Le blogue techno

Mardi 14 février 2017 | Mise en ligne à 15h20 | Commenter Commentaires (11)

Les motifs variables des opérateurs mobiles

J’ai déjà écrit, il y a plus de trois ans, sur le drôle d’exercice auquel se livrent les opérateurs de téléphonie mobile dans leurs communications publiques. Tous sont littéralement capables de dire une chose et son contraire, selon l’identité de la personne à qui ils s’adressent. Les discours sont souvent complètement opposés selon que le vis-à-vis est le CRTC, par exemple, ou un analyste financier.

Le professeur de l’Université d’Ottawa Michael Geist, un grand pourfendeur de l’industrie canadienne des télécommunications, en démontre un nouvel exemple.

La semaine dernière, les géants du mobile sont passés devant le CRTC, dans le cadre d’audiences sur le renouvellement du Code sur les services sans-fil. Là, on leur a posé beaucoup de questions sur la possibilité de les obliger à présenter des factures plus détaillées, qui feraient la distinction entre le prix du forfait lui-même et celui lié au remboursement de la subvention à l’achat d’un téléphone.

Rappelons que quand vous payez 200$ pour un iPhone qui se vend 800$ au plein prix, à condition de souscrire à un contrat de deux ans, c’est parce que l’opérateur vous fournit une « subvention » de 600$ qu’il se rembourse à même le prix qu’il vous facturera chaque mois pendant ces deux ans. Théoriquement, dans cet exemple, il y a donc 25$ chaque mois (600$/24 mois) qui vont au remboursement.

La logique voudrait qu’une fois les deux ans écoulés, votre facture mensuelle baisse de 25$. Mais la logique et la réalité sont deux choses différentes. Le CRTC estime qu’en forçant l’opérateur à afficher clairement ce prix de 25$ sur votre facture chaque mois, ça deviendrait plus difficile pour lui de continuer à le justifier au terme des deux ans.

Les quatre principaux opérateurs présents au Québec (Rogers, Telus, Bell et Vidéotron) ont dû répondre à des questions du président du CRTC, Jean-Pierre Blais, à ce sujet la semaine dernière. Leurs réponses étaient particulièrement évasives. Je vous copie ci-dessous celle de Bertrand Hébert, vice-président marketing de Vidéotron, telle que vous pouvez la lire dans la retranscription de l’audience. C’est un copier-coller, les fautes sont telles quelles.

JEAN-PIERRE BLAIS

J’aimerais vous donner l’opportunité, comme j’ai donné à d’autres, parce que c’est souvent une question qu’on se fait poser par les abonnés qui ont… qui se sont abonnés chez-vous dans ce cas-ci avec un appareil subventionné pour une période mettons de deux ans et qui ne voient pas leur facture diminuer après la période de deux ans.

Pour ces gens-là, je crois, je porte leur parole, ils disent, bon, y a une partie du prix pendant cette période-là qui était la subvention et après, mon tarif devrait baisser pour… parce que j’ai déjà “payé”, entre guillemets, l’appareil.

Qu’est-ce que vous leur dites à ces gens-là?

BERTRAND HÉBERT

Mais en fait, lorsque le client bénéfice d’un rabais sur son appareil, le rabais est attaché en fait au service… au service mobile et relié… relié surtout à la mensualité du forfait.

Donc de dire que le montant que le client… que le montant du bénéfice consenti réparti sur 24 mois est… correspond exactement… est inclus dans le forfait offert au client, c’est pas nécessairement exact parce que ça peut arriver par exemple pour la même mensualité, le mois suivant, où j’octrois un 200$ de plus sur l’appareil. Dans ce cas-ci, le client a bénéficié d’un plus gros rabais, pourtant je n’ai pas facturé plus en termes de mensualité.

Donc de dire que la valeur du bénéfice consenti réparti sur 24 mois de ce montant-là que, à la fin du… à la fin de son entente, que le montant devrait être réduit de la valeur du bénéfice consenti…

Ce que relève Michael Geist, en se basant sur un article du National Post qui lui-même se base sur une note écrite par l’analyste financier Maher Yaghi, de Desjardins, c’est que la réponse que donne l’industrie à ces analystes financiers est beaucoup plus claire : une telle obligation leur coûterait cher.

« À notre avis, la séparation de la facture rendrait les différents coûts plus transparents pour les consommateurs et en inciterait probablement à chercher un forfait plus économique, ce qui créerait une pression sur la croissance du revenu moyen par utilisateur dans le marché canadien », écrit M. Yaghi.

Ce ne sont évidemment pas les paroles de l’industrie elle-même, mais il est facile d’imaginer que c’est exactement ce que M. Yaghi se fait répondre dans ses contacts avec ces entreprises.

