Sciences dessus dessous

Archive de la catégorie ‘Général’

Jeudi 12 février 2015 | Mise en ligne à 11h01 | Commenter Commentaires (21)

Le sursis

Ce fut dramatique, ce fut hollywoodien, mais l’essentiel est sans doute que cela finit bien : l’Observatoire du Mont-Mégantic, qui hier au matin avait pratiquement passé la clef sous la porte, a (encore) été sauvé in extremis par une subvention tirée d’un chapeau par un ministre fédéral.

Je vous laisse lire les détails dans mon papier paru ce matin dans Le Soleil. Mais j’aimerais juste soulever un petit point d’analyse, ici, au risque de passer pour un rabat-joie : cette bonne nouvelle a toutes les allures d’un bref sursis, et rien de plus. On me corrigera si je me trompe, mais en ce qui me concerne il crève les yeux que le sauvetage a été improvisé d’un bout à l’autre, dans les heures qui ont suivi l’annonce de la fermeture. J’en veux pour preuve, outre le timing :

– La direction de l’OMM a appris le sauvetage par les médias. Encore en fin d’après-midi, à peine une heure avant l’annonce par le fédéral, le directeur exécutif de l’OMM Robert Lamontagne expliquait en direct à l’émission d’après-midi de la SRC à Québec pourquoi l’observatoire allait fermer, c’est tout dire.

– Lorsque j’ai parlé à l’attaché de presse du ministre de l’Industrie James Moore, vers 18h hier, il me disait que le financement était pour un an. Quand je lui ai signalé que le ministre Christian Paradis parlait de deux ans sur son fil Twitter, il m’a répondu «Ah bon ? Alors voilà, donc, c’est pour deux ans.»

On peut supputer autant qu’on veut sur ce qui a soudainement convaincu M. Moore de délier les cordons de sa bourse ministérielle. Année électorale ? Visite de son chef, le premier ministre Stephen Harper, à Victoriaville aujourd’hui et à Québec demain, qui ne voulait pas avoir ce dossier dans les pattes ? Autre chose ? Un peu de tout ? Quelles qu’en soient les raisons, l’essentiel est ici que l’improvisation est assez évidente, et qu’elle signifie logiquement ceci : jusqu’à hier, Ottawa n’avait pas l’intention de sauver l’OMM. Compte tenu de la petitesse des sommes en cause et du temps écoulé depuis que les ennuis de l’observatoire sont devenus publics — 2009, six ans ! —, il y a longtemps qu’une solution durable aurait été trouvée s’il y avait eu une volonté politique véritable de le faire au gouvernement. En fait, il semble qu’il faut toujours une certaine urgence électorale à ce gouvernement-là — statut minoritaire en 2009, année électorale et/ou visite du PM au Québec cette fois-ci — pour qu’il trouve des lapins à sortir de son chapeau dans le dossier de l’observatoire.

C’est donc dire que la subvention-surprise d’hier n’est qu’un sursis. À moins d’un changement de gouvernement l’automne prochain, bien sûr, mais même là, il faut présumer que le prochain parti au pouvoir financera mieux les centres de recherche intermédiaires comme l’OMM et mettra l’argent qu’il faut pour régler le problème des subventions qui se limitent à défrayer le hardware sans rien prévoir pour le personnel qu’il faut pour faire fonctionner les instruments tout neufs, etc. — et ça, c’est pas gagné.

Mise à jour (15h00) : les étudiants en physique de l’UL dénoncent l’incertitude qui plane toujours sur l’avenir de l’OMM, malgré le «sauvetage» d’hier.

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Mercredi 11 février 2015 | Mise en ligne à 10h14 | Commenter Commentaires (55)

Observatoire du Mont-Mégantic : c’est la fin

C’est une très, très triste nouvelle qui est tombée ce matin : l’Observatoire du Mont-Mégantic fermera définitivement ses portes dès le 1er avril prochain, faute de fonds pour continuer.

