Le blogue techno

Mercredi 12 novembre 2014 | Mise en ligne à 15h33 | Commenter Commentaires (38)

Des déclarations étonnantes (et rafraîchissantes)

Patrick Plourde, d'Ubisoft Montréal

Patrick Plourde, d'Ubisoft Montréal

Le Sommet du jeu de Montréal (MIGS) s’est terminé hier par un atelier étonnant qui a donné lieu à deux déclarations passionnées sur un sujet qui a consumé — que dis-je, enflammé, carbonisé — les médias sociaux reliés au monde du jeu vidéo au cours des dernières semaines.

Si vous avez entendu parler du mot-clic « #GamerGate », vous aurez deviné qu’il a été question de la présence des femmes dans cette industrie ou, un peu plus largement, de diversité. Ce n’était pourtant pas le thème principal de l’atelier (Back to the Start, assez large), mais deux créateurs ont sauté sur l’occasion.

Le premier est Patrick Plourde, concepteur récent des jeux Far Cry 3 et Child of Light, pour Ubisoft Montréal. On peut difficilement imaginer plus opposés comme jeux.

Child of Light — en nomination pour neuf prix aux Prix canadiens du jeu vidéo dans dix jours — met en vedette Aurora, une jeune princesse qui manie elle-même l’épée. Il n’y a pas de prince charmant et ce n’est clairement pas un hasard, a fait savoir M. Plourde.

Mais il s’est produit quelque chose de bizarre quand les premières informations sur Child of Light ont commencé à circuler à l’intérieur des locaux d’Ubisoft Montréal, a confié le créateur.

« Mes boys ont commencé à me regarder avec un drôle d’air. Ils ont commencé à me demander si c’est parce que je venais d’avoir une petite fille (NDLR : il ne vient pas d’avoir une petite fille) ou si on allait avoir l’option de jouer en tant que gars. Il y en a même qui m’ont dit que s’ils ne pouvaient pas jouer en tant que gars, ils ne joueraient pas! »

L’ironie là-dedans, surtout à propos de l’option d’incarner un personnage masculin, est spectaculaire, rien de moins.

Mais ce n’est pas tout. L’équipe de création du jeu était plus féminine que ce à quoi était habitué M. Plourde. Résultat?

« C’est la première fois que je participais à des réunions durant lesquelles je n’avais pas l’impression d’être dans un vestiaire. »

Évidemment, le jeu attire aussi un public différent de celui de Far Cry ou Rainbow Six Vegas, auquel il a aussi contribué.

« Ça a un impact sur la communauté qu’on bâtit. C’est la première fois que je ne reçois pas une menace de mort », a-t-il lancé, en rigolant cette fois.

Child of Light, s’est-il réjoui, a eu un impact positif sur la vie d’une jeune fille de sa famille, qui y a vu un symbole fort et a aimé le jeu au point de vouloir prendre des leçons de piano pour apprendre à en jouer la chanson (composée par une autre fille, Cœur de Pirate).

« J’aimerais ça qu’elle puisse un jour elle-même faire des jeux sans avoir peur d’être harcelée ou de se sentir étrangère dans l’édifice. »

Autre chose que des gars blancs

Manveer Heir

Manveer Heir

Quelques minutes plus tard, c’était au tour de Manveer Heir, designer de jeux chez Bioware Montréal (EA) de monter sur scène. Ceux qui le suivent sur Twitter seront peut-être moins surpris d’apprendre que lui aussi s’est lancé dans une tirade, assez véhémente et intense cette fois, contre le manque de diversité dans cette industrie.

D’origine indienne, M. Heir est né aux États-Unis. Amateur de jeux vidéo, il a commencé très jeune à s’intéresser à la possibilité d’en créer lui-même, a-t-il raconté.

« Les Bruns ne font pas des jeux, ils travaillent au 7-Eleven ou dans un taxi », s’est-il fait dire, textuellement ou non.

Intéressé par le design de jeux, il a raconté avoir d’abord emprunté la voie de la programmation « parce que c’est ce que font les Bruns ».

Puis en milieu de travail, « se faire appeler par le nom de l’autre Indien de la place, ce n’est pas grave, mais à la longue, ça s’additionne ».

