Sciences dessus dessous

Archive de la catégorie ‘Médecine’

Lundi 15 décembre 2014 | Mise en ligne à 9h23 | Commenter Commentaires (25)

Lendemain-de-brossologie 101

Une cuillerée d’huile avant d’aller au party ? Ou un grand verre d’eau en revenant ? Avec Noël qui approche, la saison des soirées arrosées bat son plein, et c’est aussi le temps de l’année où l’on entend le plus de trucs de grands-mère pour éviter de se réveiller avec la gueule de bois. Mais lesquels fonctionnent ? Et pourquoi ? Les a-t-on jamais testés scientifiquement ?

C’est ce que j’ai tenté de savoir en documentant ce dossier paru pendant le week-end dans Le Soleil. Je vous laisse le lire en détails mais, pour résumer, il en ressort deux choses. D’abord, la «lendemain-de-brossologie» est une discipline encore toute neuve. On ne connaît pas encore tous les facteurs à l’œuvre, et la science n’a pas encore eu le temps de faire des «essais cliniques» avec tous les remèdes populaires. Mais il est désormais clair que l’on a affaire à un phénomène beaucoup plus complexe que ce que l’on a déjà cru : non, la gueule de bois n’est pas seulement, ni même principalement, causée par la déshydratation de l’organisme. Ce n’est là qu’une facette, parmi d’autres, de la chose.

Et deuxièmement, il s’ensuit qu’il n’existe pas remède miracle. Le fameux grand verre d’eau avant de se coucher peut aider, mais il ne soulage nécessairement qu’une partie des symptômes du lendemain de cuite — bouche sèche, peut-être les maux de tête jusqu’à un certain point. Les autres symptômes, comme les nausées et une certaine léthargie, par exemple, sont causés par d’autres facteurs qui n’ont rien à voir avec l’eau que vous buvez ou non. (D’ailleurs, le degré de déshydratation a été mesuré scientifiquement de plusieurs manières et n’est que faiblement corrélé à la sévérité de la gueule de bois.)

Bref, j’ai bien peur que vous deviez continuer d’expier vos péchés à chaque fois que vous abuserez des bonnes choses…

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Jeudi 4 décembre 2014 | Mise en ligne à 15h35 | Commenter Commentaires (16)

Le Far-West des antibiotiques

Un peu avant Pâques, cette année, une petite fille de 18 mois s’est coincé le petit doigt dans une porte du quartier Limoilou, à Québec. Sur le coup, bien sûr, le drame fut monumental — cris, pleurs, etc. Mais en réalité, elle n’avait qu’une plaie minuscule, un petit rien du tout, à peine 2 ou 3 mm de côté et certainement moins que cela en profondeur. La plaie s’est un peu infectée, certes, mais rien d’exceptionnel : une petite rougeur autour de la gale, sans plus. Un bobo d’enfant ultra banal, quoi, de ceux qui surviennent par milliers et qu’on oublie aussitôt.

Dans les jours qui suivent, la petite devient maussade, gracieuseté d’une bonne fièvre que les parents mettent a priori sur le compte du flot ininterrompu de microbes que les enfants ramassent à leur première année de garderie. Encore deux ou trois jours passent, cependant, et non seulement la fièvre persiste, mais la petite se raidit de douleur quand ses parents la prennent dans leurs bras. Peu après une grosse bosse apparaît sous son aisselle. Et les parents, bien sûr, se précipitent alors à l’urgence la plus proche.

Diagnostic : infection au staphylocoque dans un ganglion de l’aisselle. Du même côté que l’auriculaire égratigné, qui est le seul bobo qu’elle s’est infligé au cours de cette période. Heureusement, la bactérie a bien répondu aux antibiotiques, et la petite n’a jamais été vraiment en danger. Mais comme l’abcès était profond, il a fallu une chirurgie en bonne et due forme pour le crever, et la petite bonne-femme est restée une semaine à l’hôpital.