Les difficultés financières de l’OMM remontent à plusieurs années déjà. On en a d’ailleurs parlé quelques fois sur ce blogue. Or il semble que ses chercheurs soient malheureusement arrivés à bout de miracles. La fermeture a été envisagée par le c.a. de l’observatoire dès janvier, d’après un procès verbal dont j’ai obtenu copie à mon retour de congé. Et après s’être donné un sursis d’un mois, l’OMM met maintenant la clef sous la porte.

Plus de détails dans mon papier sur le site du Soleil.

Mise à jour (18h00) : il semble que, tout bien réfléchi, le fédéral a trouvé les 500 000 $ qu’il manque à l’OMM pour boucler son budget. J’entends déjà des cyniques dire que ça sent l’année électorale…

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Mardi 10 février 2015 | Mise en ligne à 10h16 | Commenter Commentaires (7)

Voyez-vous dans l’infrarouge ?

Je me suis déjà pâmé devant le cas des caribous, qui sont capables de voir dans l’ultraviolet. Or comme cela arrive malheureusement souvent à ceux qui partent en congé parental, il s’agissait que je m’absente un peu pour que le «party pogne» : des chercheurs semblent avoir trouvé le moyen d’augmenter la gamme de fréquence que l’œil humain peut voir, l’allongeant pour la peine dans l’infrarouge.

Comme on l’a déjà vu ici, la lumière est une onde électromagnétique, soit de l’énergie électrique et magnétique qui se propage dans l’espace un peu comme une vague sur l’eau. L’œil humain n’est capable de voir qu’une mince bande de longueurs d’onde — la distance entre deux «vagues» —, entre grosso modo 400 et 800 nanomètres (nm). Sous 400 nm, on appelle la lumière «ultraviolet» ; et au-dessus de 800 nm, il s’agit d’infrarouge. Notons que les longueurs d’onde peuvent être des millions de fois plus courtes que l’ultraviolet (pour les rayons gamma) et, à l’inverse, atteindre plusieurs mètres (pour les ondes radio), voire des kilomètres.

Afin de capter la lumière, l’œil humain utilise des protéines nommées opsines, qui se lient à un dérivé de la vitamine A1 (aussi nommée rétinol) afin de former des molécules sensibles à la lumière. Cependant, rapporte ici le magazine The Scientist, en l’absence de vitamine A1, l’œil peut également se rabattre sur de la A2, mais cela donne une molécule dont les propriétés optiques sont légèrement différentes. Et afin de tester l’effet d’un remplacement massif de la A1 par la A2, un groupe de recherche indépendant, Science for the Masses, a soumis un petit groupe de gens à une diète sans vitamine A1 et enrichie en A2. Après quelques semaines, les participants ont rapporté voir des choses qu’ils étaient incapables de voir auparavant, par exemple que les couchers de soleil leur semblaient particulièrement spectaculaires, et qu’ils voyaient toujours toute la circonférence de la Lune, peu importe sa phase. Bref, ils étaient capables de voir dans le proche infrarouge, la partie du spectre infrarouge la plus proche de la lumière visible.

Attention, il faut noter ici que l’expérience n’a pas encore été publiée dans une revue à comité de pairs, bien que l’équipe y travaille. The Scientist souligne également que l’étude a subi plusieurs critiques, mais sans détailler lesquels. J’imagine — on me corrigera si je me trompe — que les réviseurs n’apprécient pas plus qu’il ne le faut le côté un peu jack-ass de ces travaux : les participants ont subi des effets secondaires important à cause de la privation de vitamine A1. Ceux-ci ne sont pas spécifiés, mais notons que le rétinol joue un rôle dans la formation des globules rouges, le système immunitaire, la croissance, la synthèse des glycoprotéines (des molécules extrêmement importantes que l’on retrouve notamment en grand nombre à la surface des cellules, permettant entre bien d’autres choses aux cellules immunitaires de reconnaître les cellules «amies»), etc. Bref, on ne badine pas impunément avec la A1, et l’on comprend aisément pourquoi un des participants a dit que, malgré une vision accrue, les effets secondaires étaient suffisamment sévères pour que le jeu n’en vaille pas la chandelle.

Mais même s’il ne faut manifestement pas tenter cela à la maison, cela n’en reste pas moins captivant.

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