Richard Therrien

Archive de la catégorie ‘Documentaires’

Vendredi 10 avril 2015 | Mise en ligne à 5h00 | Commenter Commentaires (17)

Jean Drapeau sans complaisance

jeandrapeaudocu

Les portraits complaisants de grandes personnalités pullulent sur nos écrans, ce qui n’est heureusement pas le cas de Monsieur le maire, Jean Drapeau et sa ville, que diffuse ICI Radio-Canada Télé, demain (samedi) à 21h. Marc Laurendeau, qui a toujours été fasciné par l’ancien maire de Montréal, et le réalisateur Bruno Boulianne y rappellent le parcours unique de l’homme, à travers des analyses et des témoignages révélateurs.

Bien sûr, on reconnaît les qualités de Drapeau pour imposer Montréal comme métropole incontournable. L’ancienne directrice du Devoir, Lise Bissonnette, le tient néanmoins «responsable de destructions importantes» et relève qu’il n’était «pas du tout attentif à la qualité de vie de ses concitoyens», avant de qualifier le Stade olympique d’«atout extraordinaire» et de «chef d’oeuvre d’architecture», elle qui est maintenant présidente du Comité-conseil sur l’avenir du Parc olympique.

Sur le fiasco financier des Jeux de 1976, l’ancien chef de Projet Montréal, Richard Bergeron, raconte que son père, grutier sur le chantier du Stade, a été payé durant trois semaines sans jamais se présenter au travail. Un employé avait poinçonné pour 30 de ses collègues, au vu et au su d’un inspecteur de la Ville, qui s’était fait graisser la patte.

Lise Payette et Jean-Claude Germain se montrent pour leur part plus admiratifs, et tous s’entendent pour dire qu’il a mis Montréal sur la mappe. Germain affirme, à raison, que son Expo 67 a fait avancer le Québec de 20 ans.

Le collègue de La Presse, François Cardinal, souligne sa grande force de persuasion. Il soutient toutefois qu’on ne peut pas parler d’un grand visionnaire mais de quelqu’un qui a su bien recycler les idées des autres – Drapeau pensait d’abord à un monorail plutôt qu’à un métro. Cependant, Drapeau «ne voyait pas, ni les Montréalais, ni les Québécois, comme des porteurs d’eau. Au contraire, il pensait qu’ils méritaient le mieux, qu’ils avaient leur place parmi les grandes capitales du monde.»

Au cours de cette heure qui passe trop vite, Laurendeau revient sur l’époque du Red Light, sur le malaise entourant le discours du général de Gaulle, sur la Crise d’octobre, et sur la fin de règne de l’homme en 1986, 13 ans avant sa mort.

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Mardi 17 mars 2015 | Mise en ligne à 17h10 | Commenter Commentaires (4)

L’aveu meurtrier de Robert Durst à Super Écran

Super Écran diffusera la minisérie documentaire de HBO The Jinx, au terme de laquelle le milliardaire Robert Durst a avoué ses crimes, sans savoir que son micro était toujours ouvert.

L’homme d’affaires new-yorkais a été arrêté samedi, à la veille de la diffusion du dernier épisode de la série. Il était soupçonné depuis 30 ans du meurtre de son épouse, entre autres.

En français, Jinx: La vie et les morts de Robert Durst sera diffusée en six épisodes dès le vendredi 29 mai à 20h. Plus haut, la séquence au cours de laquelle il en dit trop.

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Jeudi 11 septembre 2014 | Mise en ligne à 8h33 | Commenter Commentaires (5)

Aveugle ou itinérant durant 21 jours

mfehmiu

Quiconque n’est pas non-voyant, handicapé ou itinérant ne sait vraiment pas ce que c’est. Trois journalistes ont eu le «luxe» de se glisser dans la peau d’un autre durant trois semaines, pour mesurer les difficultés et les frustrations quotidiennes liées à chaque condition.

