Sciences dessus dessous

Archive de la catégorie ‘Médecine’

Mardi 25 août 2015 | Mise en ligne à 11h24 | Commenter Commentaires (7)

Vers un vaccin universel contre la grippe ?

Alors ça, s’il s’avère que la découverte est applicable à l’espèce humaine, cela va ralentir le grisonnement des cheveux chez un grand nombre de décideurs en santé publique un peu partout dans le monde… Deux équipes de chercheurs ont, indépendamment l’une de l’autre, mis au point des vaccins contre la grippe qui confèrent une immunité au moins partielle contre toutes les souches d’influenza A, du moins chez les animaux. Leurs travaux ont été publiés simultanément hier, dans Nature Medicine et dans Science.

Quand notre système immunitaire se trouve en présence du virus de la grippe (ou des «morceaux» de virus qu’on lui présente dans les vaccins), il fabrique des anticorps qui s’attaquent à une protéine située à la surface de l’influenza, l’hémagglutinine, qui permet au virus d’entrer dans nos cellules. Il en prend alors le contrôle et les force à produire des copies de lui-même. Cependant, la partie de l’hémagglutinine qui est visée, la «tête», mute très rapidement, si bien qu’après quelques années, les anticorps ne fonctionnent plus — et une même souche d’influenza peut éventuellement nous réinfecter, bien que les symptômes sont alors généralement plus bénins.

C’est pour cette raison que les vaccins ne fonctionnent que contre certaines souches bien particulières de grippe, et qu’il faut deviner à l’avance quelles souches seront dominantes une année donnée pour les inclure dans le vaccin. On a des outils et des connaissances qui permettent généralement de bien prévoir à qui on aura affaire, mais les résultats ne sont jamais garantis, comme l’a montré l’échec de l’an dernier.

Maintenant, l’hémagglutinine comporte une partie moins facilement accessible pour le système immunitaire — la «tige» (stem, en anglais) —, mais qui ne mute pas, étant commune à toutes les souches de grippe. Si on parvenait à «entraîner» le corps humains pour que ses anticorps ciblent cette partie-là, on aurait ainsi une immunité «universelle».

Le hic, cependant, c’est que ça fait longtemps qu’on sait ça, et longtemps qu’on a appris que c’est plus facile à dire qu’à faire. Des travaux antérieurs avaient tenté de sectionner la tête de l’hémagglutinine afin de n’en présenter que la tige au système immunitaire, mais il s’est avéré que la protéine se défaisait complètement sans sa tête. Les deux équipes publiées hier sont parvenues dans un cas à stabiliser chimiquement ce bout de protéine, dans l’autre à inverser le sens de la protéine au complet (afin de présenter la tige en haut et la tête vers le bas), et dans les deux cas, les résultats se sont avérés très encourageants. Les souris des deux expériences ont montré une immunité très élevée ; une des équipes a aussi testé son vaccin sur des furets et a obtenu une protection partielle ; l’autre a fait de même sur des singes, avec des résultats comparables.

Reste maintenant à faire les essais cliniques sur des humains, ce qui prendra plusieurs années. On peut aussi penser qu’il faudra peaufiner tout cela afin d’améliorer l’immunité chez les primates, ce qui prendra aussi des années, vraisemblablement. Mais c’est certainement un pas important dans la bonne direction.

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Fascinante étude que celle qui vient de paraître dans les PNAS, montrant que les naissances prématurées peuvent être en partie prédites par la flore vaginale de la mère dans les premières semaines de grossesse. Comme démonstration du fait que les bactéries ne font pas que nous rendre malades, contrairement à la croyance généralisée, mais qu’on en a littéralement besoin pour vivre, on peut difficilement faire mieux.

Une équipe de l’université Stanford (principalement) menée par David Relman a analysé en détail la flore bactérienne en plusieurs endroits du corps (intestins, salive, dents et vagin) chez une cinquantaine de femmes enceintes, tout au long de leur grossesse, et un peu après. Ces communautés microbiennes se sont montrées très stables partout, sauf dans le tract vaginal, où la grossesse a amené des espèces du genre lactobacilles — des petites bêtes qui sécrètent de l’acide lactique lorsqu’elles se nourrissent, d’où leur nom — à s’imposer sur les autres pendant la grossesse.

C’était à prévoir, remarquez, car on connaissait déjà l’association grossesse-lactobacille. De mémoire (j’ai pris ça dans l’excellent ouvrage Good Germs, Bad Germs, de Jessica Snyder Sachs), c’est d’ailleurs un changement qui est «voulu» par le corps humain : les sécrétions vaginales des femmes enceintes changent de façon à favoriser ces bactéries particulières, dont l’abondance a alors pour effet d’acidifier beaucoup le milieu, ce qui empêche des pathogènes d’y prendre pied.