La même logique s’applique aux frais (50$ généralement) que l’on vous impose pour « déverrouiller » votre appareil, vous permettant ainsi de changer d’opérateur ou, lors de voyages à l’étranger, utiliser des cartes SIM locales. Le CRTC a aussi posé beaucoup de questions là-dessus et voici un exemple de réponse, provenant encore une fois de Vidéotron, plus précisément d’Antoinette Noviello, directrice générale et contrôleur corporatif de Vidéotron. Elle tente de justifier le montant facturé.

ANTOINETTE NOVIELLO

Alors, dans le fond, on a à maintenir une base de données de tous les codes nécessaires pour déverrouiller les appareils. Ces listes nous sont fournies par les fournisseurs, donc on a quand même un maintien, un courriel rattaché aux bases de données. Deuxièmement, un client doit contacter le service à la clientèle soit par téléphone ou par l’entremise d’une de nos boutiques. À ce moment-là, nous devons escalader un deuxième niveau pour justement garder la confidentialité des codes, et tout ça engendre des couts pour l’organisation.

Dans un monde idéal, le code est… dans la plupart des cas, le code est disponible au moment de la demande, mais il nous arrive de ne pas recevoir les codes de nos fournisseurs. À ce moment-là, nous avons à rentrer en contact avec nos fournisseurs et ça pourrait prendre quelques itérations et de suivi de la part de nos conseillers pour obtenir les codes. Donc, le frais du service pour le client qui le demande est en fonction aussi des efforts qui… et des couts réels pour l’organisation.

Ça diffère beaucoup de l’hypothèse soumise par M. Yaghi, de Desjardins.

« Nous croyons que la politique actuelle réduit le taux de roulement et fait augmenter la rétention des consommateurs, diminuant la compétition légèrement. Cela permet aussi aux opérateurs de générer des profits sur les frais d’itinérances imposés aux consommateurs qui voyagent. »

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Jeudi 2 février 2017 | Mise en ligne à 16h49 | Commenter Un commentaire

Une soirée de jeux montréalais

J’ai assisté mardi soir à un classique annuel, le « DemoNight » de l’industrie locale du jeu vidéo. Dix-huit entreprises d’ici sont venues y présenter pendant cinq minutes un de leurs projets.

On trouvait un peu de tout dans ces projets, du jeu mobile conçu par une seule personne à Might & Magic Showdown, conçu par Ubisoft Montréal. C’est ce qui rend ce genre de soirée intéressante. Voici donc quelques observations sur certains des jeux qui ont retenu mon attention.

- C’est vrai des jeux de tous types de budgets, mais particulièrement des jeux indépendants : parfois, le jeu lui-même ne nous attire pas, mais il contient une idée géniale. C’est le cas de Bootleg Systems, de Neonable. Je ne suis pas un admirateur de sa direction artistique, notamment, mais j’aime énormément son idée maîtresse, celle d’un fusil clôneur. Ce fusil ne tire pas des balles. Pour l’utiliser, il faut d’abord le pointer vers un objet (n’importe lequel) pour le scanner. Le fusil peut ensuite « tirer » une quantité infinie de cet objet. Plus il est gros, plus il cause de dommages.

C’est rigolo pour les situations de combat, mais c’est surtout intéressant à mon avis au moment de résoudre des énigmes.

- La palme du jeu le plus éclectique revient sans aucun doute à Anamorphine. C’est un jeu dans lequel il n’y a aucun bouton, aucune parole, aucune interface visuelle. « Nous voulions un défi », a lancé l’une de ses créatrices.

Vous y explorez un univers paisible en passant d’un environnement à un autre en passant au travers d’objets qui laissent entrevoir la prochaine scène, le tout représentant l’état d’esprit de votre personnage. C’est difficile à comprendre (et à expliquer!) sans le voir, c’est pourquoi vous devriez aller voir la vidéo sur le site du studio, via le lien ci-haut.

- Tribute Games a connu un fort succès (environ 2 millions d’unités) avec Mercenary Kings. Je ne serais pas surpris que son prochain titre, Flinthook, fasse de même. C’est un jeu d’action en deux dimensions, à l’ancienne, avec un rythme très rapide et articulé autour de deux mécaniques principales : la possibilité de ralentir le temps et un grappin rétractable (comme le nom du jeu l’indique), qui permet de se déplacer rapidement dans tous les sens.

- J’avais de la difficulté à évaluer si ce serait vraiment bon, mais ma curiosité a vraiment été piquée par Feudal Feud, un jeu pour iOS/Android qui n’est pas sans rappeler le jeu de société Diplomatie. Il y a des mécaniques particulières et originales dans ce jeu. D’abord, l’action semble davantage basée sur les habiletés sociales et politiques du joueur que sur ses habiletés techniques. Ensuite, les joueurs que vous conquérez deviennent vos vassaux. Ce qui veut aussi dire que vous pouvez devenir le serviteur d’un autre joueur. Mais, surtout, les personnages meurent de vieillesse, ce qui ajoute une dimension temporelle importante. Vaut-il la peine d’attaquer votre ennemi ou simplement d’attendre qu’il meure?

