Richard Therrien

Archive de la catégorie ‘Documentaires’

Mercredi 2 juillet 2014 | Mise en ligne à 13h02 | Commenter Commentaires (23)

Trou d’un coup à Historia

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Le golf, sport de riches. Sport de vieux. Sport trop lent. Et sport, faut le dire vite. On ne doit pas connaître le golf, comme moi, pour entretenir ce genre d’idées préconçues. Qui ont leur part de vérité, mais qui réduisent cette activité pratiquée par près d’un million de personnes au Québec.

La minisérie documentaire G.O.L.F. : son histoire au Québec, diffusée dès ce soir (mercredi) à 20h sur Historia, donne une idée de l’ampleur du phénomène chez nous, du temps où il était réservé aux riches anglophones jusqu’à sa démocratisation. Comme la plupart des séries du genre à Historia, que vous soyez ou non un amateur de golf, je vous recommande cette oeuvre en trois épisodes, qui replace le sport dans son contexte historique, longtemps empreint de misogynie et même de racisme.

Parce que comme dans tout le reste, les femmes n’étaient pas les bienvenues sur le vert, jadis le territoire du mâle. Certaines ont fini par croire que l’acronyme G.O.L.F. signifiait «Gentlemen Only, Ladies Forbidden» («hommes seulement, interdit aux femmes»). Jusque-là, rien d’étonnant, mais savoir que cette forme de discrimination a perduré jusque dans les années 90 me sidère.

Encore dans les années 60 et 70, les femmes n’étaient souvent tolérées qu’à partir de 16h, en plus d’hériter de parcours de neuf trous mal entretenus. Les hommes avaient leur grand hall et les femmes devaient entrer par la porte de derrière. Il a fallu attendre 1994, il y a à peine 20 ans, pour que Suzanne Lavinskas soit la première à s’adresser à la Commission des droits de la personne pour devenir membre actionnaire d’un club de golf, ce qui était hors de question. Encore plus désespérant : les autres femmes n’ont plus voulu jouer avec elle et ont même signé une pétition pour l’exclure, mais elle a tout de même gagné sa bataille trois ans plus tard. Imaginez, en 1997. Vous dire à quel point le golf est resté longtemps un sport de machos.

Rassurez-vous, on ne passe pas trois épisodes à souligner les travers du sport, glorifié par des témoins passionnés, de tous âges, golfeurs, anthropologues ou historiens, dont l’enthousiasme opère. L’épisode de ce soir m’est apparu le meilleur des trois; tout le chapitre sur le rôle primordial du caddie est particulièrement intéressant. Souvent issus de milieux défavorisés, ces jeunes garçons chargés de porter le matériel des joueurs apprenaient l’éthique et le respect au contact de leurs maîtres. Et parmi eux, figuraient souvent de futurs golfeurs. Avec la disparition des caddies, la relève s’est faite plus rare, au point qu’on associe le golf à une activité de pépères. Il faudra l’arrivée de Tiger Woods dans les années 90 pour que les jeunes s’y réintéressent. Les programmes sports-études ont produit des joueurs prometteurs, comme Marc-Étienne Bussières, qui a dû vendre des actions et convaincre des commanditaires pour penser compétitionner.

Le second épisode rappelle le parcours des rares golfeurs québécois à s’être illustrés à l’échelle internationale, que ce soit Jules Huot dans les années 30, Adrien Bigras dans les années 60, et Daniel Talbot, un des premiers à vivre uniquement, mais modestement, de la compétition.

Jocelyne Bourassa fait aussi partie de ces conquérantes, qui provenait d’une famille plutôt modeste de Shawinigan, mais qu’un mécène a supportée financièrement pour l’envoyer aux États-Unis. Il fallait sortir 10 000 $ pour participer à un tournoi américain. Sa victoire de 1973 au tournoi La Canadienne au club Ville-de-Montréal reste la plus mémorable, mais des problèmes à un genou ont mis fin à sa carrière en 1979.

Le dernier épisode fait la part belle aux architectes de talent qui ont façonné nos terrains. Des anciennes méthodes, où les vaches servaient de tondeuses à gazon, jusqu’aux techniques ultramodernes.

On sent un certain déclin aujourd’hui. Des clubs ont disparu, les coûts d’exploitation ont augmenté mais pas les revenus. Pour Pascale Robillard, directrice du golf Domaine de Rouville, le sport devra se redéfinir, notamment en écourtant les parties et en adoptant des parcours de 12 trous au lieu de 18, une transition inévitable pour accommoder les familles et se maintenir en vie. Au terme de la série, j’ai presque eu envie de saisir mon premier fer. Je dis bien presque.

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Mardi 17 juin 2014 | Mise en ligne à 9h47 | Commenter Commentaires (36)

Janette en trois actes

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On a peine à imaginer que les femmes n’ont pas toujours eu le droit de vote, qu’elles n’étaient pour ainsi dire que des exécutantes qui devaient obéir à leur mari, comme des enfants obéissent à leur père.

