Sciences dessus dessous

Archive de la catégorie ‘Sciences de la Terre’

Mercredi 3 décembre 2014 | Mise en ligne à 17h45 | Commenter Commentaires (31)

L’année la plus chaude…

Ainsi donc, 2014 devrait, si la tendance se maintient, être l’année la plus chaude jamais enregistrée, devant la «proverbiale» 1998, que les climatosceptiques brandissent sans arrêt pour dire que le réchauffement climatique s’est arrêté. Le communiqué et le texte complet de l’Organisation météorologique mondiale sont disponibles pour quiconque veut se donner la peine de les lire. Je soulèverai simplement deux petits points.

1. Circulez, y a rien à voir. Il s’agit de mesures concernant une seule année alors qu’en matière de climat, ce sont les tendances perdurant à long terme qui comptent. Et puis, d’un point de vue statistique, la différence n’est apparemment pas significative avec quelques autres années particulièrement chaudes — 1998, 2005 et 2010. La seule raison pour laquelle on en fait tout un foin, je crois, est que la cabale que les climatosceptiques ont menée sur 1998 a grandement politisé l’affaire. Mais ce n’est pas une raison pour faire comme eux.

2. Ou plutôt, oui, il y a une autre raison d’en parler. En 1998, la record de chaleur avait été établi en bonne partie parce qu’un épisode El Nino d’une intensité exceptionnelle avait eu lieu. En temps normal, des vents (les alizés) soufflent au-dessus du Pacifique et amènent les eaux de surface vers l’Asie — où le niveau de la mer s’en trouve d’ailleurs relevé par environ 50 cm. À cause de cela, des eaux froides des profondeurs du Pacifique remontent au large des côtes des Amériques. Mais tous les 2 à 7 ans, les alizés s’estompent (à des degrés divers d’une fois à l’autre) et cette remontée d’eau froide ne survient plus. En lieu et place, une vaste région du Pacifique équatoriale accumule de la chaleur, ce qui a pour effet d’augmenter la température moyenne de l’atmosphère — et déréglé bien des processus météorologiques. Un El Nino, c’est ça, grosso modo.

Or même si nous sommes en principe dans une année El Nino, l’épisode de 2014 sera — s’il finit par se développer, ce qui n’est toujours pas sûr — faible ou modéré. On est donc en présence d’un phénomène différent.

C’est plutôt la température générale des océans partout dans le monde (sur les 700 premiers mètres), qui augmente continuellement depuis des décennies à cause de l’effet de serre, qui serait a priori derrière le record (anticipé) de cette année, lit-on dans ce compte-rendu de Science.

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Jeudi 20 novembre 2014 | Mise en ligne à 11h46 | Commenter Commentaires (88)

Climatoscepticisme : sur une pancarte près de chez vous…

Avec des amis comme ça... (Photo : Binh An Vu Van)

Avec des amis comme ça... (Photo : Daniel-Jean Primeau)

On a longtemps pensé, pas à tort d’ailleurs, que les campagnes publicitaires de ce genre étaient confinées aux États-Unis. Mais il semble bien que le temps soit venu de nous raviser : le groupe climato-sceptique albertain «Friends of Science», financé en grande partie par l’industrie pétrolière, s’est payé au moins un panneau de publicité à Anjou — et peut-être deux, mais je n’en ai pas encore eu confirmation.

La pub, comme on le voit, prétend que le réchauffement climatique mesuré depuis le XIXe siècle est causé par l’activité solaire, qui aurait augmenté au cours de la même période. Alors voyons un peu ce qui en est…

Le Soleil, bien sûr, est à toute fin utile la seule source de chaleur sur Terre. On pourrait chipoter en disant que la radioactivité naturelle de la croûte terrestre et les rayons cosmiques fournissent eux aussi une part de l’énergie présente dans le climat terrestre, mais c’est négligeable. Il est évident que notre étoile joue un grand rôle dans le climat que l’on ressent sur le plancher des vaches. Personne ne le nie.

