Sciences dessus dessous

Archive de la catégorie ‘Innovation et technologies’

Graphique : Quoctrung Bui/NPR

Graphique : Quoctrung Bui/NPR

Parlez-moi d’une belle énigme… Comme les femmes étaient très peu présentes dans les universités il y a 50 ou 60 ans, on se dit qu’elles n’ont, forcément, jamais été plus présentes dans les programmes d’informatique qu’elles le sont maintenant — même si ça reste évidemment très bas, sous les 10 %. Et pourtant, un fascinant graphique publié par la radio publique américaine montre que c’est faux : jusqu’en 1984 environ, la proportion de femmes en informatique augmentait petit à petit, au même rythme que la présence des femmes dans d’autres domaines universitaires comme la médecine, dépassant même les 35 %. Ce n’est que par la suite qu’elles se sont détournées des ordinateurs. Et allez savoir ce qui a bien pu se passer en 1984…

A priori, lorsque l’on observe ce genre de tendance aux États-Unis, on les voit également au nord de la frontière. Et les quelques données que j’ai pu glaner ici et là suggèrent que c’est bel et bien le cas. En 1971, la première cohorte de diplômés en informatique de l’UdeM comptait 10 finissantes sur un total de 45 ; cette proportion de 22 % est plus du double des quelque 9 % de femmes qui étudient de nos jours en informatique à la Poly et à l’UQAM. Et selon Statistique Canada, le domaine «mathématiques, informatique et sciences de l’information» (qui déborde pas mal des ordis, remarquez) s’est masculinisé entre 1992 et 2007, la proportion de femmes y baissant de 35 à 30 %.

Alors qu’est-il donc arrivé en cette année fatidique de 1984 ? Un changement dans les méthodes de traitement des eaux ? Astres en conjonction ? Autre chose ?

Un bref coup d’œil aux archives du Billboard montre que l’auditoire des radios commerciales a vécu de sales moments, cette année-là, et que les dépressions devaient être fréquentes chez les mélomanes (encore qu’en cherchant un peu, les pauvres pouvaient aussi trouver bien du réconfort)…

Non, plus sérieusement, l’hypothèse avancée par NPR est que c’est à peu près à cette époque que les ordinateurs personnels se sont démocratisés, qu’ils ont commencé leur entrée à grande échelle chez Monsieur et Madame Tout-le-Monde. C’est l’année où furent lancés le populaire Tandy-1000, le non moins vendeur MacIntosh et (oh ! souvenir…) la disquette 3,5 pouces. Or chez ces mêmes Monsieur et Madame Tout-le-Monde, l’ordinateur était vu comme une affaire d’homme ou comme un jouet pour garçon, puisque les jeux électroniques se sont répandus en même temps — et Dieu sait que le gaming est encore un univers masculin.

Les filles ayant eu moins d’occasions et de temps qu’eux pour se familiariser avec l’ordinateur, elles n’auraient pas pu développer le même intérêt pour l’informatique et/ou se seraient trouvées désavantagées à leur arrivée à l’université.

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On est encore très loin du célèbre Al, l'ordinateur de bord dans «2001, odyssée de l'espace».

On est encore très loin du célèbre HAL, l'ordinateur de bord dans «2001, odyssée de l'espace».

Un duo d’informaticiens d’Europe de l’Est a mis le petit monde de l’intelligence artificielle en émoi, ce week-end, quand il a été annoncé (par l’Université de Reading, au Royaume Uni) qu’ils avaient mis au point un programme capable de passer le «test de Turing», une sorte d’épreuve quasi mythique qui consiste à rendre un ordinateur suffisamment apte à la conversation pour que des humains croient qu’ils ont affaire à une personne en chair et en os.

Le communiqué de presse parle de «jalon dans l’histoire de l’informatique» et de «signal d’alarme pour la cybercriminalité». Mais pas mal de gens se montrent sceptiques…

Imaginé dans les années 50 par le célèbre mathématicien anglais Alan Turing (souvent décrit comme le «père de l’informatique»), le test de Turing consiste à faire «discuter» des humains avec un ordinateur pendant 5 minutes par écrit et à berner au moins 30 % d’entre eux. Dans ce cas-ci, les programmeurs Vladimir Veselov et Eugene Demchenko ont créé un personnage virtuel nommé Eugène, un faux garçon de 13 ans vivant en Ukraine. Samedi, la Société royale a fait clavarder 30 juges avec cet Eugène fictif et avec un humain véritable pendant 5 minutes. Le test a été répété cinq fois par juge, et à chaque fois le juge devait dire lequel de ses deux interlocuteurs était un Homo sapiens.

Eugène ayant trompé les juges 33 % du temps, les arbitres indépendants (puisqu’il y en avait) ont conclu que le test de Turing avait été passé avec succès pour la première fois de l’histoire.

D’aucuns, depuis, font valoir que le fameux test aurait déjà été réussi en 1991 et en 2011. Le communiqué de Reading reconnaît que d’autres essais ont été tenté et auraient surpassé la barre des 30 %, mais on comprend du texte que les «conversations» virtuelles d’alors étaient beaucoup plus encadrées, moins libres que celles qu’Eugène a eues samedi dernier. J’ignore si c’est le cas, mais cela pourrait effectivement être un point très pertinent — si la conversation implique des choix de réponses, par exemple, il devient beaucoup plus facile d’imiter un humain.

