
Devenu un incontournable de la couverture culturelle montréalaise, le reporter Claude Deschênes quittera Radio-Canada le 2 août prochain après 33 ans de service.
Bien qu’il se montre reconnaissant envers la télévision publique dans une lettre publiée sur sa page Facebook, il déplore le rétrécissement de l’espace accordé à la culture dans les bulletins de nouvelles. «Je me sens à l’étroit dans ce nouveau contexte. Ma passion n’a plus de place pour s’exprimer», écrit-il.
Claude Deschênes couvrait la scène culturelle principalement pour Le téléjournal Montréal (anciennement Montréal ce soir) depuis 1989. Il avait cependant entrepris sa carrière à la station de Radio-Canada à Québec en 1980 comme journaliste surnuméraire.
Il souhaite maintenant se consacrer à des projets d’écriture, de radio et de télévision. «C’est un choix difficile mais nécessaire pour continuer à m’épanouir.»
Nous lui souhaitons la meilleure des chances et saluons son travail des 33 dernières années!
Voici l’intégrale de sa lettre:
C’EST UN DÉPART
En mars 1980, j’ai réalisé un rêve. Je suis entré à Radio-Canada comme journaliste surnuméraire à Québec. Cela fait donc 33 années passées dans cette grande institution.
Huit ans à la radio et à la télévision à Toronto. 24 au service de l’Information à Montréal. J’y ai appris la rigueur et le vrai sens du service public en communication. J’ai traversé une multitude de changements technologiques et vu la société se transformer.
J’ai assez d’anecdotes pour écrire un livre. J’ai accumulé suffisamment d’archives pour faire une série sur l’extraordinaire évolution de la culture québécoise depuis un quart de siècle.
L’essentiel de ma carrière a été consacré à la couverture de la scène culturelle, un secteur que le milieu de l’information électronique ne prend pas aussi au sérieux que la politique, l’économie ou le sport. N’empêche, j’ai toujours bénéficié de moyens généreux pour accomplir ma tâche. Je suis reconnaissant à Radio-Canada pour la carrière que j’ai eue.
Encore aujourd’hui, malgré les compressions, il y a moyen de faire une couverture de qualité. La volonté de mes collègues de toujours faire mieux, m’aide à maintenir le niveau d’excellence que j’ai toujours visé pour notre public.
En plus de 20 ans, j’ai rarement voulu quitter mon poste. On me l’a souvent dit : << Tu as la meilleure job en ville. >> Effectivement, où trouver une aussi belle position? Rendre compte quotidiennement de la créativité d’une ville aussi productive que Montréal, est une chance.
J’aime faire des directs, des entrevues, des reportages, des critiques. Embrasser la culture dans ses différentes incarnations. J’aime parler de culture à un large public à l’heure où il soupe.
J’ai suivi pas à pas l’évolution de Céline Dion. Ai été témoin de la croissance phénoménale du Cirque du Soleil. Pu rendre compte des réussites de Robert Lepage, Michel Lemieux, Marc Séguin. J’étais là lors des débuts d’Ariane Moffatt. J’ai contribué à faire découvrir Bobby Bazini.
Ce rôle de journaliste culturel à Radio-Canada vient avec des obligations : rigueur, indépendance, ouverture. Sans oublier le souci de diversité dans les sujets traités.
La présence quotidienne à l’antenne m’a toujours permis d’accomplir ma tâche en ce sens.
Cependant, depuis quelque temps, l’espace accordé à la culture a rétréci. Comme j’ai toujours vu la culture comme un rendez-vous quotidien (le slogan d’ARTV, CHAQUE JOUR EST UN SPECTACLE est tellement juste), je me sens à l’étroit dans ce nouveau contexte. Ma passion n’a plus de place pour s’exprimer.
Aujourd’hui en 2013, je rêve de refaire de la radio comme durant mes années à Toronto. J’échafaude des projets de télé. Je voudrais avoir du temps pour écrire. J’ai une envie folle de parler de Montréal et ce qui la fait vibrer.
Le travail ne me fait pas peur, pas plus que les nouvelles technologies. J’ai de l’énergie et de l’expérience à partager.
Comme j’ai maintenant le privilège de pouvoir accéder à un régime de retraite, je fais le saut. A l’heure où Radio-Canada appelle à se RECRÉER, je choisis de me réinventer en dehors du cadre de l’information. C’est un choix difficile mais nécessaire pour continuer à m’épanouir.
J’appelle les défis! C’est un nouveau départ.
Je quitterai mon poste le 2 août, la veille de mon anniversaire.
Je m’offre la liberté.
Claude Deschênes, 25 février 2013