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Archive de la catégorie ‘Médecine’

Lundi 19 juin 2017 | Mise en ligne à 15h47 | Commenter Commentaires (17)

Qui a peur des résidus de pesticides ?

(Photo AP/archives La Presse)

(Photo AP/archives La Presse)

Les résidus de pesticides sur nos fruits et légumes défraient continuellement les manchettes — ce qui n’est guère surprenant, les médias raffolent de ce genre d’histoires. Mais sont-ils vraiment dangereux pour la santé aux concentrations où on les trouve ?

Un rapport récent de l’INSPQ s’est penché sur la question récemment et a conclu que… non, pas vraiment. Les auteurs, menés par le toxicologue Mathieu Valcke, se sont basés sur les données québécoises d’une enquête fédérale sur les habitudes alimentaires et sur les teneurs en pesticides mesurées par l’Agence canadienne d’inspection des aliments. En croisant ces deux sources, ils ont pu calculer une «dose» moyenne ingérée pour 169 herbicides, fongicides et insecticides détectés par l’ACIA, puis ils ont comparé avec les «valeurs toxicologiques de référence» (des «normes» nationales, si l’on préfère) en vigueur dans le monde, quand c’était possible — des VTR n’existaient que dans 135 cas.

Comme nous n’avons pas tous le même appétit et que nous ne mangeons pas les mêmes proportions de fruits et légumes, l’équipe de M. Valcke a mis les choses au pire, ne retenant que les 5 % de gens les plus exposés à chaque pesticide. Puis ces «doses» ont été comparées aux normes les plus sévères en vigueur dans le monde. Or même dans ce «scénario du pire» — qui n’est quand même pas si tiré par les cheveux que cela, d’un point de vue de santé publique, parce que le 20e d’une population, cela demeure beaucoup de monde —, l’INSPQ n’a noté que 7 dépassements de norme sur 135 pour les jeunes enfant (8 ans et moins) et 3 pour les adultes. Notons ici que ces normes ont toutes des marges de sécurité, si bien qu’un dépassement ne se traduit pas forcément par des effets tangibles sur la santé.

Fait intéressant, dans 28 cas, il existait suffisamment d’information pour calculer un risque de cancer découlant de ces pesticides. En mettant ensemble ces 28 pesticides (et toujours selon un scénario du pire), on parle d’un risque total de 3 sur 10 000 sur 70 ans d’exposition

Est-ce beaucoup ou peu ? D’un certain point de vue, on peut voir ça comme un risque supplémentaire significatif puisque, comme me l’a dit M. Valcke en entrevue, «à 3 pour 10 000, on est quand même pas mal au-dessus du seuil qui est considéré comme un «risque négligeable» en toxicologie, qui est de 1 sur 1 million». Cependant, il faut aussi savoir que dans un groupe de 10 000 personnes, autour de 4000 vont développer des tumeurs pendant leur vie. Si on veut se conter des peurs sur le cancer, il y a clairement de «meilleurs» facteurs que les pesticides…

Et c’est d’autant plus vrai que les fruits et légumes eux-mêmes ont des vertus anti-cancérigènes et que, selon les calculs de M. Valcke, pour chaque cancer qui serait causé par les résidus de pesticides sur les aliments, pas moins de 88 autres seraient évités. Cela signifie qu’en mangeant ces fruits et légumes recelant des résidus de pesticides, on réduit notre risque de cancer, mais juste un peu moins (1/88e moins…) que s’il n’y avait pas de pesticides dessus. Il faut faire attention parce que les cancers causés par les pesticides ne sont pas les mêmes que ceux qui sont prévenus par les fruits et légumes, mais cela reste rassurant.

«Le message qu’on veut passer, c’est qu’il ne faut surtout pas s’empêcher de manger des fruits et légumes à cause des résidus de pesticides qui sont dessus. Il ne faudrait pas, par exemple, choisir de ne manger que des fruits et légumes bio mais en manger moins parce que c’est moins cher. Mais ça ne veut pas dire non plus qu’il n’y a pas de raison d’essayer de diminuer l’exposition aux pesticides et leur usage de manière générale», conclut M. Valcke.

