Sciences dessus dessous

Archive de la catégorie ‘Général’

Mardi 19 mai 2015 | Mise en ligne à 10h51 | Commenter Commentaires (11)

Sciences, médias et auto-promo…

Caricature : André-Philippe Côté, Le Soleil.

Caricature : André-Philippe Côté, Le Soleil.

Quand les journalistes sont appelés à couvrir un sujet très technique, interviewent-ils beaucoup d’experts et de scientifiques ? Au moins un peu ? Presque pas du tout ? Étant cette année le «rédacteur invité» du magazine Découvrir pour le congrès de l’ACFAS, j’ai compilé quelques statistiques à propos de la couverture que les médias québécois ont faite d’une affaire récente — le passage (éventuellement annulé) sur le fleuve de 16 générateurs de vapeur légèrement radioactifs, en 2010 — afin de mettre un peu de «data» sur mes impression personnelles.

Résultats : les journalistes prétendent tous faire de l’«information» et, de manière générale, de crois que c’est plutôt vrai, mais disons que ce n’est pas toujours le cas… Plus de détails dans mon éditorial.

P.S. Je saisis l’occasion au passage pour remercier Découvrir de son invitation. Compte tenu de l’importance de l’ACFAS dans l’histoire des sciences au Québec, de sa pertinence toujours aussi grande aujourd’hui et de la grande qualité des «rédacteurs invités» qui m’ont précédé (Pierre Barthélémy du Monde l’an dernier, Valérie Borde de L’Actualité l’année d’avant, et j’en oublie peut-être), j’en suis très, très honoré. Et les habitués de ce blogue me pardonneront, je l’espère, pour cette auto-promo !

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La nouvelle a été annoncée en début de semaine, mais elle est passée sous tous les radars médiatiques (incluant le mien, mea culpa) : les chercheurs québécois en sciences naturelles, maths et génies devront se serrer la ceinture à cause de compressions de plusieurs millions $ dans les subventions du Fonds Nature et Technologie (FQRNT), le principal canal par lequel le provincial appuie la recherche dans ces domaines.

Le FQRNT en a fait l’annonce lundi par communiqué — voir ici. Attention, le recul de quelque 10 millions $ que l’on voit dans le document est exagéré par le fait que le Fonds a dû dépenser tout ce qu’il lui restait des enveloppes de la Stratégie québécoise de recherche et d’innovation (SQRI, une politique scientifique adoptée sous le dernier gouvernement Charest). Cela a donc artificiellement gonflé les subvention pour l’année 2014-15, mais même en tenant compte de cela, le manque à gagner est de plusieurs millions $ — je n’ai pas pu savoir précisément de combien lors d’une entrevue avec le FQRNT.

Résultat : toutes les subventions à venir et celles qui sont déjà en cours sont amputées de 20 %, entre autres coupures. Cela signifie que des projets de recherche déjà démarrés, auxquels on avait assuré un financement stable, devront refaire leur budget…

À qui la faute ? Pas nécessairement au gouvernement actuel, m’a expliqué la directrice scientifique du FQRNT, Maryse Lassonde — encore que le climat d’austérité qui prévaut semble avoir joué un rôle, voir mon article. Comme le Fonds Nature et Technologie était historiquement le parent pauvre des trois grands fonds de recherche du Québec, la SQRI s’accompagnait d’enveloppes (environ 15 millions $ par année) qui lui étaient spécifiquement destinées. Il s’agissait toutefois d’un financement temporaire et dont seulement une partie (10 millions $/an) a été pérennisée dans les deux derniers budgets.

Le problème de base serait donc un mode de financement de la recherche qui, trop souvent, se fait sur une base temporaire — ce qui la laisse vulnérable aux aléas de la politique. Mais Mme Lassonde m’a également indiqué que le FQRNT n’avait tout simplement pas demandé au gouvernement de combler ce trou dans ces finances, à cause du contexte de rigueur…

Plus de détails ici.