Jusqu’à présent, seulement deux études s’étaient penchées sur le lien possible entre la flore vaginale et l’issue de la grossesse : l’une avait trouvé que les flores les plus diversifiées menaient (statistiquement parlant) à des naissances prématurées, mais l’autre n’avait trouvé aucun lien entre les deux.

Les résultats de M. Relman et son équipe, cependant, penchent très clairement en faveur de la première possibilité. En prenant des échantillons à chaque semaine de grossesse, les chercheurs de Stanford ont en effet trouvé cinq catégories différentes de flore vaginales : quatre dominées par des lactobacilles, et une nettement plus diversifiée. Fait intéressant — et inédit —, il semble qu’une même femme peut changer de catégorie plusieurs fois au cours d’une même grossesse, mais comme le montre le graphique ci-contre, plus elle penche du côté de la diversité, plus elle court le risque d’accoucher avant terme.

Bref, pour paraphraser les ingénieurs qui tentent d’utiliser «le bon matériau au bon endroit», on entendra sûrement un jour (si ce n’est déjà fait) des médecins parler des «bonnes bactéries aux bons endroits et au bon moment».

L'état d'une communauté bactérienne (CST dans ce graphique, pour «community state type») peut avoir une grande incidence sur l'issue d'une grossesse. Une étude qui vient de paraître dans les PNAS a trouvé que les accouchements avant terme sont plus fréquents chez les femmes dont la flores vaginales est très diversifiée (graph de gauche et CST 4 dans le graph de droite). Image : PNAS/Relam et al.

L'état d'une communauté bactérienne (CST dans ce graphique, pour «community state type») peut avoir une grande incidence sur l'issue d'une grossesse. Une étude qui vient de paraître dans les PNAS a trouvé que les accouchements avant terme sont plus fréquents chez les femmes dont la flores vaginales est très diversifiée (graph de gauche et CST 4 dans le graph de droite). Image : PNAS/Relam et al.

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Jeudi 13 août 2015 | Mise en ligne à 12h05 | Commenter Commentaires (35)

Cannabis : la science s’invite dans la campagne

(Photo : archives La Presse)

(Photo : archives La Presse)

La publication, dit-on, n’a pas été sciemment synchronisée avec la campagne. Mais comme elle tombe tout de suite après les déclarations controversées dans lesquelles le chef conservateur Stephen Harper a réitéré sa position résolument contre la légalisation/décriminalisation de la marijuana, disons que le hasard fait bien les choses.

Un organisme basé à Toronto qui milite pour que les politiques publiques entourant les drogues tiennent davantage compte de la science, l’International Centre for Science in Drug Policy, a publié hier un rapport qui met 13 idées reçues sur la marijuana à l’épreuve des faits et des données. Ses auteurs, menés par l’épidémiologiste Dan Werb (aussi directeur de l’ICSDP), y résument ce que la littérature scientifique pertinente sur ces «mythes».

Certains d’entre eux, notons-le, s’avèrent de pas être des mythes — notamment l’idée que le pot est beaucoup plus fort de nos jours qu’il y a 30 ans. Mais comme le note ici le magazine MacLean’s, plusieurs des points soulevés par M. Harper ne sont pas soutenus par les évidences scientifiques. Le premier ministre sortant a par exemple déclaré que «je pense que les statistiques provenant d’endroits comme le Colorado (où le cannabis est vendu légalement depuis 2012, ndlr) sont très claires à cet égard, que quand vous vous engagez dans cette voie, la marijuana devient plus facilement accessible pour les enfants, plus de gens développent une dépendance à cette drogue, et les résultats sont négatifs».

Or selon le document de l’ICSDP, l’idée selon laquelle la légalisation mène à une consommation plus grande et/ou une accessibilité plus facile est peu ou pas appuyée par les données. Les auteurs signalent que depuis 1990, le prix de la mari a diminué (de 25 à 15 $ le gramme aux É-U) et sa force s’est accru, ce qui indique que l’offre a augmenté. Au cours de la même période, lit-on dans le rapport, la proportion de jeunes Américains en dernière année du secondaire estimant que le pot est «très» ou «assez facile à se procurer» est demeuré stable entre 80 et 90 %. En outre, le niveau de consommation aux États-Unis avant la légalisation (autour de 40 %) est plus élevé qu’aux Pays-Bas, où la mari est de facto légalisée depuis longtemps.

En outre, il est très difficile de voir un changement dans les tendances de consommation de la mari dans les pays qui ont libéralisé leurs lois récemment — ils sont plusieurs en Europe, bien que tous ne vont pas jusqu’à la légalisation pure et simple —, comme le montre le graphique ci-contre. Ajoutons que, comme je le notais cette semaine dans ce texte, les données provenant du Colorado indiquent une consommation stable de mari chez les ados entre 2005 et 2013, une période qui se trouve à cheval sur la légalisation (2012), bien que la séquence qui suit le changement est extrêmement courte.

Bref, une petite lecture éclairante sur un sujet électoral…

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