Guy Thibaudeau

Archive du 14 avril 2012

Samedi 14 avril 2012 | Mise en ligne à 8h35 | Commenter Commentaires (6)

Ski – une saison à oublier

Beaucoup de choses ont été dites dans ce blogue sur la saison de ski qui vient de se terminer, rien qui ne laisse entrevoir une saison dont on voudra se souvenir.

Printemps hatif à Tremblant

Printemps hâtif à Tremblant

Une saison à l’image des changements climatiques
Premier coupable de cette saison à oublier; le climat qui a été exactement à l’image des changements climatiques. Hiver qui débute tard et qui se termine tôt; moins de journées très froides (pour fabriquer de la neige); et moins de neige dans les secteurs plus au sud. Sans oublier cette semaine de chaleur inédite en mars qui est venue tuer le ski de printemps qui représente pour certaines stations une période de revenus non-négligeables.

La pire saison en dix ans?
La saison 2010-2011 était déjà la pire saison en dix ans avec 6,1 millions de jours-ski enregistrés dans les quelques 70 stations alpine du Québec. « On ne peut pour l’instant confirmer la fréquentation pour 2012 puisque les premiers chiffres ne seront disponibles qu’au début de juin » nous dit Michel Archambault,  titulaire de la chaire de tourisme Transat de l’UQAM, mais tout indique que l’hiver 2012 sera passablement moins bon que 2011.

Les stations des Cantons de l’Est qui avaient connu une saison record en 2011 connaîtront probablement un autre record mais… dans l’autre sens cette fois. Les pistes ouvertes durant la période de Noël dans les stations se comptaient sur une main et la fermeture hâtive (Mont Orford 15 mars, Mont Sutton 25 mars) laissent envisager une saison désastreuse. Seule Bromont, station mieux équipée en enneigement artificiel, s’en serait tirée de façon respectable en récupérant les skieurs qui délaissaient les autres stations de la région.

La fermeture du Mont Grand Fonds dans Charlevoix le 16 mars est presque incompréhensible tout comme celle du Massif du Sud le 19. En fait le MDS a étiré la saison deux autres week-ends sur deux petites pistes au bas de la montagne. Le ski de printemps habituellement très fiable à la station de Chaudière-Appalaches était techniquement mort le 19, un gros mois plut tôt que d’habitude.

N’oublions pas non plus la fermeture du Massif de Charlevoix le 25 mars et sa résurrection pour les deux week-ends suivants après le retour du gel de nuit accompagné d’une vingtaine de centimètres de neige.

Avantage au nord du St-Laurent
La neige fut plus abondante cet hiver au nord du St-Laurent. Malgré les aléas du climat ici aussi ce sont les régions des Laurentides et de Québec qui risquent de présenter un bilan moins désastreux. « Nous avons eu les skieurs réguliers, nous dit Joanne Alford du Mont Blanc, mais pas les skieurs occasionnels qui peuvent faire la différence ». En effet l’absence de neige à Montréal et en Montérégie en aura retenu plusieurs. Par contre les faibles précipitations en Estrie ont surement permi aux Laurentides et à Québec de récupérer quelques skieurs à la recherche de neige plus abondante.
Au Mont St-Sauveur la saison qui a débuté le 30 octobre se poursuit toujours les week-ends jusqu’au 13 mai. Sans doute une bonne saison pour la maison-mère mais pour les stations satellites, Ski Morin Heights, Mont Olympia et Mont Gabriel des résultats qui refléteront sans doute l’hiver difficile que nous avons connu.

A Québec la station de ski Le Relais du Lac Beauport est probablement celle qui a mieux résisté à la vague de chaleur n’ayant perdu que 8 de ses 29 pistes au cours de la semaine. Un témoignage sans doute à l’enneigement artificiel de la station. Au Mont Sainte-Anne la saison se poursuit encore les week-ends jusqu’ à la fin du mois.

Un rayon de soleil malgré un hiver court
L’absence de neige plus au sud aura cependant profité aux centres de ski de fond des Laurentides qui, dans certains cas, auraient connu une excellente saison. A Morin Heights « ce fut une saison record » nous dit James Jackson de la municipalité. « Le Corridor Aérobique (voie ferrée désaffectée) nous a donné un avantage en début de saison, ajoute-il, puisque nous étions un des seuls à fonctionner malgré le peu de neige ». Augmentation de 30% aussi à Far Hills et bonne saison au Domaine St-Bernard de Ski de Fond Mont Tremblant. « Plusieurs centres ont enregistré des augmentations de 30% et plus » nous informe Manon René-de-Cotret, directrice du Regroupement Ski de Fond Laurentides.

La région de Québec connaîtra surement des résultats qui n’inquièteront personne. Il s’agit d’une des régions qui pourrait profiter des hivers plus capricieux dans le contexte des changements climatiques.

Les Cantons de l’Est, la région métropolitaine et la Montérégie pour leur part ont connu un hiver très décevant pour les activités nordiques. En Outaouais le Parc de la Gatineau, le plus important réseau de ski de fond au Canada, n’aurait reçu cet hiver qu’un mètre de neige versus 2m en moyenne.

Dix semaines de bon ski
La saison nous aura tout de même offert dix semaines de bon ski du 1er janvier à la mi-mars, du moins au nord du St-Laurent. Aussi, quelques bonnes journées après le retour aux températures normales fin mars – début avril. Un hiver plus doux aussi qui a eu au moins ce coté agréable.

Impact économique
Selon Michel Archambault de l’UQAM « le ski de printemps représente environ 12% des jours-ski de la saison » revenus perdus en partie ou en totalité pour la majorité des centres.

En 2005 on accumulait au Québec plus de 7,1 millions de jours-ski. L’an passé 6,1 millions. Toujours selon Michel Archambault « la perte de 1M de jours-ski représente environ 150 $ millions de pertes économiques » pour l’industrie et ceux qui en dépendent.

Les boutiques de ski ont aussi connu une saison extrêmement difficile. « Les consommateurs pourront bénéficier de bonnes occasions » nous dit Patrice Archambault qui représente diverses compagnies reliées au ski. C’est le temps plus que jamais de renouveler équipement et vêtements.

Une saison courte a aussi un impact sur l’emploi. Moins de semaines de travail, moins de revenus pour les travailleurs et, dans certains cas, un nombre insuffisant de semaines de travail pour réclamer l’assurance emploie.

On a peut-être apprécié le coup de chaleur de la mi-mars mais l’économie du Québec en mars fonctionne plus efficacement lorsque l’hiver traîne un peu plus longtemps, au moins jusqu’au début avril.

L’hiver qui se termine coïncide parfaitement avec le modèle annoncé des changements climatiques mais les experts sont aussi d’accord pour dire qu’il s’agit plus d’une « tendance » que d’un fait qui se répétera de la même façon d’année en années. L’hiver prochain sera probablement très différent. C’est du moins ce qu’on espère, pour le bien de tous.

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