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Archive de la catégorie ‘Sciences de la Terre’

Lundi 16 mars 2015 | Mise en ligne à 14h43 | Commenter Commentaires (31)

Plus chaud partout sauf… vous savez où

(Carte : GISS/NASA)

(Carte : GISS/NASA)

OK, OK, j’arrête. C’est la dernière fois, promis. De toute manière, l’hiver achève. Alors voilà : selon un refrain qui commence à être connu des habitués de ce blogue, le mois dernier fut, globalement, le 2e février le plus chaud jamais enregistré, avec une température globale moyenne de 0,79 °C au-dessus que la période de référence 1951-80. Il n’y a qu’en 1998 où février avait été plus chaud (+ 0,86 °C).

Mais vu du Québec, rien n’y parut. Alors là, rien du tout. Comme le montre la carte ci-haut, gracieuseté de la NASA, février 2015 a des airs de famille très manifestes avec son frère aîné, janvier 2015. Inutile de sortir des tests génétiques élaborés, les deux frangins arborent des faces-à-claque quasi identiques, le même genre de sales gueules que l’on meurt d’envie de râper sur de l’asphalte glacée.

En principe, la nétiquette proscrit l’usage d’insultes et de menaces dans les commentaires, mais sachez que cette interdiction est levée jusqu’à nouvel ordre pour janvier et février 2015. Je publierai automatiquement toutes les avanies à leur sujet…

Cela étant dit, et peut-être aussi pour éviter de devenir moi-même la cible de ces vacheries (ça fait quand même trois fois que je publie des cartes déprimantes en peu de temps), je souligne que la tendance à long terme est clairement au réchauffement, même ici. La carte ci-dessous, qui montre la moyenne des mois de février 2000-2015 par rapport à la période de référence, est assez claire…

(Carte : GISS/NASA)

(Carte : GISS/NASA)

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On a fait grand cas, vendredi dernier, des plus récents estimés de l’Agence internationale de l’énergie que les émissions planétaires de gaz à effet de serre avaient stagné en 2014 en dépit du fait que nous ne traversions pas une crise économique. Non sans raison, d’ailleurs, puisqu’il s’agissait d’une première : depuis que l’AIE a commencé à mesurer les quantités de GES que l’humanité rejette dans l’atmosphère, ces émissions n’ont baissé qu’à trois reprises (début des années 80, 1992 et 2009), et c’était toujours en raison de contractions de l’économie mondiale.

Cette annonce a évidemment donné espoir à plusieurs que la consommation d’énergie fossile serait en train de «décrocher» de la croissance économique — une étape cruciale si l’on veut «décarboniser» nos économies et maintenir le réchauffement climatique dans des proportions gérables. L’économiste en chef de l’AIE a ainsi déclaré que «cela me donne encore plus d’espoir que l’humanité sera capable de travailler ensemble pour combattre les changements climatiques, la plus importante menace à laquelle nous faisons face aujourd’hui».

Mais toute la question est de savoir pourquoi les émissions de GES ont fait du sur-place l’an dernier. L’AIE cite la conversion graduelle des principales économies du monde aux énergies renouvelables, qui donnerait des résultats plus rapidement que prévu. Sans se prononcer explicitement sur l’avenir, le professeur des HEC Pierre-Olivier Pineau faisait remarquer à mon collègue Charles Côté que l’économie de la Chine, la plus grande pollueuse de la planète, est arrivée à «maturité», c’est-à-dire que le secteur tertiaire (moins polluant), s’y développe plus rapidement que les matière premières et la transformation.

S’il s’avère que c’est bien là un facteur important, alors on pourra en principe s’attendre à ce que le décrochage annoncé perdure. Mais tous n’en sont pas convaincus. Dans une entrevue très intéressante avec le New Scientist, la directrice de l’Institut Tyndall de recherche sur les changements climatiques (Université East Anglia), Corinne Le Quéré, signale qu’il se pourrait que la stagnation ne soit qu’un «blip» statistique, le résultat d’une conjonction de facteurs passagers.

