Sciences dessus dessous

Archive de la catégorie ‘Psychologie et neurosciences’

Mercredi 28 septembre 2016 | Mise en ligne à 13h58 | Commenter Commentaires (37)

Massacre 101 : pourquoi les humains se tuent-ils ?

(Image : photothèque Le Soleil)

(Image : photothèque Le Soleil)

L’homme est un loup pour l’homme, vous dites ? Il y a certainement pas mal de vrai dans cette expression, mais il serait sans doute plus juste de dire que «le singe est un loup pour le singe». D’après une étude qui vient de paraître dans Nature, environ 2,1 % des décès humains au cours des 50 000 dernières années furent le résultat d’une agression par un autre être humain. Ce qui est sept fois plus que la moyenne des mammifères (0,3 %), mais pas particulièrement différent des autres primates.

L’étude repose sur un effort de documentation qui est, disons le, franchement impressionnant. Pendant deux ans, les quatre auteurs, menés par José Maria Gomez, ont épluché la littérature scientifique pour documenter, quand c’était possible, les causes de mortalité chez plus de 1000 espèces de mammifères et 600 populations humaines. L’échantillon final est de 4 millions de décès.

Les sources, disons-le tout de suite, sont assez éparses, allant des études de biologie aux banques de données gouvernementales en passant par les fouilles archéologiques dans des cimetières. Il faut donc prendre cet agrégat avec une certaine circonspection mais, en même temps, plusieurs de ses résultats confirment ce que l’on savait ou soupçonnait déjà — par exemple, que les bonobos sont beaucoup moins brutaux que les autres chimpanzés, que les sociétés humaines chapeautées/policées par un État sont moins violentes que les autres sociétés, que les espèces territoriales et/ou sociales sont plus susceptibles de s’entretuer que les autres, etc. —, ce qui indique que les mesures ont quand même de la valeur. Notons aussi que les divers motifs pour tuer ses congénères (conflit pour des ressources, compétition entre mâles, infanticides, sacrifice, etc.) n’ont pas pu être ventilés, ce qui est une limitation assez importante.

Capture d’écran 2016-09-28 à 13.54.40Le portrait d’ensemble n’en est pas moins fascinant. La conclusion générale, en ce qui concerne les bipèdes parlants, est : oui, l’espèce humaine a un penchant plus fort pour le «meurtre», dans la mesure où ce terme convient bien ici, que les autres mammifères, mais nous ne sommes pas les champions dans cette catégorie. En fait, comme le montre le petit tableau ci-contre, nous ne sommes même pas de lointains deuxièmes — les gagnants sont clairement dans une autre ligue que nous.

Il apparaît aussi que le Moyen Âge (12 % des décès causés par des agressions entre humains) fut la période la plus violente de l’Histoire.

Plus de détails dans mon article sur le site du Soleil et dans ce compte-rendu de Science.

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Lundi 22 août 2016 | Mise en ligne à 11h55 | Commenter Commentaires (47)

Ajouter du lithium dans l’eau potable ?

(Photo : archives La Tribune)

(Photo : archives La Tribune)

C’est une très intéressante question que mon collègue de La Presse Mathieu Perreault soulève dans son texte paru hier (voir aussi ici et ici) : devrait-on ajouter du lithium à l’eau potable, de la même manière que l’on ajoute (ou, enfin, qu’on devrait le faire…) du fluor pour prévenir la carie ?

Dans la pharmacopée moderne, le lithium est connu comme un «stabilisateur de l’humeur» et est prescrit aux gens qui souffrent de maniaco-dépression ou de dépression sévères qui ne répondent pas aux antidépresseurs. Or, c’est aussi un élément présent dans le sol et qui se trouve naturellement dans l’eau potable de plusieurs communautés à travers le monde. On parle ici, notons-le tout de suite, de «doses» qui n’ont rien à voir avec ce que l’on prescrit médicalement : on donne aux patients de comprimés de 300 milligrammes alors que l’eau de ces villes en contient généralement entre 0,01 et 0,150 mg/l, ce qui signifie qu’il faudrait en boire des milliers de litres avant d’avoir une dose «médicale». Mais même à de si faibles concentrations, la consommation chronique peut apparemment induire des effets positifs sur la psyché, et comme ce lithium survient à des concentrations très variables d’un endroit à l’autre, cela a permis à des chercheurs d’en tester les effets.

Et «bien qu’elles ne soient pas nombreuses, ces études ont obtenu des résultats remarquablement cohérents, montrant une corrélation inverse significative entre les niveaux de lithium dans l’eau et les taux de suicide», lit-on dans cette revue de littérature scientifique toute récente, qui a recensé une dizaine d’études sur la question. En langage courant : plus une communauté a de lithium dans son eau, plus ses taux de suicide sont bas.

