Le Blogue-Trotter

Archive, juin 2010

Mercredi 30 juin 2010 | Mise en ligne à 0h36 | Commenter Un commentaire

Les mammouths devront attendre

Je voulais vous parler de mammouths. De ces gros mastodontes bien poilus, aux énormes défenses recourbées, qui déambulaient paisiblement dans les steppes de la préhistoire.

Vous vous rappelez au tout début de mon séjour au Yukon, à Whitehorse ? Au lieu de visiter des musées bien savants, j’ai été me perdre dans la nature yukonaise. De retour à Whitehorse après la piste Chilkoot, j’ai voulu me reprendre et me plonger dans les choses sérieuses et savantes. Et quoi de plus savant que la paléontologie ?

Heu, le rapport avec le Yukon ?

C’est qu’en raison de son climat sec (me semble qu’il pleut pas mal, pour un climat sec, mais je m’égare), le nord du Yukon a été totalement épargné par la dernière grande glaciation. Avec la baisse du niveau de la mer, la faune des steppes asiatiques ont traversé le détroit de Bering sur une bande de terre appelée Béringie. Parmi cette faune, mes fameux mammouths, mais aussi de petits chevaux, des tigres à dents de sabre et des castors géants de 200 kilos (il me semble voir leurs barrages…).

Les mineurs ont découvert, et continuent de découvrir, de nombreux restes de ces animaux.

Une anecdote : je visite une mine d’or familiale. Un des visiteurs du groupe se penche et prend un bizarre objet dans la gravelle.

«Oh, c’est une dent de cheval», commente notre guide, sans la moindre excitation.

«Préhistorique ?»

«Ouais»

«On en fait quoi ?»

«Bah, vous pouvez la mettre là, déclare le guide en montrant du doigt une brouette pleine à ras-bord de vieux os, de cornes de bisons des steppes, de bouts de défense de mammouths. De temps à autre, des paléontologues viennent voir si nous avons des pièces vraiment spéciales. Sinon, nous les gardons ici.»

Il y a à Whitehorse un centre d’interprétation sur la Béringie que je voulais vraiment visiter pour comprendre précisément le pourquoi du comment de la présence des mammouths au Yukon. Mais voilà, je suis rentrée en ville trop tard, le centre Beringia est justement hors du centre de la capitale, à côté de l’aéroport, et les taxis sont presque aussi rares que des mammouths vivants et barrissant sur la Main.

Bref, je n’ai pu visiter Beringia. Ce sera pour la prochaine fois. L’idéal est probablement d’y passer directement après avoir atterri.

Une toute petite partie du musée MacBride.

Une toute petite partie du musée MacBride.

Il y a quand même d’autres attractions sérieuses à Whitehorse, comme le musée MacBride, un petit musée comme je les aime parce qu’il est petit, moitié en plein air, et qu’il a une grande salle remplie des animaux du Yukon empaillés (j’aime mieux les animaux vivants, mais c’est quand même intéressant de voir de près un grizzli grandeur nature sans avoir peur d’y laisser sa peau). Le musée fait évidemment le tour de l’histoire du Yukon, et notamment de la ruée vers l’or, ce qui en fait un incontournable.

Le Klondike accueille les visiteurs à l'entrée de Whitehorse.

Le Klondike accueille les visiteurs à l'entrée de Whitehorse.

Il y a aussi un très beau bateau à vapeur à visiter, le Klondike, un grand navire qui parcourait le fleuve Yukon dans les années 30 et 40 pour transporter des marchandises, du minerai et des passagers. La salle à dîner de la première classe n’est pas mal du tout.

Je ne pourrai pas vous parler de mammouths, mais je pourrai au moins vous parler de l’évêque qui avait mangé ses bottes. J’ai pris connaissance de cette anecdote dans le musée de la vieille église de bois rond, un joli petit bâtiment de 1900 consacré aux activités missionnaires au Yukon.

Une petite église en bois rond qui a accueilli les fidèles jusqu'en 1960.

Une petite église en bois rond qui a accueilli les fidèles jusqu'en 1960.

