Le blogue techno

Le blogue techno - Auteur
  • Jean-François Codère

    Journaliste spécialisé en technologies depuis 1999, je traite ici de Web, d’appareils mobiles, de jeux et d’autres gadgets, tantôt sous un angle «affaires», tantôt sous un angle «consommateur».
  • Lire la suite »

    Partage

    Mardi 14 février 2017 | Mise en ligne à 15h20 | Commenter Commentaires (11)

    Les motifs variables des opérateurs mobiles

    J’ai déjà écrit, il y a plus de trois ans, sur le drôle d’exercice auquel se livrent les opérateurs de téléphonie mobile dans leurs communications publiques. Tous sont littéralement capables de dire une chose et son contraire, selon l’identité de la personne à qui ils s’adressent. Les discours sont souvent complètement opposés selon que le vis-à-vis est le CRTC, par exemple, ou un analyste financier.

    Le professeur de l’Université d’Ottawa Michael Geist, un grand pourfendeur de l’industrie canadienne des télécommunications, en démontre un nouvel exemple.

    La semaine dernière, les géants du mobile sont passés devant le CRTC, dans le cadre d’audiences sur le renouvellement du Code sur les services sans-fil. Là, on leur a posé beaucoup de questions sur la possibilité de les obliger à présenter des factures plus détaillées, qui feraient la distinction entre le prix du forfait lui-même et celui lié au remboursement de la subvention à l’achat d’un téléphone.

    Rappelons que quand vous payez 200$ pour un iPhone qui se vend 800$ au plein prix, à condition de souscrire à un contrat de deux ans, c’est parce que l’opérateur vous fournit une « subvention » de 600$ qu’il se rembourse à même le prix qu’il vous facturera chaque mois pendant ces deux ans. Théoriquement, dans cet exemple, il y a donc 25$ chaque mois (600$/24 mois) qui vont au remboursement.

    La logique voudrait qu’une fois les deux ans écoulés, votre facture mensuelle baisse de 25$. Mais la logique et la réalité sont deux choses différentes. Le CRTC estime qu’en forçant l’opérateur à afficher clairement ce prix de 25$ sur votre facture chaque mois, ça deviendrait plus difficile pour lui de continuer à le justifier au terme des deux ans.

    Les quatre principaux opérateurs présents au Québec (Rogers, Telus, Bell et Vidéotron) ont dû répondre à des questions du président du CRTC, Jean-Pierre Blais, à ce sujet la semaine dernière. Leurs réponses étaient particulièrement évasives. Je vous copie ci-dessous celle de Bertrand Hébert, vice-président marketing de Vidéotron, telle que vous pouvez la lire dans la retranscription de l’audience. C’est un copier-coller, les fautes sont telles quelles.

    JEAN-PIERRE BLAIS

    J’aimerais vous donner l’opportunité, comme j’ai donné à d’autres, parce que c’est souvent une question qu’on se fait poser par les abonnés qui ont… qui se sont abonnés chez-vous dans ce cas-ci avec un appareil subventionné pour une période mettons de deux ans et qui ne voient pas leur facture diminuer après la période de deux ans.

    Pour ces gens-là, je crois, je porte leur parole, ils disent, bon, y a une partie du prix pendant cette période-là qui était la subvention et après, mon tarif devrait baisser pour… parce que j’ai déjà “payé”, entre guillemets, l’appareil.

    Qu’est-ce que vous leur dites à ces gens-là?

    BERTRAND HÉBERT

    Mais en fait, lorsque le client bénéfice d’un rabais sur son appareil, le rabais est attaché en fait au service… au service mobile et relié… relié surtout à la mensualité du forfait.

    Donc de dire que le montant que le client… que le montant du bénéfice consenti réparti sur 24 mois est… correspond exactement… est inclus dans le forfait offert au client, c’est pas nécessairement exact parce que ça peut arriver par exemple pour la même mensualité, le mois suivant, où j’octrois un 200$ de plus sur l’appareil. Dans ce cas-ci, le client a bénéficié d’un plus gros rabais, pourtant je n’ai pas facturé plus en termes de mensualité.