Mais voilà, la quantité d’énergie que nous recevons du Soleil est remarquablement stable, fluctuant par environ 0,1 % sur des cycles de 11 ans. Il reste possible, remarquez bien, que ces cycles aient quand même une certaine influence sur la température qu’il fait sur Terre, mais c’est une question qui est encore très débattue en science, comme le montre cette page du site de la NASA — et soulignons ici à quel point la pancarte de Friends of Science est affirmative et sans appel, comme si la question était réglée.

Mais plus important encore est le fait que l’activité solaire n’est pas le seul facteur qui influe sur le climat. À bien des égards, la quantité totale de chaleur qu’il y a dans l’atmosphère ressemble au trafic automobile sur un pont : il y a des autos qui arrivent sur le pont (c’est la chaleur que nous recevons du Soleil) ; il y a des autos qui se trouvent sur le pont (c’est la chaleur dans l’atmosphère) ; et il y a des autos qui quittent le pont (c’est la chaleur que la Terre «perd» dans l’espace). Dans cette analogie, il y a deux manières d’accroître le nombre de voitures sur le pont. Augmenter le nombre de bagnoles qui s’engagent sur le pont en est une, bien évidemment. Mais on peut obtenir le même genre de congestion routière sans faire passer plus d’autos sur le pont : si l’on bloque une ou deux voies à la sortie du pont, il y aura plus, voire beaucoup plus de voitures «jammées» dessus, même si le trafic total demeurera constant.

La température moyenne, en rouge, et l'activité solaire, en cyan, de 1860 jusqu'au début des années 2000. Les deux graphique (Source : http://hyperphysics.phy-astr.gsu.edu/hbase/thermo/solact.html)

La température moyenne, en rouge, et l'activité solaire, en cyan, de 1860 jusqu'au début des années 2000. Les deux graphiques du bas montrent les moyennes mobiles sur 11 ans. (Source : http://hyperphysics.phy-astr.gsu.edu/hbase/thermo/solact.html)

L’effet de serre, c’est ça : la Terre ne reçoît pas nécessairement plus d’énergie du Soleil qu’avant, mais cette quantité constante de chaleur reste plus longtemps dans l’atmosphère avant de retourner dans l’espace. Et c’est ça qui, selon une majorité de scientifiques si grande qu’il vaut mieux parler de consensus — et contrairement à ce que prétendent les climato-sceptiques, ce consensus a été mesuré et démontré plusieurs fois, voir ici —, est la cause principale du réchauffement climatique actuel, parce que les émissions de CO2 (principal gaz à effet de serre qui persiste dans l’atmosphère) d’origine humaine sont si fortes qu’elles ont fait passer la concentration de gaz carbonique dans l’atmosphère de 280 parties par million (ppm) vers 1850 à près de 400 ppm maintenant.

Cela n’exclut pas, bien sûr, que des changements climatiques aient pu être provoqués par des fluctuations solaires dans le passé. Et pour tout dire, le Soleil a même été responsable d’une partie du réchauffement au cours du XXe siècle, de l’ordre de 10 % — mais l’activité solaire totale a diminué depuis 30 ans… Comme le montre le graphique ci-contre, la quantité d’énergie que nous recevons du Soleil et la température moyenne du globe ont varié ensemble dans le passé, mais ils ont complètement décroché depuis quelques décennies.

Bref, s’il n’est pas faux de dire que le Soleil a une incidence sur le climat, il est à la limite du farfelu de lui attribuer l’essentiel du réchauffement climatique actuel. Mais malheureusement, il se trouve toujours des gens — à droite comme à gauche de l’échiquier politique — pour penser que quand la science et les données vous donnent tort, on peut toujours se rabattre sur le marketing…

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Lundi 25 août 2014 | Mise en ligne à 10h43 | Commenter Commentaires (28)

Casse-tête nickelé

J’ai un petit casse-tête pour vous. Après tout, c’est lundi matin, vous avez eu toute la fin de semaine pour vous reposer et votre travail n’est pas supposé vous avoir déjà épuisé, n’est-ce pas ? Enfin, si vous êtes déjà fatigué, vous devriez consulter — ou vous coucher plus tôt mais, ça, c’est vous qui le savez.