C’est donc l’histoire de l’évêque Isaac Stringer, qui a perdu son chemin entre Fort McPherson et Dawson en 1909 et qui a fini par manquer de provisions.

Voici une page de son journal :

«Mardi 21 octobre : Déjeuner de bottes de phoque, semelles et dessus bouillis et rôtis. Les semelles sont meilleures que les dessus. Soupe de miettes et de bacon, une cuillerée de farine grattée dans le fond du sac, c’est tout ce qui reste.»

Heureusement, M. Stringer a été sauvé la journée même par des Amérindiens. Et le musée de la vieille église de bois rond a fini par hériter de tout ce qui restait des fameuses bottes de l’évêque : des lacets !

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Mardi 29 juin 2010 | Mise en ligne à 1h57 | Commenter Commentaires (2)

L’amitié fleurit sous la pluie

Je n’aime pas la pluie. Notamment lorsque je fais de la randonnée. Et surtout lorsque je fais du camping.

Tout devient compliqué : comment monter la tente sans mouiller l’intérieur ? Comment faire sécher ses vêtements quand le taux d’humidité avoisine les 200 % ? Et comment sortir de son sac de couchage, le lendemain, quand la pluie continue de tambouriner sur le double toit ?

Mais d’un autre côté, avez-vous remarqué à quel point les gens se rapprochent les uns des autres lorsque le temps est exécrable ? Lorsque les conditions sons difficiles ? Les inconnus d’hier deviennent de grands amis, les tablettes de chocolat se partagent, les rires éclatent, les adresses de courriel s’échangent.

Je m’attendais à de la pluie pendant les deux premiers jours de randonnée sur la piste Chilkoot. Les premiers 20 kilomètres de cette piste traversent la forêt côtière de l’Alaska, une extension de la forêt pluviale (pluviale !) de la côte ouest.

Et non, il fait beau pendant la première journée, et nous n’avons qu’une petite bruine pas trop méchante pendant la deuxième, soit jusqu’au camp Sheep.

Dur dur de se motiver.

Dur dur de se motiver.

Mais la troisième journée ? Aïe aïe aïe. Il ne pleut pas fort, mais il pleut sans arrêt toute la journée. Or, c’est LA journée, le passage du col Chilkoot, un dénivelé de 800 mètres avec un gros sac à dos sur six kilomètres. Vers la fin, la pente est particulièrement raide et a découragé plus d’un stampeder. Ceux-ci ont surtout parcouru le sentier au cours de l’hiver 1898. D’une certaine façon, c’était plus facile en hiver : à force de monter et de monter, les stampeders ont fini par sculpter des marches dans la neige. En été, il faut faire son chemin entre de gros rochers d’une stabilité discutable.

Une fois au sommet, il faut encore parcourir sept kilomètres pour atteindre le prochain site de camping, Happy Camp (happy happy happy !).

Heureusement, nous avons le vent dans le dos (une autre bonne raison pour faire le trajet de l’ouest vers l’est, et profiter ainsi des vents dominants). Et il y a un tout petit refuge au col pour se réchauffer et prendre une collation. Dans cet espace exigu, nous faisons plus ample connaissance avec les autres randonneurs que nous avons passés (ou qui nous ont passés) au cours des deux derniers jours.

Il y a aussi un employé de Parcs Canada qui nous accueille. Parce que le col Chilkoot constitue également la frontière entre les États-Unis et le Canada.

Tout ça, c’est bien sympa, mais il faut poursuivre notre chemin vers Happy Camp. Heureusement, le paysage est superbe : des plaques de neige, des rochers, du lichen, de petits étangs encore partiellement glacés, le tout entouré de montagnes enneigées qui se devinent dans la brume. Un véritable paysage arctique, comme je les aime.

N’empêche que nous sommes pas mal trempés lorsque nous arrivons enfin à Happy Camp (happy happy happy !).