Une semaine d’hosto pour ce qui était, au départ, d’un bobo totalement insignifiant…

*****

Dans nos sociétés modernes où la mort n’est qu’une arrière-pensée théorique jusqu’à l’âge de 80 ans, ou presque, il est très difficile de s’imaginer à quoi ressemble un monde sans antibiotiques. Très difficile de se figurer qu’une vulgaire éraflure peut mettre la vie en danger, même si l’OMS avertissait pas plus tard que le printemps dernier que «loin d’être de la science-fiction apocalyptique, une ère post-antibiotiques, dans laquelle des infections banales et des blessures mineures peuvent tuer, est au contraire une possibilité très réelle pour le XXIe siècle.»

Et c’est peut-être un réflexe de père-poule — car oui, bien sûr, c’est de ma fille dont je parle ci-haut — mais je ne peux m’empêcher d’avoir froid dans le dos à la lecture de cet article du New York Times, qui détaille le terrible alignement des planètes qui prévaut en Inde. Le sous-continent, vraiment, y a toutes les allures d’un Far West des antibiotiques.

Là-bas, une grande partie de la population vit dans des conditions de salubrité déplorables, qui viennent bien sûr avec la pauvreté de l’endroit. Forcément, quand la moitié des gens n’ont pas accès à l’eau courante et doivent par conséquent déféquer dehors, et quand l’eau de ceux qui ont la chance d’avoir des toilettes est rejetée telle quelle dans les rivières, cela fait baigner plus ou moins tout le monde dans une grande soupe bactérienne.

Mais au surplus, les antibios sont disponibles en vente libre en Inde, sans ordonnance ; et, comme les infections sont fréquentes à cause de ladite soupe microbienne, ils sont très utilisés. L’élevage en fait elle aussi un usage grandissant, et ce qui devait arriver est en train de se produire : les bactéries développent des résistances à vitesse grand V. On doit alors se tourner alors vers d’autres classes d’antibiotiques, puis d’autres, et d’autres encore, jusqu’à ce que plus rien, ou presque, ne fonctionne.

À ce jour, il semble qu’environ 70 % des infections qui affectent les nouveaux-nés en Inde sont immunisés à plusieurs classes d’antibiotiques. Au point où les autorités médicales indiennes craignent que le taux de mortalité des nouveaux-nés du pays, élevé mais tout de même en baisse depuis des années, ne recommence à augmenter.

* * * * *

Cela vous semble un peu loin, l’Inde ? Voire à des années-lumière de la situation d’un pays comme le Canada ? Vous n’avez pas vraiment tort. Il est vrai que les antibiotiques ne sont pas en vente libre ici, ce qui est une excellente chose. Il est aussi vrai que les souches multirésistantes sont beaucoup plus rares ici qu’en Inde et que nos hôpitaux sont nettement mieux outillés. Mais les bactéries voyagent. Des gènes de résistances apparus en Inde ont été détectés dans plusieurs pays d’Occident.

Et il n’y a pas que l’Inde qui est en cause : la résistance progresse ici aussi, nous utilisons nous aussi des tonnes d’antibiotiques dans l’élevage, nous ne suivons malheureusement pas mieux que les autres les posologies (les traitements d’antibiotiques qui ne sont pas suivis jusqu’à la fin contribuent à la résistance), et il y a longtemps qu’on a mis sur le marché une nouvelle classe d’antibiotiques. Il faut donc s’arranger pour que ce que nous avons demeure efficace.

Comme le dit la microbiologiste américaine Tara Smith (Kent State), «un antibiotique mal utilisé quelque part est une menace pour les antibiotiques partout».

Correction : une version précédente de ce texte avançait qu’il n’y avait aucune nouvelle classe d’antibiotique dans les cartons de la communauté scientifique actuellement. C’est faux, il y en a, mais disons qu’elles ne sont pas légion, pour la plupart pas proches d’être mises en marché et qu’il en faut pas compter dessus pour éviter la crise…

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Mardi 18 novembre 2014 | Mise en ligne à 11h37 | Commenter Commentaires (60)

Plus beaucoup d’endroits où se cacher pour le «gène gay»

Une étude parue hier, l’une des plus ambitieuses à ce jour à fouiller la question de savoir si l’homosexualité a une base génétique, a trouvé deux régions du génome humain associées à l’orientation sexuelle chez un échantillon de 409 paires de frères gays. Il ne reste plus beaucoup d’endroits où se cacher pour le «gène gay» — s’il existe, bien sûr…

La question taraude la science depuis longtemps. Il semble clair que l’environnement joue un rôle important dans le développement de l’orientation sexuelle, mais quelques études antérieures ont tout de même dévoilé des signes assez nets d’une composante génétique à l’homosexualité — par exemple, celle-ci a trouvé que chez les jumeaux identiques, lorsque l’un est homosexuel, l’autre l’est également dans 66 % des cas, contre seulement 30 % chez les jumeaux non-identiques —, mais la plupart ne s’appuyaient que sur de très petits échantillons, et personne n’a encore identifié de gènes en particulier.

