Richard Therrien

Archive de la catégorie ‘Documentaires’

Jeudi 11 septembre 2014 | Mise en ligne à 8h33 | Commenter Commentaires (5)

Aveugle ou itinérant durant 21 jours

mfehmiu

Quiconque n’est pas non-voyant, handicapé ou itinérant ne sait vraiment pas ce que c’est. Trois journalistes ont eu le «luxe» de se glisser dans la peau d’un autre durant trois semaines, pour mesurer les difficultés et les frustrations quotidiennes liées à chaque condition.

Eza Paventi, Myriam Fehmiu et le collègue de La Presse Hugo Meunier ont servi de cobayes à cette adaptation d’un concept espagnol, intitulée 21 jours, et que TV5 lancera le jeudi 18 septembre à 21h. Pourquoi 21 jours? C’est le temps qu’il faut pour retrouver ses repères, ou pour perdre la boule, c’est selon.

L’idée est assez fascinante, et le résultat l’est tout autant. Les trois ont dû mettre de côté leurs réflexes journalistiques pour vivre à fond l’expérience, sans contrainte de temps.

Dans l’émission montrée aux journalistes, Myriam Fehmiu (sur la photo) s’immerge dans l’obscurité totale pour vivre comme une aveugle durant trois semaines. Deux pansements opaques sur les yeux, et débrouillez-vous. Comme toute personne qui perd la vue, les premiers temps sont pénibles: fini le cinéma, finis les courriels, finie la lecture.

La simple écoute d’un film accompagné d’une vidéodescription destinée aux non-voyants la rend folle, tellement les commentaires deviennent envahissants. Et je ne parle pas du simple fait de se préparer un thé ou de retirer des billets au guichet automatique, une corvée épuisante les premières fois.

Myriam passera par certaines étapes proposées aux non-voyants afin de leur offrir une vie plus normale, comme l’assistance d’un chien guide, l’apprentissage du braille et des trucs pour prendre le métro ou traverser la rue. Vingt et un jours, c’est trop peu pour atteindre cette vie plus simple, mais assez pour mesurer les efforts immenses que ça demande. Le moment où Myriam retire les pansements est particulièrement émouvant.

Le but de 21 jours n’est surtout pas de prendre le monde en pitié. Au premier épisode, Hugo Meunier a même perdu patience après quelques jours dans la peau d’un itinérant. «Ce qui résume la rue, c’est une file d’attente», dit-il de cette faune pas toujours accommodante.

En cinq minutes, on lui avait déjà offert du pot et du crack, et il a vite compris que le troc est pratique courante dans la rue. Il a aussi constaté que le regard à son endroit avait changé. «Une fois que tu te retrouves dans la rue, tu deviens un moins que rien à la vue des gens», témoigne-t-il.

Assis sur le trottoir, Hugo Meunier en a eu une preuve tangible lorsqu’il a vu des étudiants l’enjamber cavalièrement, alors qu’ils manifestaient pour des causes sociales et pour l’amélioration du monde. Tiens, tiens.

En cherchant un coin pour dormir à la belle étoile, après avoir vécu une nuit d’horreur dans un centre d’hébergement, il se fait littéralement envoyer promener par un itinérant qui protège son territoire. Il finira dans un McDo, où les sans-abri sont relativement tolérés la nuit, s’ils restent civilisés.

S’il n’a pas moins d’empathie à leur endroit, il a tout de même décelé beaucoup de victimisation chez plusieurs d’entre eux. «Ce n’est jamais de leur faute s’ils en arrivent là. Quand un itinérant me demande de l’argent pour manger, j’hésite, parce que j’ai vu combien les centres d’hébergement les nourrissent bien et qu’ils ont tout ce qu’il faut pour la journée.» Hugo Meunier, qui s’était déjà transformé en employé d’un Walmart pour un reportage dans La Presse, dit avoir vécu avec plus de difficulté ses 21 jours sur une ferme, très exigeants physiquement, présentés plus tard dans la série.

Eza Paventi a passé 21 jours dans un centre de soins palliatifs, où la moyenne de séjour n’est que de 17 jours. Vivre la mort de si près a de quoi remuer, on s’en doute. Le sort a voulu qu’elle apprenne peu de temps après qu’elle attendait un enfant, et qu’elle vivrait sa grossesse en tournant cette fois avec des enfants autistes.

Décidément, on assiste à une vague de «slow TV» qui n’est pas désagréable. Je n’ai rien contre la lenteur en télévision, pourvu que les silences parlent, ce qui est le cas dans ce docuréalité en 10 épisodes, brillamment réalisé par Frédéric Nassif et André St-Pierre. Au cours des autres émissions, les cobayes vivront sur un bateau de pêche, en fauteuil roulant, dans une résidence pour aînés et à la SPCA.