    Donc de dire que la valeur du bénéfice consenti réparti sur 24 mois de ce montant-là que, à la fin du… à la fin de son entente, que le montant devrait être réduit de la valeur du bénéfice consenti…

    Ce que relève Michael Geist, en se basant sur un article du National Post qui lui-même se base sur une note écrite par l’analyste financier Maher Yaghi, de Desjardins, c’est que la réponse que donne l’industrie à ces analystes financiers est beaucoup plus claire : une telle obligation leur coûterait cher.

    « À notre avis, la séparation de la facture rendrait les différents coûts plus transparents pour les consommateurs et en inciterait probablement à chercher un forfait plus économique, ce qui créerait une pression sur la croissance du revenu moyen par utilisateur dans le marché canadien », écrit M. Yaghi.

    Ce ne sont évidemment pas les paroles de l’industrie elle-même, mais il est facile d’imaginer que c’est exactement ce que M. Yaghi se fait répondre dans ses contacts avec ces entreprises.

    La même logique s’applique aux frais (50$ généralement) que l’on vous impose pour « déverrouiller » votre appareil, vous permettant ainsi de changer d’opérateur ou, lors de voyages à l’étranger, utiliser des cartes SIM locales. Le CRTC a aussi posé beaucoup de questions là-dessus et voici un exemple de réponse, provenant encore une fois de Vidéotron, plus précisément d’Antoinette Noviello, directrice générale et contrôleur corporatif de Vidéotron. Elle tente de justifier le montant facturé.

    ANTOINETTE NOVIELLO

    Alors, dans le fond, on a à maintenir une base de données de tous les codes nécessaires pour déverrouiller les appareils. Ces listes nous sont fournies par les fournisseurs, donc on a quand même un maintien, un courriel rattaché aux bases de données. Deuxièmement, un client doit contacter le service à la clientèle soit par téléphone ou par l’entremise d’une de nos boutiques. À ce moment-là, nous devons escalader un deuxième niveau pour justement garder la confidentialité des codes, et tout ça engendre des couts pour l’organisation.

    Dans un monde idéal, le code est… dans la plupart des cas, le code est disponible au moment de la demande, mais il nous arrive de ne pas recevoir les codes de nos fournisseurs. À ce moment-là, nous avons à rentrer en contact avec nos fournisseurs et ça pourrait prendre quelques itérations et de suivi de la part de nos conseillers pour obtenir les codes. Donc, le frais du service pour le client qui le demande est en fonction aussi des efforts qui… et des couts réels pour l’organisation.

    Ça diffère beaucoup de l’hypothèse soumise par M. Yaghi, de Desjardins.

    « Nous croyons que la politique actuelle réduit le taux de roulement et fait augmenter la rétention des consommateurs, diminuant la compétition légèrement. Cela permet aussi aux opérateurs de générer des profits sur les frais d’itinérances imposés aux consommateurs qui voyagent. »


    • Explications confuses. Chimères. Incapacité à s’exprimer clairement (volontairement…?). Ce n’est pourtant pas de la physique nucléaire. Et une fois de plus ils vont s’en tirer et continuer à saigner le marché.

    • Le frais de 50 $ pour débloquer les appareils (75 $ / 100 $ par Bell lorsque le forfait n’est plus en vigueur) est scandaleux et si le CRTC avait à coeur l’intérêt des consommateurs, il obligerait les fournisseurs de services à enlever ce frais ridicule totalement injustifiable. L’explication de la dame de chez Vidéotron est risible, je doute qu’elle se croit elle-même.
      En ce qui concerne la “subvention” pour un nouveau téléphone dans un engagement de 2 ans, un peu plus de clarté là-dessus serait le bienvenue, mais c’est aussi la responsabilité du client de savoir quand son forfait prend fin et magasiner les forfaits par la suite.

    • Sérieusement, c’est pas mal plus le CRTC qui a l’air fou selon moi. Que l’industrie fasse tout pour saigner les consommateurs, je m’y attends. Mais que l’organisme public qui est sensé les réguler accepte ce genre de réponses, ca montre pour qui travaillent les commissaires. Et c’est pas pour vous et moi.

    • Il y a généralement un monde entre « costing » et « pricing » (les gens ont tendances à mélanger les deux). Je peux comprendre que les frais ne soit pas si clairement détaillables dans une facture.

