Sciences dessus dessous

Archive de la catégorie ‘Sciences de la Terre’

Lundi 30 mars 2015 | Mise en ligne à 14h57 | Commenter Commentaires (31)

Pas de gaz dans l’eau…

Cela fait déjà quelques années que les études sur les fuites de gaz naturel dans la nappe phréatique, proche des puits de gaz de schiste, soufflent le chaud et le froid. Certaines suggèrent que les activités de cette industrie laissent percoler du gaz dans l’eau potable ; d’autres présentent des données qui les contredisent ; d’autres encore viennent contredire les secondes ; et ainsi de suite.

Il serait sans doute illusoire de s’attendre à ce que la dernière en date close le débat. Mais le fait est qu’elle est, et de loin, la plus vaste sur cette question jusqu’à présent, s’appuyant sur 11 300 analyses d’eau dans des puits privés du nord-est de la Pennsylvanie, dans un secteur où l’on compte 661 puits de gaz et de pétrole (très principalement «non conventionnels»). Alors jetons-y un œil…

Elle a été publiée ce mois-ci dans Environmental Science and Technology ce mois-ci, et le site de la revue Science vient d’en faire un bon compte-rendu. Essentiellement, ses auteurs, menés par l’hydrogéologue Donald Siegel de l’Université de Syracuse, ont mesuré les teneurs en méthane que l’on trouvait dans les puits d’eau des résidents de la région de Bradford (Penn.), puis ont tenté de voir si l’eau de ceux qui habitent proche d’un puits gazier en recelait davantage. Et ils concluent, sans équivoque, que «contrairement à des études précédentes, nous n’avons trouvé aucune relation statistique significative entre les concentrations de méthane dissous dans l’eau potable et la proximité de puits gaziers ou pétroliers préexistants».

Parmi ces «études précédentes», notons-le, figuraient celles de Robert Jackson, de l’Université Duke, qui avait, lui, trouvé en 2011 et en 2013 que l’eau potable contenait plus de méthane (la principalement composante du gaz naturel) lorsqu’elle était puisée à moins de 1 km d’un puits de gaz de shale que lorsque les activités de l’industrie étaient plus lointaine.

Cependant, ces travaux avaient reçu leur lot de critiques, qui soulignaient notamment la faiblesse de l’échantillonnage — 60 puits en 2011, 141 en 2013. En outre, d’autres études étaient arrivées à des résultats différents. En 2011, la commission géologique américaine n’a en effet pas trouvé la moindre trace de contamination au gaz (ou autre) en analysant 127 puits de l’Arkansas, où plus de 4000 puits ont été creusés et fracturés dans le shale de Fayetteville entre 2004 et 2011. Et quelques autres étaient arrivées à des conclusions similaires.

Toutefois, des chercheurs analysant la qualité de l’air (et non l’eau souterraine) ont trouvé des teneurs anormales en méthane à proximité de champs gaziers au Colorado et en Australie, ce qui suggérait des fuites (soit des équipements, soit à cause de la fracturation). Or des estimés plus récents n’ont pas reproduit ces résultats, bien qu’ils ont montré des variations régionales importantes.

Dans tout ce portrait, l’arrivée des 11 000 échantillons d’eau de M. Siegel, soit environ 100 fois plus que les autres travaux du même genre, devrait en principe peser assez lourd dans le débat. Pas le trancher, on s’entend — M. Jackson se montre déjà assez critique des techniques d’échantillonnage de son collègue. Mais quand même, cela pourrait être un point tournant. Le temps (et possiblement de nouvelles données) nous le dira.

P.S. Oui, je sais : les données de M. Siegel proviennent des archives de l’industrie, plus précisément d’une grande gazière, Chesapeake. Cela ajoute sans doute un astérisque aux conclusions de l’étude. Mais bon, il demeure que cela a été publié dans une revue à comité de lecture, et je signale que M. Jackson lui-même dit avoir tenté de mettre la main sur ces données il y a une couple d’années, ce qui suggère qu’elles ont de la valeur.

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Lundi 16 mars 2015 | Mise en ligne à 14h43 | Commenter Commentaires (31)

Plus chaud partout sauf… vous savez où

(Carte : GISS/NASA)

(Carte : GISS/NASA)

OK, OK, j’arrête. C’est la dernière fois, promis. De toute manière, l’hiver achève. Alors voilà : selon un refrain qui commence à être connu des habitués de ce blogue, le mois dernier fut, globalement, le 2e février le plus chaud jamais enregistré, avec une température globale moyenne de 0,79 °C au-dessus que la période de référence 1951-80. Il n’y a qu’en 1998 où février avait été plus chaud (+ 0,86 °C).

