Sciences dessus dessous

Archive de la catégorie ‘Sciences de la Terre’

Lundi 25 août 2014 | Mise en ligne à 10h43 | Commenter Commentaires (28)

Casse-tête nickelé

J’ai un petit casse-tête pour vous. Après tout, c’est lundi matin, vous avez eu toute la fin de semaine pour vous reposer et votre travail n’est pas supposé vous avoir déjà épuisé, n’est-ce pas ? Enfin, si vous êtes déjà fatigué, vous devriez consulter — ou vous coucher plus tôt mais, ça, c’est vous qui le savez.

Alors voilà. Comme on l’a déjà dit ici, il y a un problème de pollution à la poussière de nickel dans le quartier Limoilou, au centre-ville de Québec, suffisant pour accroître les risques de problèmes allergiques comme de l’urticaire et l’asthme, et possiblement les risques de cancer (mais alors, à très long terme). Cela fait une quinzaine d’années que les concentrations de ce métal dans l’air y sont trop élevées, à environ 50 nanogrammes par mètre cube alors que la norme québécoise est de 14 ng/m3 sur une période de 24 heures — c’est de 20 ng/m3 sur un an en Ontario et aux États-Unis. Une enquête de l’Environnement a montré du doigt le Port de Québec, et plus particulièrement l’entreprise Arrimage du Saint-Laurent (ASL), qui transborde de grandes quantités de minerai de nickel.

Celle-ci n’a jamais admis sa responsabilité, mais a tout de même fait installer un réseau de détecteurs de poussière et de près de 20 canons à eau afin de rabattre la poussière. Ce système est en opération depuis juillet 2013.

graphNiMais voilà, d’après des données du ministère de l’Environnement que j’ai obtenues récemment, des «pics» de pollution au nickel surviennent encore dans Limoilou. Deux sont très évidents dans la période couverte par ces nouveaux chiffres (mars à décembre 2013), le 14 août et le 20 décembre, à 125 et 256 ng/m3 — soit après que les canons à eau furent entrés en fonction. Dans l’ensemble, la situation s’améliore (on n’est plus qu’à 15 ng/m3 en moyenne), mais les deux pics suggèrent qu’il n’y a pas que du nickel résiduel dans le quartier, mais qu’une source de pollution est toujours active.

Alors, logiquement, de deux choses l’une. Ou bien le système d’Arrimage ne fonctionne pas. Ou bien l’entreprise n’était pas la seule source de pollution. Chez ASL, on jure que les canons à eau font leur travail et on souligne que, les journées des deux pics de pollution et dans les 48 heures précédentes, aucun bateau de nickel n’était à quai. Il existe un autre terminal où de grandes quantités de minerai de nickel sont manipulées dans le Port de Québec, propriété du géant minier Glencore. Celui-ci admet avoir déchargé des bateaux à Québec les 14 août et 20 décembre 2013, mais rappelle que ses opérations se font entièrement en milieu fermé, contrairement à Arrimage qui transborde (ou transbordait) à ciel ouvert — ce qui avait jusqu’à présent innocenté Glencore (anciennement Xstrata) d’office.

La militante limouloise Véronique Lalande, qui mène la charge dans ce dossier depuis ses débuts, fait quant à elle valoir que la présence ou non d’un vraquier de nickel dans le Port de Québec n’a pas une grande influence sur la qualité de l’air dans son quartier. Il y aurait, dit-elle, une pollution «générale» dans le port qui serait due à de mauvaises pratiques. La poussière qui en résulte serait soulevée périodiquement par les vents et se déposerait dans Limoilou lorsque ces derniers soufflent dans la «bonne» direction.

Le hic, cependant, c’est que les données sur les vents colligées par Environnement Canada dans ce secteur n’appuient pas de façon très claire cette hypothèse. Le 20 décembre, certes, de forts vents (30 à 45 km/h en moyenne) ont soufflé du port vers Limoilou et auraient pu y amener de la poussière. Mais le 14 août, les vents n’ont soufflé en direction de Limoilou qu’entre minuit et 6 h, se retournant complètement au petit matin pour souffler vers l’ouest toute la journée. Et si c’était bien une sorte de pollution générale dans le port qui était en cause, on se demande pourquoi on n’observerait pas davantage de «pics» de nickel puisque, ces deux journées-là, les vents n’avaient rien d’exceptionnels.

Bref, je ne veux pas disculper Arrimage du Saint-Laurent, contre qui la preuve montée par l’Environnement était franchement convaincante. Mais bon, il y avait peut-être autre chose, aussi. Mais quoi ? À votre avis, quel sens doit-on donner à ce petit casse-tête ?

