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Archive de la catégorie ‘Sciences de la Terre’

Mercredi 16 novembre 2016 | Mise en ligne à 14h27 | Commenter Commentaires (42)

Climat : Trump peut-il vraiment tout faire dérailler ?

(Photo : Bernard Breault/archives La Presse)

(Photo : Bernard Breault/archives La Presse)

On avait l’impression que le débat sur l’existence et l’origine humaine du réchauffement climatique était clos. D’un point scientifique, bien sûr, la question était réglée depuis longtemps, mais même dans la sphère publique et politique, me semble-t-il, on n’entendait pratiquement plus d’arguments climatosceptiques, hormis quelques exceptions pour confirmer la règle. Ces dénialistes existent toujours, re-bien sûr, mais la plupart des grands médias avaient fini par comprendre que les sacro-saintes notions d’équilibre et d’impartialité doivent prendre le bord, au nom de l’information, quand une des parties impliquées s’obstine à répandre des faussetés maintes fois démontées.

Si bien que dans les grandes rencontres internationales et dans les commentaires qui les entourent toujours, même les acteurs les plus réfractaires aux politiques de réduction des GES, comme le gouvernement Harper, préféraient invoquer la croissance économique pour justifier leur inaction plutôt que de remettre ouvertement en question les bases scientifiques de l’affaire.

Évidemment, avec l’élection d’un président américain qui pense que «le concept de réchauffement planétaire est une invention des Chinois pour rendre le secteur manufacturier américain non-compétitif» et qui a choisi un climatosceptique notoire pour mener sa transition à l’Agence environnementale des États-Unis, cela risque de changer pour la peine.

Mais on peut se demander jusqu’à quel point le président désigné pourra vraiment ramener la planète, ou ne serait-ce que son propre pays, en arrière. Je ne veux pas paraître plus optimiste que je ne le suis vraiment ; je joue un peu à l’avocat du diable, parce qu’on s’entend que du point de vue de la nécessaire lutte aux changements climatiques, l’arrivée de Donald Trump à la tête de la première économie mondiale ne peut pas être une bonne nouvelle. Un processus politique international comme celui qui doit nous mener à la décarbonisation de nos économies reste toujours un peu fragile, toujours plus ou moins à la merci des free riders, et l’élection de M. Trump a certainement le potentiel de ralentir une marche qui accuse déjà un certain retard. Mais jusqu’à quel point peut-il faire tout dérailler ?

Je pense que la question se pose. Pour fin de discussion, je vous énumère ici quelques points qui risquent fort de limiter la marge de manœuvre du «Donald» en matière de climat. Je ne dis pas qu’il échouera, mais disons qu’il n’a pas encore gagné. Ça se discute…

– Les pressions pour que les États-Unis gardent le cap ont déjà commencé, venant bien sûr de gouvernements étrangers, mais aussi de grandes entreprises : quelque 350 multinationales, pour la plupart américaines (DuPont, Hewlett Parckard, General Mills, Unilever, etc), ont cosigné une déclaration ce matin, en marge des pourparlers climatiques de Marrakech, enjoignant les États-Unis à poursuivre leurs efforts de décarbonisation. «Échouer à décarboniser l’économie mettra la prospérité américaine en danger. Mais poser les bons gestes dès maintenant va créer de l’emploi et améliorer la compétitivité américaine», font valoir les signataires. Contrairement aux voix de gouvernements étrangers, les politiciens américains ne pourront pas écarter celles-là comme l’opinion de «French socialists»…

–La réduction des GES a déjà une certaine erre d’aller à l’échelle mondiale. Cette année marque la troisième consécutive où la croissance des émissions de GES a décroché de la croissance économique : seulement 0,7 % de plus en 2014 (2,3 % de croissance du PIB mondial), 0 % en 2015 (+3 % PIB) et 0,2 % cette année (+2,4 % PIB). Auparavant, toute poussée de croissance économique s’accompagnait forcément d’une augmentation à peu près équivalente des GES.

– Même le secteur pétrolier, ou du moins certains de ses poids lourds, s’attend désormais à ce que la demande pour le pétrole culmine bientôt. Au début du mois, on apprenait que le géant Shell prévoit que la demande atteindra un sommet d’ici «5 à 15 ans», ce qui fait dire à certains analystes que, contrairement à il y a seulement 2-3 ans, l’industrie pétrolière ne croit plus que le monde «achètera son huile jusqu’à la dernière goutte», mais qu’elle doit «se concentrer sur ses réserves les plus compétitives».

