Sciences dessus dessous

Archive de la catégorie ‘Sciences de la Terre’

Mardi 9 mai 2017 | Mise en ligne à 16h34 | Commenter Commentaires (29)

À propos de ces inondations…

(Photo : Le Nouvelliste/Olivier Croteau)

(Photo : Le Nouvelliste/Olivier Croteau)

Le collectif de recherche sur le climat Ouranos vient de publier sur son site un «question-réponse» au sujet des inondations qui sévissent toujours dans le sud du Québec et le morceau me semble être un incontournable. Il est disponible ici et voici quelques points qui, il me semble, valent la peine d’être soulignés.

- Tenter d’expliquer un événement météo par un phénomène climatique comme le réchauffement de la planète est un non-sens. Certes, ce réchauffement aura toutes sortes de conséquences, pour la plupart négatives, mais on parle ici d’effets sur des moyennes à long terme, pas de la cause d’un événement ponctuel en particulier. Tenez : si vous «plombez» un dé de manière à avoir 25 % des chances d’obtenir un «6» (au lieu de 17 % normalement) et que vous tombez sur le «6» sur votre premier jet, est-ce qu’on peut dire que c’est à cause de la tricherie ou est-ce que le hasard vous aurait donné un «6» de toute manière ? Impossible de le savoir : tout ce que le lestage veut dire, c’est que si vous tirez le dé 1000 fois, vous obtiendrez le «6» environ 250 fois au lieu de 165 à 170, mais il est impossible de dire si tel jet en particulier est le résultat du lestage ou du hasard. Et de la même manière, même si on part du principe que le réchauffement augmentera le risque de crues printanières extrêmes (j’y reviens tout de suite), cela signifierait seulement que sur 100 ans, disons, on verrait ces extrêmes plus souvent — mais on ne pourrait attribuer une crue unique au climat.

- De toute manière, on ne s’attend justement pas à ce que le réchauffement climatique grossisse les crues moyennes dans le sud du Québec, enchaîne Ouranos. Les pluies que l’on considère comme «extrêmes» aujourd’hui devraient devenir plus fréquentes dans l’avenir, selon les projections d’Ouranos, mais on s’attend aussi à ce que le réchauffement réduise les quantités de neige qui s’accumulent pendant l’hiver (peut-être moins de précipitation, peut-être plus de fonte/sublimation avant le printemps). Si bien qu’en bout de ligne, les crues ne devraient pas augmenter dans le sud du Québec.

- Sur la construction en zones inondables, qui a fait pas mal jaser ces derniers jours, Ouranos convient qu’il existe des cas récents où les autorités municipales savaient ou devaient savoir que les permis de bâtir qu’elles octroyaient se trouvaient dans des secteurs à risque (voir notamment ici, ici et ici), mais rappelle que beaucoup des maisons touchées ont été construites avant que l’on cartographie ces zones inondables (ce qui s’est fait entre 1975 et 1997). Et le consortium scientifique soulève un bon point qui, à ma connaissance, est largement passé sous les radars : «Au-delà de l’établissement humain en zone inondable, les pratiques d’aménagement du territoire peuvent être considérées comme des facteurs aggravants. Par exemple l’imperméabilisation grandissante des sols consécutive à l’urbanisation et à certaines pratiques agricoles augmente le ruissellement de surface et limite l’infiltration de l’eau dans le sol alors que l’occupation des berges modifie leurs fonctions hydrologiques et écologiques.»

À méditer…

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Lundi 27 mars 2017 | Mise en ligne à 10h59 | Commenter Commentaires (18)

Le dernier «village gaulois» de l’ère glaciaire

(Image : Google Earth)

(Image : Google Earth)

Je vais vous faire une confidence : jusqu’à la semaine dernière, je croyais qu’il n’y avait qu’au Groenland qu’on trouvait encore des vestiges de la calotte glaciaire qui a recouvert le tiers de l’hémisphère nord lors de la dernière glaciation. Certes, il y a des glaciers dans les Rocheuses qui ont persisté tout ce temps, mais… Ça ne compte pas. Ces glaciers sont relativement petits (le plus grand est le «champ de glaces» de Columbia est un réseau de huit glaciers qui, combinés, font 325 km2), trop petits, en fait, pour être qualifiés de «calottes glaciaires» — ce n’est pas pour rien qu’on les appelle «champs de glace» ou «glaciers», d’ailleurs. Alors je croyais que le Groenland était vraiment le dernier endroit où la calotte de glace qui a culminé à 5 kilomètres d’épaisseur il y a environ 20 000 ans avait retraité. Ce qui ne laissait donc rien en Amérique du Nord.

Mais j’avais tort : il nous reste encore deux authentiques «calottes» sur l’île de Baffin, celle de Barnes et celle de Penny. Après le maximum glaciaire, la calotte a reculé et s’est fragmentée ; il y a 5000 ans, elle était confiné à l’île de Baffin et a continué de reculer par la suite, mais elle s’est stabilisée il y a 2000 ans — c’est une question d’altitude, de ce que j’en comprends, puisque ces deux calottes sont situées dans des montagnes. Chacune couvre maintenant environ 6000 km2. Blows my mind, comme ils disent en anglais. Le dernier village gaulois de la glaciation ne serait donc pas le Groenland, dont la calotte est si vaste qu’elle a presque l’air d’un «empire romain», mais bien l’île de Baffin !

