Sciences dessus dessous

Archive de la catégorie ‘Médecine’

C’est n’est pas un petit mur qu’une équipe française de chirurgie du cerveau vient de faire tomber. Parlons plutôt d’un rempart : pour la première fois, on a trouvé une manière d’ouvrir temporairement et sur demande la barrière hémato-encéphalique chez l’humain, ce qui laisse entrevoir des traitements plus efficaces pour plusieurs maladies, dont le cancer du cerveau.

La barrière hémato-encéphalique (BHE) est une enveloppe de cellules spéciales et en rangs extrêmement serrés qui entoure le cerveau et le sépare de la circulation sanguine. Elle ne laisse passer que certaines substances essentielles pour les neurones (eau, oxygène, nutriments) et rejette à peu près tout le reste — mais il y a bien sûr des exceptions, de petites molécules comme l’alcool, par exemple, pouvant se frayer un chemin à travers les mailles de la BHE. De manière générale, cette barrière est absolument vitale, car le cerveau est un organe très fragile qui ne supporterait pas beaucoup des choses qui circulent plus ou moins régulièrement dans le sang, comme des toxines et des microbes.

Le hic, cependant, est que la BHE ne fait pas la différence entre une menace et un médicament, bloquant tout indistinctement. Chez les patients atteints d’un cancer du cerveau, les tumeurs peuvent ouvrir de petites brèches dans cette barrière, ce qui laisse passer un peu des drogues utilisées en chimiothérapie, mais cela reste beaucoup moins que ce qui est nécessaire pour lutter optimalement contre le mal.

Mais une équipe menée par le chirurgien Alexandre Carpentier, de l’Hôpital de la Pitié-Salpêtrière, et Michael Canney, de la start-up médicale CarThera, à Paris, a trouver le «sésame» qui permet d’ouvrir une porte dans la BHE — le tout sur demande, s’il-vous-plaît. Comme l’explique ce compte-rendu du New Scientist, l’idée consiste à implanter dans le cerveau, fixé sur le crâne, un petit appareil d’environ 1 cm émettant (sur commande) des ultrasons, puis à injecter des microbulles dans le sang du patient. Lorsque l’appareil est allumé, ce qui est fait pendant 2 minutes, les ultrasons (de faible intensité) font vibrer les microbulles, ce qui leur permet de s’insérer entre les cellules de la barrière hémato-encéphalique.

Chez les quatre patients atteints d’une forme particulièrement agressive de cancer du cerveau sur lesquels la technique a été testée cet été, cela a ouvert une porte, littéralement, de 10 par 4 mm dans la BHE, brèche qui s’est maintenue pendant environ 6 heures — soit assez longtemps pour subir une ronde de chimio. Les chercheurs leur ont aussi injecté un produit marqueur, visible par imagerie médicale, afin de s’assurer que la barrière devenait bel et bien perméable, ce qui est bien le cas.

Il faudra maintenant voir si cette brèche permet bel et bien aux médicaments de passer dans le cerveau (il est possible que les médocs se comportent différemment du produit traceur) et si la technique aide vraiment les patients, ce qui prendra encore plusieurs mois. Mais des essais sur des animaux ont donné des résultats encourageants récemment, et cela reste dans tous les cas une percée médicale fascinante.

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Lundi 20 octobre 2014 | Mise en ligne à 13h31 | Commenter Commentaires (3)

Essais cliniques : quelques pas de plus vers la transparence

Je vous ai parlé quelques fois déjà de l’initiative All Trials, qui demande aux pharmaceutiques de dévoiler les résultats complets (les données brutes) de tous leurs essais cliniques. Il y a près de deux ans, le géant du médicament GlaxoSmithKline était devenu le premier gros joueur de l’industrie à appuyer cette campagne et à accepter de partager ses données avec la communauté scientifique. Eh bien, bonne nouvelle, il semble que la décision de GSK a fait boule de neige, apprend-t-on dans le dernier New England Journal of Medicine, puisque 10 compagnies pharmaceutiques se prêtent désormais au jeu, dont d’autres majors comme Bayer et Roche.

Les données ne sont pas en libre accès, mais ne sont partagées qu’avec des chercheurs, qui doivent en faire la demande en passant par ce site web. Un petit comité s’occupe d’évaluer ces demandes depuis mai 2013 et a rendu compte de ses quelque 18 mois d’activité dans le NEJM. Il en ressort que la plupart des requêtes sont acceptées et que le nombre d’essais cliniques disponibles sur le site est passé de 200 à environ 1200.

