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  • Stéphanie Bérubé

    Stéphanie Bérubé est journaliste à La Presse depuis 1997. Elle a travaillé aux informations générales et aux arts, puis écrit désormais pour les sections du samedi, Voyage, Gourmand et Maison.
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    Mercredi 12 mai 2010 | Mise en ligne à 9h50 | Commenter Commentaires (4)

    Observations et réflexions “addis-abebiennes”: suite

    Notre journaliste Émilie Côté est à Addis-Abeba, la capitale de l’Éthiopie. Elle fait un voyage dit “solidaire” avec l’organisme Projects Abroad. Elle vit dans une famille et apportera de l’aide pendant deux semaines dans un orphelinat.

    ÉMILIE CÔTÉ

    Tel que je l’ai fait la semaine dernière, voici quelques impressions ressenties par rapport à certains traits de la société et culture éthiopiennes.

    La politique

    Les élections éthiopiennes auront lieu le 23 mai. Les Éthiopiens s’attendent à ce que le parti au pouvoir depuis 1991 soit réélu pour un autre mandat. J’ai vraiment entendu des choses épouvantables par rapport à ce gouvernement corrompu, dont les politiques et décisions ne profitent qu’à une poignée de gens, m’a-t-on dit. Pour avoir un bon emploi, pour pouvoir se payer l’université, pour faire de l’argent, il faut être l’ami du parti et non avoir un bon curriculum vitae. La vie est également plus facile pour les Éthiopiens qui sont du même groupe ethnique que le parti au pouvoir. Le gouvernement contrôle et possède les médias et les télécommunications. Les blogues sont interdits, par exemple. Comme me l’ont dit beaucoup de gens ici, « c’est une fausse démocratie ». Beaucoup de dissidents du parti au pouvoir sont aussi retrouvés morts.

    Les autorités éthiopiennes et l’Union Européenne (UE) ont néanmoins signé un accord pour encadrer une mission d’observation des élections. Voir un article sur le sujet ici.

    La vie nocturne

    Vous devriez voir le nombre de bars qu’il y a ici. Samedi soir, nous sommes sortis dans un « vrai » bar d’Addis et non un bar d’expats. C’est impressionnant de voir à quel point les gens ont le sens de la fête…pas dans le sens de débauche, mais dans l’esprit de décrocher, de juste profiter du moment présent. Les gens dansent et chantent, oublient leur quotidien le temps d’une soirée.

    Ethiochina

    Il y a une importante communauté de Chinois à Addis-Abeba. Pour la plupart, ils sont ici pour la construction d’édifices et de routes. L’une des infirmières de l’orphelinat parle de l’Ethiochina, et des Éthio-chinois, soit ces petits bébés noirs dont il ne reste que du père que les traits asiatiques.

    L’éducation sexuelle, la religion

    Le sida a beau faire des ravages en Afrique et en Éthiopie, beaucoup de gens pensent que c’est dans les mains de Dieu. J’ai été vraiment surprise d’entendre les employés de Projects Abroad me dire que l’eau bénite d’une église en haut des montagnes d’Addis-Abeba peut soigner les gens du sida. « Les gens viennent de l’Europe pour cette eau bénite, m’a assuré Weini. Et après, leur test est négatif. Je te le dis ! »

    À l’orphelinat, beaucoup des « gardiennes » viennent de la campagne et sont peu éduquées. Quelques-unes ont donné leur bébé à un orphelinat…mais elles sont contre l’adoption internationale.

    Le gouvernement a beau offrir gratuitement différents moyens de contraceptions (pilule anticonceptionnelle, condoms), c’est de l’éducation sexuelle dont les gens ont besoin. Mais encore là, ce n’est pas aussi simple que ça. Il y a aussi l’alcoolisme et les viols qui sont un grave problème.

    La notion de loisir

    Les gardiennes de l’orphelinat gagnent entre 8$ et 15$ par mois, selon leur ancienneté. Elles vivent à l’orphelinat, y sont logées et nourries, mais elles n’ont qu’une seule journée de congé par mois.

    La plupart viennent de la campagne et envoient une grande partie de leur salaire à leurs parents.

    Elles dorment entassées dans des petites chambres. Pratiquement à tous les repas, elles mangent des injera, le plat traditionnel éthiopien.

    Je les admire. Personnellement, vers 16h, je commence à avoir hâte de sortir de l’orphelinat. J’adore m’occuper des enfants, mais on bouge et on se déplace peu durant la journée, nous sommes toujours dans les mêmes pièces…À un moment donné, j’ai besoin de marcher, j’ai besoin d’air.