– Malgré toutes ses fanfaronnades au sujet du charbon, dont il veut raviver la production aux États-Unis, il y a fort à parier que Donald Trump aura beaucoup, beaucoup de mal à y parvenir. Les discours de campagne électorale qui blâmaient la lutte aux changements climatiques pour la perte d’emplois payants dans les mines de charbon ont connu un vif succès populaire dans des états comme la Virginie occidentale, où les misères du «King coal» ont fait très mal, mais ils n’en sont pas moins faux. Si l’Oncle Sam est parvenu à réduire un peu ses émissions de GES ces dernières années, c’est à cause de la crise économique de 2008 et parce que le charbon a été remplacé par le gaz naturel, parce que le boom des gaz de schiste en a complètement déprimé les prix. Si Donald Trump s’entête à défaire ces progrès relatifs (le gaz naturel reste un combustible fossile, même s’il est moins polluant que le charbon), il lui faudra déshabiller Paul pour habiller Jacques. Et comme le centre de la Pennsylvanie, d’où sort beaucoup de gaz de schistes, l’a fortement appuyé…

– Enfin, on l’a vu lors des années Harper au Canada : ce n’est pas parce qu’un gouvernement fédéral met beaucoup d’énergie à ne rien faire que les autres paliers de gouvernance seront aussi activement immobiles. Le Québec a lancé un marché du carbone avec la Californie pendant ces années-là, et l’Ontario a décidé de s’y joindre. De la même manière, d’autres états américains pourraient décider d’agir de leur propre chef si Washington se traîne les pieds.

Alors, à votre avis ? Trump est-il vraiment capable de provoquer la catastrophe climatique qu’il a allègrement promise ces derniers mois, ou est-ce qu’il a les mains trop liées et/ou le bras pas assez long pour faire autre chose que de ralentir un train déjà bien en marche ?

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Mercredi 14 septembre 2016 | Mise en ligne à 9h44 | Commenter Commentaires (8)

Plus grand cratère du monde : suite… et fin ?

Un cône de choc «classique». (Image : Gordon Osinski/Science)

Un cône de choc «classique», avec des stries qui s'écartent les unes des autres de façon radiale. (Image : Gordon Osinski/Science)

Eh bien, ça va en prendre plus que ça avant de pouvoir se vanter d’avoir le plus gros cratère du monde. Pas mal plus, apparemment…

J’ai envoyé à un grand spécialiste des cratères les photos que le géologue Serge Genest, qui estime avoir trouvé des indices probants d’un impact météoritique majeur dans le nord du Québec, m’avait fait parvenir. Le chercheur Gordon Osinski de l’Université Western Ontario, alias Dr Crater, a d’ailleurs cosigné un article très intéressant sur les «cônes de choc» (des motifs striés en forme de cône qu’impriment dans la roche les chocs ultraviolents, que seuls les météorites et les explosions nucléaires peuvent créer) dans Science Advances, pas plus tard que le mois dernier.

Le motif de l’article était de définir ce qui constitue (ou non) un cône de choc, car le processus de leur formation est encore débattue et que «plusieurs des propriétés fondamentales des cônes de choc demeurent ambigües», écrit-il. Signe, peut-être, de cette ambiguïté et de la difficulté à identifier un véritable cône de choc (que j’avais sous-estimée), j’ai moi-même été étonné de voir une bonne demi-douzaine de géologues et chercheurs dans le domaine décliner mes demandes d’entrevue depuis une semaine parce qu’ils ne s’estimaient pas assez «experts» en la matière.

Enfin, tout cela pour dire que M. Osinski est persuadé que les éléments découverts par M. Genest ne sont pas des cônes de choc. «Il y a de la géologie bien intéressante dans ce qu’ils ont fait, mais certainement pas de preuve d’impact», dit-il.

Les «cônes de choc» photographiés sont trop lisses pour être des «vrais» — lesquels sont toujours très striés —, en plus de ne pas avoir tout à fait la bonne forme. Et parmi les «déformations planaires» (lignes microscopiques parallèles que laissent les impact météoritiques dans les cristaux) que M. Genest estime avoir trouvées, certaines ont «piqué ma curiosité», dit M. Osinski, mais plusieurs n’en sont clairement pas. Et il faudrait de toute manière examiner les cristaux avec un microscope plus puissant que celui dont disposait M. Genest, poursuit-il, afin de constater les déformations planaires à l’échelle nanométrique — les photos de M. Genest sont à l’échelle du micromètre.

En outre, signale notre «Dr Crater», un choc assez puissant pour creuser un cratère de 500 km de diamètre, soit la taille du cratère supputé, aurait laissé des cônes de choc partout dans la région, et il aurait été facile d’en trouver, pour peu qu’on en cherche.

