Sciences dessus dessous

Archive de la catégorie ‘Psychologie et neurosciences’

(Photo : WikiCommons)

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Au rayon des effets de mode, il faut admettre que celui qui entoure les hand spinners, ces espèces de «toupies de poche» qui donnent des maux de tête aux enseignants, est franchement spectaculaire. Voici, pour vous en donner une petite mesure, ce que Google Trend nous dit à propos du nombre de recherches (exprimé sur une échelle de 0 à 100) qui ont été faites sur Google depuis 2004 avec l’expression «hand spinner» :

Capture d’écran 2017-05-17 à 10.38.51

Source : Google Trends

Essentiellement rien jusqu’à novembre dernier, puis l’explosion. Les vendeurs affirment que cela aide la concentration, que c’est «bon pour le TDAH» (et même pour l’autisme, lit-on sur certains sites, ici on est vraiment dans le n’importe quoi) et que ça calme l’anxiété. Des enfants et des parents interviewés ici et là par les médias défendent leur «droit» d’en amener à l’école (plusieurs ont interdit ces bidules) parce que, disent-ils eux aussi, cela les aide à se concentrer. Alors j’ai voulu savoir ce qu’il en est, ce qu’en dit la science.

La réponse : sur ces toupies de main à proprement parler, la science ne dit absolument rien. Il n’existe aucune étude qui en aurait testé l’efficacité, ce qui n’est guère étonnant puisque ces machins ne généraient aucune espèce d’intérêt jusqu’à il y a quelques mois.

Il y a toutefois un principe de base derrière ce type de jouet/activité, qui inclut les boules antistress, le fait de dessiner pendant une réunion, etc. Les psychologues appellent cela l’«approche sensorielle», qui semble assez nouvelle et qui consiste à utiliser les sens de différentes manières pour obtenir un effet. J’ai trouvé cette revue de littérature sur cette approche, qui conclut que les résultats sont encourageants jusqu’à maintenant, mais le texte n’est pas particulièrement éclairant pour les gadget qu’on manipule.

Parmi les études qui ont documenter cette question précise (directement ou simplement le lien entre le niveau d’agitation motrice et l’apprentissage), j’ai trouvé celle-ci, qui conclut que les enfants qui ont un TDAH semblent apprendre mieux quand ils peuvent bouger plus (mais c’est plutôt le contraire pour les autres, donc la majorité) ; celle-ci, qui dit essentiellement la même chose ; et celle-ci, qui conclut que les enfants semblent moins facilement distraits et apprennent mieux quand ils peuvent manipuler une boule antistress, mais l’effet s’observe surtout chez les élèves qui ont un TDAH.

Il faut noter, cependant, que toutes ont en commun de porter sur des échantillons très petits (autour de 40 sujets) — et que la dernière ne s’est manifestement pas déroulé en double-aveugle. Comme me l’a expliqué Nancie Rouleau, spécialiste du TDAH de l’UL, cette idée générale d’occuper ses mains pour mieux se concentrer n’a pas été scientifiquement démontrée, mais elle a tout de même une bonne «validité clinique» pour les enfants qui ont des problèmes d’attention. Pour un élève qui a un TDAH, le simple fait de rester immobile demande passablement de concentration ; si on lui donne un jouet ou un gadget à manipuler, cela lui permet de bouger un peu, il aura moins d’attention à consacrer à rester immobile et pourra donc mieux se concentrer sur ses tâches scolaires.

L’idée de base n’est donc pas complètement dénuée de fondement. Mais il y a deux choses à faire ressortir ici. De un, si cela peut aider certains «enfants Ritalin», ces études (et l’expertise de Mme Rouleau) ne donnent absolument aucune raison de croire qu’un élève ne souffrant pas d’un déficit d’attention tirera le moindre bénéfice à manipuler un gadget — il se pourrait même que cela le distraie. De deux, une fois qu’on sait tout cela, la vraie question à se poser est celle de savoir si ce principe général s’applique aux toupies de main. Et la réponse est non, d’après Mme Rouleau, qui a essayé un de ces spinners en fin de semaine dernière et qui a trouvé qu’il demandait trop d’attention pour que l’on puisse jouer avec distraitement.

D’autres détails dans mon papier paru ce matin dans Le Soleil.

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Mercredi 1 février 2017 | Mise en ligne à 13h54 | Commenter Commentaires (29)

Le profil type du tueur de masse

(Photo : Olivier Jean, archives La Presse)

(Photo : Olivier Jean, archives La Presse)

Je vous ai déjà parlé d’Adam Lankford, criminologue et côté-obscurologue de l’Université de l’Alabama. Il mène des recherches bien intéressantes sur les tueries de masse (mass shootings) et le terrorisme kamikaze, qui ont montré que ces «deux» groupes n’en sont peut-être qu’un seul, finalement. Alors j’étais bien curieux de savoir ce qu’il pensait du cas d’Alexandre Bissonnette, accusé des six meurtres commis dimanche dans une mosquée de Québec.