Alors voilà. Comme on l’a déjà dit ici, il y a un problème de pollution à la poussière de nickel dans le quartier Limoilou, au centre-ville de Québec, suffisant pour accroître les risques de problèmes allergiques comme de l’urticaire et l’asthme, et possiblement les risques de cancer (mais alors, à très long terme). Cela fait une quinzaine d’années que les concentrations de ce métal dans l’air y sont trop élevées, à environ 50 nanogrammes par mètre cube alors que la norme québécoise est de 14 ng/m3 sur une période de 24 heures — c’est de 20 ng/m3 sur un an en Ontario et aux États-Unis. Une enquête de l’Environnement a montré du doigt le Port de Québec, et plus particulièrement l’entreprise Arrimage du Saint-Laurent (ASL), qui transborde de grandes quantités de minerai de nickel.

Celle-ci n’a jamais admis sa responsabilité, mais a tout de même fait installer un réseau de détecteurs de poussière et de près de 20 canons à eau afin de rabattre la poussière. Ce système est en opération depuis juillet 2013.

graphNiMais voilà, d’après des données du ministère de l’Environnement que j’ai obtenues récemment, des «pics» de pollution au nickel surviennent encore dans Limoilou. Deux sont très évidents dans la période couverte par ces nouveaux chiffres (mars à décembre 2013), le 14 août et le 20 décembre, à 125 et 256 ng/m3 — soit après que les canons à eau furent entrés en fonction. Dans l’ensemble, la situation s’améliore (on n’est plus qu’à 15 ng/m3 en moyenne), mais les deux pics suggèrent qu’il n’y a pas que du nickel résiduel dans le quartier, mais qu’une source de pollution est toujours active.

Alors, logiquement, de deux choses l’une. Ou bien le système d’Arrimage ne fonctionne pas. Ou bien l’entreprise n’était pas la seule source de pollution. Chez ASL, on jure que les canons à eau font leur travail et on souligne que, les journées des deux pics de pollution et dans les 48 heures précédentes, aucun bateau de nickel n’était à quai. Il existe un autre terminal où de grandes quantités de minerai de nickel sont manipulées dans le Port de Québec, propriété du géant minier Glencore. Celui-ci admet avoir déchargé des bateaux à Québec les 14 août et 20 décembre 2013, mais rappelle que ses opérations se font entièrement en milieu fermé, contrairement à Arrimage qui transborde (ou transbordait) à ciel ouvert — ce qui avait jusqu’à présent innocenté Glencore (anciennement Xstrata) d’office.

La militante limouloise Véronique Lalande, qui mène la charge dans ce dossier depuis ses débuts, fait quant à elle valoir que la présence ou non d’un vraquier de nickel dans le Port de Québec n’a pas une grande influence sur la qualité de l’air dans son quartier. Il y aurait, dit-elle, une pollution «générale» dans le port qui serait due à de mauvaises pratiques. La poussière qui en résulte serait soulevée périodiquement par les vents et se déposerait dans Limoilou lorsque ces derniers soufflent dans la «bonne» direction.

Le hic, cependant, c’est que les données sur les vents colligées par Environnement Canada dans ce secteur n’appuient pas de façon très claire cette hypothèse. Le 20 décembre, certes, de forts vents (30 à 45 km/h en moyenne) ont soufflé du port vers Limoilou et auraient pu y amener de la poussière. Mais le 14 août, les vents n’ont soufflé en direction de Limoilou qu’entre minuit et 6 h, se retournant complètement au petit matin pour souffler vers l’ouest toute la journée. Et si c’était bien une sorte de pollution générale dans le port qui était en cause, on se demande pourquoi on n’observerait pas davantage de «pics» de nickel puisque, ces deux journées-là, les vents n’avaient rien d’exceptionnels.

Bref, je ne veux pas disculper Arrimage du Saint-Laurent, contre qui la preuve montée par l’Environnement était franchement convaincante. Mais bon, il y avait peut-être autre chose, aussi. Mais quoi ? À votre avis, quel sens doit-on donner à ce petit casse-tête ?

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