Bref, pour l’instant (on ne présumera pas complètement de l’avenir), la «suite» de l’histoire ressemble pas mal à une fin…

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Lundi 12 septembre 2016 | Mise en ligne à 11h09 | Commenter Commentaires (6)

Plus grand cratère du monde : la suite

carteJ’avais bien hâte de voir la suite de cette histoire… L’an dernier, le géologue Serge Genest (connu notamment pour ses découvertes de gisements d’uranium au Québec), sa collègue de la firme Omégalpha Francine Robert et le chercheur en géologie de l’UQAM Normand Goulet avaient présenté des indices permettant, à leur yeux, de croire que le Québec pourrait abriter les vestiges d’un cratère qui était à l’origine absolument monstrueux, s’étendant des monts Otish jusqu’au fleuve.

L’impact, s’il est bien survenu, aurait eu lieu il y a 2,1 milliards d’années et aurait été effacé en grande partie par la «naissance» des Laurentides (qui datent de «seulement» 1 milliard d’années). Seul subsisterait un quart de cercle de la frange originelle, entre Chibougamau et les monts Otish, incluant les lacs Mistassini et Albanel — dont la forme en arcs-de-cercle concentriques évoque bel et bien le pourtour d’un cratère, même si cela ne prouve rien.

L’hypothèse, il importe de le souligner, a été reçue avec énormément de scepticisme au congrès de géologie où l’annonce a été faite. Les «indices» d’impact pouvaient présentés par M. Genest et ses collègues pouvaient à peu près tous, leur reprochait-on, s’expliquer autrement que par la chute d’une grosse météorite. Bien des anomalies relevées par le trio de géologues peuvent tirer leur origine de la présence d’une faille importante dans le secteur, par exemple. De même, s’il est vrai et en apparence bizarre que l’on trouve, partout dans cette région, d’énormes pans de roches ignées (et portant des traces évidentes d’une fusion passée) qui sont déposées sur des couches de roches sédimentaires, sans origine apparente, comme si elles étaient tombées du ciel, cela ne signifie pas forcément qu’elles ont été fondues et projetées par un météorite — on connaît des processus géologiques qui peuvent produire ce genre de résultat. Et ainsi de suite…

Bref, il restait beaucoup, beaucoup de travail à faire avant de convaincre les pairs. Mais M. Genest s’était promis de retourner sur le terrain à la recherche de signes indubitables d’un impact, soit essentiellement deux choses : des «cônes de choc», soit des motifs striés en formes de cônes qu’un choc extrême (seul les météorites et les explosions nucléaires en sont capables) laisse dans la roche ; et des déformations planaires, soit des lignes parallèles microscopiques qu’un impact astronomique imprime dans les cristaux.

C’est ce qu’il a fait à l’été 2015 et cet été, et il affirme avoir trouvé ces signes sur plus de 200 km, notamment le long de la route 167 (qui longe le lac Albanel). Mais il admet du même souffle que certains de ses «cônes» pourraient être interprétés comme des «marques en forme de plume» (hackle marks, en anglais) par certains de ses collègues — «marques» qui ne seraient pas du tout une preuve d’impact. Il souligne toutefois avoir trouvé des déformations planaires incontestables.

A priori, donc, il semble que ce n’est pas demain la veille que cette théorie ralliera une majorité d’experts. Mais sans dire qui a raison et qui a tort, je reproduis ici plusieurs des photos que M. Genest m’a fait parvenir, sachant que ce blogue a la chance d’être fréquenté et commenté par des géologues. Cela nous fera une conversation bien intéressante, je pense. Je devrais aussi avoir, aujourd’hui, des retours d’appel de chercheurs sur ces images. C’est, pour ainsi dire, la «suite» de mon histoire de l’an dernier. On verra si c’en est aussi la «fin»…

Quelques «cônes de chocs», trouvés dans l’ancienne mine Icon (grosso modo à l’extrémité sud du lac Mistassini) et en divers points de la route 167 (grosso modo à la hauteur de la moitié nord du lac Albanel) :

(Gracieuseté, Serge Genest)

(Gracieuseté, Serge Genest)

(Gracieuseté, Serge Genest)

(Gracieuseté, Serge Genest)

(Gracieuseté, Serge Genest)

(Gracieuseté, Serge Genest)

(Gracieuseté, Serge Genest)

(Gracieuseté, Serge Genest)

(Gracieuseté, Serge Genest)

(Gracieuseté, Serge Genest)

Et une couple de «déformations planaires» relevés au microscope dans des quartz :

(Gracieuseté, Serge Genest)

(Gracieuseté, Serge Genest)

(Gracieuseté, Serge Genest)

(Gracieuseté, Serge Genest)

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