Sciences dessus dessous

Archive de la catégorie ‘Médecine’

Jeudi 8 janvier 2015 | Mise en ligne à 10h21 | Commenter Commentaires (2)

Ebola : pas de nouvelle, bonne nouvelle (ou presque)

L'inhumation des victimes de la fièvre Ebola se fait, dans l'ensemble, de manière beaucoup plus sécuritaire qu'il y a quelques mois, bien que l'OMS n'a pas encore atteint son objectif de 100 % de sépultures sécuritaires. (Photo : archives La Presse)

L'inhumation des victimes de la fièvre Ebola se fait, dans l'ensemble, de manière beaucoup plus sécuritaire qu'il y a quelques mois, bien que l'OMS n'a pas encore atteint son objectif de 100 % de sépultures sécuritaires. (Photo : archives La Presse)

En règle générale, on peut savoir avec un bon degré de certitude qu’une crise est en train de se résorber quand les médias commencent à s’en désintéresser. Alors voilà : hier, l’Organisation mondiale de la santé a publié sa dernière mise à jour de la transmission d’Ebola en Afrique de l’Ouest et… Eh bien, personne n’en a parlé. Et c’est un peu dommage, parce que même si les statistiques ne sont pas aussi spectaculaires qu’à l’automne, cela reste de l’information importante et pertinente, que l’on devrait donner au complet, jusqu’au bout de la crise.

Alors par acquis de conscience, je vais le faire : dans l’ensemble, les nouvelles sont plutôt encourageantes. On n’est pas encore sorti de l’auberge, loin de là, mais la première ligne de soin sur le terrain est mieux équipée qu’avant — on a désormais assez de lits pour tous les malades, même s’ils ne sont pas toujours bien répartis géographiquement, chaque pays a ce qu’il faut pour enterrer ses morts de manière sécuritaire, le suivi des proches des malades s’est grandement amélioré, etc. —, si bien que le nombre de nouveaux cas confirmés redescend progressivement. Il y en a tout de même eu 1314 au total au cours des 21 derniers jours en Guinée, au Liberia et en Sierra Leone, ce qui n’est pas mince, mais cela reste un net progrès, comme le montrent les rapports précédents (je reproduis ici seulement les données aux 7 jours, il serait inutilement long de tout retranscrire) :

  • - 31 décembre : 1417 nouveaux cas
  • - 24 décembre : 1488
  • - 17 décembre : 1695
  • - 10 décembre : 3187
  • - 3 décembre : 2039
  • - 26 novembre : 1339

En fait, rapporte ici le New Scientist, dans certaines régions, les équipes médicales qui doivent tester les traitements/vaccins anti-Ebola peinent à trouver suffisamment de cas pour mener leurs essais cliniques. Mais bon, convenons que c’est un bon problème à avoir…

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Lundi 5 janvier 2015 | Mise en ligne à 11h45 | Commenter Commentaires (27)

La chance, la poisse et le cancer

La «nouvelle», si le terme convient vraiment, a fait beaucoup de bruit ces derniers jours : selon une étude publiée dans la prestigieuse revue Science, ou du moins selon les articles de presse à son sujet, les deux tiers des cas de cancer s’expliqueraient simplement par de la «malchance», et non par la génétique, l’environnement et/ou de mauvaises habitudes de vie. Pratiquement tous les médias du Québec l’ont reprise et, à un moment de l’année où l’abus des bonnes choses est une routine, une manchette aussi déculpabilisante que celle-là a eu un retentissement bien prévisible sur les réseaux sociaux, où l’on ne compte plus les «je le savais, c’est juste de la chance». Mais… Mais…

Mais il y a un petit problème, ici. Un menu détail. Un léger quiproquo : l’étude en question ne démontre pas que les deux tiers des cas de cancer sont dû au hasard. Mais alors là, pas du tout. Le travail, réalisé par le généticien Bert Vogelstein et le mathématicien Cristian Tomasetti, de l’Université Hopkins, est extrêmement intéressant, mais il y a malheureusement des subtilités du jargon statistique qui semblent avoir échappé à la machine médiatique.

Le duo d’auteurs part d’un principe bien connu. Le cancer est causé par des mutations dans l’ADN de nos cellules. Or lorsque nos cellules se divisent, il arrive (rarement, mais quand même) que des erreurs soient commises dans la retranscription dudit ADN, ce qui provoque des mutations. Cela donne donc des tumeurs qui ne sont dues ni à la génétique, ni à des facteurs environnementaux comme la pollution ou la cigarette, mais simplement à une forme de malchance, une sorte de risque de cancer «de base» qui serait inhérent à tous les animaux dont les cellules se multiplient.