« Non seulement l’homme blanc est-il fortement majoritaire dans cette industrie, il l’est encore plus parmi ceux qui incarnent le visage de cette industrie », a-t-il déploré avant de conclure en lançant un appel aux gestionnaires de studios pour promouvoir davantage de femmes et de gens issus de minorités à des postes-clés.

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Deirdra "Squinky" Kiai

Des huit conférenciers invités pour cet atelier final, quatre étaient des femmes. Une seule a abordé le même thème, Deirdra « Squinky » Kiai, de l’Université de Californie à Santa Cruz. Sa présentation était plus éclatée, mais j’en ai retenu ceci :

« J’ai été dans cette industrie avant que certains d’entre vous ne viennent au monde, ne venez pas me dire que je vole vos jeux, vous me les avez volés ».

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Mardi 11 novembre 2014 | Mise en ligne à 16h42 | Commenter Commentaires (3)

Les meilleurs jeux canadiens de l’année sont…

J’ai eu l’honneur au cours des derniers jours d’agir à titre de juré pour la 5e édition des Prix canadiens du jeu vidéo (Canadian Videogame Awards), qui auront lieu dans une dizaine de jours, à Toronto.

Ce gala aura une saveur particulière, d’abord parce que c’est le premier à se tenir à l’extérieur de Vancouver. Je sais que les organisateurs aimeraient bien l’emmener à Montréal très bientôt.

Mais aussi, on y remettra les prix pour deux années de candidatures, 2013 et 2014 en raison d’un changement de formule visant à ce que le gala soit plus d’actualité. Les candidats pour l’année 2014 avaient jusqu’au 31 octobre dernier pour s’inscrire. Je ne crois pas qu’il y ait, nulle part, de gala, peu importe le domaine, où la remise de prix est si collée sur la fin de la période de candidature.

Cela a nécessité un travail herculéen de la part des jurés et explique peut-être certaines anomalies. Au sommet de ces anomalies, le fait que l’excellent Hitman Go, de Square Enix Montréal, soit finaliste dans la catégorie « Animations ». Pas besoin d’y avoir joué bien longtemps pour constater qu’il n’y même pas d’animation, ou si peu, dans le jeu. Je vous rassure, il n’était pas dans mes finalistes pour cette catégorie…

Ceci dit, je me suis souvent demandé, durant ce processus de sélection, si je n’étais pas un peu trop chauvin, bien involontairement, parce que plusieurs de mes premiers choix étaient québécois. Il semble que non, parce que nous n’étions que 2 juges québécois sur 10 et que les jeux d’ici sont néanmoins nombreux parmi les finalistes.

Il faut d’abord souligner la contribution d’Ubisoft Montréal, dont Watch_Dogs et Child of Light occupent les premières positions avec 9 nominations chacun.

Dans la catégorie Jeu de l’année, outre ces deux titres, on trouve aussi Chariot (Frima, Québec) et Hitman Go.

Dans la catégorie « Choix du public », pour laquelle vous pouvez aller voter, c’est encore plus évident avec 7 nominations québécoises sur 10! Ce sont les quatre nommés précédemment, plus Dragons : Rise of Berk (Ludia, Montréal), Shattered Planet (Execution Labs/Kitfox, Montréal) et Assassin’s Creed Black Flag : Freedom Cry (Ubisoft, Québec).

Je ne connais que mes propres sélections, mais à mon avis, les créations québécoises sont à mon avis très bien positionnées aussi pour gagner plusieurs autres catégories :

• Meilleur jeu pour consoles

Il n’y avait que trois candidats inscrits et les trois sont québécois…

• Meilleur jeu téléchargeable

Super Time Force et The Long Dark sont solides, mais les chances de Child of Light m’apparaissent bonnes.

• Meilleur jeu mobile

Big Action Mega Fight! (Execution Labs/Double Stallion, Montréal) et Rival Knights (Gameloft, Montréal) et Skylanders Trap Team (Beenox, Québec) sont les candidats d’ici et l’un des trois devrait l’emporter, même s’il ne faut pas négliger Pixel Garden. La présence de Desert Golfing est à mon avis une anomalie.

