
Le surplus de positrons détecté par l'Alpha Magnetic Spectrometer. (Image : AMS)
Tout le monde a bien pris soin, la semaine dernière, d’utiliser le conditionnel pour parler de la découverte possible d’un indice de matière sombre par l’Alpha Magnetic Spectrometer (AMS), un instrument installé depuis 2011 sur la Station spatiale internationale. Or à en croire le magazine Pour la science, même ce temps de verbe serait trop affirmatif, la source des observations étant selon toute vraisemblance un «vulgaire» pulsar.
Comme je le résumais jeudi dernier, on croit qu’il existe trois types de matière dans l’Univers : la matière ordinaire (rassurez-vous, son existence ne fait aucune doute) composée des particules élémentaires «classiques», comme les quarks et les électrons ; l’antimatière, qui est une sorte de «matière-miroir» de la matière ordinaire (chaque particule a son antiparticule) et dont l’existence est elle aussi archi-démontrée, même si elle est rare (l’antimatière s’annihile en contact avec la matière) ; et la matière sombre, qui n’a jamais été observée directement.
L’existence de la matière noire a été déduite, historiquement, de l’observation du mouvement des galaxies. En effet, quand on additionne toute la matière observable par les télescopes au cœur des galaxies, on arrive à une somme qui n’est pas suffisante pour retenir les étoiles qui orbitent autour. Les galaxies que nous voyons aujourd’hui devraient donc, en principe, s’être disloquées il y a très longtemps, mais ce n’est évidemment pas ce qui s’est passé. Il y a donc une «masse manquante» qui, hormis par gravité, n’interagit pas avec le reste de la matière (d’où la difficulté de la détecter), et la matière sombre a été «inventée» pour jouer ce rôle.
Plusieurs théories ont été imaginées par les physiciens pour éclaircir la nature de cette matière sombre, et les plus importantes d’entre elles prédisent que deux «particules sombres» devraient, en se heurtant, s’annihiler en produisant des positrons — c’est-à-dire l’antiparticule de l’électron. L’AMS est précisément conçu pour détecter ces positrons, et ses expérimentateurs ont rapporté la semaine dernière avoir bel et bien enregistré un excès de positrons. À certains égards, d’ailleurs, cet excès ressemble à ce que devrait nous donner l’annihilation de particules sombres : distribution pas mal égale dans toutes les directions (ce qui ne serait pas le cas si les positrons provenaient d’une source unique, comme un pulsar) et quantité qui augmente à des énergies plus grande (alors que ce devrait être le contraire s’ils provenaient de pulsars).
Cependant, fait remarquer Pour la science, ces collisions de particules sombres devraient aussi, en plus des positrons, générer des photons (des «particules» de lumière) de très haute énergie, mais rien qui ressemble à cela n’a été observé. «Il faudrait alors imaginer des modèles de matière noire très atypiques pour que son annihilation ou sa désintégration soit compatible avec toutes les mesures. La piste des pulsars semble la plus raisonnable», lit-on dans le magazine.
Fait un peu étrange, cependant, ce dernier est le seul qui évoque ces «photons manquants» pour éliminer la possibilité d’une détection de matière sombre. La revue Science n’en souffle pas un mot dans un article publié aujourd’hui (abonnement nécessaire, désolé), pas plus que le New Scientist ne le faisait hier. Celui-ci, cependant, passe sur certaines théories alternatives su sujet de la matière sombre, dont une implique que des «photons sombres» (que l’on devine indétectables) soient produits lorsque deux particules sombres s’entrechoquent. Cela pourrait peut-être concilier le surplus de positrons avec l’absence de surplus de photons énergétiques, mais je m’avance beaucoup plus loin que je ne le devrais, ici.
Y a-t-il un physicien dans la salle ?
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