Sciences dessus dessous

Archive de la catégorie ‘Sciences de la Terre’

Mardi 12 septembre 2017 | Mise en ligne à 11h44 | Commenter Commentaires (7)

L’image du jour : Irma en couleurs (et en températures)

(Image : ASMR2/NASA/K. Karnauskas)

(Image : AMSR2/NASA/K. Karnauskas)

C’est une image absolument hypnotisante que celle qu’a publiée sur Twitter hier le chercheur de l’Université du Colorado à Boulder (sciences de l’atmosphère et des oécans) Kris Karnauskas. On y voit des lectures de la température de la surface de l’eau — du bleu foncé (27°C) jusqu’au jaune clair (31°C) — dans les Antilles prises entre le 3 et le 8 septembre par la caméra à microondes du satellite américain AMSR2. La grande traînée bleue que l’on voit s’étirer graduellement d’est en ouest, c’est le sillage de l’ouragan Irma, qui a littéralement abaissé la température de la surface de l’eau par environ 1 degré.

Dans la littérature savante, on fait souvent la somme (grosso modo) des ouragans et des cyclones survenus une année donnée pour en mesurer l’activité totale, et on appelle le résultat indice de dissipation de la puissance. Et on voit splendidement bien d’où vient ce nom sur l’image ci-haut : c’est la température de la surface océanique qui sert de combustible aux ouragans, si bien que (par définition) quand un ouragan se forme, une partie de cette chaleur est transformée en vent.

Vraiment, une image magnifique.

Lire les commentaires (7)  |  Commenter cet article






Vendredi 8 septembre 2017 | Mise en ligne à 11h48 | Commenter Commentaires (39)

Trois salopards et une bouteille de vin

(Image : NASA/NOAA GOES Project)

(Image : NASA/NOAA GOES Project)

J’avais prévu vous parler d’une bien belle étude sur le microbiote, mais ça ira à la semaine prochaine. J’avais aussi prévu me garder le sujet des ouragans pour le mois prochain, quand ma chronique «Polémiques» paraîtra dans le prochain Québec Science (grosse plogue sale : en kiosque le 5 octobre). Mais bon, il y a un trio de salopards qui font la pluie et le beau temps ces jours-ci — mais surtout la pluie —, un certain Harvey, sa chum Irma et leur comparse Jose. Ils ont décidé qu’il valait mieux parler d’ouragans tout de suite. Alors voici quelques petits points que j’aimerais soulever pour fin de discussion…

– On entend abondamment ces temps-ci que ces trois ouragans-là sont la preuve tangible que le réchauffement de la planète est bien réel. Eh bien, non, ce n’est pas tout à fait ça. Cette preuve-là existe, elle nous vient des milliers de thermomètres qui prennent la température chaque jour sur Terre depuis une couple de siècles (pour les plus vieux). Elle nous vient aussi d’un paquet d’indicateurs indirects (carottes glaciaires, cernes de croissance des arbres, etc.) qui pointent dans la même direction : oui, le climat se réchauffe à long terme. Et oui, tout indique que c’est l’activité humaine, qui finit souvent en CO2, qui en est la cause principale.

Mais il y a une erreur de logique dans le fait de déduire l’existence de quelque chose à partir d’une de ses conséquences appréhendées, la même erreur, d’ailleurs, que font les climatosceptiques quand ils disent qu’il ne peut pas y avoir de réchauffement puisqu’il n’y a pas plus d’ouragans qu’avant (j’y reviens). Si je vous invite à souper et que je m’attends à ce que vous vous présentiez avec une bouteille de vin, mais que finalement vous sonnez à la porte les mains vides — malappris ! —, est-ce que je peux raisonner : «Je m’attendais à ce que mon invité arrive avec une bouteille ; vous n’en avez pas ; donc mon invité n’est pas là» ? Non, bien évidemment. C’est la même chose pour la force des ouragans : c’est une conséquence attendue du réchauffement, parce qu’ils ont besoin de larges pans de surface océanique bien chaude pour se former, mais la preuve du réchauffement est ailleurs.