• Meilleur jeu iOS

Hitman Go est loin devant à mes yeux, mais j’ai aussi été vraiment agréablement surpris par Bio Inc (DryGin, Laval). Je serais déçu, mais pas surpris, que Uncanny X-Men l’emporte.

• Meilleur jeu social ou occasionnel

Dragons : Rise of Berk et Lego City My City (Hibernum, Montréal) passent à mon avis derrière i saw her across the world, qui m’a fait sentir tout chaud en dedans malgré son style tellement épuré qu’on peut parler de dénudé.

• Meilleure technologie

J’imagine difficilement comment le prix pourrait échapper à Watch_Dogs, mais on ne sait jamais.

• Meilleur design de jeu

Quatre des cinq finalistes sont québécois, même si je ne suis pas entiché par la présence de Skylanders. J’hésite entre Hitman Go et The Long Dark.

Techniquement, le Québec pourrait gagner toutes les catégories, même si j’en doute.

Bonne chance à tous et n’oubliez pas d’aller voter pour votre jeu de l’année.

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Mardi 4 novembre 2014 | Mise en ligne à 12h18 | Commenter Commentaires (44)

Le Devoir sur tablette

Le Devoir

Mettons quelque chose au clair tout de suite, je travaille pour un journal concurrent, La Presse, qui mise lui-même beaucoup sur une application pour tablettes, La Presse+. Je ne vous apprends rien, je sais, mais comme ça c’est clair, il n’y aura pas un internaute qui se croit le seul à l’avoir remarqué qui va, dans les commentaires, discréditer tout ce que j’écris ensuite sur cette seule base.

Ceci dit, je ne souhaite de mal à personne, bien au contraire. Notre industrie ne se porte pas super bien — il faudrait que j’arrête de ne rien vous apprendre — et plus il y a de publications qui survivent et qui trouvent une façon de réinventer leur modèle d’affaires, mieux c’est pour moi à long terme, autant professionnellement que personnellement.

Maintenant que ceci est réglé, passons au cœur du sujet : la nouvelle application pour tablettes du Devoir.

Celle-ci est disponible dès aujourd’hui sur iOS et Android. Comme La Presse+, il faut un iPad 2 au minimum pour en profiter sur iOS. Le Devoir semble toutefois plus permissif que La Presse+ du côté Android, puisqu’on ne mentionne qu’un seul prérequis, la version 4.4 du système d’exploitation.

Inévitablement, mon appréciation de cette nouvelle application se fait en comparaison de ce qu’offre La Presse+. (À partir de maintenant, je vais parler de « la leur » et de « la nôtre » pour éviter d’écrire les noms chaque fois, mais je ne veux pas que ce soit perçu comme une confrontation « la leur contre la nôtre ».)

Soulignons d’abord que le modèle d’affaires est différent. Alors que notre application est complètement gratuite et le sera pour toujours (selon mon grand patron), Le Devoir reste fidèle au modèle qu’il utilisait déjà en ligne. L’application elle-même est gratuite, comme l’est l’accès à son site Web, mais il faudra débourser pour avoir accès au contenu.

Ce sera possible de le faire en s’abonnant à l’ensemble complet papier+site+tablette (24,10$/mois) ou au forfait numérique tablette+site (17,75$/mois). Pas de grande révolution là, d’autres ont des formules très similaires.

On nous dit aussi, dans le mot d’introduction de Bernard Descôteaux, qu’il sera possible de se procurer des éditions quotidiennes sur tablette à l’unité, mais je n’ai pas trouvé le prix.

Ceci dit, l’appli du Devoir est offerte de façon complètement gratuite jusqu’au 8 décembre, pour le lancement.

(Les gens du Devoir viennent de me contacter pour préciser les prix. L’achat d’une édition quotidienne coûtera 1,99$. Il y aura aussi deux autres forfaits pour l’abonnement uniquement à la version tablette : 12,99$/mois pour 6 jours/semaine et 6,99$/mois pour le samedi seulement.)

Présentation

La première chose qui va frapper les habitués de La Presse+ en ouvrant l’application du Devoir, c’est la présentation.

On ne passera pas par quatre chemins, on n’est pas vraiment dans la même ligue de ce côté. Leur application est assez dénudée. Les caractères ont parfois l’air un peu perdus dans des espaces trop grands pour eux et le fond gris est bien visible (de l’espace perdu).