- Il y avait au moins un présentateur habitué de monter sur scène avec un micro à la main. Karl Tremblay, l’un des cofondateurs du studio Triple Boris, est « accessoirement » chanteur des Cowboys Fringants. Il a présenté Gauche-Droite : le Manoir, qu’il a décrit comme « le jeu le plus simple du monde ». Nous en avions déjà parlé sur ce blogue. L’idée est très simple, il faut choisir entre la porte de gauche et la porte de droite. L’une mène à la prochaine pièce où vous ferez face au même dilemme, l’autre à la mort. Chaque « niveau » est constitué d’un nombre grandissant de pièces. Au départ, par exemple, on vous demandera d’apprendre (par essai-erreur) et de mémoriser une séquence de dix pièces. C’est très plate sur papier, mais étonnamment accrocheur à regarder.

- Le dernier jeu à être présenté, mais non le moindre, est possiblement le plus impressionnant d’un point de vue technique et conception. Il s’agit de Mages of Mystralia, de Borealys. Le point central de ce jeu est la possibilité de créer vos propres sorts de magie. J’en avais déjà entendu parler, mais j’avais beaucoup de difficulté à m’imaginer comment ça pouvait être à la fois possible et pertinent. La démo de mardi m’a séduit, même si je ne suis vraiment pas un amateur de magie. Les possibilités sont pratiquement infinies et, surtout, pertinentes.

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Lundi 23 janvier 2017 | Mise en ligne à 12h33 | Commenter Commentaires (6)

200 Canadiens qui tiennent vraiment à leur Note 7

Un peu plus de trois mois après avoir été forcée de complètement retirer du marché tous ses téléphones Galaxy Note 7, Samsung  a tenu hier soir (heure du Québec) une conférence de presse diffusée sur le Web pour présenter son rapport d’enquête sur les causes.

Il faut d’abord savoir qu’il y avait deux manufacturiers en charge de produire des piles pour le Galaxy Note 7. Et tous les deux ont merdé.

Dans le premier cas, on n’a pas laissé suffisamment de place libre dans le coin supérieur droit de la batterie. Il en résultait qu’au moindre choc, des plaquettes constituant la pile se recourbaient et entraient en contact l’une avec l’autre, créant un court-circuit.

Le deuxième manufacturier a quant à lui commis deux erreurs. D’abord, il manquait dans certaines batteries des morceaux de ruban adhésif isolant. Puis, des soudures un peu trop épaisses créaient elles aussi un court-circuit.

À noter que Samsung n’avait à l’origine rappelé que les appareils dotés d’une batterie du manufacturier A et songeait les remplacer par celles du manufacturier B, avant de constater que celles-ci étaient aussi défectueuses.

Samsung a fait bien attention de ne pas blâmer publiquement ces fournisseurs, d’abord en ne publiant pas leur nom, puis en précisant qu’elle allait continuer de travailler avec eux. Surtout, elle en a assumé la faute, disant qu’ultimement, c’est elle qui avait fourni les spécifications.

Si j’ai bien compris le processus, après une discussion avec un représentant de l’entreprise, Samsung avait grosso modo demandé à ces fournisseurs de produire une pile qui aurait une capacité X dans un format Y, sans aller plus loin dans la façon d’y parvenir. Est-ce que les attentes de Samsung étaient irréalistes et ont poussé ces fournisseurs à la faute? Manifestement, oui.

Mais le vice-président exécutif aux solutions mobiles de Samsung Canada, Paul Brennan, a refusé de dire que l’entreprise avait été trop « agressive » dans ses demandes. « On se serait attendus à ce que ces fournisseurs, en cas de problèmes, reviennent vers nous et nous disent que c’était impossible. »

Alors, à qui la faute?

Canadiens rebelles

Toujours selon M. Brennan, 99% des appareils Note 7 ont été récupérés au Canada (contre 96% à l’échelle mondiale).

Il n’en resterait environ que 200, entre les mains de gens qui y tiennent vraiment, vraiment. Car souvenez-vous que Samsung a collaboré avec les fournisseurs de réseaux pour s’assurer que les Note 7 ne puissent même plus se connecter à ceux-ci.

Or il semble que Samsung ne pouvait pas radier d’un coup tous les Note 7 sur tous les réseaux. Il faut les barrer par réseau par réseau et certains jouent au chat et à la souris. Leur appareil a été barré chez Bell, ils l’ont emmené chez Rogers, puis ils iront sans doute chez Telus, par exemple. Ils devraient toutefois vraisemblablement arriver à court de possibilités bientôt.

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