Le mécanisme n’est pas bien compris. Ce lithium dans l’eau pourrait prévenir le suicide en empêchant des gens de sombrer dans la dépression, mais on lui connaît aussi un effet de prévention du suicide même chez les patients dont la maladie ne répond pas bien au lithium. Et dans tous les cas, les données semblent assez claires (bien que peut-être pas encore assez pour justifier une intervention étatique) : ça marche. Et d’après des résultats obtenus par un chercheur de McGill cité par mon collègue, il y aurait aussi un potentiel pour la prévention de l’Alzheimer.

Alors, doit-on le faire, ou du moins financer des recherches en vue d’ajouter, éventuellement, du lithium dans l’eau potable ? Si l’on compare avec le fluor, il est évident que le Li ne bénéficierait pas à autant de gens — la carie est beaucoup, beaucoup plus répandue que le trouble bipolaire ou la dépression majeure «résistante» aux antidépresseurs. Mais d’un autre côté, les bienfaits seraient, d’un point de vue qualitatif, spectaculairement plus grands que ceux du fluor, puisque un seul suicide est infiniment plus grave que 100 caries. Ce qui, personnellement, me fait plutôt pencher du côté du «oui», a priori. Car dans la mesure où il n’y a pas d’effets secondaires pour la population en général à de si faibles doses (il faudra bien sûr valider ce point scientifiquement avant de prendre une décision, on s’entend là-dessus), pourquoi se priverait-on d’un tel instrument ?

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Jeudi 21 juillet 2016 | Mise en ligne à 16h12 | Commenter Commentaires (49)

Cerveau : cartographier l’inconnu

Je ne sais trop si c’est parce qu’on ne sait toujours presque rien sur le cerveau ou si c’est le signe qu’on en sait peut-être long, mais que le sujet est tellement complexe qu’on est condamné à l’effleurer. Toujours est-il qu’à chaque fois qu’une grosse percée est publiée sur le cerveau, j’ai toujours la même réaction, double et contradictoire : «Wow, quelle époque formidable, on progresse vite !», en même temps que «Jee, on ignore encore tout ça ?»

Et c’est en plein ce que m’a fait penser cette (par ailleurs magnifique) étude parue hier dans Nature, qui a produit la «carte» du cerveau la plus détaillée que l’on possède à ce jour. Et qui montre que l’on n’a identifié jusqu’à présent moins de la moitié des différentes «zones» du cerveau…

Comme on le sait, le cerveau est divisé entre différentes parties qui sont spécialisées dans certains types de tâche — parfois étonnamment pointus. Par exemple, le siège de l’abstraction, de la planification, etc, est situé à l’avant. Une autre zone, l’aire de Broca, gère la production du langage. Une autre encore, l’aire de Wernicke, s’occupe de comprendre ce que les autres nous disent. Deux autres petites régions voisines se chargent de reconnaître les visages humains. Et ainsi de suite.

On avait ainsi une liste de 83 aires cérébrales, mais leur «cartographie» laissait encore pas mal d’espaces dont la fonction restait à éclaircir et les seules cartes que l’on possédait avait été réalisées en n’utilisant qu’un seul paramètre pour tracer les «frontières» entre les zones. Une équipe américaine menée par les neurochercheurs Matthew Glasser et David Van Essen, de l’Université Washington, à St Louis, a donc décidé de refaire le travail, mais avec quatre paramètres au lieu d’un seul.

Grâce aux données colligées sur 210 adultes en santé dans le cadre du projet Connectome, ils ont cartographié en détail les connections entre les différentes parties du cerveau, leur contenu en myéline (une substance qui recouvre une partie des neurones et qui accélère la transmission des signaux nerveux), leur topographie et leur fonction (quelles zones exactes s’activent lors que X ou Y tâche). En «traçant des lignes» aux endroits où deux ou plus de ces paramètres changeaient soudainement, les chercheurs ont délimité un total de 180 aires différentes. Soit 97 de plus que les 83 que l’on connaissait — à la fois fascinant et décourageant.

Fait intéressant, la technique développée pour produire cette carte pourrait s’avérer très, très utile dans de nombreux projets de recherche futurs. En effet, les aires ne sont pas forcément toutes de la même taille, ni toutes très exactement aux mêmes endroits d’un individu à l’autre, ni ne sont reliées tout à fait de la même manière au reste du cerveau. Ces différences peuvent avoir des conséquences sur les talents/limitations d’une personne et sur sa santé mentale.

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