Sciences dessus dessous

Archive de la catégorie ‘Sciences de la Terre’

Jeudi 5 juin 2014 | Mise en ligne à 10h40 | Commenter Commentaires (57)

La «balloune» El Nino se déssouffle un peu

L'accumulation de chaleur sur les 300 premiers mètres d'eau (le «moteur» d'El Nino) dans le Pacifique équatorial au large de l'Amérique du Sud, a nettement diminué en mai, après avoir connu une augmentation spectaculaire en mars et en avril. (Graphique : NOAA)

L'accumulation de chaleur sur les 300 premiers mètres d'eau (le «moteur» d'El Nino) dans le Pacifique équatorial au large de l'Amérique du Sud, a nettement diminué en mai, après avoir connu une augmentation spectaculaire en mars et en avril. (Graphique : NOAA)

Il est de plus en plus certain qu’un épisode El Nino est sur le point de survenir, mais il ne sera sans doute pas aussi fort qu’on le craignait ce printemps, quand on en a détecté les premiers symptômes, selon la dernière mise à jour de la National Oceanic and Atmospheric Administration, parue ce matin.

Comme on l’a déjà vu ici récemment, un épisode El Nino survient lorsque les vents qui balaient habituellement le Pacifique équatorial vers l’Asie, les alizés, faiblissent ou cessent de souffler. En temps normal, ces vents sont si forts qu’ils font une différence d’environ 50 cm sur le niveau de la mer. Ce «surplus» dans la partie asiatique de l’océan provoque à son tour une remontée d’eaux froides des profondeurs le long de la côte américaine. Lors d’une année El Nino, cette remontée cesse, d’immenses masses d’eau chaude s’accumulent dans une (vaste) région du Pacifique où la surface est habituellement froide, ce qui a des conséquences planétaires sur les vents, les précipitations, la distribution de la chaleur et même la température mondiale moyenne — bref, sur la météo de tout le monde.

C’est un phénomène au comportement capricieux qui est terriblement difficile à prévoir, mais l’accumulation de chaleur dans les 300 premiers mètres du Pacifique équatorial était telle jusqu’en avril que des météorologues commençaient à faire des parallèles avec l’épisode de 1997-98, qui fut l’un des plus intense jamais enregistré. Cependant, comme le montre la figure ci-haut, l’océan a pu relâcher pas mal d’énergie depuis — de gros orages sur en Amérique du Sud, m’a dit la semaine dernière Anthony Barnston, responsable des prédictions à l’International Research Institute for Climate and Society, qui participe aux prédictions de la NOAA —, ce qui fait désormais croire que le El Nino qui se prépare sera de force modérée.

Il y a cependant environ 80 % de chances que nous ayons un El Nino d’ici la fin de l’année, et il demeure impossible pour l’instant d’écarter la possibilité d’un épisode très fort (ou faible).

Lire les commentaires (57)  |  Commenter cet article






Teneur de l'air en benzène en différents points de Montréal, 1989-2012. La ligne bleue (station 3), constamment plus élevée que les autres, représente l'est de l'île, à proximité d'installations pétrochimiques. (Source : Ville de Montréal)

Teneur de l'air en benzène en différents points de Montréal, 1989-2012. La ligne bleue (station 3), constamment plus élevée que les autres, représente l'est de l'île, à proximité d'installations pétrochimiques. (Source : Ville de Montréal)

Est-ce que les normes environnementales servent à quelque chose ? Améliorent-elles la qualité de l’air ou de l’eau, comme elles doivent le faire, ou est-ce que l’industrie ne parvient pas toujours à s’en exempter et/ou à relâcher sa pollution en douce, comme les cyniques le laissent entendre ? Une chimiste de la Ville de Montréal, Sonia Melançon, a amené des éléments de réponses très intéressants à cette question ce matin, au congrès de l’ACFAS — bien que ce n’était pas vraiment son intention de départ.

