Je voulais vous parler de mammouths. De ces gros mastodontes bien poilus, aux énormes défenses recourbées, qui déambulaient paisiblement dans les steppes de la préhistoire.
Vous vous rappelez au tout début de mon séjour au Yukon, à Whitehorse ? Au lieu de visiter des musées bien savants, j’ai été me perdre dans la nature yukonaise. De retour à Whitehorse après la piste Chilkoot, j’ai voulu me reprendre et me plonger dans les choses sérieuses et savantes. Et quoi de plus savant que la paléontologie ?
Heu, le rapport avec le Yukon ?
C’est qu’en raison de son climat sec (me semble qu’il pleut pas mal, pour un climat sec, mais je m’égare), le nord du Yukon a été totalement épargné par la dernière grande glaciation. Avec la baisse du niveau de la mer, la faune des steppes asiatiques ont traversé le détroit de Bering sur une bande de terre appelée Béringie. Parmi cette faune, mes fameux mammouths, mais aussi de petits chevaux, des tigres à dents de sabre et des castors géants de 200 kilos (il me semble voir leurs barrages…).
Les mineurs ont découvert, et continuent de découvrir, de nombreux restes de ces animaux.
Une anecdote : je visite une mine d’or familiale. Un des visiteurs du groupe se penche et prend un bizarre objet dans la gravelle.
«Oh, c’est une dent de cheval», commente notre guide, sans la moindre excitation.
«Préhistorique ?»
«Ouais»
«On en fait quoi ?»
«Bah, vous pouvez la mettre là, déclare le guide en montrant du doigt une brouette pleine à ras-bord de vieux os, de cornes de bisons des steppes, de bouts de défense de mammouths. De temps à autre, des paléontologues viennent voir si nous avons des pièces vraiment spéciales. Sinon, nous les gardons ici.»
Il y a à Whitehorse un centre d’interprétation sur la Béringie que je voulais vraiment visiter pour comprendre précisément le pourquoi du comment de la présence des mammouths au Yukon. Mais voilà, je suis rentrée en ville trop tard, le centre Beringia est justement hors du centre de la capitale, à côté de l’aéroport, et les taxis sont presque aussi rares que des mammouths vivants et barrissant sur la Main.
Bref, je n’ai pu visiter Beringia. Ce sera pour la prochaine fois. L’idéal est probablement d’y passer directement après avoir atterri.

Une toute petite partie du musée MacBride.
Il y a quand même d’autres attractions sérieuses à Whitehorse, comme le musée MacBride, un petit musée comme je les aime parce qu’il est petit, moitié en plein air, et qu’il a une grande salle remplie des animaux du Yukon empaillés (j’aime mieux les animaux vivants, mais c’est quand même intéressant de voir de près un grizzli grandeur nature sans avoir peur d’y laisser sa peau). Le musée fait évidemment le tour de l’histoire du Yukon, et notamment de la ruée vers l’or, ce qui en fait un incontournable.

Le Klondike accueille les visiteurs à l'entrée de Whitehorse.
Il y a aussi un très beau bateau à vapeur à visiter, le Klondike, un grand navire qui parcourait le fleuve Yukon dans les années 30 et 40 pour transporter des marchandises, du minerai et des passagers. La salle à dîner de la première classe n’est pas mal du tout.
Je ne pourrai pas vous parler de mammouths, mais je pourrai au moins vous parler de l’évêque qui avait mangé ses bottes. J’ai pris connaissance de cette anecdote dans le musée de la vieille église de bois rond, un joli petit bâtiment de 1900 consacré aux activités missionnaires au Yukon.

Une petite église en bois rond qui a accueilli les fidèles jusqu'en 1960.
C’est donc l’histoire de l’évêque Isaac Stringer, qui a perdu son chemin entre Fort McPherson et Dawson en 1909 et qui a fini par manquer de provisions.
Voici une page de son journal :
«Mardi 21 octobre : Déjeuner de bottes de phoque, semelles et dessus bouillis et rôtis. Les semelles sont meilleures que les dessus. Soupe de miettes et de bacon, une cuillerée de farine grattée dans le fond du sac, c’est tout ce qui reste.»
Heureusement, M. Stringer a été sauvé la journée même par des Amérindiens. Et le musée de la vieille église de bois rond a fini par hériter de tout ce qui restait des fameuses bottes de l’évêque : des lacets !
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