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Mercredi 14 juin 2017 | Mise en ligne à 14h57 | Commenter Commentaires (28)

Boissons sucrées et obésité : les paris sont ouverts…

(Image : photothèque Le Soleil)

(Image : photothèque Le Soleil)

Dans le débat public, il y a longtemps que cette équation-là n’est plus une conjecture, mais un théorème à part entière : boissons sucrées = obésité. Et intuitivement, cela semble en effet élémentaire. Ces breuvages sont bourrés de calories mais ne provoquent pas d’effet de satiété et leur consommation va croissante depuis des décennies, ce qui coïncide avec l’épidémie d’obésité qui sévit en Occident. Et l’OMS recommande depuis l’automne dernier d’adopter des taxes ou d’autres mesures pour en réduire les ventes.

Or la réalité n’est pas aussi tranchée au couteau, écrit un trio de chercheurs de l’Université Laval — Benoît Arsenault, Benoît Lamarche et Jean-Pierre Després — dans une revue de littérature très éclairante parue cette semaine dans Nutrients (et en libre accès s’il-vous-plaît) : «Cibler les boissons sucrées ou la qualité générale de la diète pour la prévention des maladies cardiométaboliques : faites vos jeux». Le contenu calorique très élevé de ces boissons ne fait aucun doute, bien sûr, mais il y a une question lancinante dans ce débat scientifique qui n’a toujours pas été résolue, rappelle l’article : est-ce que la consommation de «liqueurs» est nocive en elle-même, ou est-ce qu’elle n’est pas plutôt le reflet d’une mauvaise alimentation générale et/ou de mauvaises habitudes de vie. Dans le premier cas, on peut espérer avoir un effet sur la santé en ciblant les boissons sucrées, notamment au moyen d’une taxe. Mais c’est nettement moins évident dans le second : si les boissons gazeuses, Gatorade et autres variations sur le thème du Quick aux fraises ne sont qu’une petite partie d’un problème plus large (beaucoup de friture, pas mal d’autres sources de sucre raffiné, sédentarité, etc.), l’approche ciblée ne sert a priori pas à grand-chose.

C’est un peu ce que montre le tableau ci-dessous, d’ailleurs, publié (en anglais) dans l’article de M. Arsenault et ses collègues. À une échelle populationnelle, le lien entre l’obésité et les boissons sucrées ne va pas de soi puisque les changements dans la consommation de ces breuvages n’ont pas du tout le même effet d’un pays à l’autre :

(Source : Arsenault et al./Nutrients 2017)

(Source : Arsenault et al./Nutrients 2017)

Certes, il y a toujours un danger à comparer des populations entières, au sein desquelles une foule de facteurs et de tendances parfois contradictoires peuvent embrouiller le portrait. Mais les choses ne deviennent pas plus claires quand on examine des données plus fines — du moins, pas quand on mesure les résultats par le poids corporel, j’y reviens. Cette étude hollandaise, par exemple, a trouvé que donner une boisson sucrée (250 ml) par jour à des enfants de 5 à 12 ans fait une différence de 1 kg sur leur poids au bout de 18 mois, par rapport à 250 ml de boisson à l’aspartame (zéro calorie). Mais celle-ci, qui a duré 2 ans, a trouvé un excès de poids chez les ados à qui on donnait des boissons sucrées au bout de 12 mois, mais pas au bout de 24 mois. Une étude brésilienne a par ailleurs trouvé qu’une campagne de sensibilisation à l’obésité et aux boissons sucrées dans une école primaire en avait nettement diminué la consommation au bout d’une année scolaire complète, mais n’avait eu aucun effet mesurable sur leur indice de masse corporelle (IMC, soit le rapport du poids sur la taille).

Bref, les résultats sont contradictoires…

Mais bon, les habitués de ce blogue savent déjà ce que je pense de l’IMC, une mesure qui est utile parce qu’elle est très facile à prendre mais qui demeure souvent trop grossière pour être vraiment intéressante — un des trois auteurs de l’article de Nutrients, Jean-Pierre Després, est d’ailleurs un des pères de cette idée, c’est essentiellement lui et M. Arsenault qui me l’ont mise dans la tête. Au-delà du poids, c’est surtout la répartition de la graisse qui détermine si un individu développera des problèmes comme le diabète de type-2 ou des maladies cardiaques — la graisse dite «ectopique» qui, au lieu d’être stockée sous la peau, se loge autour des intestins et du foie, étant la pire. À cet égard, écrivent-ils, il commence à y avoir des résultats qui montrent que la consommation quotidienne de boissons sucrées accumulent plus de graisses aux mauvais endroits. À suivre, donc.

