Sciences dessus dessous

Archive de la catégorie ‘Sciences de la Terre’

Parmi les sous-questions liées au réchauffement climatique, celle de l’élévation du niveau de la mer figure certainement parmi les plus controversée, non seulement parce que les climatosceptiques font leurs choux gras des prévisions catastrophistes, mais aussi parce que la question n’est pas complètement réglée dans les milieux scientifiques. Un groupe de savants européens vient d’y ajouter son grain de sel — et ses résultats sont décrits comme une des projections les plus achevées jusqu’ici (pdf).

Le dernier rapport du GIEC (Groupe d’expert intergouvernemental sur l’évolution du climat), en 2007, anticipait un niveau des mers de 18 à 59 cm plus haut en 2100 qu’en 2000, mais ces chiffres ignoraient sciemment la contribution des calottes de glaces qui recouvrent le Groenland et l’Antarctique, parce que les modèles de fonte étaient encore trop imprécis. Comme ces énormes masses gelées contiennent assez d’eau pour élever le niveau de l’océan de 7 et 57 mètres (!) respectivement, cela introduisait une énorme incertitude dans les projections. Mais les connaissances à ce sujet ont rapidement progressé depuis, ce qui a permis au projet européen ice2sea, qui a publié son rapport hier, d’avancer un chiffres : d’ici la fin du siècle, le Groenland et l’Antarctique devraient fondre suffisamment pour ajouter entre 3,5 et 37 cm aux océans.

Cela, notons-le, ne tient pas compte du fait que l’eau des mers se réchauffe elle aussi, et ce faisant prend de l’expansion. Celle-ci ajoutera entre 13 et 32 cm au niveau de la mer d’ici 2100, pour un total de 16 à 69 cm. C’est un peu moins que les projections d’une version du prochain rapport du GIEC qui a été coulée récemment aux médias et qui faisait état d’une élévation de 29 à 82 cm, mais il reste qu’un niveau de la mer de 40 à 50 cm (à mi-chemin de la fourchette de ice2sea) aurait déjà de grandes conséquences, notamment en rendant les inondations beaucoup plus fréquentes dans les villes portuaires.

Le métro de New York, apparemment, n’a pas fini d’être inondé

Lire les commentaires (59)  |  Commenter cet article






La compagnie pétrolière Corridor Resources a péché par excès d’optimisme dans les simulations de déversement d’hydrocarbures qu’elle a faites pour ses projets de forage dans le gisement potentiel d’Old Harry, dans le Golfe du Saint-Laurent.

C’est la conclusion à laquelle en viennent trois chercheurs de l’UQAR, soit le doctorant Frédéric Cyr et les professeurs en océanographie physique Daniel Bourgault et Dany Dumont, après avoir analysé l’exercice. M. Cyr a présenté ses résultats hier, au congrès de l’ACFAS.

Corridor estime en effet que même dans le pire des scénarios, soit un déversement majeur de 13 000 barils par jour pendant un mois, la zone polluée ne dépasserait pas 7 ou 8 kilomètres de diamètre. Qualifiant ces résultats de «pas très intuitifs», M. Cyr les a décortiqué et trouvé deux failles majeures dans la démarche. D’abord, dit-il, le modèle utilisé par la pétrolière présumait que les hydrocarbures se mélangeraient avec l’eau sur une profondeur de 30 mètres, ce qui diluait énormément la pollution — et comme la simulation ignorait toute concentration inférieure à 0,1 ppm, cela diminuait aussi beaucoup l’aire touchée.

Ensuite, les 30 jours de simulation étaient découpés en périodes de 6 heures qui, et ici les bras m’en sont littéralement tombés, ne s’additionnaient pas, c’est-à-dire que le modèle repartait à zéro à toutes les 6 heures. Pas étonnant que les simulations ne trouvaient que de faibles impacts, même après 30 jours…

Plus de détails dans mon papier paru ce matin dans Le Soleil.

Lire les commentaires (7)  |  Commenter cet article






Mardi 29 janvier 2013 | Mise en ligne à 10h07 | Commenter Commentaires (2)

Les microbes s’envoient en l’air

Drôle d’idée, quand même, que celle de prendre l’avion pour échantillonner l’air avant, pendant et après un ouragan afin d’étudier les microbes qui se retrouvent dans la haute troposphère (8 à 15 km d’altitude). Drôle d’idée a priori mais qui, une fois revenu sur le plancher des vaches, pourrait bien faire avancer nos connaissances sur le climat…

Une équipe de l’Institut des technologies de Georgie (ITG) et de la NASA vient en effet de publier dans les PNAS les résultats de cette expérience menée lors des ouragans Earl et Karl, en 2010. Les chercheurs ont trouvé un peu de champignons microscopiques, mais surtout des bactéries, en nombres beaucoup, beaucoup plus grands que ce qu’ils attendaient. En fait, les bactéries représentaient en moyenne environ 20 % (environ 5000 cellules par m3) des particules dont le diamètre se situait entre 0,25 et 1 micron, ce qui est énorme — et pour tout dire plus élevé qu’en basse altitude. En outre, soulignent les auteurs (Natasha DeLeon-Rodriguez, de l’ITG est la première signataire), à cette taille les bactéries peuvent servir de noyau pour la condensation de la vapeur d’eau en goutte de pluie.

Bien sûr, leur nombre était plus élevés tout de suite après le passage des ouragans, qui pompent toujours d’importantes masses d’air vers le haut, mais le fait qu’entre 60 et 100 % des cellules de leurs échantillons étaient vivantes suggèrent que les bactéries peuvent survivre assez longtemps en altitude. Il est donc bien possible que l’on ait grandement sous-estimé l’importance des microbes dans la survenue des précipitations et même sur le climat, car si ces bactéries accélèrent bel et bien la dissipation des nuages, elles permettraient du même coup à plus de rayonnement infrarouge (de la chaleur, grosso modo) de s’échapper vers l’espace.

D’autres comptes-rendus sont disponibles ici et ici.

Lire les commentaires (2)  |  Commenter cet article






publicité

  • Catégories

  • Blogues sur lapresse



    publicité





  • Calendrier

    mars 2013
    D L Ma Me J V S
    « fév   avr »
     12
    3456789
    10111213141516
    17181920212223
    24252627282930
    31  
  • Archives