Je dois préciser ici que c’est Parcs Canada qui m’a invitée sur la piste Chilkoot. Vous pouvez donc prendre ce que j’écris avec un grain de sel. Mais je peux vous dire que je suis plutôt impressionnée par le travail d’entretien du sentier (tout plein de ponts vraiment chouettes, des passerelles, de petits drapeaux sur les sections enneigées pour qu’on ne se perdre pas en cas de brouillard) et par les installations aux divers terrains de camping. Et ce, des deux côtés de la frontière (du côté américain, c’est le US National Park Service qui est en charge).

Comment marcher sur les eaux d'un étang de castor.

Comment marcher sur les eaux d'un étang de castor.

Chaque terrain comporte notamment un refuge pour se réchauffer, se sécher (ah ah !) et faire à manger. À Happy Camp, plus d’une vingtaine de randonneurs s’entassent progressivement dans le refuge, bien mouillés, mais bien heureux de profiter de cette chaleur  humaine. Ils étendent leurs vêtements sur des cordes à linge tendues près du plafond, ils démarrent les réchauds, Dan sort sa guitare, les langues se délient.

Randonneurs en voie de se réchauffer, tels que vus à travers l'objectif embué d'un appareil photo mis à rude épreuve.

Randonneurs en voie de se réchauffer, tels que vus à travers l'objectif embué d'un appareil photo mis à rude épreuve.

Je réalise que la piste Chilkoot est surtout une affaire de famille. Parmi cette vingtaine de personnes, on compte trois ensembles de pères et fils et une dame qui a amené sa fille de 11 ans, une copine de celle-ci et deux nièces de 18-19 ans. Malgré la difficulté de la piste, la température maussade et le poids d’un sac alourdi par l’eau, tout ce beau monde semble de bonne humeur.

Ça prend cependant des enfants et des jeunes bien disposés. Dans le cas d’un de nos duos père-fils, c’est le garçon qui a suggéré l’expédition à son père parce qu’il était fasciné par la ruée vers l’or. Si vous avez un ado boudeur à la maison, ce n’est vraiment pas le voyage à organiser pour essayer de rétablir les ponts. Et si vous avez un enfant passionné des jeux électroniques, le temps sera long, très long sur la piste.

Lorsque les choses sont difficiles, j’essaie toujours de me rappeler mes expériences antérieures, de me rappeler que le beau temps finit par revenir, que les choses s’améliorent.

C’est la même chose cette fois-ci. Le soleil ressort timidement à la quatrième journée, alors que nous atteignons la forêt boréale. Et nous avons le plaisir de tout faire sécher au soleil au camp Lindeman, équipé de petits conifères parfaits pour étendre chaussettes, pantalons, sacs de couchages et autres pièces d’équipement. Maintenant que nous sommes des intimes, nous ne craignons pas d’étendre aussi les sous-vêtements.

Le lendemain, nous sortons du sentier bien secs, et riches de nouveaux amis.

Petite minute publicitaire : Pour toute question pratico-pratique sur la piste Chilkoot, je recommande d’aller faire un tour sur le site de Parcs Canada. Tout y est !

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Dimanche 27 juin 2010 | Mise en ligne à 20h47 | Commenter Un commentaire

De l’importance d’éviter les plantes empoisonnées

Vous est-il déjà arrivé de voyager au bout du monde pour y rencontrer par hasard votre voisin de palier ? Votre prof de cinquième année ? Vous êtes-vous déjà faits rattraper par la réalité québécoise alors que vous étiez plongés dans la culture tonkinoise ?

Ça vient de m’arriver. Je vous raconte. Et je vous donne un scoop par-dessus le marché.

Premièrement, je vous fais un aveu. Mes derniers billets ont été mis en ligne alors que j’étais loin de toute connexion internet. J’étais dans la grande nature. Je parcourais la piste Chilkoot.

Voici d’abord la minute historique. Lorsque George Carmack, Skookum Jim et Dawson Charlie découvrent de l’or dans un affluent de la rivière Klondike, au Yukon, en 1896, ils déclenchent la plus grande ruée vers l’or de l’histoire. Des dizaines de milliers d’hommes convergent vers le Yukon, suivant différentes routes. La plus célèbre est la piste Chilkoot, une voie commerciale traditionnelle utilisée par les amérindiens Tlinglit de la côte pour faire des échanges avec les amérindiens de l’intérieur.