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Jeudi 7 mai 2015 | Mise en ligne à 12h02 | Commenter Commentaires (16)

«Désinvestir» du pétrole : un symbole inutile ?

(Photo : archives La Presse)

(Photo : archives La Presse)

Une vaste campagne s’est mise en branle, ces dernières années, pour le «désinvestissement» des combustibles fossiles, pour que les investisseurs retirent leurs billes de cette industrie. Beaucoup d’universités sont concernées, parce qu’elles gèrent elles-mêmes des fonds privés provenant de dons (souvent forts de plusieurs milliards $) qui leur rapporte de jolies sommes à chaque années, et parce qu’elles subissent des pressions pour se départir de leurs actions. Même au Québec, où l’éducation est en principe financée par le public, des campagnes en faveur du désinvestissement voient le jour sur certains campus — particulièrement à McGill, voit-on dans cette lettre ouverte signée par quatre profs de physique.

Le mouvement a pris une telle ampleur que la revue Nature vient d’y consacrer un article et un éditorial. Et ses conclusions ne sont guère flatteuses : le désinvestissement, y lit-on, est de l’aveu même de ses partisans une mesure d’abord et avant tout symbolique qui n’a guère d’autre effet (et peut-être de but) que de diaboliser l’industrie des combustibles fossiles. Ce n’est certes pas une industrie très sympathique, mais le fond du problème ne se trouve pas dans la finance, plaide Nature : «Les universités qui vendent leurs actions de compagnies exploitant des combustibles fossiles doivent trouver des acheteurs, si bien que le mieux qu’elles peuvent espérer, ce faisant, est de diminuer légèrement le cours de ces actions. Mais le monde a toujours besoin de ces carburants et, d’ici à ce qu’une meilleure alternative n’émerge, le modèle actuel se perpétuera. (…) Il s’agit d’un problème collectif, et diaboliser l’industrie des énergies fossiles ne fait que déplacer le blâme».

En toute justice, je pense qu’il faudrait ajouter ici que les partisans du désinvestissement avancent aussi un argument économique. Ainsi, les profs de physique de McGill font valoir que la valeur en bourse des entreprises du secteur fossile est actuellement surestimée, car les marchés ne tiendraient pas compte du fait qu’on ne peut tout simplement pas brûler toutes les réserves sur lesquelles sont assises ces compagnies, et que cette «bulle» éclatera quand l’on restreindra vraiment les quantités de carbone que l’on renvoie dans l’air.

Et ils ne sont pas les seuls à voir cette épée de Damoclès. Dans un mémo récent qui était supposé rester privé, mais qui est devenu très publicisé, le géant bancaire HSBC a mis en garde ses clients du «haut risque» que représenterait le secteur fossile. L’amélioration des énergies vertes, le succès de l’Europe à «découpler» sa croissance économique de sa consommation de charbon/gaz/pétrole et la perspective de règle plus strictes sur les émissions de GES sont autant de facteurs qui augmentent les risques — «à long terme», doit-on souligner — pour les investisseurs.

Mais tous n’en sont pas convaincus, de toute évidence, et cela m’apparaît de toute manière un argument assez secondaire. Sur le fond, comme le dit Nature, ces histoires de désinvestissement me semblent mettre la charrue devant les bœufs : tant et aussi longtemps que nous aurons besoin du pétrole à grande échelle, les affaires de cette industrie iront bien, et leurs actions se transigeront au prix fort. Ce n’est pas en incitant quelques acteurs économiques de tourner le dos au pétrole que l’on fera s’écrouler le cours de Exxon et compagnie. Et même si le désinvestissement parvenait à plomber leurs actions, cela ne diminuerait pas les émissions de GES d’un iota. C’est le jour où l’on parviendra à se passer de pétrole que l’on réglera le problème — et que l’industrie plongera en bourse, mais ce ne sera alors qu’un épiphénomène.

Qu’en pensez-vous ?

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