On voit deux écoles de pensée différentes à l’œuvre, ici.

Mes collègues ont choisi de mettre beaucoup d’efforts pour offrir un produit léché, au détriment parfois d’une certaine flexibilité. C’est entre autres ce qui fait que La Presse+ ne peut être consultée qu’en mode paysage. Le Devoir y est allé avec une vision un peu plus technique et, surtout, pratique. On devine qu’il était prioritaire pour cette entreprise aux moyens plus limités que la mise en page puisse être effectuée par très peu de gens.

Navigation

Il y a aussi de bonnes différences du côté de la navigation.

Notre application est un peu plus près du journal, celle du Devoir, du site Web.

M. Descôteaux insiste dans son mot de bienvenue sur la sélection de contenus. En effet, l’appli tablette met un peu plus d’emphase là-dessus que le site Web.

Concrètement, la différence entre les deux applis s’exprime au moment de faire défiler les écrans. Sur LP+, vous passez ainsi l’ensemble des pages (« écrans»), incluant les textes. Sur Le Devoir, vous ne faites défiler que des pages frontispices : celle du journal, d’abord, puis celles des sections. Fait à noter, il peut y avoir plus d’une page « frontispice » par section. C’est en cliquant sur les titres que vous allez être acheminés vers chacun des articles.

Les deux approches sont différentes et ont chacune leurs avantages. Celui de LP+ est de vous donner un peu plus l’impression de feuilleter un journal, celui du Devoir est d’être plus « direct au point ».

Sinon, peut-être est-ce seulement sur ma tablette (iPad 4), mais leur appli m’a semblée assez lente à réagir à mes  commandes. (Ajout: J’ai reçu assez de commentaires à cet effet jusqu’à présent pour croire que le problème est généralisé.)

Les deux applis vous permettent de consulter des éditions précédentes. Il faudra voir dans quelques jours, mais j’ai cru comprendre que celle du Devoir allait se limiter à sept jours de recul, alors que celle de LP+ vous en offre près de deux mois. Ce n’est pas une différence marquante pour beaucoup de gens.

Fait à noter, même si c’est officiellement la première journée de disponibilité de l’appli, Le Devoir vous offre quand même les éditions des jours précédents, qui ont certainement été montées « pour se pratiquer ».

Les deux applications vous permettent de lire l’essentiel de votre édition du jour hors connexion, une fois téléchargée. Dans les deux cas, il faut toutefois être connecté pour accéder à certains contenus complémentaires.

Je donne aussi au Devoir un « bon point » — ma professeure de 1re année nous donnait des « bons points » quand on faisait quelque chose de bien, nostalgie — pour l’inclusion d’une fonction « recherche » qui vous permet de rechercher, par exemple, le ou les articles d’une édition qui comprennent le mot « Obama ». La recherche ne semble toutefois être applicable qu’à une seule édition, même s’il y en a d’autres de téléchargées.

Il me semble par ailleurs y avoir une certaine incongruité dans le fait que cette fonction de recherche soit dissimulée dans le menu « Réglages », tout comme les articles archivés à titre de favoris, par ailleurs.

(Encore là, un ajout suite à un appel des gens du Devoir. La fonction recherche est aussi disponible depuis le bas de chaque écran. Vous pouvez d’ailleurs voir la loupe sur la capture d’écran ci-haut. Mais les favoris, eux, ne sont bel et bien disponibles qu’en passant par les réglages. )

En terminant, mentionnons que Le Devoir offre lui aussi des mots croisés sur son application, un gros plus. Ceux-ci me sont toutefois apparus assez « bogués ». Il y a probablement besoin de quelques heures de raffinement, rien de grave, tant que ça finit par venir dans une prochaine mise à jour.

Il y a forcément quelque chose d’ingrat à comparer La Presse+ et Le Devoir sur tablette, puisqu’il est manifeste que les budgets de développement des deux applications sont à des années-lumière l’un de l’autre. Dans les circonstances, Le Devoir est parvenu à un résultat appréciable. N’oublions pas non plus que c’est la première version et qu’il y aura certainement quelques ajustements au cours des prochains mois.

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