Cette piste de 53 kilomètres est maintenant un parc canado-américain qui passe de l’Alaska à la Colombie-Britannique en traversant trois grands écosystèmes : la forêt côtière, la zone alpine du col Chilkoot et la forêt boréale de l’intérieur. Techniquement, cette piste n’est pas au Yukon, mais elle est si intimement liée à toute l’histoire du Klondike qu’elle est yukonaise dans son esprit.

J’ai parcouru ce merveilleux sentier en cinq jours, histoire de m’imprégner de l’esprit de ces courageux (ou insensés) chercheurs d’or.

Je prépare un reportage sur toute la ruée vers l’or pour notre édition papier, incluant la piste Chilkoot. Mais je vais vous raconter ici quelque chose qui ne se retrouvera pas dans le journal.

Dans la zone côtière, la piste se taille un chemin entre les feuilles géantes du bois piquant (oplopanax horridus).

Dans la zone côtière, la piste se taille un chemin entre les feuilles géantes du bois piquant (oplopanax horridus).

Nous cheminons dans la forêt côtière depuis deux jours lorsque nous croisons deux jeunes hommes. La plupart des gens parcourent le sentier Chilkoot de l’ouest à l’est afin de suivre la trace des stampeders. Pas ces deux là. L’un d’eux me semble familier. Je lui demande d’où il vient. Du Québec, dit-il. Je lui demande son nom… et je le reconnais ! Quelqu’un que j’avais rencontré lors d’une sortie de plein air. Il m’explique qu’il travaille comme soutien technique pour une production de TVA (ah ben !), une téléréalité sur la ruée vers l’or qui passera sur votre petit écran quelque part en 2011!

Lorsque nous arrivons au Camp Sheep, où nous passerons la nuit, nous tombons sur les dix personnes qui participent à cette téléréalité, des gens «ben ordinaires» qui ont été choisis parmi 3000 applicants. Habillés en costumes d’époque, mal chaussés, ils travaillent comme des forçats pour transporter étape par étape quelque chose comme 500 livres de nourriture et d’équipement sur le sentier.

Deuxième minute historique : pour que les stampeders ne meurent pas de faim en arrivant au Klondike (où il n’y a rien pour accueillir des milliers de nouveaux arrivants), la police montée de l’époque exige que chacun transporte de quoi survivre pendant un an, soit environ une tonne de nourriture et équipement.

Nos camarades doivent en transporter moins (ils ne passeront pas un an ici, mais quelque chose comme trois mois), mais c’est quand même toute une tâche.

Hyper sympathiques, ils répondent gentiment aux mille questions que leur posent les randonneurs d’aujourd’hui, avec leurs excellentes bottes de randonnées et leurs vêtements techniques. Ils se méritent l’admiration de tous.

Tout près du col Chilkoot, dans la zone alpine.

Tout près du col Chilkoot, dans la zone alpine.

Surtout lorsque nous franchissons le lendemain le col Chilkoot, raide, difficile, pierreux. Ces pauvres devront escalader et redescendre cette pente des dizaines de fois pour faire monter tout leur matériel. Pour notre part, nous n’effectuons cette montée qu’une seule fois et nous poursuivons notre randonnée le long de la piste.

Descente dans la forêt boréale.

Descente dans la forêt boréale.

Le lendemain, le téléphone arabe de la piste (soit des randonneurs qui font le trajet en trois jours plutôt qu’en cinq comme nous, et qui nous rattrapent au camp Lindeman) nous apprend de bien tristes nouvelles. Cinq de ces comédiens ont mangé un type de plante empoisonnée et sont tombés malades. Ils ont du être évacués par hélicoptère et deux ont dû être hospitalisés à Whitehorse. Tous les randonneurs sont désolés.

Que se passera-t-il maintenant pour eux ? Pour les autres restés sur la piste Chilkoot ? Il faudra attendre. Mais si j’apprends quelque chose, je vous fais savoir !

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