Guy Thibaudeau

Archive, avril 2012

Chamonix. Vous êtes vous déjà demandé combien d’entre-nous aurions pu gravir les plus hauts sommets de nos régions et d’ailleurs pour admirer ces paysages grandioses si messieurs Pomagalski, Doppelmayr, Von Roll et autres n’avaient pas inventé et installé des remontées mécaniques et des téléfériques pour nous en faciliter l’accès? Sans doute très peu.

Le téléférique de l'Aiguille du Midi à Chamonix est une des grandes merveilles de la détermination humaine. Photo Michel Caplain.

Le téléférique de l'Aiguille du Midi à Chamonix est une des grandes merveilles de la détermination humaine. Photo Michel Caplain.

Pensez seulement au nombre de fois que vous avez gravi à pieds le Mont Tremblant, le Mont Sainte-Anne, Whistler Peak ou, l’Aiguille du Midi au Mont Blanc de Chamonix?

Sauf pour les alpinistes, très peu d’entre nous le feraient sans l’aide des remontées si l’on compare avec le nombre de skieurs qui accèdent aux sommets de nos jours.

Si construire des remontées sur nos montagnes (Tremblant, Mont Sainte-Anne, Jay Peak et autres) est chose relativement simple, ériger deux téléfériques pour accéder à l’Aiguille du Midi au Mont Blanc à Chamonix relève carrément de l’exploit. Un exploit quasi incompréhensible puisque l’ascension jusqu’au pic de l’aiguille, même à l’escalade, constitue un défi de taille. Comment donc a-t-on pu monter tout le matériel nécessaire à la construction du téléférique à 3842m sur cette « aiguille » presqu’inaccessible?

L’exploit de l’Aiguille du Midi
L’idée de relier la vallée de Chamonix avec l’Aiguille du Midi remonte au début du 20e siècle. Le plan consistait à relier les deux points via deux téléfériques consécutifs dont le deuxième n’aurait qu’une seule portée, sans aucun pylône de support entre les deux gares. Vous pouvez imaginer la pente nécessaire pour que la cabine ne touche pas à la paroi sur le parcours de 1500m de dénivelée. Il fallait que la remontée soit presque verticale. D’où le problème de monter jusqu’au sommet le matériel nécessaire à la construction… au début du 20e siècle.

La difficulté principale consistait à hisser sans le sectionner un câble de 1850m de longueur. Trente montagnards Français (de Chamonix) et Italiens (de Val d’Aoste, versant Italien du Mont Blanc) sont engagés pour accomplir la tâche. Chacun porte un cadre de bois fixé aux épaules sur lequel est enroulé une trentaine de kilos de câble. Chaque homme est relié aux autres par la continuité du câble. L’escalade prendra deux jours.

Il faudra par après redescendre le câble vers la base, dans le vide, une manœuvre qui s’avère tout aussi difficile à cause de la pente et de l’exiguïté de la paroi. Le câble se coince à plusieurs reprises et les hommes doivent redescendre, dans le vide, pour le dégager à travers les chutes de glace et de pierre qui mettent constamment leur vie en danger.

Ce premier effort qui relève carrément de l’exploit permettra aux travaux proprement dits de commencer. On y installera une première « ligne de service » qui permettra d’acheminer hommes et matériel vers le sommet. De là des équipements de plus en plus gros et des treuils plus puissants permettront au travail de se poursuivre. Le premier tronçon qui nous amène plus ou moins à la mi-parcours fut ouvert en 1954 et le second, le plus impressionnant, en 1955. Ce dernier en une seule portée, la plus longue au monde, vous achemine au sommet à plus de 3800m d’altitude.

  La crête du départ de quelques 200m ne permet aucune imprudence. Mieux vaut ne pas regarder en bas à gauche, un précipice de 1500m qui mène au bas du téléférique! Photo Guy Thibaudeau.

La crête du départ de quelques 200m ne permet aucune imprudence. Mieux vaut ne pas regarder en bas à gauche, un précipice de 1500m qui mène au bas du téléférique! Photo Guy Thibaudeau.

Accès à la Vallée Blanche
Tout ce travail pharaonique aura facilité l’accès à l’un des plus imposants domaines skiables au monde, la Vallée Blanche. Cet itinéraire hors-piste de haute montagne évolue sur les glaciers du Géant et de la Mer de Glace dans un cadre absolument spectaculaire qu’il faut essayer de faire un fois dans sa vie.

Le départ lui-même est impressionnant puisqu’il faut négocier à pieds, skis à l’épaule, une crête de quelques 200m qui ne permet aucune imprudence. Mieux vaut ne pas regarder en bas surtout à gauche, un précipice de 1500m qui mène au bas du téléférique! Par après la descente n’est pas très difficile mais il faut surveiller les crevasses d’où l’importance d’être accompagné d’un guide. La Vallée Blanche qui fait 20 kilomètres est accessible de janvier à mai selon les conditions.