    Les gardiennes ne sortent pratiquement jamais de l’orphelinat… c’est leur vie. Quand l’une part et revient avec une lettre, par exemple, tout le monde est excité. Il y a quelque chose à raconter, une nouveauté.

    Je me rends compte à quel point pour elles, la notion de loisir n’existe à peu près pas.

    Même chose pour ce qui est de la nourriture. Pour nous, cuisiner, aller au marché, même penser à ce qu’on va manger est un loisir.

    « Pas de pizza ce soir, dit-on à une amie qui nous invite au restaurant, j’en ai mangé avant-hier. »

    Bien ici, la plupart des gens mangent la même chose tous les jours, et même plusieurs fois par jour.

    Je vous dis tout ça, mais les gardiennes de l’orphelinat ne sont pas malheureuses de leur sort pour autant. Ce sont des bonheurs tout simples qui les font sourire : une chanson de leur coin de pays à la radio, l’une qui essaie les vêtements de l’autre, ou des bananes que j’apporte pour tout le monde un matin.

    Bref, le bonheur, c’est bien relatif.

    L’homosexualité

    L’homosexualité est interdite en Éthiopie. Dans les guides de voyage, on conseille même aux voyageurs de ne pas aborder le sujet. La semaine dernière, à l’orphelinat, quand le coordonnateur a parlé avec effroi de parents gais qui adoptaient des enfants, je n’ai pu m’empêcher d’aborder la question (à la défense de mes nombreux amis gais et lesbiennes).

    J’essayais d’expliquer à Ficsum qu’il y a probablement sensiblement le même pourcentage d’homosexuels au sein de la population éthiopienne que dans les pays occidentaux. Il ne voulait rien entendre.  Pour lui, c’est inimaginable. Il m’a raconté s’être fait « cruiser » l’autre jour dans un bar où il avait l’habitude d’aller. « Je n’y mettrai plus jamais les pieds », a-t-il dit. L’une des infirmières était de son avis. Après notre conversation, elle a fait un signe de croix en lançant « Jesus », et elle est sortie de la salle en coup de vent.

    Cette réaction aussi forte surprend, surtout que plusieurs hommes se donnent la main dans la rue ou s’assoient l’un contre l’autre tel un couple.

    Ficsum a beau voir des gais dans les films américains, il croit que l’homosexualité n’existe pratiquement pas en Éthiopie…sauf peut-être pour quelques désaxés.

    « Il n’y en a pas », tranche-t-il.

    J’ai essayé de lui dire que beaucoup de gens le sont sans doute secrètement, que ce n’est pas un choix mais un “état”, mais j’ai fini par lâcher le morceau.

    ***

    Alors voilà, je vous dis à bientôt.


    • Si on ne faisait pas dans la rectitude politique, on dirait que l’Éthiopie, c’est creux. Mais comme c’est un pays pauvre, on lui pardonne tout. On met le lot de bêtises sur la pauvreté et le manque d’éducation des masses. Ca nous donne bonne conscience.

      Merci pour tes reportages. Ca donne quand même le gout d’y aller, de voir de quoi le reste du monde à l’air. Après tout, il n’y a pas qu’Hallack et Tomassi dans vie…

    • Vous dites que les gardiennes gagnent entre 8$ et 15$ par mois. Pouvez-vous nous donner une idée du coût de la vie? Combien coûtent les aliments de base, combien coûte une paire de chaussures ou un trajet en autobus en ville?

    • ” surtout que plusieurs hommes se donnent la main dans la rue ou s’assoient l’un contre l’autre tel un couple.”
      Sachez qu’en Ethiopie le fait de se tenir la main est une question d’amitié et non pas d’homosexualité avant de porter un jugement dans un pays il faut absolument savoir la tradition , la façon de vivre d’un pays il ne faut pas oublier que l’ethiopie a une façon de vivre loin des pays occidentaux , et je ne pense pas qu’il n’y ait autant de homosexuel en Ethiopie qu’en europe. donc Émilie Côté, avant de dire quoi que ce soit renseignez vous bien ne soyez pas trop pressée !

    • À buckdream: je sais très bien que se tenir la main entre hommes est une question d’amitié dans beaucoup de pays. Je voulais juste illustrer le fait que pour un “étranger”, c’est étrange de voir des hommes se tenir la main alors qu’ils considèrent l’homosexualité presque comme un crime.

      À hdufort: les gardiennes vivent à l’orphelinat, et y sont logées et nourries. C’est le cas de beaucoup d’aides domestiques. Elles gagnent très peu d’argent, mais elles ont un toit et un milieu de vie, en quelque sorte. Avec leur salaire, elles ne pourraient pas se payer un appartement.

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