– Ce n’est d’ailleurs pas mauvais du tout que cette preuve tienne à autre chose parce que, pour l’instant, l’effet attendu des changements climatiques sur les ouragans est surtout ça, justement : attendu. D’après cette très bonne revue de littérature publiée sur le site de la NOAA, il est «trop tôt» pour dire que le réchauffement lié à l’activité humaine a eu un impact détectable sur les ouragans dans l’Atlantique et globalement. Quand on regarde le nombre d’ouragans qui surviennent chaque année depuis la fin du XIXe siècle — et qu’on corrige pour les ouragans «manqués», puisque la surveillance et la densité du trafic maritime étaient bien moindres il y a 100 ans —, on constate qu’il n’y a pas de tendance à la hausse. Il est possible, soulignons-le, que l’effet appréhendé ait commencé à agir mais qu’on n’a simplement pas assez de données pour le «voir», statistiquement parlant. Mais on n’est pas encore là. Même si l’on ne retient que les ouragans majeurs, les données ne sont pas convaincantes.

Les meilleures connaissances disponibles et nos meilleurs modèles prévoient qu’il y a 2 chances sur 3 pour que le réchauffement rende les ouragans de 2 à 11 % plus intenses d’ici la fin du siècle (leurs vents souffleraient en moyenne de 2 à 11 % plus fort), 2 chances sur 3 pour les pluies déjà torrentielles associées aux ouragans augmentent de 10 à 15 % (parce que l’air plus chaud contient plus d’humidité) et 1 chance sur 2 pour que les tempêtes très intenses surviennent plus fréquemment dans certains secteurs, et ce par des marges substantiellement supérieures à la fourchette de 2 à 11 %. Et il n’est certainement pas déraisonnable de commencer à planifier dès maintenant en fonction des meilleures connaissances disponibles. Mais pour l’heure, ce sont des prédictions : le réchauffement n’a pas encore eu d’effet statistiquement détectable sur les ouragans.

– Et nos trois salopards, alors ? Ne sont-ils pas la «preuve» que le réchauffement a commencé à agir sur les ouragans ? Leurs vents n’ont-ils pas manifestement été accélérés par les changements climatiques ? C’est bien possible, et même vraisemblable, mais on ne le saura jamais parce qu’à la base, la question n’a pas beaucoup de sens. Le réchauffement et ses effets attendus sur les ouragans sont des phénomènes statistiques : ce sont des moyennes (de température, de force des vents, etc.) qui changent et nos trois salopards, même à trois, restent au niveau anecdotique. La température de surface de l’Atlantique et du Golfe du Mexique (et même plus en profondeur dans ce dernier cas, ce qui a contribué à amplifier Harvey) était anormalement élevée cette année, soit. Encore une fois, il est vraisemblable que les changements climatiques y soient pour quelque chose. Mais des années exceptionnelles, il en survient depuis la nuit des temps, si bien qu’on ne peut l’affirmer (ni l’infirmer) hors de tout doute.

C’est comme si je plombais un dé pour qu’il tombe sur 6 environ 35 % des fois plutôt que 17 %. Si je le lance et que j’obtiens un 6, est-ce que c’est parce que je l’ai truqué ? Cela peut bien être le cas, mais on ne peut en être certain parce que j’aurais pu tomber sur 6 même sans tricherie. Tout ce que le lestage signifie, c’est que sur 1000 jets, j’obtiendrai autour de 350 fois le 6 au lieu d’à peu près 170 fois. Et la même chose vaut pour les ouragans : on est à peu près sûr que le réchauffement est en train de «truquer les dés» des cyclones tropicaux, mais ces dés-là n’ont pas encore été jetés assez de fois pour qu’on en soit absolument certain.

Grosso modo, c’est ce qui se dégage de ces deux rondes de commentaires d’experts recueillis par le Science Media Centre de Grande-Bretagne à la suite des passages de Harvey et d’Irma. Certains d’entre eux, notons-le, attribuent ces ouragans ou leur force au réchauffement, ou alors disent qu’ils sont «cohérents» avec le réchauffement (ce qui revient à jouer un peu sur les mots, il me semble, puisque obtenir un 6 avec un dé truqué est «cohérent» avec le trucage mais ne veut pas dire grand-chose) mais le message général est essentiellement de dire qu’on ne peut attribuer un fait anecdotique à une tendance statistique.