En effet, il a fait exceptionnellement chaud en Europe l’an dernier, ce qui a diminué les besoins de chauffage de tout le continent. De plus, le prix du baril de pétrole s’est écroulé et est resté très bas (il l’est toujours d’ailleurs), ce qui a incité beaucoup d’industries à remplacer le charbon par le pétrole, qui émet moins de GES par unité d’énergie produite. Or le cours de l’or noir est notoirement imprévisible si bien que, s’il s’agit d’un facteur important dans la stagnation des GES de 2014, celle-ci risque fort de ne pas se reproduire.

Bref, ce serait une excellente nouvelle si la consommation de carburants et l’économie mondiale étaient en train de décrocher, mais il faudra attendre quelques années avant de se réjouir.

P.S. Parlant de M. Pineau, si vous n’avez pas lu sa lettre ouverte «L’austérité roule en VUS», je vous recommande fortement d’aller le faire. C’est à lire…

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(Image : NASA)

(Image : NASA)

Histoire de bien asseoir ma réputation de vandale malfaisant, je reproduis ici une image qui vient d’être publiée sur le site de la NASA, montrant la bipolarité météorologique de l’Amérique du Nord — qui s’incarne ici dans les anomalies de températures moyennes de février 2015. La carte permet de visualiser ce que l’on savait déjà jusque dans nos os, c’est-à-dire que le Québec se trouvait le mois dernier du mauvais côté du continent, au mauvais endroit, au mauvais moment.

Si cela peut vous consoler, observez les régions de Boston et du Wisconsin, où l’anomalie fut d’environ 12 °C sous les normales. Par comparaison, il a fait environ 7 degrés de moins qu’à l’habitude au sud du Québec — en tout cas, à Québec même, il a fait près de –18 °C en moyenne en février, contre une normale de –11.

Cela dit, une fois que vous aurez fini de vous consoler, lisez le texte de la NASA et cliquez sur certains des hyperliens qu’on y trouve. C’est une mine d’informations sur les dernières recherches en climatologie tentant d’expliquer pourquoi l’est de l’Amérique se refroidit tandis que la Californie se dessèche. Il y a une idée qui semble assez bien acceptée parmi les chercheurs voulant que, l’Arctique se réchauffant plus vite que le reste du globe, cela diminue le gradient de températures du sud au nord. Les fluides de densités différentes (et rappelons ici que la température de l’air influe sur sa densité) n’ayant pas tendance à se mélanger, cela contribue normalement à garder des vents d’ouest en est assez forts pour maintenir l’air polaire à peu près en place. Mais si le gradient de température diminue, alors on croit que les vents dominants devraient en faire autant et rendre le «vortex polaire» plus libre de se déplacer.

Or, cette masse d’air froid ne bouge pas de façon aléatoire. Et justement, dans une étude récente parue dans Nature Geoscience, le climatologue de MIT Judah Cohen avançait une explication possible au fait que l’hiver semble de plus en plus froid dans la moitié est de l’Amérique. Comme l’Arctique se réchauffe rapidement, sa banquise (blanche, qui reflète beaucoup de lumière du Soleil vers l’espace) recule, laissant l’eau libre absorber plus de chaleur. Une conséquence de ce phénomène est que la Sibérie connaît un temps plus chaud et humide moins sec et froid qu’avant et reçoît donc pas mal plus de neige en octobre qu’auparavant. Ce couvert neigeux accru et hâtif renvoie à son tour beaucoup d’énergie solaire vers l’espace. Cela créerait ainsi une masse d’air plus froid qu’avant au-dessus de la Sibérie qui déclencherait une chaîne de conséquences dont l’aboutissement serait un hiver plus rigoureux dans l’est de l’Amérique.

Et si c’est bien le cas, les effets de ce petit manège sur nos hivers pourraient donc s’avérer durables…

Ce n’est sans doute pas très charitable, mais j’ai presque envie de souhaiter que ce M. Cohen ait tort sur toute la ligne…

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