ÉRIC CLÉMENT
En Chiquitanie, il y a les missions jésuitiques, les églises et la musique baroque mais il y a aussi tout un univers naturel exceptionnel. La forêt amazonienne n’est jamais loin des pistes.

Dans ces conditions, il est toujours étonnant de trouver une cabine téléphonique au bord de la forêt.

Mais fonctionne-t-elle ?
Ou bien une piscine en pleine forêt, comme à San José de Chiquitos:

J’ai ressenti cette ambiance quasi brésilienne, la frontière n’est pas très loin, lorsque je suis allé à Aguas Calientes, avec mon guide Pierre Martinez. Aguas Calientes est un village de la province de Santa Cruz, à environ 200 km de la ville brésilienne de Corumbá et tout près du village de Roboré.

Il s’agit d’un site de sources thermales assez chaudes (au-delà de 40 degrés). Quand on se place au niveau de la source, on est tiré vers le bas. Assez particulier. Le routard français Maxime s’est prêté à l’expérience:



Une autre activité passionnante aura été la visite du site d’El Portón, non loin du village de Chochis. Il s’agit d’un piton rocheux situé tout proche d’une falaise:

À la base du piton a été construit un sanctuaire en mémoire des habitants du village d’El Portón décédés lors d’une soudaine éruption volcanique en 1979.

L’endroit est à la fois un lieu de recueillement et un site artistique. Il y a en effet un grand nombre de bois sculptés. Ici, une colonne:

Là, la porte d’entrée de la chapelle:

L’arbre de vie qui forme l’axe central de la chapelle est, lui aussi, entièrement sculpté et l’a été, sur place, peut-on dire en quelque sorte “in vivo” ?


Les messes sont données en plein air et la croix du Christ, sculptée dans un tronc, est exceptionnelle: Jésus est un Chiquitanos…

Il y a aussi des peintures:

Et des sculptures qu’on ne verrait pas à Rome…

Il y a aussi des escaliers assez originaux:

On peut grimper à la base d’El Portón (prendre de bons souliers):

Et de là, on a une vue superbe sur l’immensité verte qui se prolonge, au loin, au Paraguay:

Nous nous sommes ensuite rendus à Santiago de Chiquitos où nous avons rencontré une délégation chargée de nous présenter leur village: Mary Luz Pacheco (à gauche sur la photo ci-dessous), architecte et propriétaire de l’Hotel Beula, Milton Whittaker, éleveur et fromager quaker d’origine américaine, en Bolivie depuis plus de 40 ans (à droite) et (absents de la photo), Filomena Vargasfrias (chargée de la culture au village) et un représentant politique.

Avant même de présenter les caractéristiques touristiques de leur village, ils se sont plaints de leur isolement financier et politique (Santiago n’est pas assez peuplé pour former une commune et dépend donc de Roboré) et du manque d’aide de la part du gouvernement central de La Paz, malgré le potentiel évident que représente ce coin de la Bolivie pour le tourisme.
Ils ont dit vouloir développer des activités touristiques dans le village, avoir besoin d’une meilleure distribution de l’eau potable (un problème dans plusieurs villages) et souhaiter contrôler un peu mieux leurs ressources naturelles (les compagnies minières, notamment canadiennes, semblent avoir le champ libre dans la province de Santa Cruz, riche en gaz, pétrole et métaux).
Ils ont déjà un sacré patrimoine, étant le seul village situé au sein du parc du Bosque Seco Chiquitano, une réserve naturelle de 20 millions d’hectares dont nous avons dans un premier temps visité le Centre d’interprétation avant d’aller nous balader, avec le guide Santiago Etcheverry Méndez, jusqu’au Mirador, un point de vue assez formidable donnant sur la vallée de Tucavaca. Je vous laisse regarder les photographies. J’espère qu’elles sont suffisamment parlantes:





La forêt à perte de vue, avec le Brésil au loin:









Après cette balade, nous nous sommes promenés dans le village, pas très animé, les gens n’ayant pas encore le réflexe de présenter et vendre leurs produits. Il n’y a pas de boutiques, même si on produits plusieurs objets artisanaux.
On est vraiment dans une région où le tourisme n’est pas encore très développé car les gens n’en ont jamais vraiment eu besoin, contrairement à l’Altiplano andin où les conditions climatiques et le relief ne fournissent pas les ressources de vie dont dispose la population de l’Oriente bolivien.


La nuit, tout est calme assez tôt à Santiago de Chiquitos (il n’y a aucune activité, aucun bar). On profite du ciel étoilé, magnifique car il y a peu de pollution lumineuse, et on se couche tôt pour profiter du petit matin. La vie s’anime dès 7h. Les enfants vont à l’école très tôt. On les voit déambuler tranquillement près de l’église et de la place du village:



Voici la cour intérieure de l’Hotel Beula, où j’ai bu de délicieux jus d’acerola, de goyave et de tamarin:

Le village nous a aussi organisé un petit concert dans l’église pour nous présenter le travail de la trentaine d’élèves de l’école de musique, dont une vingtaine de choristes:

Le concert était une sorte de répétition en attendant leur participation au 8ème Festival international de musique baroque. Ils ont interprété des oeuvres connues comme une notamment du maître du baroque Telemann mais aussi des oeuvres originales boliviennes.

C’est une Américaine mennonite qui dirigeait l’orchestre. Bénévolement. L’école est à la recherche d’un professeur de musique. Et comme bien des villages de la Chiquitanie, elle manque d’instruments de qualité. Avis aux âmes charitables…
Après ce texte, je finirai mon périple par San José de Chiquitos, le village principal de la Chiquitanie (hormis Santa Cruz bien sûr), duquel je suis parti pour aller prendre mon avion de retour. À regret.
Tags: Bolivie, chiquitania, chiquitanie

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hubertstefoy
7 avril 2010
08h03
encore une fois, de magnifiques images
hubertstefoy
7 avril 2010
08h09
encore une fois, de magnifiques images, et une canopée qui fait comme un océan. Les soleils levants et couchants doivent être somptueux. Vu du ciel (Google Earth est notre ami), Roboré semble abriter une gare de triage avec quelques “épaves” qui devraient pouvoir donner lieu à d’autres jolies photos.
J’ai recherché sur la toile, il semble qu’en France, on compte 2100 Mennonites, principalement aux frontières est (Alsace, Franche Comté)
Merci de nous faire voyager
amicalement
Hubert
dionysos
7 avril 2010
12h04
Merci pour ces merveilleux reportages, pour ces tranches de vie et de nature qui sortent des sentiers battus. Mais je me demandais si l’auguste journaliste avait récupéré le routard français des sables mouvants ou si le sacrifice a été conduit jusqu’au bout ;-)
PLR
eclement
7 avril 2010
12h23
bof, dionysos, un routard de plus ou de moins…. y’en a tellement sur les routes, ça fera pas de différences ! Non, n’ayez crainte, Maxime est sain et sauf et doit être au Pérou avec sa copine à l’heure qu’il est… Vous pouvez suivre leurs aventures à mytripjournal/maxiane.
jert
7 avril 2010
19h22
Que de beaux souvenirs tu m’as fait revivre.
eclement
7 avril 2010
20h29
jert, j’en suis très heureux pour vous…