Eza Paventi, Myriam Fehmiu et le collègue de La Presse Hugo Meunier ont servi de cobayes à cette adaptation d’un concept espagnol, intitulée 21 jours, et que TV5 lancera le jeudi 18 septembre à 21h. Pourquoi 21 jours? C’est le temps qu’il faut pour retrouver ses repères, ou pour perdre la boule, c’est selon.

L’idée est assez fascinante, et le résultat l’est tout autant. Les trois ont dû mettre de côté leurs réflexes journalistiques pour vivre à fond l’expérience, sans contrainte de temps.

Dans l’émission montrée aux journalistes, Myriam Fehmiu (sur la photo) s’immerge dans l’obscurité totale pour vivre comme une aveugle durant trois semaines. Deux pansements opaques sur les yeux, et débrouillez-vous. Comme toute personne qui perd la vue, les premiers temps sont pénibles: fini le cinéma, finis les courriels, finie la lecture.

La simple écoute d’un film accompagné d’une vidéodescription destinée aux non-voyants la rend folle, tellement les commentaires deviennent envahissants. Et je ne parle pas du simple fait de se préparer un thé ou de retirer des billets au guichet automatique, une corvée épuisante les premières fois.

Myriam passera par certaines étapes proposées aux non-voyants afin de leur offrir une vie plus normale, comme l’assistance d’un chien guide, l’apprentissage du braille et des trucs pour prendre le métro ou traverser la rue. Vingt et un jours, c’est trop peu pour atteindre cette vie plus simple, mais assez pour mesurer les efforts immenses que ça demande. Le moment où Myriam retire les pansements est particulièrement émouvant.

Le but de 21 jours n’est surtout pas de prendre le monde en pitié. Au premier épisode, Hugo Meunier a même perdu patience après quelques jours dans la peau d’un itinérant. «Ce qui résume la rue, c’est une file d’attente», dit-il de cette faune pas toujours accommodante.

En cinq minutes, on lui avait déjà offert du pot et du crack, et il a vite compris que le troc est pratique courante dans la rue. Il a aussi constaté que le regard à son endroit avait changé. «Une fois que tu te retrouves dans la rue, tu deviens un moins que rien à la vue des gens», témoigne-t-il.

Assis sur le trottoir, Hugo Meunier en a eu une preuve tangible lorsqu’il a vu des étudiants l’enjamber cavalièrement, alors qu’ils manifestaient pour des causes sociales et pour l’amélioration du monde. Tiens, tiens.

En cherchant un coin pour dormir à la belle étoile, après avoir vécu une nuit d’horreur dans un centre d’hébergement, il se fait littéralement envoyer promener par un itinérant qui protège son territoire. Il finira dans un McDo, où les sans-abri sont relativement tolérés la nuit, s’ils restent civilisés.

S’il n’a pas moins d’empathie à leur endroit, il a tout de même décelé beaucoup de victimisation chez plusieurs d’entre eux. «Ce n’est jamais de leur faute s’ils en arrivent là. Quand un itinérant me demande de l’argent pour manger, j’hésite, parce que j’ai vu combien les centres d’hébergement les nourrissent bien et qu’ils ont tout ce qu’il faut pour la journée.» Hugo Meunier, qui s’était déjà transformé en employé d’un Walmart pour un reportage dans La Presse, dit avoir vécu avec plus de difficulté ses 21 jours sur une ferme, très exigeants physiquement, présentés plus tard dans la série.

Eza Paventi a passé 21 jours dans un centre de soins palliatifs, où la moyenne de séjour n’est que de 17 jours. Vivre la mort de si près a de quoi remuer, on s’en doute. Le sort a voulu qu’elle apprenne peu de temps après qu’elle attendait un enfant, et qu’elle vivrait sa grossesse en tournant cette fois avec des enfants autistes.

Décidément, on assiste à une vague de «slow TV» qui n’est pas désagréable. Je n’ai rien contre la lenteur en télévision, pourvu que les silences parlent, ce qui est le cas dans ce docuréalité en 10 épisodes, brillamment réalisé par Frédéric Nassif et André St-Pierre. Au cours des autres émissions, les cobayes vivront sur un bateau de pêche, en fauteuil roulant, dans une résidence pour aînés et à la SPCA.

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