Pour étudier le phénomène, MM. Vogelstein et Tomasetti ont donc épluché la littérature scientifique afin de calculer des risques de cancer pour 31 organes différents — l’idée étant ici que nos cellules ne se divisent pas au même rythme dans tous les organes. Et ils ont trouvé, comme ils s’y attendaient, que les organes dont les cellules se divisent rapidement sont plus souvent le siège de tumeurs que les autres. La corrélation est même très, très forte, avec un coefficient de 0,81 — une valeur de 0 indique une absence de corrélation, alors qu’une valeur de 1 (ou de –1, je vous épargne les détails) montre que deux variables «bougent» ensemble de manière systématique. Et en faisant le carré de ce coefficient, l’on obtient un autre coefficient, «de détermination» celui-là, qui indique la part de la variation qui peut s’expliquer par une variable. Dans le cas qui nous intéresse, on a 0,812 = 0,66. C’est de là que vient le ratio des «deux tiers» dont on parle ici.

Mais ce qu’il importe de noter, en tout ceci, c’est que la «part de la variation» ne doit pas être confondue avec la part du risque total. Comme l’explique ici le biostatisticien anglais Ben O’Hara, une variable peut expliquer une grande partie de la variation sans dire grand-chose sur le risque absolu. Par exemple, si le risque de tumeur varie d’un organe à l’autre entre, disons 0,01 et 1 %, alors la «part de la variation» peut, certes, être une donnée absolument fondamentale. Mais si le risque fluctue entre 80 et 81 %, alors franchement, on s’en fout pas mal : une variable peut bien expliquer les deux tiers de la différence entre un risque de 80 % et un risque de 81 %, c’est vraiment ce qui se passe de 0 à 79,9 % qui nous intéresse.

Les chiffres que je donne ici sont fictifs et caricaturaux, mais ils font ressortir ce que MM. Vogelstein et Tomasetti ont vraiment étudié : la variation, pas le risque absolu. En outre, il faut aussi vraiment souligner à grands traits que ce sont des organes que l’on compare ici, et non les situations (génétique défavorable, pollution, tabagisme, alcool, etc) dans lesquelles se trouvent ou non les organes.

Alors ce qu’ont trouvé les chercheurs de Hopkins demeure bien intéressant pour documenter le risque de base que nous avons de développer un cancer par le seul fait que nos cellules se divisent, mais cela n’enlève rien au fait que la cigarette multiplie par 15 à 30 le risque absolu de cancer du poumon, que l’abus d’alcool accroît le risque absolu de développer plusieurs types de cancer, que 70 % des cancers cervicaux sont causés par le virus du papillome humain, et ainsi de suite.

Désolé…

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Lundi 15 décembre 2014 | Mise en ligne à 9h23 | Commenter Commentaires (26)

Lendemain-de-brossologie 101

Une cuillerée d’huile avant d’aller au party ? Ou un grand verre d’eau en revenant ? Avec Noël qui approche, la saison des soirées arrosées bat son plein, et c’est aussi le temps de l’année où l’on entend le plus de trucs de grands-mère pour éviter de se réveiller avec la gueule de bois. Mais lesquels fonctionnent ? Et pourquoi ? Les a-t-on jamais testés scientifiquement ?

C’est ce que j’ai tenté de savoir en documentant ce dossier paru pendant le week-end dans Le Soleil. Je vous laisse le lire en détails mais, pour résumer, il en ressort deux choses. D’abord, la «lendemain-de-brossologie» est une discipline encore toute neuve. On ne connaît pas encore tous les facteurs à l’œuvre, et la science n’a pas encore eu le temps de faire des «essais cliniques» avec tous les remèdes populaires. Mais il est désormais clair que l’on a affaire à un phénomène beaucoup plus complexe que ce que l’on a déjà cru : non, la gueule de bois n’est pas seulement, ni même principalement, causée par la déshydratation de l’organisme. Ce n’est là qu’une facette, parmi d’autres, de la chose.

Et deuxièmement, il s’ensuit qu’il n’existe pas remède miracle. Le fameux grand verre d’eau avant de se coucher peut aider, mais il ne soulage nécessairement qu’une partie des symptômes du lendemain de cuite — bouche sèche, peut-être les maux de tête jusqu’à un certain point. Les autres symptômes, comme les nausées et une certaine léthargie, par exemple, sont causés par d’autres facteurs qui n’ont rien à voir avec l’eau que vous buvez ou non. (D’ailleurs, le degré de déshydratation a été mesuré scientifiquement de plusieurs manières et n’est que faiblement corrélé à la sévérité de la gueule de bois.)

Bref, j’ai bien peur que vous deviez continuer d’expier vos péchés à chaque fois que vous abuserez des bonnes choses…

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