Mais quoi qu’il en soit, il me semble qu’il y a quelques détails dans cette histoire qui amoindrissent pas mal la portée de cet accomplissement (qui demeure grand, on s’entend) :

– Il y a deux ans, ce même Eugène avait passé exactement le même test, mais avait alors échoué. Oh, de très peu, il faut le dire, à 29 %. Mais il me semble que si l’on peut tenter, retenter et re-retenter sa chance, alors le fait de réussir grâce à ce qui est manifestement une fluctuation aléatoire d’un test à l’autre n’est pas particulièrement glorieux.

– Plus fondamentalement, renotent le mathématicien français Jean-Paul Delahaye et le New Scientist, l’invention d’un personnage ukrainien de 13 ans qui doit s’exprimer dans une langue qui n’est pas la sienne, l’anglais, tient de l’entourloupe. Les juges, sachant qu’ils ont affaire à un tel «interlocuteur», peuvent en effet avoir été moins alertes à des fautes de langage ou des répliques un peu bizarres qui leur auraient autrement mis la puce (pardon pour le jeu de mot) à l’oreille.

– Les deux mêmes sources soulignent qu’il ne s’agit pas d’un test d’intelligence, contrairement à ce que l’on entend parfois. À l’origine, Turing voulait répondre à la question de savoir si un ordinateur peut «penser» (d’où, peut-être, le statut prestigieux du test) ; mais comme la notion de pensée est difficile à définir, il a opté pour un test de conversation. Il s’agit donc plus d’une épreuve d’imitation que d’intelligence.

– On me corrigera si je me trompe, mais il m’apparaît par ailleurs que ces critiques, si doctes et fondées soient-elles, manquent un autre aspect un peu «mou» du test de Turing : les changements culturels. Est-ce que les juges de 1991 avaient les mêmes critères que ceux d’aujourd’hui ? Je ne dis pas qu’ils étaient meilleurs ou pires pour «flairer» le virtuel, mais quand on voit l’omniprésence de l’informatique dans nos vies aujourd’hui, présence qui n’a absolument rien à voir avec la situation qui prévalait il y a 20 ans, la question se pose. Quand on constate les progrès énormes qu’a fait l’intelligence artificielle dans les jeux vidéos ces dernières années, la question se pose encore plus, il me semble. Qu’en dites-vous ?

AJOUT (11h45) : Voir aussi ce billet sur le blogue de M. Delahaye. Il y explique notamment l’origine purement anecdotique du cap des 30 % — et pourquoi le seuil fixé par Alan Turing était plutôt de 50 %.

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Lundi 28 octobre 2013 | Mise en ligne à 10h56 | Commenter Commentaires (13)

L’algorithme qui menace vos transactions en ligne (ou pas)

Quiconque s’est déjà approché à moins d’un mètre d’un ordinateur au cours des 10 dernières années connaît les CAPTCHAs, ces images montrant des lettres et des chiffres très déformés que l’utilisateur doit identifier correctement pour prouver qu’il est un être humain, et non un ordinateur. Il s’agit d’un des systèmes de sécurité les plus importants d’Internet, mais une petite compagnie d’informatique de San Francisco, Vicarious, a annoncé hier qu’elle était parvenue à le craquer.

captchaLes CAPTCHAs reposent sur le fait simple que le cerveau humain fonctionne très différemment de l’«intelligence artificielle», et que celle-ci a énormément de mal à imiter la façon qu’a le cerveau d’appréhender et d’interpréter le monde. C’est pour cette raison que, si nous n’avons aucun mal à reconnaître les mots «overlooks» et «inquiry» dans l’exemple ci-contre, cette tâche s’était avérée jusqu’à maintenant impossible pour un ordinateur.

Vicarious prétend avoir réussi à le faire, d’après ce qu’on comprend, en mettant au point un programme qui imite des réseaux de neurones — d’ailleurs baptisé Recursive Cortical Network. Cependant, l’entreprise n’a divulgué aucun détail sur son invention.

Si l’algorithme vient bel et bien à bout des CAPTCHAs, ce secret est une excellente chose, comme le souligne ce compte-rendu de Science, puisque le publier avant d’avoir mis au point un système de sécurité alternatif pourrait avoir des conséquences catastrophiques. Mais voilà, Vicarious n’est a priori que le dernier d’une longue, longue liste de programmeurs clamant (faussement) avoir vaincu les CAPTCHAs. Comme l’explique Science, il est facile de créer un programme qui «redéforme» des symboles et/ou enlève des points ou des hachures jusqu’à ce qu’il reconnaisse un mot ou des lettres. Mais ces «solutions» ne peuvent corriger que un ou quelques types bien précis de déformation et sont donc facilement contournables.

Vicarious prétend pour sa part avoir trouvé une solution générale aux CAPTCHAs, ce qui représenterait une formidable avancée en reconnaissance de l’image. On ne pourra pas le savoir avant que Vicarious ait accepté de soumettre son algorithme à une vérification externe, mais le journaliste de Science John Bohannon reconnaît une «crédibilité» aux chercheurs qui travaillent dans cette boîte et a testé leur travail en leur envoyant trois CAPTCHAs à décrypter.

Le Recursive Cortical Network n’en a craqué qu’un seul, mais il faut dire qu’un des deux autres étaient en cyrillique — ce qui revenait un peu à «tricher» de la part du testeur. Mentionnons également que le CAPTCHA déchiffré en était un tout ce qu’il y a de plus authentique, produit par les serveurs du géant de la transaction internet PayPal. Ce qui n’a rien de rassurant…

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