Sciences dessus dessous

Mardi 22 mai 2012 | Mise en ligne à 11h01 | Commenter Commentaires (15)

Un dragon dans l’espace

La fusée Falcon 9 s'est envolée ce matin, à 3h44, à Cap Canaveral. (Photo : NASA/Alan Ault)

La fusée Falcon 9 s'est envolée ce matin, à 3h44, à Cap Canaveral. (Photo : NASA/Alan Ault)

Ça y est. Après un délai, un autre, survenu samedi à une demi-seconde du lancement (!), la capsule Dragon de l’entreprise privée SpaceX s’est envolée ce matin, propulsée par la fusée (privée elle aussi) Falcon 9.

On trouvera plus de détails ici et ici en français, ou encore sur le site de la NASA.

J’aimerais cependant attirer votre attention sur une citation de John Holdren, conseiller scientifique du président Barack Obama, qui explique pourquoi Washington veut passer le flambeau du transport vers la Station spatiale à des sociétés privées. «Ce rôle accru du secteur privé va libérer des ressources de la NASA et lui permettre de faire ce qu’elle sait le mieux faire, se confronter aux plus grands défis technologiques de l’espace, y compris ceux de vols habités au-delà de l’orbite basse terrestre», a dit M. Holdren.

N’y a-t-il pas là un pari qui ne se réalisera pas nécessairement — même si on peut espérer et le souhaiter ? À moins de réduire leur participation et leur usage de la SSI, les États-Unis devront quand même payer le transport de leurs matériel et astronautes à bord des fusées privées, ce qui signifie que les entreprises devront être plus efficaces que la NASA pour atteindre l’orbite sans rogner sur la sécurité. Il est possible que la compétition, qui était à peu près absente jusqu’ici — la NASA, l’ESA et l’agence spatiale russe ne rivalisaient pas entre elles pour couper les prix —, fasse descendre le coût du transport. Tant mieux si cela se produit.

Mais du point de vue des coûts pour l’État, les avantages de l’efficacité économique supérieure du secteur privé risquent d’être annulés, au moins en partie, par le fait que le privé doit se garder un profit. En santé, où les dépenses publiques sont plus élevées aux États-Unis (9,2 % du PIB) qu’au Canada (8,6 %) bien que le système soit privé dans le premier cas. Toute comparaison est boîteuse, et celle-ci l’est à plusieurs égards, mais cela montre tout de même que l’intervention du privé ne mène pas toujours à des économies pour l’État.

À votre avis, est-ce que la NASA gagnera son pari (en présumant que SpaceX gagne le sien, puisque Dragon doit encore s’approcher et être arrimée avec succès à la SSI dans trois jours) ?

Lire les commentaires (15)  |  Commenter cet article

 

Un de mes collègues, dont je tairai le nom parce qu’il est ceinture noire de karaté, m’a déjà confié sur un ton mi-blagueur que son fils (alors adolescent) était si paresseux que «si on lui disait qu’il faut un minimum de 12 respirations par minute pour survivre, je suis sûr qu’il s’essayerait à 11».

Eh bien le jeune homme vient de trouver son maître : des bactéries déterrées sous 28 mètres de sédiments, dans le fond du Pacifique Nord, consomment l’infime quantité d’oxygène de 0,001 femtomole, soit seulement quelques dizaines de milliers de molécules d’O2 chacune par jour. Par comparaison, nous en inhalons de l’ordre de 1021 molécules (soit des milliers de milliards de milliards) par respiration. Si on mettait des bactéries de fond «normales» dans un contenant étanche, elles en épuiseraient l’oxygène en quelques minutes, alors qu’avec celles découvertes par le Danois Hans Roy, de l’Université d’Aarhus, «cela prendrait 1000 ans avant que l’on puisse déceler un changement».