Le détail de mon entrevue est ici. En voici, brièvement, les principaux points à retenir, je crois :

– Les médias qui ont choisi de mettre de l’avant le passé de victime d’intimidation d’Alexandre Bissonnette ont essuyé bien des critiques, ces derniers jours, de la part de gens qui voient là une tentative pour «excuser» la tuerie ou pour «normaliser» le geste et ainsi enterrer le problème de l’islamophobie à/au Québec. Or il apparaît qu’être la cible de bullying (réel ou perçu) est une caractéristique très fréquente des tueurs de masse et des kamikazes.

– Pour le reste, le présumé meurtrier répond en presque tous points au profil-type du tueur de masse : marginalisation (depuis son enfance, apparemment), radicalisation progressive (après la visite de Marine Le Pen, d’après ce qui a filtré dans les médias), événement déclencheur (possiblement le déménagement de son frère jumeau, mais il existe des versions contradictoires sur ce point, il faut le noter), et un isolement social précédent l’explosion.

– La fin de la sinistre soirée de dimanche est plus singulière, cependant. Rares, très rares sont les kamikazes (par définition) et les tireurs fous qui survivent à leurs massacres ET qui parviennent à s’enfuir. Bissonnette, lui, s’était échappé avec succès mais n’est pas allé loin : il a rapidement appelé le 911 et s’est livré à la police. «Alors je dirais que cela pourrait être des remords, mais pas nécessairement. On en apprendra plus dans les prochains jours, mais de manière générale, ces tireurs présument qu’ils seront abattus sur place ou qu’ils se suicideront. Et si ça n’arrive pas, alors ils ne savent plus trop quoi faire. Donc il (Bissonnette) peut avoir appelé la police parce qu’il ne voyait pas quoi faire d’autre, parce qu’il n’avait pas de plan», m’a dit M. Lankford.

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Mercredi 28 septembre 2016 | Mise en ligne à 13h58 | Commenter Commentaires (37)

Massacre 101 : pourquoi les humains se tuent-ils ?

(Image : photothèque Le Soleil)

(Image : photothèque Le Soleil)

L’homme est un loup pour l’homme, vous dites ? Il y a certainement pas mal de vrai dans cette expression, mais il serait sans doute plus juste de dire que «le singe est un loup pour le singe». D’après une étude qui vient de paraître dans Nature, environ 2,1 % des décès humains au cours des 50 000 dernières années furent le résultat d’une agression par un autre être humain. Ce qui est sept fois plus que la moyenne des mammifères (0,3 %), mais pas particulièrement différent des autres primates.

L’étude repose sur un effort de documentation qui est, disons le, franchement impressionnant. Pendant deux ans, les quatre auteurs, menés par José Maria Gomez, ont épluché la littérature scientifique pour documenter, quand c’était possible, les causes de mortalité chez plus de 1000 espèces de mammifères et 600 populations humaines. L’échantillon final est de 4 millions de décès.

Les sources, disons-le tout de suite, sont assez éparses, allant des études de biologie aux banques de données gouvernementales en passant par les fouilles archéologiques dans des cimetières. Il faut donc prendre cet agrégat avec une certaine circonspection mais, en même temps, plusieurs de ses résultats confirment ce que l’on savait ou soupçonnait déjà — par exemple, que les bonobos sont beaucoup moins brutaux que les autres chimpanzés, que les sociétés humaines chapeautées/policées par un État sont moins violentes que les autres sociétés, que les espèces territoriales et/ou sociales sont plus susceptibles de s’entretuer que les autres, etc. —, ce qui indique que les mesures ont quand même de la valeur. Notons aussi que les divers motifs pour tuer ses congénères (conflit pour des ressources, compétition entre mâles, infanticides, sacrifice, etc.) n’ont pas pu être ventilés, ce qui est une limitation assez importante.

Capture d’écran 2016-09-28 à 13.54.40Le portrait d’ensemble n’en est pas moins fascinant. La conclusion générale, en ce qui concerne les bipèdes parlants, est : oui, l’espèce humaine a un penchant plus fort pour le «meurtre», dans la mesure où ce terme convient bien ici, que les autres mammifères, mais nous ne sommes pas les champions dans cette catégorie. En fait, comme le montre le petit tableau ci-contre, nous ne sommes même pas de lointains deuxièmes — les gagnants sont clairement dans une autre ligue que nous.

Il apparaît aussi que le Moyen Âge (12 % des décès causés par des agressions entre humains) fut la période la plus violente de l’Histoire.

Plus de détails dans mon article sur le site du Soleil et dans ce compte-rendu de Science.

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