Mais en bout de ligne, concluent-ils, «comme une alimentation de piètre qualité générale contribue probablement plus au risque de développer une maladie cardiométabolique que des facteurs de risque individuels comme les boissons sucrées, il n’est pas clair que l’on obtiendra des bienfaits pour la santé en ciblant uniquement ces dernières».

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Vendredi 2 juin 2017 | Mise en ligne à 10h16 | Commenter Commentaires (18)

L’insomnie dans l’angle mort de la médecine ?

(Image : photothèque Le Soleil)

(Image : photothèque Le Soleil)

Vous faites de l’insomnie ? Vous êtes fatigué de vous retourner dans le lit 250 fois avant de pouvoir fermer les yeux — ou de devoir vous retourner dans le lit 250 fois le matin avant de vous lever parce que vous vous réveillez à des heures impossibles ? Vous avez quelques options devant vous. Mais elles ne sont pas toutes formidables, je vous le dis tout de suite, et il est très improbable que vous tombiez sur la meilleure. Désolé.

Vous pouvez faire comme 60% des insomniaques et simplement aller en pharmacie pour acheter des somnifères. Avec un peu de chance, si vos problèmes de sommeil sont très passagers, cela pourra vous aider. Mais, j’insiste : ça prend de la chance parce que la principaux somnifères sans ordonnance sont des médicaments qui servent à autre chose qu’à endormir. Mais comme un de leurs effets secondaires est de causer de la somnolence, leurs fabricants les mettent aussi en marché comme somnifères. Cependant, ils n’ont pour la plupart jamais été testés convenablement pour ça. Par exemple, l’efficacité des antihistaminiques (les principaux somnifères en vente libre) a été démontrée pour combattre les symptômes allergiques, mais ils n’ont pas ou peu été testés sur des insomniaques, et les rares essais qui ont été réalisés suggèrent que cela peut peut-être fonctionner. Peut-être. Au début.

«Au début», comme dans : pendant un gros 4 jours. Good luck.

Si vous faites partie du 40% (environ) qui consultent, il y a 3 chances sur 4 pour que vous vous rendiez chez votre médecin de famille. Or, a dit hier le grand spécialiste des troubles du sommeil de l’UL Charles Morin lors du congrès annuel de l’Association des médecins psychiatres du Québec, au cours de leurs 7 années d’études médicales, les médecins de famille reçoivent un grand total de… 1 heure de formation sur les troubles du sommeil. Et les médicaments qu’ils prescrivent sont très souvent de la même eau que les somnifères sans ordonnance : efficacité questionnable et/ou pas démontrée. Il y a un gros écart, déplore M. Morin, entre les données probantes et les pratiques cliniques en matière d’insomnie.

En fait, pour tomber sur LE meilleur traitement disponible, il vous faudra être vraiment très «chanceux» (ou particulièrement sagace, c’est vous qui le savez) : seulement 2% des insomniaques qui consultent se rendent chez un psychologue. Or des dizaines, et même des centaines d’études et d’essais cliniques ont montré que la thérapie cognitive-comportementale (TCC) est plus efficace et que ses effets sont beaucoup plus durables que ceux des médicaments — même quand on compare la TCC aux quelques somnifères d’ordonnance dont l’effet a été solidement démontré.

On trouvera plus de détails sur sa présentation dans mon papier paru ce matin dans Le Soleil. Je vous laisse sur deux graphiques que M. Morin a présentés hier, montrant les résultats de méta-analyses sur l’efficacité de la TCC (1er graph) et des somnifères (2e graph) pour traiter l’insomnie. Le «g» dont il est question ici, de ce que je comprends, est un «g de Hedge», qui est une mesure de l’ampleur de l’effet. Statistiquement, une valeur de 1 indique que le traitement fait une différence de 1 écart-type — et «pratiquement parlant», on parle d’un effet faible quand le valeur tourne autour de 0,2, d’effet moyen pour un g de 0,5 et d’effet fort pour 0,8 et plus. Les résultats suivants sont assez clairs…

(Source : C. Morin 2017/Winkler et al. 2014)

(Source : C. Morin 2017/A. Van Straten et al., Sleep Medicine Rivews, 2017)

(Source : C. Morin 2017 / A. Winkler et al., CNS Drugs, 2014)

(Source : C. Morin 2017 / A. Winkler et al., CNS Drugs, 2014)

Quelqu’un peut m’expliquer pourquoi la RAMQ ne couvre que les médicaments et pas (au moins) certaines psychothérapies dont l’efficacité est démontrée mur-à-mur ?

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