Voilà donc l’apport des remontées mécaniques dans notre vie. Si Jackrabbit Johannsen, le père du ski au Canada, s’en plaignait elles nous offrent tout de même une expérience inoubliable sur plusieurs des plus hauts et plus beaux sommets sur terre. Tremblant achemine environ 800 000 personnes annuellement vers son sommet tandis que 500 000 personnes accèdent chaque année à l’Aiguille du Midi. Sans remontées combien y accéderaient? Faudrait pas cependant exagérer et aller foutre un téléférique sur l’Everest. Certains sommets doivent demeurer sacrés.

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Samedi 14 avril 2012 | Mise en ligne à 8h35 | Commenter Commentaires (6)

Ski – une saison à oublier

Beaucoup de choses ont été dites dans ce blogue sur la saison de ski qui vient de se terminer, rien qui ne laisse entrevoir une saison dont on voudra se souvenir.

Printemps hatif à Tremblant

Printemps hâtif à Tremblant

Une saison à l’image des changements climatiques
Premier coupable de cette saison à oublier; le climat qui a été exactement à l’image des changements climatiques. Hiver qui débute tard et qui se termine tôt; moins de journées très froides (pour fabriquer de la neige); et moins de neige dans les secteurs plus au sud. Sans oublier cette semaine de chaleur inédite en mars qui est venue tuer le ski de printemps qui représente pour certaines stations une période de revenus non-négligeables.

La pire saison en dix ans?
La saison 2010-2011 était déjà la pire saison en dix ans avec 6,1 millions de jours-ski enregistrés dans les quelques 70 stations alpine du Québec. « On ne peut pour l’instant confirmer la fréquentation pour 2012 puisque les premiers chiffres ne seront disponibles qu’au début de juin » nous dit Michel Archambault,  titulaire de la chaire de tourisme Transat de l’UQAM, mais tout indique que l’hiver 2012 sera passablement moins bon que 2011.

Les stations des Cantons de l’Est qui avaient connu une saison record en 2011 connaîtront probablement un autre record mais… dans l’autre sens cette fois. Les pistes ouvertes durant la période de Noël dans les stations se comptaient sur une main et la fermeture hâtive (Mont Orford 15 mars, Mont Sutton 25 mars) laissent envisager une saison désastreuse. Seule Bromont, station mieux équipée en enneigement artificiel, s’en serait tirée de façon respectable en récupérant les skieurs qui délaissaient les autres stations de la région.

La fermeture du Mont Grand Fonds dans Charlevoix le 16 mars est presque incompréhensible tout comme celle du Massif du Sud le 19. En fait le MDS a étiré la saison deux autres week-ends sur deux petites pistes au bas de la montagne. Le ski de printemps habituellement très fiable à la station de Chaudière-Appalaches était techniquement mort le 19, un gros mois plut tôt que d’habitude.

N’oublions pas non plus la fermeture du Massif de Charlevoix le 25 mars et sa résurrection pour les deux week-ends suivants après le retour du gel de nuit accompagné d’une vingtaine de centimètres de neige.

Avantage au nord du St-Laurent
La neige fut plus abondante cet hiver au nord du St-Laurent. Malgré les aléas du climat ici aussi ce sont les régions des Laurentides et de Québec qui risquent de présenter un bilan moins désastreux. « Nous avons eu les skieurs réguliers, nous dit Joanne Alford du Mont Blanc, mais pas les skieurs occasionnels qui peuvent faire la différence ». En effet l’absence de neige à Montréal et en Montérégie en aura retenu plusieurs. Par contre les faibles précipitations en Estrie ont surement permi aux Laurentides et à Québec de récupérer quelques skieurs à la recherche de neige plus abondante.
Au Mont St-Sauveur la saison qui a débuté le 30 octobre se poursuit toujours les week-ends jusqu’au 13 mai. Sans doute une bonne saison pour la maison-mère mais pour les stations satellites, Ski Morin Heights, Mont Olympia et Mont Gabriel des résultats qui refléteront sans doute l’hiver difficile que nous avons connu.

A Québec la station de ski Le Relais du Lac Beauport est probablement celle qui a mieux résisté à la vague de chaleur n’ayant perdu que 8 de ses 29 pistes au cours de la semaine. Un témoignage sans doute à l’enneigement artificiel de la station. Au Mont Sainte-Anne la saison se poursuit encore les week-ends jusqu’ à la fin du mois.