Mais vu du Québec, rien n’y parut. Alors là, rien du tout. Comme le montre la carte ci-haut, gracieuseté de la NASA, février 2015 a des airs de famille très manifestes avec son frère aîné, janvier 2015. Inutile de sortir des tests génétiques élaborés, les deux frangins arborent des faces-à-claque quasi identiques, le même genre de sales gueules que l’on meurt d’envie de râper sur de l’asphalte glacée.

En principe, la nétiquette proscrit l’usage d’insultes et de menaces dans les commentaires, mais sachez que cette interdiction est levée jusqu’à nouvel ordre pour janvier et février 2015. Je publierai automatiquement toutes les avanies à leur sujet…

Cela étant dit, et peut-être aussi pour éviter de devenir moi-même la cible de ces vacheries (ça fait quand même trois fois que je publie des cartes déprimantes en peu de temps), je souligne que la tendance à long terme est clairement au réchauffement, même ici. La carte ci-dessous, qui montre la moyenne des mois de février 2000-2015 par rapport à la période de référence, est assez claire…

(Carte : GISS/NASA)

(Carte : GISS/NASA)

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On a fait grand cas, vendredi dernier, des plus récents estimés de l’Agence internationale de l’énergie que les émissions planétaires de gaz à effet de serre avaient stagné en 2014 en dépit du fait que nous ne traversions pas une crise économique. Non sans raison, d’ailleurs, puisqu’il s’agissait d’une première : depuis que l’AIE a commencé à mesurer les quantités de GES que l’humanité rejette dans l’atmosphère, ces émissions n’ont baissé qu’à trois reprises (début des années 80, 1992 et 2009), et c’était toujours en raison de contractions de l’économie mondiale.

Cette annonce a évidemment donné espoir à plusieurs que la consommation d’énergie fossile serait en train de «décrocher» de la croissance économique — une étape cruciale si l’on veut «décarboniser» nos économies et maintenir le réchauffement climatique dans des proportions gérables. L’économiste en chef de l’AIE a ainsi déclaré que «cela me donne encore plus d’espoir que l’humanité sera capable de travailler ensemble pour combattre les changements climatiques, la plus importante menace à laquelle nous faisons face aujourd’hui».

Mais toute la question est de savoir pourquoi les émissions de GES ont fait du sur-place l’an dernier. L’AIE cite la conversion graduelle des principales économies du monde aux énergies renouvelables, qui donnerait des résultats plus rapidement que prévu. Sans se prononcer explicitement sur l’avenir, le professeur des HEC Pierre-Olivier Pineau faisait remarquer à mon collègue Charles Côté que l’économie de la Chine, la plus grande pollueuse de la planète, est arrivée à «maturité», c’est-à-dire que le secteur tertiaire (moins polluant), s’y développe plus rapidement que les matière premières et la transformation.

S’il s’avère que c’est bien là un facteur important, alors on pourra en principe s’attendre à ce que le décrochage annoncé perdure. Mais tous n’en sont pas convaincus. Dans une entrevue très intéressante avec le New Scientist, la directrice de l’Institut Tyndall de recherche sur les changements climatiques (Université East Anglia), Corinne Le Quéré, signale qu’il se pourrait que la stagnation ne soit qu’un «blip» statistique, le résultat d’une conjonction de facteurs passagers.

En effet, il a fait exceptionnellement chaud en Europe l’an dernier, ce qui a diminué les besoins de chauffage de tout le continent. De plus, le prix du baril de pétrole s’est écroulé et est resté très bas (il l’est toujours d’ailleurs), ce qui a incité beaucoup d’industries à remplacer le charbon par le pétrole, qui émet moins de GES par unité d’énergie produite. Or le cours de l’or noir est notoirement imprévisible si bien que, s’il s’agit d’un facteur important dans la stagnation des GES de 2014, celle-ci risque fort de ne pas se reproduire.

Bref, ce serait une excellente nouvelle si la consommation de carburants et l’économie mondiale étaient en train de décrocher, mais il faudra attendre quelques années avant de se réjouir.

P.S. Parlant de M. Pineau, si vous n’avez pas lu sa lettre ouverte «L’austérité roule en VUS», je vous recommande fortement d’aller le faire. C’est à lire…

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