ÉRIC CLÉMENT
Je me suis réconcilié avec la Costa del Sol. Il n’y a plus de malentendu. Les choses sont claires. J’ai décidé de lui pardonner ses excès :
Et encore, je sais que certains d’entre vous ont vu pire. J’ai vu pire. Mais je ne me suis pas arrêté pour prendre une photo.
Mais bon, je lui pardonne et, de son côté, elle ne m’en veut pas et je pense même qu’elle comprend très bien que je préfère Grenade.
Il faut vous dire que la Costa del Sol et ma pomme, c’est une vieille histoire. On se fréquente depuis plus de 40 ans. J’ai même testé son système scolaire…quand j’avais 4 ans ! J’en avais presque oublié mon français…
Durant environ un an, mon père a travaillé à Marbella. On y habitait et j’allais à l’école avec ma petite chaise en bois. C’était l’usage dans le temps. L’Espagne n’était évidemment pas développée comme aujourd’hui. On était aussi dans les pires années du franquisme. On garrotait à tout va. Et mon père ne gardait pas sa langue dans sa poche. On a quitté.
Je suis retourné où j’avais vécu en 1983. Je n’ai, mais alors, rien reconnu. Tout avait été démoli et rebâti. À la même adresse, il y avait une carrière de béton, ou si vous préférez 3000 sièges sociaux d’Hydro-Québec en rangée d’oignons. Je vais y retourner la semaine prochaine, afin de voir si Marbella a quand même conservé quelques images de mon enfance.
Donc cette Espagne bétonnière, vraiment, très peu pour moi. Mais bon, je ne lui en tiendrai plus rigueur. Peut-on empêcher un coeur d’aimer… l’argent ?
Mais surtout, je crois à la rédemption. L’homme sait quand il en fait trop. Il finit par comprendre. Des Espagnols ont compris que de bétonner n’est pas la seule solution. Conserver les richesses d’hier, respecter l’âme de la terre, c’est aussi rentable.
J’ai ainsi trouvé des petits coins de paradis sur les pentes de ce pays. Des villages encore immaculés du développement à outrance. Des villages accrochés dans les hauteurs, tels des miradors bâtis dans les côtes, contemplant la mer et le désastre plus bas: des sortes de Cuestas del Sol, des villages purs et garantis sans béton.
Je ne vous en donnerai qu’un exemple (car ce soir, je sort! Ça suffit le blogue!) : Benalmádena pueblo.
Et je dis bien “pueblo” parce qu’il y a plusieurs Benalmádena et les autres ne sont pas vraiment jojo, sauf peut-être le quartier Arroyo de la Miel.
Mais Benalmádena pueblo…à quelques kilomètres à l’ouest de Malaga, c’est un bijou.
Il faut quitter la route 340 et monter quelques kilomètres dans la montagne, passer des zones pas terribles, puis on arrive finalement dans la partie basse du village (photo au-dessus de la signature). Là, il faut se garer.
J’ai eu du mal, alors en été, ça doit être la folie. Allez-y avant mai, vraiment. De toutes façons, comme m’ont dit plusieurs d’entre vous, il fait trop chaud l’été, alors. D’ailleurs, aujourd’hui, il faisait 16 degrés environ et on était super bien. Manquait plus qu’une tête dans l’eau…j’y pense…j’y pense.
Donc, une fois que vous êtes garés, vous allez prendre un ascenseur (eh oui) qui vous amène à la partie haute du village (photo ci-dessus). Là, c’est de toute beauté.
J’ai parlé avec la dame assise devant chez elle (photo ci-dessous). Elle m’a dit avoir habité un an en Argentine et regrette presque d’être revenue dans son pays. “Cosas muertes”, m’a-t-elle dit, désabusée par la situation économique et, m’a-t-il semblé, un peu aigrie par la vie…et par son village déserté par les touristes, seule source de subsistance.
J’ai un peu flâné dans les ruelles, ébloui par cette lumière et cette chaux :
J’ai vu une plaque où l’on expliquait que le village a été choisi en 1970 comme symbolique capitale de la province de Malaga à cause des efforts qu’il avait fait pour enjoliver ses maisons et ses rues. Jusqu’aux plaques de rue:
Je me suis finalement assis sur cette petite place invitante, où une petite fille tend en permanence une écuelle d’eau aux passants:
J’étais assis sous les orangers:
Il faisait frais quand le soleil était caché. Je me suis senti en vacances (une première fois depuis le 7 janvier, un égarement sans doute boss). J’ai pris des calamaritos fritos (petits calmars frits). Un délice. Pour 7 euros. Pas pire.
C’était calme. J’étais bien. Mais il fallait partir. Faut bien suivre le programme….
Je suis allé jusqu’à un petit belvédère. On a une vue sur toute la Costa del Sol. Comme c’est loin, on ne voit pas la laideur du béton. Mais on voit les sommets enneigés de la Sierra Nevada. Et vous voyez le léger flou. C’est la chaleur.
Ceci dit, j’aurai bien fait la sieste cette après-midi. Car on est samedi soir, quand même. Faut que je me déniaise si je veux voir l’España by night…
D’ailleurs, les Espagnols, eux, ils la font la sieste. Et n’importe où…même en plein soleil.
Pour finir, j’ai trouvé l’Espagne catholique pas mal ouverte aux gays. Je me trompe ? En tout cas, en trois jours, j’ai vu deux fois des garçons se tenir par la main ou par le bras. Un truc qu’on voit même pas à Montréal-la-ville-la-tellement-plus-ouverte-aux-gays-au-monde.
À Grenade, c’était deux jeunes, dans la vingtaine, en soirée, dans une rue assez fréquentée. Mais à Malaga, ce couple de vieux monsieurs marchaient bras dessus bras dessous tranquillement, en plein jour, sur le Paseo del parque.
Mais, vous allez me dire, z’étaient peut-être pas gays ces deux messieurs, mais juste bien de même, ensemble bras dessus bras dessous. Porque no ? Être bien, de même. Comme ces baigneuses de Picasso qui vont main dans la main sur la plage de Torremolinos:
Ou ces deux monsieurs qui prenaient le soleil sur la plage de Benalmádena Costa:
Allez, je vous laisse. À propos, merci pour les commentaires. C’est très apprécié. Je n’ai pas l’impression de voyager seul. C’est comme si vous étiez un peu sur mon épaule. Et vos suggestions sont très appréciées. J’en ai retenu quelques-unes…vous aurez la surprise dans La Presse ! Allez, reposez-vous, c’est la fin de semaine. Et j’espère que vous ne pelletez pas trop…je vous rejoins mercredi…
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