Sciences dessus dessous

Archive de la catégorie ‘Médecine’

Lundi 18 août 2014 | Mise en ligne à 10h42 | Commenter Commentaires (15)

Ebola, le virus qui volait…

Il y a un petit quelque chose qui cloche dans l’épidémie d’Ebola qui sévit actuellement en Afrique de l’Ouest. Un petit détail qui échappe à la plupart des reportages : avant cette année, la souche d’Ebola qui est en cause, dite «Zaïre», n’avait jamais été observée dans les pays touchés (Guinée d’abord, puis Liberia, Sierra Leone et maintenant Nigeria). En fait, on ne lui connaissait aucune éclosion hors de l’Afrique centrale (Gabon, Congo et RDC), à environ 2000 kilomètres de là. Pour un virus d’à peine plus d’une douzaine de microns de long, ça fait un sacré saut…

Jusqu'à cette année, les seuls pays où la souche «Zaïre» de l'Ebola avait été observée étaient ceux de l'Afrique centrale, très loin de la Guinée, où l'actuelle épidémie a débuté. (Image PLoS/Le Soleil)

Jusqu'à cette année, les seuls pays où la souche «Zaïre» de l'Ebola avait été observée étaient ceux de l'Afrique centrale, très loin de la Guinée, où l'actuelle épidémie a débuté. (Image PLoS/Le Soleil)

Alors qu’est-ce qui s’est passé ? Comment l’Ebola-Zaïre (une des cinq souches connues de la maladie, et la plus foudroyante) a-t-il fait tout ce chemin ? C’est bien difficile de le savoir, m’ont dit les infectiologues à qui j’ai posé la question pour mon dossier paru en fin de semaine dans Le Soleil. Et on ne le saura peut-être jamais, car les hypothèses que l’on a en ce moment ont toutes des «trous» assez importants. Résumons les principales…

1. Comme le virus est génétiquement très proche de ce qui circule en Afrique centrale, on se dit spontanément que c’est un humain qui a dû faire le voyage. C’est l’explication la plus simple, la plus logique — et ce ne serait pas une première, loin de là. Mais le problème est le suivant : en remontant la chaîne de contamination aussi loin qu’ils le pouvaient, des chercheurs ont conclu que le «ground zero» de l’épidémie était un petit village de la région de Guéckédou, en Guinée. Or, c’est là une bien petite ville (300 000 hab.) située dans le fin fond de l’arrière-pays guinéen, sans accès à la mer et où l’on ne peut se rendre que par des mauvaises routes. Alors il est vraiment invraisemblable qu’un Congolais/Gabonais ait parcouru 2000 bornes pour aller là — et qu’est-ce qui l’aurait bien amené dans cet endroit ?

2. Tout indique que le réservoir animal de l’Ebola est une ou des espèces de chauves-souris frugivores. On en trouve en Afrique de l’Ouest, où certains les chassent pour en consommer la viande. Il est donc possible que le virus ait été présent là depuis longtemps — d’autant plus que la proximité génétique du virus actuel avec la souche Zaïre a été contestée, m’a dit l’infectiologue de l’UL Marc Ouellette. C’est une avenue à explorer, mais alors, pourquoi n’aurait-on jamais vu la maladie dans cette région ? On peut penser qu’elle a déjà frappé, mais qu’elle a été confondue avec autre chose — une autre fièvre hémorragique aux symptômes semblables, la fièvre Lassa, est présente dans la région. Mais cela reste un gros point d’interrogation.

3. Troisième hypothèse, la migration du réservoir animal. Il y a des chauves-souris qui parcourent de grandes distances, on le sait, et cette avenue expliquerait à la fois le «bond» de 2000 km et la proximité génétique avec la souche Zaïre. Le hic, c’est qu’on ne connaît pas bien les routes migratoires des chauves-souris africaines ; en fait, on ignore toujours si le virus est présent sur les chauves-souris de Guinée. Et de toute manière, cela laisserait entière la question de l’ancienneté : si la Guinée se trouve sur la route des chauves-souris gabonaises ou congolaises, pourquoi n’y avait-on jamais vu d’Ebola avant ?

Bref, c’est vraiment tout un casse-tête. Plus de détails dans mon papier du week-end — et encore davantage dans ce fascinant éditorial publié dans le dernier numéro de la revue savante PLoS – Neglected Tropical Diseases.

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Jeudi 14 août 2014 | Mise en ligne à 11h24 | Commenter Commentaires (9)

Bactéries mangeuses de… cancer ?