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Jeudi 5 juin 2014 | Mise en ligne à 10h40 | Commenter Commentaires (57)

La «balloune» El Nino se déssouffle un peu

L'accumulation de chaleur sur les 300 premiers mètres d'eau (le «moteur» d'El Nino) dans le Pacifique équatorial au large de l'Amérique du Sud, a nettement diminué en mai, après avoir connu une augmentation spectaculaire en mars et en avril. (Graphique : NOAA)

L'accumulation de chaleur sur les 300 premiers mètres d'eau (le «moteur» d'El Nino) dans le Pacifique équatorial au large de l'Amérique du Sud, a nettement diminué en mai, après avoir connu une augmentation spectaculaire en mars et en avril. (Graphique : NOAA)

Il est de plus en plus certain qu’un épisode El Nino est sur le point de survenir, mais il ne sera sans doute pas aussi fort qu’on le craignait ce printemps, quand on en a détecté les premiers symptômes, selon la dernière mise à jour de la National Oceanic and Atmospheric Administration, parue ce matin.

Comme on l’a déjà vu ici récemment, un épisode El Nino survient lorsque les vents qui balaient habituellement le Pacifique équatorial vers l’Asie, les alizés, faiblissent ou cessent de souffler. En temps normal, ces vents sont si forts qu’ils font une différence d’environ 50 cm sur le niveau de la mer. Ce «surplus» dans la partie asiatique de l’océan provoque à son tour une remontée d’eaux froides des profondeurs le long de la côte américaine. Lors d’une année El Nino, cette remontée cesse, d’immenses masses d’eau chaude s’accumulent dans une (vaste) région du Pacifique où la surface est habituellement froide, ce qui a des conséquences planétaires sur les vents, les précipitations, la distribution de la chaleur et même la température mondiale moyenne — bref, sur la météo de tout le monde.

C’est un phénomène au comportement capricieux qui est terriblement difficile à prévoir, mais l’accumulation de chaleur dans les 300 premiers mètres du Pacifique équatorial était telle jusqu’en avril que des météorologues commençaient à faire des parallèles avec l’épisode de 1997-98, qui fut l’un des plus intense jamais enregistré. Cependant, comme le montre la figure ci-haut, l’océan a pu relâcher pas mal d’énergie depuis — de gros orages sur en Amérique du Sud, m’a dit la semaine dernière Anthony Barnston, responsable des prédictions à l’International Research Institute for Climate and Society, qui participe aux prédictions de la NOAA —, ce qui fait désormais croire que le El Nino qui se prépare sera de force modérée.

Il y a cependant environ 80 % de chances que nous ayons un El Nino d’ici la fin de l’année, et il demeure impossible pour l’instant d’écarter la possibilité d’un épisode très fort (ou faible).

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Teneur de l'air en benzène en différents points de Montréal, 1989-2012. La ligne bleue (station 3), constamment plus élevée que les autres, représente l'est de l'île, à proximité d'installations pétrochimiques. (Source : Ville de Montréal)

Teneur de l'air en benzène en différents points de Montréal, 1989-2012. La ligne bleue (station 3), constamment plus élevée que les autres, représente l'est de l'île, à proximité d'installations pétrochimiques. (Source : Ville de Montréal)

Est-ce que les normes environnementales servent à quelque chose ? Améliorent-elles la qualité de l’air ou de l’eau, comme elles doivent le faire, ou est-ce que l’industrie ne parvient pas toujours à s’en exempter et/ou à relâcher sa pollution en douce, comme les cyniques le laissent entendre ? Une chimiste de la Ville de Montréal, Sonia Melançon, a amené des éléments de réponses très intéressants à cette question ce matin, au congrès de l’ACFAS — bien que ce n’était pas vraiment son intention de départ.

Comme le montre le graphique ci-haut, la teneur de l’air ambiant en benzène (un produit pétrolier très cancérigène) a très nettement diminué à Montréal depuis 20 ans, et particulièrement dans l’est de l’île (ligne bleue), où cette concentration a toujours été plus élevée qu’ailleurs en bonne partie à cause de l’industrie pétrochimique, très présente à cet endroit. Il y a bien eu deux fermetures majeures d’usines pétrochimiques qui ont certainement contribué à cette baisse, dit Mme Melançon, mais elles sont arrivées trop tard — Pétromont, une usine de polyéthylène, fermée en 2008 ; et la raffinerie de Shell, fermée en 2010 — pour expliquer l’essentiel la baisse, d’environ 10 microgrammes par mètre cube (µg/m3) à 1 à 2 µg/m3.

Alors, quoi d’autre ? Des règlements. La Communauté urbaine de Montréal en a passé deux pendant ces 20 ans — un sur la récupération des vapeurs d’essence, l’autre sur les fuites d’équipement — qui ont pu réduire les émanations de benzène, dit Mme Melançon. Et le fédéral a également passé une loi, en 1999, imposant la réduction des teneurs de benzène dans l’essence.

Bref, sans vouloir dire que les règlements sont l’unique facteur en cause ici, il me semble que cette histoire montre que les normes environnementales, ça marche, ça peut faire une différence. Non ?

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