En fait, leur métabolisme est si lent que d’autres biologistes, les ayant déjà eues sous le microscopes, avaient conclu qu’elles étaient mortes

Ces bactéries ont manifestement évolué de la sorte pour composer avec le fait qu’elles vivent dans un des pires déserts de la planète. Dans le centre du gyre (grand courant circulaire) du Pacifique Nord, l’eau n’arrive qu’après avoir été filtrée et refiltrée par d’innombrables microbes, si bien qu’elle y est si cristalline qu’il ne s’y accumule que 1 mm de sédiments par 1000 ans. Et encore, ces particules y arrivent presque complètement lavés de toute trace de nutriment. Pour cette raison, contrairement aux autres sédiments où l’oxygène ne pénètre pas à plus de 10 cm (la vie benthique l’utilisant entièrement avant), le précieux gaz parvient jusqu’à des profondeurs impossibles ailleurs, à cause de la grande rareté et, on le sait maintenant, de l’inouïe lenteur de la vie là-dessous…

AJOUT (vendredi 22h) : Veuillez noter que ce blogue ne sera plus modéré jusqu’à mardi, 22 mai, pour cause de canot-camping…

Lire les commentaires (5)  |  Commenter cet article

 

Jeudi 17 mai 2012 | Mise en ligne à 16h53 | Commenter Commentaires (29)

Sexe, taxes et insulte

Ainsi donc, l’exposition Sexe : l’expo qui dit tout est «insultante pour les contribuables», juge le ministre du Patrimoine James Moore, qui a rattrapé au vol la balle lancée par un animateur de radio d’Ottawa, dont les diatribes ont mené à une cinquantaine de plaintes. De la part d’un politicien qui a déjà pratiquement fait retirer de Tou.tv la série française Hard (qui prend le monde de la porno pour toile de fond) et qui a trouvé l’expo La vie en pop trop osée pour aller la voir, ce n’est pas particulièrement étonnant, remarquez.

D’après les informations disponibles, l’exposition fait de l’éducation sexuelle sans mettre de feuille de vigne, si je puis dire, en montrant des gens flambants nus, en parlant d’homosexualité, de masturbation (en la montrant), etc. Je ne vous dirai pas si M. Moore a raison ou tort de condamner L’expo qui dit tout de la sorte, pour la simple et bonne raison que je ne l’ai pas vue et que je n’ai pas l’intention de faire l’aller-retour Québec-Ottawa pour ça. Maintenant, puisque l’expo a déjà été présentée deux fois dans le passé et que, après tout, nous sommes ici dans un blogue de sciences, je vous ai quand même trouvé quelques proxies — quelques «indicateurs indirects», pour parler français…

Voici :

– Lors de sa présentation initiale à Montréal (le Centre des sciences de Montréal en est le concepteur), en 2010, on n’a noté aucune plainte de la sorte, et les médias n’en ont rien dit de mal. En fait, l’événement s’est mérité le Prix d’excellence de la Société des musées québécois.

Seul le père d’un garçon de 6e année a soulevé l’objection que son garçon de 11 ans, qui est allée avec sa classe, n’était pas prêt à voir tout cela et qu’il avait parfaitement le droit de ne pas l’être. Point fort pertinent, à mon sens, dont la direction de l’école aurait dû tenir compte puisque l’expo s’adresse aux 12 ans et plus.

– Lors de sa présentation à Regina, l’an dernier, l’expo n’a pas provoqué de plaintes non plus. Cependant, la critique du Daily Herald notait ceci :

«Ce n’est manifestement pas pour tout le monde.

Et c’est bien pourquoi un employé du centre des sciences est posté à la porte pour s’assurer qu’aucun enfant n’y entre sans être accompagné d’un adulte.

Le directeur exécutif du centre, Sandy Baumngartner, dit que l’exposition n’est pas recommandée pour les moins de 12 ans et qu’une pancarte à la porte l’indique clairement.»

– La semaine dernière, Le Droit n’a pas, lui non plus, trouvé  à redire dans son prépapier sur l’exposition. Il semble que les plaintes aient vraiment été provoquées par un ou des animateurs de radio. L’âge sous lequel l’accompagnement est requis a depuis été relevé à 16 ans.

– La sénatrice conservatrice Nancy Ruth vient d’affirmer à l’agence Postmedia News que tout compte fait, il n’y a pas de quoi s’énerver et que «c’est une expo à laquelle toute les familles devraient amener les enfants».

AJOUT (23 mai, 16h20) : l’ACFAS vient de réagir à cette controverse, critiquant la position du ministre du Patrimoine. Le communiqué est ici.

Lire les commentaires (29)  |  Commenter cet article

 

publicité

  • Catégories

  • Blogues sur lapresse

  • Calendrier

    février 2012
    D L Ma Me J V S
    « jan   mar »
     1234
    567891011
    12131415161718
    19202122232425
    26272829  
  • Archives

  • publicité