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Mercredi 20 août 2014 | Mise en ligne à 17h16 | Commenter Commentaires (39)

Huis clos avec Lucien Bouchard

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Lucien Bouchard se fait rare. Il refuse la majorité des demandes d’entrevues. Mais quand il dit oui, ce n’est pas ennuyant.

Je vous recommande NATION, huis clos avec Lucien Bouchard, qui sera diffusé lundi à 21h à Télé-Québec. Le documentariste Carl Leblanc a tourné 22 heures d’entretien avec l’ancien premier ministre du Québec, dans une maison de campagne, loin de toute distraction.

Trop nationaliste pour le Canada, trop fédéraliste pour le Québec, M. Bouchard revient sur les moments les plus marquants de sa carrière politique. Les plus douloureux: ses démissions des gouvernements conservateur et péquiste, sa grave maladie, l’affaire Yves Michaud, et surtout, l’amère défaite référendaire de 1995.

Parmi les révélations, il raconte en détails cette journée cauchemardesque du 30 octobre, et la façon dont Jacques Parizeau l’a tenu à l’écart ce soir-là. Moment émouvant quand il lit un extrait de son discours de victoire, gardé secret aux Archives nationales.

En conférence de presse après la projection de l’émission, il s’est dit persuadé de ne jamais revoir un référendum de son vivant, qu’on perdrait de toute façon, à son avis. Parfois bouillant dans le documentaire, M. Bouchard se montre aussi très drôle et certainement plus serein.

Plus de détails dans Le Soleil de jeudi.

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Mardi 12 août 2014 | Mise en ligne à 14h03 | Commenter Commentaires (8)

Occupation 281

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Les danseurs vedettes de 281 – Les dieux de la scène auraient tous pu participer à Occupation double. Culte de l’apparence, priorités similaires, même vocabulaire, et ce désir de séduire. L’un d’entre eux proclame son aversion de la lecture, et un autre répète sans relâche : «Je fais ce que je veux, quand je veux!»

La chaîne Moi&cie risque d’en titiller plusieurs avec ce docuréalité en 13 épisodes de 30 minutes, qui suit six danseurs nus au travail comme dans l’intimité, de même que leur patronne, l’autoritaire Annie Delisle. Une des rares séries du genre à ne pas être produites par Anne-Marie Losique. Et d’ailleurs, pas de nudité frontale, a tranché la chaîne Moi&cie, que des torses nus et un peu de fesses.

En acceptant de laisser entrer les caméras dans son club mythique de la rue Sainte-Catherine Est à Montréal – qui n’est non plus au 281, mais au 94 -, la propriétaire des lieux souhaite démystifier le travail de ses danseurs et éloigner les préjugés, encore très forts.

Il faut dire qu’elle les mène au pas, ses protégés. Ces dieux de la scène doivent respecter une série de règlements, par exemple de ne pas consommer au travail, de n’avoir aucun contact physique avec les clientes, et même de ne pas s’approcher d’elles à plus de six pouces. Les moins dociles subiront des suspensions au cours de la série.

Et qui sont-ils, ces danseurs? Ils ont tous des noms de scène, auxquels on a associé des rôles précis : Shawn la star, Tyler le playboy, Jordan le MC, Hayden le badboy, Sam la recrue et l’aîné et gérant, Andrew le vétéran. Jimmy, ex-candidat d’Occupation double, n’apparaît pas parmi eux; il a dû s’absenter de longs mois en raison d’une blessure, mais a repris son boulot au 281 tout récemment. C’est en le côtoyant à Whistler pour la septième saison d’Occupation double, puis en rencontrant la proprio du 281, que le réalisateur Simon Sachel a eu l’idée de ce docuréalité. Pour comprendre le phénomène.

La série commence le mardi 26 août à 22h, alors que le club a traversé une période creuse d’achalandage, à l’aube de l’été, la saison haute. Pour ramener la clientèle, Annie Delisle impose à ses danseurs un entraînement rigoureux : on mesurera leur taux de gras et la symétrie de leurs muscles, afin qu’ils affichent des corps de dieux, juste à temps pour le 35e anniversaire de l’établissement en 2015.

Après avoir visionné les deux premiers épisodes, je ne crois pas que la série éloignera les préjugés, même qu’elle pourrait les renforcer. La vedette de la place, Shawn, est montré comme quelqu’un d’irresponsable qui transgresse les règles. Voir un des danseurs nettoyer le fond de sa piscine, et un autre en plein déménagement, n’a rien de fascinant.

J’ai été beaucoup plus intéressé par la personnalité et le discours d’Annie Delisle, qui a racheté le 281 à sa famille il y a 10 ans. Et quand Sam pleure la mort de son père, on compatit, mais on flaire ce filon mélo si cher aux concepteurs de docuréalités.

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