Sciences dessus dessous

Archive de la catégorie ‘Innovation et technologies’

On est encore très loin du célèbre Al, l'ordinateur de bord dans «2001, odyssée de l'espace».

On est encore très loin du célèbre HAL, l'ordinateur de bord dans «2001, odyssée de l'espace».

Un duo d’informaticiens d’Europe de l’Est a mis le petit monde de l’intelligence artificielle en émoi, ce week-end, quand il a été annoncé (par l’Université de Reading, au Royaume Uni) qu’ils avaient mis au point un programme capable de passer le «test de Turing», une sorte d’épreuve quasi mythique qui consiste à rendre un ordinateur suffisamment apte à la conversation pour que des humains croient qu’ils ont affaire à une personne en chair et en os.

Le communiqué de presse parle de «jalon dans l’histoire de l’informatique» et de «signal d’alarme pour la cybercriminalité». Mais pas mal de gens se montrent sceptiques…

Imaginé dans les années 50 par le célèbre mathématicien anglais Alan Turing (souvent décrit comme le «père de l’informatique»), le test de Turing consiste à faire «discuter» des humains avec un ordinateur pendant 5 minutes par écrit et à berner au moins 30 % d’entre eux. Dans ce cas-ci, les programmeurs Vladimir Veselov et Eugene Demchenko ont créé un personnage virtuel nommé Eugène, un faux garçon de 13 ans vivant en Ukraine. Samedi, la Société royale a fait clavarder 30 juges avec cet Eugène fictif et avec un humain véritable pendant 5 minutes. Le test a été répété cinq fois par juge, et à chaque fois le juge devait dire lequel de ses deux interlocuteurs était un Homo sapiens.

Eugène ayant trompé les juges 33 % du temps, les arbitres indépendants (puisqu’il y en avait) ont conclu que le test de Turing avait été passé avec succès pour la première fois de l’histoire.

D’aucuns, depuis, font valoir que le fameux test aurait déjà été réussi en 1991 et en 2011. Le communiqué de Reading reconnaît que d’autres essais ont été tenté et auraient surpassé la barre des 30 %, mais on comprend du texte que les «conversations» virtuelles d’alors étaient beaucoup plus encadrées, moins libres que celles qu’Eugène a eues samedi dernier. J’ignore si c’est le cas, mais cela pourrait effectivement être un point très pertinent — si la conversation implique des choix de réponses, par exemple, il devient beaucoup plus facile d’imiter un humain.

Mais quoi qu’il en soit, il me semble qu’il y a quelques détails dans cette histoire qui amoindrissent pas mal la portée de cet accomplissement (qui demeure grand, on s’entend) :

– Il y a deux ans, ce même Eugène avait passé exactement le même test, mais avait alors échoué. Oh, de très peu, il faut le dire, à 29 %. Mais il me semble que si l’on peut tenter, retenter et re-retenter sa chance, alors le fait de réussir grâce à ce qui est manifestement une fluctuation aléatoire d’un test à l’autre n’est pas particulièrement glorieux.

– Plus fondamentalement, renotent le mathématicien français Jean-Paul Delahaye et le New Scientist, l’invention d’un personnage ukrainien de 13 ans qui doit s’exprimer dans une langue qui n’est pas la sienne, l’anglais, tient de l’entourloupe. Les juges, sachant qu’ils ont affaire à un tel «interlocuteur», peuvent en effet avoir été moins alertes à des fautes de langage ou des répliques un peu bizarres qui leur auraient autrement mis la puce (pardon pour le jeu de mot) à l’oreille.

– Les deux mêmes sources soulignent qu’il ne s’agit pas d’un test d’intelligence, contrairement à ce que l’on entend parfois. À l’origine, Turing voulait répondre à la question de savoir si un ordinateur peut «penser» (d’où, peut-être, le statut prestigieux du test) ; mais comme la notion de pensée est difficile à définir, il a opté pour un test de conversation. Il s’agit donc plus d’une épreuve d’imitation que d’intelligence.

– On me corrigera si je me trompe, mais il m’apparaît par ailleurs que ces critiques, si doctes et fondées soient-elles, manquent un autre aspect un peu «mou» du test de Turing : les changements culturels. Est-ce que les juges de 1991 avaient les mêmes critères que ceux d’aujourd’hui ? Je ne dis pas qu’ils étaient meilleurs ou pires pour «flairer» le virtuel, mais quand on voit l’omniprésence de l’informatique dans nos vies aujourd’hui, présence qui n’a absolument rien à voir avec la situation qui prévalait il y a 20 ans, la question se pose. Quand on constate les progrès énormes qu’a fait l’intelligence artificielle dans les jeux vidéos ces dernières années, la question se pose encore plus, il me semble. Qu’en dites-vous ?

AJOUT (11h45) : Voir aussi ce billet sur le blogue de M. Delahaye. Il y explique notamment l’origine purement anecdotique du cap des 30 % — et pourquoi le seuil fixé par Alan Turing était plutôt de 50 %.

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Lundi 28 octobre 2013 | Mise en ligne à 10h56 | Commenter Commentaires (13)

L’algorithme qui menace vos transactions en ligne (ou pas)

Quiconque s’est déjà approché à moins d’un mètre d’un ordinateur au cours des 10 dernières années connaît les CAPTCHAs, ces images montrant des lettres et des chiffres très déformés que l’utilisateur doit identifier correctement pour prouver qu’il est un être humain, et non un ordinateur. Il s’agit d’un des systèmes de sécurité les plus importants d’Internet, mais une petite compagnie d’informatique de San Francisco, Vicarious, a annoncé hier qu’elle était parvenue à le craquer.

captchaLes CAPTCHAs reposent sur le fait simple que le cerveau humain fonctionne très différemment de l’«intelligence artificielle», et que celle-ci a énormément de mal à imiter la façon qu’a le cerveau d’appréhender et d’interpréter le monde. C’est pour cette raison que, si nous n’avons aucun mal à reconnaître les mots «overlooks» et «inquiry» dans l’exemple ci-contre, cette tâche s’était avérée jusqu’à maintenant impossible pour un ordinateur.