Comme le montre le graphique ci-haut, la teneur de l’air ambiant en benzène (un produit pétrolier très cancérigène) a très nettement diminué à Montréal depuis 20 ans, et particulièrement dans l’est de l’île (ligne bleue), où cette concentration a toujours été plus élevée qu’ailleurs en bonne partie à cause de l’industrie pétrochimique, très présente à cet endroit. Il y a bien eu deux fermetures majeures d’usines pétrochimiques qui ont certainement contribué à cette baisse, dit Mme Melançon, mais elles sont arrivées trop tard — Pétromont, une usine de polyéthylène, fermée en 2008 ; et la raffinerie de Shell, fermée en 2010 — pour expliquer l’essentiel la baisse, d’environ 10 microgrammes par mètre cube (µg/m3) à 1 à 2 µg/m3.

Alors, quoi d’autre ? Des règlements. La Communauté urbaine de Montréal en a passé deux pendant ces 20 ans — un sur la récupération des vapeurs d’essence, l’autre sur les fuites d’équipement — qui ont pu réduire les émanations de benzène, dit Mme Melançon. Et le fédéral a également passé une loi, en 1999, imposant la réduction des teneurs de benzène dans l’essence.

Bref, sans vouloir dire que les règlements sont l’unique facteur en cause ici, il me semble que cette histoire montre que les normes environnementales, ça marche, ça peut faire une différence. Non ?

Lire les commentaires (27)  |  Commenter cet article






Pas plus tard la semaine dernière, dans la foulée d’une simulation de déversement près du gisement potentiel de Old Harry, on disait sur votre blogue favori que la dégradation des hydrocarbures dans l’océan est une question encore assez mal maîtrisée. On a eu une nouvelle preuve de ce besoin d’étudier le phénomène plus à fond hier, quand Nature Geoscience a publié une étude concluant — mais c’est contesté — que le méthane relâché pendant le déversement pétrolier d’avril 2010 dans le Golfe du Mexique n’a pas été entièrement consommé par des bactéries, comme on le croyait, mais l’a été seulement à moitié.

En plus du pétrole, l’accident de la plateforme Deepwater Horizon avait libéré environ 500 000 tonnes de méthane (CH4), un gaz pas particulièrement toxique (voire pas du tout) mais dont l’effet de serre est 20 à 25 fois plus puissant que le CO2. Le CH4 étant très commun dans la nature, les bactéries qui le consomment (et le transforment en CO2, grosso modo) sont nombreuses, et des résultats de recherche antérieurs suggéraient que pratiquement tout le méthane déversé avait été «mangé».

Or, critique dans ce compte-rendu l’auteur principal de l’article d’hier, l’océanographe S.B. Joye, de l’Université de Géorgie, cette «conclusion» est en fait une déduction reposant sur des échantillons prélevés en juin 2010, qui montraient de faibles taux de dégradation du méthane, et d’autres échantillons d’août et septembre qui montraient eux aussi de faibles taux de dégradation. Mais comme ces derniers échantillons étaient aussi pauvres en méthane, on en a déduit que les bactéries avaient consommé à peu près tout le CH4.

Ce n’était pas illogique, arguent M. Joye et son équipe, mais rien dans tout ceci n’exclut la possibilité que le méthane, qui est un gaz aux températures et pressions prévalant sur Terre, se soit simplement évaporé. Joye et al. ont donc analysé l’eau de quelque 1000 échantillons recueillis sur une grande superficie du Golfe du Mexique (105 000 km2) entre mars et décembre 2010. Ils ont trouvé qu’en mai et jusqu’au début de juin, le méthane était dégradé à une vitesse extrêmement rapide — ce qui coïncidait justement avec une grande abondance de bactéries méthanophages.

Cependant, celles-ci se sont soudainement faites plus rares et les vitesses de dégradation du méthane se sont affaissées par un facteur 100 dès la fin de juin. De là, M. Joye et son équipe avancent que seulement la moitié du méthane libéré pourrait avoir été digéré par des microbes.

Cette conclusion est toutefois remise en question par d’autres océanographes, qui reprochent notamment à l’étude de ne pas inclure tout le portrait et que les taux d’oxydation du méthane n’ont pas dû atteindre leur maximum partout en même temps, ce qui peut brouiller les pistes.

À suivre, donc.

Lire les commentaires (3)  |  Commenter cet article






publicité

  • Catégories

  • Blogues sur lapresse



    publicité





  • Calendrier

    juillet 2014
    D L Ma Me J V S
    « juin    
     12345
    6789101112
    13141516171819
    20212223242526
    2728293031  
  • Archives

  • publicité