Un des plus vieux principes de politique du monde stipule que les ennemis de nos ennemis sont nos amis. Simple et efficace : a) le gros Bill te vole tout le temps tes smarties ; b) le gros Bill casse aussi périodiquement la gueule du p’tit Joe, qui le déteste ; c) allie-toi avec le p’tit Joe pour apprendre à vivre au gros Bill. Maintenant, si l’on remplaçait le gros Bill par un cancer et le p’tit Joe par un paquet de bactéries, est-ce que l’alliance vous semblerait aussi naturelle ?

Eh bien vous ne devriez probablement pas faire la différence, selon une étude qui vient de paraître dans Science Translational Medicine. Dirigée par Nicholas J. Roberts et Shibin Zhou, de l’Université John Hopkins, l’expérience a consisté à injecter une espèce commune de bactéries qui vit dans le sol, Clostridium novyi, directement dans les tumeurs qu’avaient développées 16 chiens. Cette bactérie a besoin d’un milieu sans oxygène pour prospérer, et il s’avère que l’oxygène est justement rare dans les tumeurs.

Résultat : les tumeurs ont disparu ou diminué chez 6 des chiens et leur croissance a été stoppé chez 5 autres. Il semble que C. novyi sécrète une toxine (il s’agit d’ailleurs d’un pathogène) qui tuerait les cellules cancéreuses et que la colonie bactérienne se nourrisse des restes par la suite. À cause de son incapacité à survivre en présence d’oxygène, la bactérie n’a pas infecté ses hôtes, se tenant bien sagement dans les tumeurs. En outre, sa présence a stimulé le système immunitaire des chiens, ce qui a aidé à combattre le cancer.

Une patiente humaine a également reçu le traitement expérimental. La tumeur traitée à bien répondu, mais le cancer était déjà métastasé, ce qui l’a tuée. C’est d’ailleurs là un élément qui pourrait réduire l’utilité (éventuelle) du traitement, qui implique d’injecter des bactéries dans chaque tumeur. Mais il n’empêche que cela ravive une vieille avenue thérapeutique.

L’idée d’«embrigader» des bactéries pour combattre le cancer n’est en effet pas neuve. Un médecin américain du tournant du XXe siècle, William Coley, l’a essayé sur des patients il y a longtemps — non sans un certain succès, d’ailleurs, puisqu’on le considère comme le père de l’immunothérapie moderne. Mais il utilisait souvent des bactéries mortes et l’idée était alors d’inciter le système immunitaire à attaque les tumeurs, et non de faire faire le travail directement par les microbes.

À suivre, donc…

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Vendredi 8 août 2014 | Mise en ligne à 16h41 | Commenter Commentaires (12)

À garder en tête quand on parle d’Ebola…

Alors que les manchettes grosses comme ça se multiplient depuis des jours au sujet du virus Ebola et que l’OMS vient de déclarer qu’il s’agit d’une «urgence de santé publique mondiale», je m’en voudrais de ne pas partager avec vous un billet tout récent de l’excellente blogueuse américaine, Tara Smith (aussi prof d’épidémiologie à Kent State U),

L’idée n’est pas de diminuer la menace. Ebola a tué plus de 1000 personnes au cours de la présente éclosion, avec un taux de mortalité d’environ 90 % (du moins, pour la souche d’Ebola qui infecte tant de gens en ce moment). C’est un mal très, très sérieux. Mais il importe de garder les choses en perspective, écrit Mme Smith.

D’abord, note-t-elle, Ebola a tué environ 2400 personnes depuis sa première éclosion en 1976, sur un total d’environ 4000 infectés. Cela représente 64 décès par année pendant 38 ans. On peut dire, sans avoir vraiment tort, que c’est 64 morts de trop, mais il ne faut pas non plus oublier cela n’est presque rien comparé aux 600 000 morts par année (68 à l’heure) qu’emporte une autre maladie tropicale, la malaria, dont on ne parle à peu près jamais. En fait, illustre la chercheuse, la foudre tue probablement plus qu’Ebola.

En outre, il est faux de penser que cette fièvre hémorragique est toujours fatale. La souche (dite «du Zaïre») qui sévit actuellement est, certes, la plus virulente de toute, ayant fauché jusqu’à 90 % des infectés lors de certaines éclosions. Mais d’autres souches ont des taux de mortalité tournant autour de 25 % — ce qui, convenons-en, demeure très élevé.

Notons par ailleurs qu’une étude publiée cette semaine a montré que la transmission d’Ebola par l’air (qui rend d’autres virus, comme la grippe, si facilement contagieux) est improbable. Il faut un contact direct des muqueuses avec des fluides corporels infectés pour contracter la maladie, ce qui est plus rare.

Tant mieux si l’épidémie actuelle pique l’intérêt des médias et permet de faire connaître cette maladie, écrit Mme Smith. Mais «avec cet intérêt, malheureusement, est venu une certaine hystérie», déplore-t-elle.

L’épidémiologiste n’a nommé personne, mais bon, on a tous quelqu’un en tête

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