      Par exemple, il n’est pas impossible que la moyenne des contrats chez un fournisseur soit 4 ans. Que le fournisseur, même s’il offre un contrat de 2 ans, 3 ans, 4ans ou autre, peut décider de « passer les frais sur 3 ans » (ce qui est à 75% de la moyenne de temps de rétention qu’il a, ainsi au total certains contrats seront à perte, d’autre à profit, mais la moyenne sera bonne) afin d’offrir un forfait plus concurrentiel même sur son 2 ans. Dans un tel cas, obliger le fournisseur à mettre le tout détaillé sur 2 ans, ferait monter les prix ou couper les marges bénéficiaires (mon avis sur ces marges des cies de télécom: la marge brute est ridiculement élevée). Mais ce n’est pas aussi facile que de dire “indiquez le clairement sur la facture”.

      Pour les frais d’itinérance, j’ai juste le goût de dire « faites-moi pleurer avec vos coûts de gestions de bases de données »… c’est quoi au final, 50 cents par clients pour cette base de données des codes de déblocages?

    • Je suis du même avis que basel. Une industrie est là pour faire des profits, peu importe comment. Le rôle du CRTC est de protéger les consommateurs mais force est d’admettre que ça ne marche pas, il suffit de se comparer à d’autres pays. Vivement l’arrivée de compétiteurs dans le marché.

    • Première question : lorsque l’on parle d’une subvention mensuelle étalée sur 2 années de location (disons 600.00$ -> 25.00$), s’agit-il du prix de vente au public ou du coût payé par Vidéotron (ou Bell, ou Telus, ou Rogers) auprès d’Apple, dans ce cas cette somme inclut un bénéfice bénéfice substantiel, bref se fait-on avoir ?
      Deuxième question : afin d’améliorer la concurrence, peut-être faudrait-il interdire aux fournisseurs de télécommunications, la vente et la location des téléphones ?

    • J’ai regle le probleme de ces voleurs de grands chemins. Un telephone a la carte americain de Tmobile. Pour 65$ j’ai tout illimite dans trois pays differents: Canada, US et Mexique. De plus je peux partager mon forfait avec me tablette. Bye bye les voleurs.

    • Les frais de déverrouillage, 50$ chez Bell par example, sont en effet et sans aucun doute un moyen pour dissuader les clients de procéder à ce qui leur désabonnement. Un simple dollar sur chaque facture pourrait réduire les frais lors d’un éventuel déverrouillage. D’autres solutions sont possibles mais vois savez comme moi que l’intention d’être transparent n’est pas coutume chez ces requins de la télécom. Qui sera le premier à emboîter le pas de cette honnêteté?

    • @luciendionnecyberpresse

      Apple ne donne aucun rabais au fournisseur, la subvention est absorbé totalement par l’opérateur. Pas que je suis d’accord mais à la décharge des opérateurs, la compétition fait que les subventions des appareils haut de gammes (qui frôlent ou dépassent les 1000$ si achetés séparés) font que pendant la période d’amortissement de 2 ans, il n’y a pas nécessairement un gros profit et ils cherchent à se rattrapper par la suite. Rien n’empêche le consommateur à changer de forfait/fournisseur avec le même appareil à la fin de son contrat. Le 50$ sur un an devient alors minime (bien que non justifié à la base).

    • @mctru
      C’est une possibilité qui est intéressante que vous proposez. Merci pour votre réponses.

    • IL serais temps que le CRTC ouvre la voie a la compétition au niveau du sans fil pour que des compagnies américaines puissent aussi nous offrir de meilleurs forfaits car cet olygopole a 4 joueurs seulement au Canada contrairement a plus d’une cinquantaine aux états unis nous obligent a payer des frais illusoires et déraisonnables tout comme ces compagnies de cablos distribution. Vivement un peu plus d’ouvertures a d’autres concurrents dans ce ,marché du sans fil serais bienvenue pour établir un certain équilibre.

    Vous désirez commenter cet article?   Ouvrez une session  |  Inscrivez-vous

    publicité

  • Twitter

  • Catégories



  • publicité





  • Calendrier

    février 2017
    D L Ma Me J V S
    « jan   mar »
     1234
    567891011
    12131415161718
    19202122232425
    262728  
  • Archives