
Le jury de Star Académie: Gregory Charles, Patrick Huard et Stéphane Laporte
Photo Robert Skinner, La Presse
Ils étaient 20 au début de la soirée et plus que 14 au générique final: ça y est, le jury a désigné ses 12 préférés et le public en a sauvé deux autres, hier soir à la première de Star Académie. Des candidats qui ont choisi pour la plupart de chanter en anglais, provoquant un certain agacement chez le directeur de l’Académie, René Angélil.
Fierté pour Québec: deux de ses représentants ont été sauvés par le public à la suite de leur interprétation. D’abord, Mélissa Bédard, 21 ans, intervenante pour Autisme Québec, d’origine haïtienne. Mise en danger avec trois autres candidates, elle affichait assurément le plus de présence, d’assurance et une voix puissante. Chez les garçons, c’est Olivier Dion, un étudiant de 20 ans à l’Université Laval, que le public a sauvé. Un beau gosse originaire de Sherbrooke, serveur au Voodoo Grill, ouvertement charmeur, et qui a travaillé comme mannequin pour le site Mesbobettes.ca.
Après 1000 coeurs debout en 2009, on a une fois de plus choisi une chanson française de France comme thème de l’édition 2012, Toi + moi de Grégoire, un chanteur très peu connu ici. Pourquoi ne pas avoir avoir choisi une chanson québécoise? La question sera sûrement posée aux artisans de l’émission dans les prochains jours.
D’entrée de jeu hier, Julie Snyder s’est montrée d’une efficacité redoutable. Entre un enthousiasme contagieux et le stress de la première, l’animatrice ne s’est pas éternisée comme elle l’a déjà fait par le passé: les gens veulent voir les candidats.
C’est malheureusement là que ça s’est gâté. Les capsules présentant les candidats étaient courtes, mais dégoulinantes de vécus hautement dramatiques. De plus, on a demandé aux candidats de lire eux-mêmes leurs portraits, ce qu’ils ont fait pour la plupart sur un ton absolument pas naturel.
La suite n’allait pas s’améliorer: trois des quatre chansons interprétées par les filles étaient en anglais, et la quatrième, dans les deux langues. Pour une émission qui se vante de promouvoir la chanson d’expression française, c’est gênant. «Ça nous dérange un p’tit peu», a avoué René Angélil. Plus nuancé, Stéphane Laporte a voulu répondre aux très nombreuses critiques sur Twitter: «On ne veut pas forcer les jeunes à chanter en français, on veut leur en donner le goût.»
Il n’y a pas que la langue qui a fait sourciller hier soir: les candidats ont été d’un conservatisme inouï dans leurs choix de chansons. Oui, certains ont interprété des oeuvres de leur cru, mais c’était rarement de la grande musique. Désolé, mais «Y va être le p’tit gars à papa…» et «T’es la mère qu’il lui faut», c’est d’une mièvrerie sans nom. Puis, J’entends frapper de Michel Pagliaro est probablement la chanson la plus usée avec Mes blues passent pus dans porte.
Il faut souligner l’entrain et la détermination des participants, notamment Simon Morin, 22 ans, de L’Assomption, qui a été choisi hier après une tentative échouée en 2009. Le candidat probablement le plus érudit et articulé: Bryan Audet, 21 ans, de St-Élie-de-Caxton, le patelin de Fred Pellerin. Le plus démonstratif? Jason Guerrette du Nouveau-Brunswick, au chapeau déjà légendaire dans sa région. Le chiffre d’affaires du resto de sa mère a même doublé depuis son passage aux Auditions. Du côté des filles, je cherche encore une candidate un peu plus délinquante.
Parmi les moments réussis, un plan de caméra sur le spa de l’Académie à Frelighsburg, où Guy A. Lepage et Dany Turcotte sirotaient un verre de champagne. Long hommage à Gilles Vigneault par Paul Piché, Jean-Pierre Ferland, Ginette Reno, Patrick Huard, Gregory Charles et même René Angélil. À un moment, on se serait cru à un spectacle de la Saint-Jean sur les Plaines.
Bref, un beau spectacle qu’on souhaite plus mordant, moins convenu. Quand on rassemble autant de téléspectateurs, n’est-ce pas l’occasion rêvée d’y aller d’audace?
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