Dans Ma vie en trois actes, présentée en trois parties aux Grands reportages Personnalités, dès vendredi à 20h sur ICI RDI, Janette Bertrand raconte son histoire, intimement liée à l’évolution des femmes au Québec. Une réalité pas si lointaine, qu’il est nécessaire de rappeler pour saisir toute l’importance de la révolution féminine.

Ceux qui ont lu sa biographie du même titre seront en terrain connu. Au premier épisode, Janette raconte une enfance malheureuse, tourmentée, avec une mère qui ne lui montrait jamais le moindre signe d’affection. Puis, son entrée dans la vraie vie, sa rencontre passionnée avec Jean Lajeunesse, qu’elle érigeait en véritable dieu.

On suit cette histoire à travers les récits de Mme Bertrand à son petit-fils Olivier (sur la photo), devenu adulte, au chalet familial. Une sorte de transmission d’héritage, très touchante par moments.

Ma vie en trois actes est réalisée par Louis Choquette, celui-là même qui a réalisé sept dramatiques d’Avec un grand A à Radio-Québec.

À 125, Marie-Anne dimanche dernier, Janette Bertrand a confirmé vouloir lancer un quatrième acte de sa biographie, et reviendra notamment sur l’épisode de la piscine à la dernière campagne électorale, qui l’a mise dans l’eau chaude.

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Consultez QuiJoueQui.com.

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Mercredi 20 novembre 2013 | Mise en ligne à 10h39 | Commenter Commentaires (14)

Bagarreurs, mais à quel prix?

Cliquez ici pour visionner la vidéo.

«Ça commence à saigner, et les gens sont heureux.» La citation de mon collègue des sports à La Presse Mathias Brunet, qui décrit une bataille particulièrement violente, m’a frappé. Parce qu’au fond, les bagarres au hockey continuent d’exister essentiellement pour le show.

Si Bagarreurs inc. provoque la même réaction dans votre salon que lors du visionnement de presse mardi matin, attendez-vous à des discussions musclées. Après la mort très médiatisée de trois bagarreurs de la glace, Mathias Brunet s’est inquiété des séquelles sur les joueurs et a eu l’idée d’en exposer l’ampleur dans un documentaire de 90 minutes, présenté dimanche à 19h à Canal D.

La réalisatrice Sophie Lambert a choisi de suivre le parcours d’un ancien attaquant des Remparts de Québec, Danick Paquette, devenu le bagarreur de service de l’Express de Chicago au moment du tournage. On comprend très vite que c’est poussé par son père que Danick est devenu celui qui donne les coups. Lucien Paquette, tout un personnage, pour qui «il faut souffrir pour son équipe», rêve d’une carrière dans la Ligue nationale de hockey pour son fils, et il veut beaucoup.

Mathias Brunet ne croit pas à l’abolition des batailles, mais prônerait plutôt une expulsion des bagarreurs et des sanctions plus sévères, comme dans la Ligue junior majeur. Le commentateur Dany Dubé, lui, croit qu’il y aura des bagarres «jusqu’à ce qu’il se passe quelque chose de grave». À l’inverse, Georges Laraque défend bec et ongles les bagarres, «une bonne façon de faire respecter son équipe». On le voit dans le documentaire donner ses trucs à Danick Paquette pour avoir le dessus durant une bataille, montrer l’épaule et non le torse.

Reste qu’à peu près tous les anciens goons rencontrés dans le documentaire ont un débit plus lent quand ils parlent et manquent clairement de concentration. Le cas le plus triste est celui de Gino Odjick, qui a du mal à exprimer sa pensée à la caméra. Mais Laraque affirme que la drogue a fait bien plus de ravages que les commotions. Il faut dire que Laraque fait partie des 5 % de joueurs qui n’ont conservé aucune séquelle; personne ne résistait à ce colosse.

Les avis sont partagés. D’un côté, on dit que les bagarres font partie du spectacle et que les interdire multiplierait les «coups de cochon». De l’autre, qu’elles éloignent du sport et qu’elles ont de graves séquelles sur les joueurs qui collectionnent les commotions cérébrales. Un scientifique viendra le dire: les multiples commotions cérébrales entraînent des lésions graves au cerveau, et se traduisent par des dépressions, une surconsommation de médicaments et même de la démence. Après son décès à 28 ans, l’ancien bagarreur Derek Boogaard avait le cerveau d’un homme de 70 ans. Mais Laraque considère que les bagarres ne sont pas plus graves que les mises en échec déloyales et autres coups salauds qui surviennent sur la glace.

Parmi les intervenants les plus radicaux, Chris Nilan n’y va pas par quatre chemins : le Canadien aurait gagné une autre Coupe Stanley s’il ne l’avait pas remplacé par John Kordic, qui «n’a jamais réussi à porter mon jock-strap, le pauvre», envoie-t-il.

Lors de sa présentation au récent Festival de cinéma international en Abitibi-Témiscamingue, le film a suscité les huées du public, pas pour la qualité de l’oeuvre, mais bien pour les propos controversés du père de Danick Paquette. S’est ensuivie une discussion très animée d’environ 90 minutes avec les spectateurs, sur une question qui n’a pas fini de faire jaser.

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