièrement raide et a découragé plus d’un stampeder. Ceux-ci ont surtout parcouru le sentier au cours de l’hiver 1898. D’une certaine façon, c’était plus facile en hiver : à force de monter et de monter, les stampeders ont fini par sculpter des marches dans la neige. En été, il faut faire son chemin entre de gros rochers d’une stabilité discutable.

    Une fois au sommet, il faut encore parcourir sept kilomètres pour atteindre le prochain site de camping, Happy Camp (happy happy happy !).

    Heureusement, nous avons le vent dans le dos (une autre bonne raison pour faire le trajet de l’ouest vers l’est, et profiter ainsi des vents dominants). Et il y a un tout petit refuge au col pour se réchauffer et prendre une collation. Dans cet espace exigu, nous faisons plus ample connaissance avec les autres randonneurs que nous avons passés (ou qui nous ont passés) au cours des deux derniers jours.

    Il y a aussi un employé de Parcs Canada qui nous accueille. Parce que le col Chilkoot constitue également la frontière entre les États-Unis et le Canada.

    Tout ça, c’est bien sympa, mais il faut poursuivre notre chemin vers Happy Camp. Heureusement, le paysage est superbe : des plaques de neige, des rochers, du lichen, de petits étangs encore partiellement glacés, le tout entouré de montagnes enneigées qui se devinent dans la brume. Un véritable paysage arctique, comme je les aime.

    N’empêche que nous sommes pas mal trempés lorsque nous arrivons enfin à Happy Camp (happy happy happy !).

    Je dois préciser ici que c’est Parcs Canada qui m’a invitée sur la piste Chilkoot. Vous pouvez donc prendre ce que j’écris avec un grain de sel. Mais je peux vous dire que je suis plutôt impressionnée par le travail d’entretien du sentier (tout plein de ponts vraiment chouettes, des passerelles, de petits drapeaux sur les sections enneigées pour qu’on ne se perdre pas en cas de brouillard) et par les installations aux divers terrains de camping. Et ce, des deux côtés de la frontière (du côté américain, c’est le US National Park Service qui est en charge).

    Comment marcher sur les eaux d'un étang de castor.

    Comment marcher sur les eaux d'un étang de castor.

    Chaque terrain comporte notamment un refuge pour se réchauffer, se sécher (ah ah !) et faire à manger. À Happy Camp, plus d’une vingtaine de randonneurs s’entassent progressivement dans le refuge, bien mouillés, mais bien heureux de profiter de cette chaleur  humaine. Ils étendent leurs vêtements sur des cordes à linge tendues près du plafond, ils démarrent les réchauds, Dan sort sa guitare, les langues se délient.

    Randonneurs en voie de se réchauffer, tels que vus à travers l'objectif embué d'un appareil photo mis à rude épreuve.

    Randonneurs en voie de se réchauffer, tels que vus à travers l'objectif embué d'un appareil photo mis à rude épreuve.

    Je réalise que la piste Chilkoot est surtout une affaire de famille. Parmi cette vingtaine de personnes, on compte trois ensembles de pères et fils et une dame qui a amené sa fille de 11 ans, une copine de celle-ci et deux nièces de 18-19 ans. Malgré la difficulté de la piste, la température maussade et le poids d’un sac alourdi par l’eau, tout ce beau monde semble de bonne humeur.

    Ça prend cependant des enfants et des jeunes bien disposés. Dans le cas d’un de nos duos père-fils, c’est le garçon qui a suggéré l’expédition à son père parce qu’il était fasciné par la ruée vers l’or. Si vous avez un ado boudeur à la maison, ce n’est vraiment pas le voyage à organiser pour essayer de rétablir les ponts. Et si vous avez un enfant passionné des jeux électroniques, le temps sera long, très long sur la piste.

    Lorsque les choses sont difficiles, j’essaie toujours de me rappeler mes expériences antérieures, de me rappeler que le beau temps finit par revenir, que les choses s’améliorent.

    C’est la même chose cette fois-ci. Le soleil ressort timidement à la quatrième journée, alors que nous atteignons la forêt boréale. Et nous avons le plaisir de tout faire sécher au soleil au camp Lindeman, équipé de petits conifères parfaits pour étendre chaussettes, pantalons, sacs de couchages et autres pièces d’équipement. Maintenant que nous sommes des intimes, nous ne craignons pas d’étendre aussi les sous-vêtements.

    Le lendemain, nous sortons du sentier bien secs, et riches de nouveaux amis.

    Petite minute publicitaire : Pour toute question pratico-pratique sur la piste Chilkoot, je recommande d’aller faire un tour sur le site de Parcs Canada. Tout y est !


    • Salut,
      Y’en aura pas de facile!

    • Même avec la pluie, vous avez rendu cette rando intéressante. Les meilleurs souvenirs viennent souvent de l’adversité. Imaginez quand vous allez recroiser un de ces randonneurs, ce sera la première chose dont vous parlerez. Entre la pluie sur l’autoroute 13 le matin et celle du sentier Chilkoot, je prends la vôtre n’importe quand!

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