Patrick Woodbury, LeDroit
MISE À JOUR DE 17 H 30 - Ben coudonc… Ce sera pour une autre fois.
Allez-vous me lancer des tomates si je vous dis que je souhaite à l’équipe canadienne masculine de remporter une médaille d’argent, ce week-end, en finale du tournoi olympique de hockey?
Quelques heures avant les demi finales, j’ai finalement choisi mon camp. Je me suis rangé derrière la Finlande.
Je n’ai absolument rien contre Équipe Canada. Je me suis toujours très bien entendu avec son défenseur Daniel Boyle.
Avant d’être un amateur de hockey, je suis d’abord et surtout un journaliste. Et les journalistes, c’est bien connu, sont des gens égoïstes et cyniques. Les pires seraient prêts à vendre leur mère pour se retrouver en page une.
Et le journaliste que je suis sait qu’il aura un très bon papier à écrire si jamais Jarkko Ruutu se présente dans le vestiaire des Sénateurs avec une médaille d’or au cou, la semaine prochaine.
Je peux déjà l’imaginer, répondre à toutes les questions sans regarder les journalistes avec un petit sourire en coin. Je peux déjà le voir avec son petit air baveux, suffisant.
Je suis champion du monde… et pas vous.
Ce serait encore pire s’il fallait que son équipe ait raison du Canada en grande finale. Il aurait vraiment l’impression d’avoir fait la barbe à tout le monde.
Ce serait son plus grand jour de gloire à Ottawa.
Pour le journaliste que je suis, ce serait du bonbon.
On peut aimer ou on peut détester Jarkko. Personnellement, je l’aime bien.
En dépit des apparences, il est peut-être un des joueurs les plus intelligents de son équipe.
Dans la Ligue nationale de hockey, le rôle d’agitateur n’est pas très prisé.
Dans la plupart des cas, l’agitateur passe moins de 10 minutes par match sur la patinoire. On lui demande de faire perdre les pédales à ses adversaires en début de soirée, mais on l’utilise très rarement lors des attaques massives lorsqu’il accomplit sa mission.
Quand l’adversaire enragé réplique, l’agitateur doit garder la tête froide. Les médias et les partisans vont rarement souligner son bon travail, mais ils seront nombreux à lui sauter dessus à pieds joints lors des inévitables épisodes où il va exagérer.
Il joue un rôle ingrat.
Ruutu a commis quelques gaffes, l’hiver dernier, durant sa première saison à Ottawa. Il a été suspendu à deux reprises. Il a eu l’air fou.
Sur la patinoire, s’entend.
Après avoir mordu le pouce d’Andrew Peters, après avoir nargué la foule partisane du Centre Bell, après avoir passé une demie heure au téléphone avec Colin Campbell, il réagit toujours de la même façon.
Il ne se met jamais un pied dans la bouche. Quand il retire son équipement, le spectacle est terminé. Il explique alors patiemment et poliment que foutre le bordel fait partie de sa définition de tâches. C’est son métier.
Un bon matin 0ù il était de très bonne humeur, cet hiver, Ruutu me disait qu’il se sentait en grande forme. «Je ne vieillis pas. Je m’améliore», qu’il disait.
Il n’a pas complètement tort. À 33 ans, il devrait connaître la saison la plus productive de sa carrière.
Je lui ai alors planté mon micro sous le nez en lui demandant de me livrer ses secrets.
«Nah… Je ne peux pas t’aider. J’ai déjà promis ma recette au magazine GQ», a-t-il répondu.
Jarkko a tôt fait de comprendre qu’il n’avait pas le talent de son petit frère Tuomo, qui est un attaquant de premier trio chez les Hurricanes de la Caroline. Pour connaître une belle et longue carrière dans la LNH, il devait trouver une autre façon de s’illustrer.
Sa grande gueule et son arrogance lui permettront de prendre sa retraite dans quelques années avec quelques millions de dollars en banque.
Il n’y a rien de mal à ça.
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