Un rayon de soleil malgré un hiver court
L’absence de neige plus au sud aura cependant profité aux centres de ski de fond des Laurentides qui, dans certains cas, auraient connu une excellente saison. A Morin Heights « ce fut une saison record » nous dit James Jackson de la municipalité. « Le Corridor Aérobique (voie ferrée désaffectée) nous a donné un avantage en début de saison, ajoute-il, puisque nous étions un des seuls à fonctionner malgré le peu de neige ». Augmentation de 30% aussi à Far Hills et bonne saison au Domaine St-Bernard de Ski de Fond Mont Tremblant. « Plusieurs centres ont enregistré des augmentations de 30% et plus » nous informe Manon René-de-Cotret, directrice du Regroupement Ski de Fond Laurentides.

La région de Québec connaîtra surement des résultats qui n’inquièteront personne. Il s’agit d’une des régions qui pourrait profiter des hivers plus capricieux dans le contexte des changements climatiques.

Les Cantons de l’Est, la région métropolitaine et la Montérégie pour leur part ont connu un hiver très décevant pour les activités nordiques. En Outaouais le Parc de la Gatineau, le plus important réseau de ski de fond au Canada, n’aurait reçu cet hiver qu’un mètre de neige versus 2m en moyenne.

Dix semaines de bon ski
La saison nous aura tout de même offert dix semaines de bon ski du 1er janvier à la mi-mars, du moins au nord du St-Laurent. Aussi, quelques bonnes journées après le retour aux températures normales fin mars – début avril. Un hiver plus doux aussi qui a eu au moins ce coté agréable.

Impact économique
Selon Michel Archambault de l’UQAM « le ski de printemps représente environ 12% des jours-ski de la saison » revenus perdus en partie ou en totalité pour la majorité des centres.

En 2005 on accumulait au Québec plus de 7,1 millions de jours-ski. L’an passé 6,1 millions. Toujours selon Michel Archambault « la perte de 1M de jours-ski représente environ 150 $ millions de pertes économiques » pour l’industrie et ceux qui en dépendent.

Les boutiques de ski ont aussi connu une saison extrêmement difficile. « Les consommateurs pourront bénéficier de bonnes occasions » nous dit Patrice Archambault qui représente diverses compagnies reliées au ski. C’est le temps plus que jamais de renouveler équipement et vêtements.

Une saison courte a aussi un impact sur l’emploi. Moins de semaines de travail, moins de revenus pour les travailleurs et, dans certains cas, un nombre insuffisant de semaines de travail pour réclamer l’assurance emploie.

On a peut-être apprécié le coup de chaleur de la mi-mars mais l’économie du Québec en mars fonctionne plus efficacement lorsque l’hiver traîne un peu plus longtemps, au moins jusqu’au début avril.

L’hiver qui se termine coïncide parfaitement avec le modèle annoncé des changements climatiques mais les experts sont aussi d’accord pour dire qu’il s’agit plus d’une « tendance » que d’un fait qui se répétera de la même façon d’année en années. L’hiver prochain sera probablement très différent. C’est du moins ce qu’on espère, pour le bien de tous.

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Mercredi 11 avril 2012 | Mise en ligne à 14h38 | Commenter Commentaires (5)

Tempête d’avril au Vermont

Jay Peak le 11 avril 2012. Photo Jay Peak

Jay Peak le 11 avril 2012. Photo Jay Peak

Pour vous dire à quel point la météo peut différer des villes aux montagnes, il a neigé abondamment depuis deux jours au Vermont dans les montagnes. Trente cinq centimètres ont été reçus à Jay Peak et 45 à Killington. De ce fait les deux centres ont rouvert plusieurs pistes que l’on croyait fermées pour la saison.

La neige a permi la réouverture de 19 pistes à Jay et de 35 à Killington. Jay Peak passe donc de 18 pistes hier à 37 aujourd’hui et Killington de 5 à 40 pistes. Il faut retourner au 21 mars dernier pour retrouver autant de pistes ouvertes dans les deux cas.

La neige aurait aussi blanchi les montagnes de Sutton où une quinzaine de centimètres recouvrent les sommets depuis mardi. Saison terminée ici par contre; pas question de remettre la machine en branle. La station est fermée depuis le 25 mars dernier ayant connu une des plus courtes saisons de son histoire.

Ski pour les purs et durs
A ce temps de l’année ce sont uniquement les purs et durs qui se passionnent encore pour la neige et le ski. Au Québec seul le Mont Sainte-Anne fonctionne quotidiennement cette semaine. Le Mont St-Sauveur dans les Laurentides ainsi que Le Valinouët au Saguenay
rouvriront vendredi pour le week-end. Pour le Valinouët qui fonctionne uniquement sur neige naturelle il s’agira du dernier week-end de la saison. Dans le cas du Mont St-Sauveur on prévoit offrir du ski jusqu’au 13 mai sur la Piste 70 tandis qu’au Mont Sainte-Anne la saison se poursuivra les week-ends jusqu’au 29 avril.

Cette tempête d’avril au Vermont vous motive-t-elle à reprendre le chemin des pentes?

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