Vicarious prétend avoir réussi à le faire, d’après ce qu’on comprend, en mettant au point un programme qui imite des réseaux de neurones — d’ailleurs baptisé Recursive Cortical Network. Cependant, l’entreprise n’a divulgué aucun détail sur son invention.

Si l’algorithme vient bel et bien à bout des CAPTCHAs, ce secret est une excellente chose, comme le souligne ce compte-rendu de Science, puisque le publier avant d’avoir mis au point un système de sécurité alternatif pourrait avoir des conséquences catastrophiques. Mais voilà, Vicarious n’est a priori que le dernier d’une longue, longue liste de programmeurs clamant (faussement) avoir vaincu les CAPTCHAs. Comme l’explique Science, il est facile de créer un programme qui «redéforme» des symboles et/ou enlève des points ou des hachures jusqu’à ce qu’il reconnaisse un mot ou des lettres. Mais ces «solutions» ne peuvent corriger que un ou quelques types bien précis de déformation et sont donc facilement contournables.

Vicarious prétend pour sa part avoir trouvé une solution générale aux CAPTCHAs, ce qui représenterait une formidable avancée en reconnaissance de l’image. On ne pourra pas le savoir avant que Vicarious ait accepté de soumettre son algorithme à une vérification externe, mais le journaliste de Science John Bohannon reconnaît une «crédibilité» aux chercheurs qui travaillent dans cette boîte et a testé leur travail en leur envoyant trois CAPTCHAs à décrypter.

Le Recursive Cortical Network n’en a craqué qu’un seul, mais il faut dire qu’un des deux autres étaient en cyrillique — ce qui revenait un peu à «tricher» de la part du testeur. Mentionnons également que le CAPTCHA déchiffré en était un tout ce qu’il y a de plus authentique, produit par les serveurs du géant de la transaction internet PayPal. Ce qui n’a rien de rassurant…

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Mercredi 24 avril 2013 | Mise en ligne à 11h48 | Commenter Commentaires (9)

Patente à pétrole

À partir d’une bactérie E. coli, une équipe britannique vient de développer une «patente» qui fabrique du pétrole. Pas de l’alcool ou un biodiesel «classique», pas un précurseur de carburant qui doit être retransformé, mais un «vrai» diesel utilisable par des véhicules normaux directement à sa sortie de la bactérie, ce qui est décrit par diverses sources comme une première.

Le mot patente est assurément celui qui décrit le mieux ce que le biologiste de l’Université d’Exeter John Love a mis au point : afin d’éviter que leurs E. coli ne transforment les sucres en banals gras, comme ces bactéries le font naturellement, son équipe y a ajouté des gènes d’un bacille du sol (Bacillus subtilis), d’un pathogène des insectes (Photorhabdus luminescens), d’une algue bleue-verte (Nostoc punctiforme) et d’un arbre (Cinamomum camphora).

Comme l’explique le magazine Scientific American dans ce compte-rendu, les moteurs n’ont pas été conçus pour fonctionner avec des biocarburants. Pour les faire rouler sur ces nouveaux combustibles, il faut donc soit les modifier, soit modifier les biocarburants eux-mêmes, ce qui rend la conversion plus chère. C’est pourquoi «nous voulions faire un biocarburant qui pourrait être utilisé directement dans les moteurs actuels et ainsi remplacer complètement les combustibles fossiles. Notre prochaine étape sera d’adapter notre bactérie pour qu’elle puisse être déployée dans un processus industriel»», explique M. Love.

Pour l’heure, la «patente» se nourrit de sucre et d’extraits de levure, ce qui signifie que le diesel obtenu serait nettement plus cher que celui que l’on achète à la pompe, mais M. Love a bon espoir de produire éventuellement la même molécule à partir de matière première meilleur marché, comme des déchets agricoles ou des effluents d’égout.

La trouvaille ne règle toutefois pas un problème fondamental de la biomasse, qui est sa densité énergétique — la quantité d’énergie par unité de poids, par exemple, ou de surface cultivée. On ne peut pas produire plus d’énergie avec un plant de maïs, par exemple, que ce que la plante a capté en énergie solaire pendant l’été, et comme la photosynthèse n’est pas particulièrement efficace à cet égard (les plantes ne convertissent qu’entre 1 et 4 % du rayonnement solaire), il faut exploiter des superficies immenses pour remplacer une partie plus ou moins significative de notre consommation actuelle d’hydrocarbures. J’ignore si la E. coli de M. Love pourra un jour combler tous nos besoins en carburant, mais on peut certainement en douter.

Le fait qu’il s’agisse de diesel ouvre toutefois une possibilité qui, à mes yeux de profanes du moins, semble intéressante. Le diesel est en effet ce qui alimente les camions et la machinerie lourde. Or, si l’on a déjà de la difficulté à fabriquer des batteries qui ont une capacité suffisante pour nos voitures, je n’imagine pas les problèmes (et la taille des piles) qui surviendront quand viendra le temps de convertir la machinerie à l’électricité — car cette heure arrivera tôt ou tard. Si l’on réservait le diesel de M. Love uniquement à ces engins lourds et l’électricité aux automobiles, on pourrait contourner les deux problèmes à la fois : cela réduirait la demande de diesel «propre» (et donc les superficies nécessaires à sa production), et cela éliminerait la question des batteries.

Qu’en dites-vous ?

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