Et c’est là une excellente nouvelle, parce que cela jette un éclairage sur une sorte d’«angle mort» de la recherche médicales. Comme ce sont les entreprises qui financent les essais cliniques, elles sont en quelque sorte propriétaires des résultats et peuvent choisir elles-mêmes lesquels elles publient et lesquels elles gardent dans leurs classeurs. Le potentiel de conflits d’intérêt est bien évident, ici, puisque n’importe quelle compagnie peut être tentée de cacher les résultats les moins flatteurs pour ses médicaments/produits. Comme je l’ai déjà dit plusieurs fois ici, je ne crois pas qu’il s’agisse d’une pratique très répandue, du moins pas pour cacher des effets secondaires, puisque ce genre de comportement exposerait ses auteurs à des poursuites absolument monstrueuses. Mais la tentation, le potentiel est là.

Et c’est déjà arrivé, d’ailleurs. La pharmaceutique Roche a pendant longtemps gardé secrètes les données d’environ la moitié des essais cliniques qu’elle avait réalisés sur l’oseltamivir (le fameux Tamiflu), cet antiviral prescrit contre la grippe. Quand elle a fini par céder aux pressions, on s’est rendu compte que le médicament ne réduisait pas la durée des symptômes par 1 à 1,5 jour, comme on le croyait en se basant sur les études publiées, mais seulement par 17 heures. La différence n’est pas énorme, mais elle illustre bien le genre de distorsion que peut engendrer un système de recherche où les entreprises décident de ce qu’elles publient ou non.

Bref, la transparence n’est pas un luxe en recherche médicale, et le succès décrit dans le NEJM est une belle nouvelle pour commencer la semaine.

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Jeudi 16 octobre 2014 | Mise en ligne à 11h23 | Commenter Commentaires (41)

Ebola ne s’attrape pas par les airs. Mais…

La question est sur toutes les lèvres : si le virus Ebola ne se transmet que par contact direct, alors comment des infirmières portant gants et masques, en plus de suivre un protocole de désinfection, ont-elles pu contracter la maladie, comme c’est arrivé en Espagne et au Texas ? L’hypothèse qui vient spontanément à l’esprit est qu’elles s’y sont mal pris, n’ont pas bien enfilé leur équipement et/ou n’ont pas suivi à la lettre les étapes pour le retirer sécuritairement — en tout cas, c’est ce que les autorités ont laissé entendre. Mais dans un texte à la fois éclairant et inquiétant, l’épidémiologiste australienne Raina MacIntyre avance qu’on est peut-être un peu trop prompt à blâmer ces infirmières.

À peu près toutes les sources officielles racontent la même chose sur le mode de transmission d’Ebola : il faut qu’un fluide corporel infecté (sang, sueur, vomi, salive, etc.) entre en contact direct avec une muqueuse pour que le virus puisse prendre pied dans un nouvel hôte. Et cela exclut la transmission par les airs — voir notamment cette page du Center for Disease Control.

Ces autorités sanitaires ont sans doute raison, ce n’est pas moi qui vais les contredire. Mais Dre MacIntyre, elle, a ses doutes. Les modes de transmission des maladie ne sont pas toujours aussi simples qu’on le croit, écrit-elle. Les virus peuvent avoir plus d’une voie pour nous infecter, et il est bien possible qu’Ebola ait une préférence pour la transmission par contact direct avec des fluides corporels, mais qu’il soit aussi capable d’infecter quelqu’un par voie aérienne, bien que cela lui soit plus ardu, et peut-être même beaucoup plus ardu.

«Si Ebola est aussi difficile à attraper qu’on le dit, alors pourquoi tant de travailleurs de la santé (en Afrique de l’Ouest) l’ont contracté ?», demande-t-elle.

Quelques expériences sur des animaux en cage suggèrent qu’une transmission par voie aérienne est possible — voir à cet égard cet éditorial que Dre MacIntyre a écrit dans le dernier numéro de la revue savante International Journal of Nursing Studies. Et puis, une des très rares études (sinon la seule) à avoir documenter quels fluides corporels sont porteurs du virus a montré que la salive est infectée dans les deux tiers des cas, encore que cela varie pas mal selon la méthode de détection, notons-le. On aurait donc, en principe, une base pour que le virus voyage dans des gouttelettes de salive — je me fais l’avocat du diable, ici…

Il reste entièrement possible que des mesures d’hygiène inadéquates expliquent la transmission du virus aux infirmières texane et espagnole, écrit Dre MacIntyre, mais avant de les blâmer, il faudra éclaircir le ou les modes de transmission de la maladie, qui pourraient inclure les aérosols.

AJOUT (11h40) : Un autre texte intéressant sur le même thème, mais qui prend la question à l’inverse : pourquoi le patient du Texas qui a infecté son infirmière n’a-t-il donné la maladie à personne d’autre à part elle ? La question se pose, puisque il s’est passé plusieurs jours avant que l’on ne place l’homme en quarantaine et qu’il aurait même vomi sur un trottoir. Ce texte amène deux points, je crois : a) on n’en connaît pas encore très long sur la transmission d’Ebola ; et b) même si le virus a une possibilité théorique de voyager par la voie des airs, il ne semble pas particulièrement contagieux.

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