Et il était à peu près temps que j’allume, parce qu’on prévoit désormais officiellement leur disparition, gracieuseté du réchauffement climatique. Du moins, celle de la calotte de Barnes. On savait déjà qu’il s’amincissait d’environ 1 mètre par année (il fait environ 500 m d’«épaisseur»), mais on prévoit maintenant «officiellement» sa disparition d’ici environ 300 ans, d’après un article publié dans le dernier numéro des Geophysical Research Letters. Les auteurs, menés par Adrien Gilbert de l’Université Simon Fraser, ont testé différents scénarios dans un modèle de fonte et ont conclu qu’il ne reste plus que quelques siècles de vie à ce vénérable ancêtre. Même en prenant les scénarios de température les plus optimistes et en tenant compte d’une possible augmentation des précipitations (l’air plus chaud contient plus de vapeur d’eau, et la neige supplémentaire que cela fait tomber «entretient» le glacier), la calotte de Barnes n’en aurait pas pour plus de 500 ans.

Dans la mesure où ces nouvelles données viennent surtout (re)confirmer ce qu’on savait déjà, la portée de cette découverte est, bien sûr, surtout symbolique. Mais avouons que pour un symbole, c’en est tout un…

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Vendredi 17 février 2017 | Mise en ligne à 14h46 | Commenter Commentaires (18)

La galère des continents

Les principales plaques tectotiques. (Carte : USGS)

Les principales plaques tectotiques. (Carte : USGS)

Ainsi donc, le 8e continent aurait été découvert. À moins que ce ne soit le 6e, c’est possible aussi, ce qui implique logiquement que cela pourrait également être le 7e. Mais c’est peut-être même seulement le 5e, remarquez bien, ça dépend comment on compte. Et à la limite, ça pourrait aussi être le 9e, 10e ou 11e continent hein, c’est pas clair-clair. Alors commençons par nous entendre sur ceci : il existe un consensus scientifique très bien établi sur le fait que le nouveau continent n’est pas le 4e ou moins ni le 12e ou plus. Alex Jones ne sera pas d’accord, mais n’allons pas là, OK ?

Blague à part, le «nouveau» continent serait la «Zélandia» et comprendrait, comme son nom l’indique, la Nouvelle-Zélande et quelques îles autour. À l’œil, la proposition a peu de chance de rallier beaucoup de géologues, mais elle émane tout de même de gens sérieux et a  été publiée dans GSA Today, la revue de la Geological Society of America. Alors voyons voir…

Jusqu’à maintenant (et cela risque de perdurer pour un avenir prévisible), la Nouvelle-Zélande a toujours été considérée comme faisant partie de l’Océanie. Mais les auteurs de l’étude, menés par Nick Mortimer, un géologue néo-zélandais, font valoir qu’il faut réviser cette position. Un continent, disent-ils, est une masse de terre émergée et qui se prolonge sur une certaine distance sous la mer par un «plateau océanique», le tout étant généralement entouré de «croûte océanique» — soit une partie de la croûte terrestre plus mince (10 km) que la croûte continentale (25-50 km). Et l’on trace généralement la frontière des continents le long des principales plaques tectoniques de la planète.

Or la Nouvelle-Zélande repose sur sa propre plaque, laquelle est séparée de la plaque australienne par environ une faille d’environ 25 km de large constituée de croûte océanique, et les deux plaques semblent se déplacer indépendamment l’une de l’autre. Cela distingue cette île du Groenland, par exemple, puisque celui-ci est rattaché directement à la plaque continentale nord-américaine par son extrémité nord (voir ce texte-ci, c’est vraiment intéressant).

En elle-même, cette caractéristique n’est pas suffisante pour faire de la Zélandia un continent à part entière, puisqu’elle est également partagée par d’autres îles, que l’on nomme souvent micro-continents, comme Madagascar ou l’île Maurice, qui de ce point de vue sont géologiquement séparés des autres continents. Mais M. Mortimer et ses collègues amènent ici une autre condition pour accéder au «titre» de continent : la taille. En comptant les parties submergées, Zélandia s’étend sur 4,9 millions de km2, ce qui représente «environ 12 fois la superficie de l’île Maurice et 6 fois celle de Madagascar», écrivent les auteurs, qui proposent un seuil 1 million km2 pour pouvoir parler d’un continent.

Vous me direz bien si cela vous convainc. En ce qui me concerne, l’argument de la taille me semble un peu tiré par les cheveux : la notion de continent implique non seulement de vastes ensembles géologiques, mais aussi que les terres émergées sont vastes. Or la Zélandia est à 94 % sous l’eau, ce qui laisse pratiquement juste la Nouvelle-Zélande. Et de toute manière, le problème principal est qu’il n’existe aucune définition précise et communément admise de ce qu’est un continent, si bien qu’on peut toujours se tricoter une définition «sur mesure». Tenez, allez simplement voir ce que Wikipedia dit des «Amériques» pour vous faire une idée du genre de galère que sont ces histoires de continents : en français, c’est un seul continent qui va du Groenland jusqu’à la pointe sud de l’Argentine ; en anglais, on parle de deux continents distincts.

Vous voulez partir du principe que les frontières tectoniques majeures délimitent les continents ? Alors il existe 15 continents différents sur Terre. Il faut que ces plaques portent des terres émergées ? OK, alors ça en laisse «seulement» 12 — et cela implique que la péninsule arabique est un continent à part entière et que la Sibérie fait partie de l’Amérique du Nord. On règle le problème est ajoutant que les continents doivent être isolés les uns des autres ? Ça peut marcher, mais alors cela signifie que les Amériques ne sont un continent à part entière (et un seul) que depuis la fin de la dernière glaciation et je vous signale que l’Afrique est rattachée à l’Eurasie par la terre ferme.

Bref, peu importe les critères qu’on applique, on est condamné à les transgresser pour raccommoder la géographie apparente et «humainement pertinente» avec la tectonique. Ce n’est pas pour rien qu’il n’y a pas de définition universellement/scientifiquement admise pour le terme continent

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