– De toute manière, est-ce qu’on a vraiment «besoin» des ouragans pour démontrer l’impact des changements climatiques ? On a déjà les données historiques qu’il faut pour montrer qu’il y a plus d’épisodes de pluies abondantes dans le sud du Québec, par exemple (voir ici, 45/417), pour montrer qu’il y a déjà plus de canicules et de sécheresses, plus de feux de forêts, etc.

Bref, il y a déjà pas mal d’invités qui se sont présentés avec des bouteilles de vin sous le bras. Alors il me semble qu’on peut donner le temps aux ouragans d’aller à la SAQ et de revenir, non ?

Lire les commentaires (39)  |  Commenter cet article






Mardi 9 mai 2017 | Mise en ligne à 16h34 | Commenter Commentaires (29)

À propos de ces inondations…

(Photo : Le Nouvelliste/Olivier Croteau)

(Photo : Le Nouvelliste/Olivier Croteau)

Le collectif de recherche sur le climat Ouranos vient de publier sur son site un «question-réponse» au sujet des inondations qui sévissent toujours dans le sud du Québec et le morceau me semble être un incontournable. Il est disponible ici et voici quelques points qui, il me semble, valent la peine d’être soulignés.

- Tenter d’expliquer un événement météo par un phénomène climatique comme le réchauffement de la planète est un non-sens. Certes, ce réchauffement aura toutes sortes de conséquences, pour la plupart négatives, mais on parle ici d’effets sur des moyennes à long terme, pas de la cause d’un événement ponctuel en particulier. Tenez : si vous «plombez» un dé de manière à avoir 25 % des chances d’obtenir un «6» (au lieu de 17 % normalement) et que vous tombez sur le «6» sur votre premier jet, est-ce qu’on peut dire que c’est à cause de la tricherie ou est-ce que le hasard vous aurait donné un «6» de toute manière ? Impossible de le savoir : tout ce que le lestage veut dire, c’est que si vous tirez le dé 1000 fois, vous obtiendrez le «6» environ 250 fois au lieu de 165 à 170, mais il est impossible de dire si tel jet en particulier est le résultat du lestage ou du hasard. Et de la même manière, même si on part du principe que le réchauffement augmentera le risque de crues printanières extrêmes (j’y reviens tout de suite), cela signifierait seulement que sur 100 ans, disons, on verrait ces extrêmes plus souvent — mais on ne pourrait attribuer une crue unique au climat.

- De toute manière, on ne s’attend justement pas à ce que le réchauffement climatique grossisse les crues moyennes dans le sud du Québec, enchaîne Ouranos. Les pluies que l’on considère comme «extrêmes» aujourd’hui devraient devenir plus fréquentes dans l’avenir, selon les projections d’Ouranos, mais on s’attend aussi à ce que le réchauffement réduise les quantités de neige qui s’accumulent pendant l’hiver (peut-être moins de précipitation, peut-être plus de fonte/sublimation avant le printemps). Si bien qu’en bout de ligne, les crues ne devraient pas augmenter dans le sud du Québec.

- Sur la construction en zones inondables, qui a fait pas mal jaser ces derniers jours, Ouranos convient qu’il existe des cas récents où les autorités municipales savaient ou devaient savoir que les permis de bâtir qu’elles octroyaient se trouvaient dans des secteurs à risque (voir notamment ici, ici et ici), mais rappelle que beaucoup des maisons touchées ont été construites avant que l’on cartographie ces zones inondables (ce qui s’est fait entre 1975 et 1997). Et le consortium scientifique soulève un bon point qui, à ma connaissance, est largement passé sous les radars : «Au-delà de l’établissement humain en zone inondable, les pratiques d’aménagement du territoire peuvent être considérées comme des facteurs aggravants. Par exemple l’imperméabilisation grandissante des sols consécutive à l’urbanisation et à certaines pratiques agricoles augmente le ruissellement de surface et limite l’infiltration de l’eau dans le sol alors que l’occupation des berges modifie leurs fonctions hydrologiques et écologiques.»

À méditer…

Lire les commentaires (29)  |  Commenter cet article






publicité

  • Catégories



  • publicité





  • Calendrier

    septembre 2017
    D L Ma Me J V S
    « août    
     12
    3456789
    10111213141516
    17181920212223
    24252627282930
  • Archives