Des travaux remontant à une vingtaine d’années suggéraient qu’une zone du chromosome X — rappelons que la 23e paires de chromosomes humains est composée soit de deux X, ce qui donne des filles, soit d’un X et d’un Y, ce qui donne des garçons —, nommée Xq28, semblait associée à l’homosexualité chez les hommes. Mais d’autres études du même genre avaient échoué à reproduire ces résultats et, dans tous les cas, les échantillons se limitaient à quelques dizaines de cas.

Mais l’étude parue hier dans Psychological Medicine, dirigée par le psychologue Michael Bailey, de l’Université Northwestern, et Alan Sanders, du NorthShore University HealthSystem Research Institute, ramène ce fameux Xq28 au devant de la scène — ainsi qu’une autre région du génome, sur le chromosome 8. Dans leur groupe de 409 paires fraternelles, toutes deux sont liées à l’homosexualité.

Il faut noter ici que, probablement parce que l’échantillonnage s’est étiré sur plusieurs années, la méthodologie employée par Sanders et al. n’est plus très en vogue, ayant été remplacée par d’autres techniques plus performantes, lit-on dans ce compte-rendu paru sur le site de Science. Mais un suivi se servant de ces nouvelles méthodes est en préparation, et les auteurs ont bon espoir de voir leurs résultats confirmés.

En outre, cette étude est intéressante parce qu’elle amène un possible éclairage à un paradoxe qui transcende tout ce champ d’étude. S’il y a bien un gène qui prédispose — et insistons là-dessus : «prédisposer» ne signifie pas que tous les porteurs du gène deviennent gays, le milieu joue pour beaucoup — à l’homosexualité, comment se fait-il qu’il n’ait pas été éliminé par la sélection naturelle/sexuelle ? Comment un gène qui diminue, voire anéantit les chances de se reproduire peut-il se transmettre de génération en génération pendant des dizaines de milliers d’années ?

Plusieurs hypothèses ont été avancées. D’aucuns suggèrent que, puisque les enfants humains demandent un lourd investissement parental, le fait de «libérer» des grands frères ou des oncles gays leur permettraient d’aider leur parenté à élever leurs ribambelles. D’autres avancent qu’il s’agirait plutôt d’un phénomène de transmission épigénétique, qui n’aurait pas de fonction particulière.

Et d’autres encore affirment que cela pourrait être l’effet collatéral d’une variante d’un gène qui rend les femmes plus fécondes (ce qui annulerait l’effet «pénalisant», d’un point de vue évolutif, de l’homosexualité) ; en tout cas des chercheurs ont déjà trouvé que, dans les familles comptant plusieurs gays, les femmes ont en moyenne plus d’enfants que les autres. Dans un tel cas, il pourrait faire du sens que le ou un des «gènes gays» se trouve sur le chromosome X, le «chromosome féminin», comme le suggère l’étude d’hier.

Enfin, notons pour finir (et pour ajouter une autre épaisseur de complexité à cette question) que ces hypothèses n’expliquent en rien l’homosexualité féminine…

P.S. Je m’en voudrais de passer sous silence la lettre ouverte d’un des «frangins» de l’étude d’hier, le médecin américain Chad Zawitz, parue dans le New Scientist. Le texte m’a semblé particulièrement intéressant parce qu’il aborde la question des conséquences socio-politiques qu’aurait la découverte d’un gène gay et illustre l’espèce de cul-de-sac dans lequel les l’homophobie maintient les gays et lesbiennes : s’il y a bien un gène de l’homosexualité, il s’en trouvera pour dire qu’il s’agit d’une maladie ; s’il n’y a pas de gène gay, alors les mêmes gens diront que l’homosexualité est un «choix de vie» qui est «corrigible».

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