Sciences dessus dessous

Archive de la catégorie ‘Général’

Mardi 13 juin 2017 | Mise en ligne à 11h34 | Commenter Aucun commentaire

L’image du jour : trouvez l’Amundsen…

L'île de Terre-Neuve le 8 juin dernier. Notez les grandes quantités de glaces, très anormales à ce temps-ci de l'année, qui se sont accumulées sur la côte nord. (Image : NASA)

L'île de Terre-Neuve le 8 juin dernier. Notez les grandes quantités de glaces, très anormales à ce temps-ci de l'année, qui se sont accumulées sur la côte nord. (Image : NASA)

Ainsi donc, l’Amundsen est réquisitionné par la Garde côtière canadienne afin de briser des glaces au large de Terre-Neuve… D’un point de vue scientifique, c’est très dommage, puisque cela met en péril un important projet de recherche qui devait étudier l’impact des changements climatiques sur l’hydrologie de la baie d’Hudson — ce qui avait comme intérêt pratico-pratique d’éclairer des producteurs d’électricité comme Hydro-Québec et Manitoba Hydro.

La technologie moderne étant ce qu’elle est, on peut littéralement voir ce qui se passe en temps (presque) réel, comme le montre la photo ci-dessus, où l’amas de glace est immanquable. Et on peut également voir ce qui s’est passé pour qu’on en arrive là.

Deux facteurs ont provoqué cette situation, m’a expliqué ce matin le biologiste de l’Université Laval et directeur scientifique du réseau ArcticNet (qui gère le volet recherche des activités de l’Amundsen) Louis Fortier. D’abord, des vents du nord-est plus forts qu’à l’accoutumée. Et ensuite, une quantité inhabituelle de glaces flottantes, gracieuseté d’un «arche de glace» dans l’Arctique qui a cédé beaucoup plus tôt qu’à l’ordinaire.

Les courants marins et les vents emportent en effet toujours des bouts de banquise avec eux, qui s’écoulent alors vers le sud. Normalement, ce mouvement forme une série d’embâcles dans le détroit de Nares, entre l’île Ellesmere et le Groenland, ce qui retient les icebergs en Arctique. Fait intéressant, juste derrière les ponts de glace, les eaux demeurent libres (on parle alors de polynies, voir les images ci-bas), ce qui attire une faune abondante. «Il y en a dans le détroit de Lancaster et ailleurs, dit M. Fortier. C’est tout un système de polynies, mais essentiellement c’est géré par l’embâcle dans le détroit de Nares. (…) Ce sont des espèces d’oasis d’eaux ouvertes qui permettent aux mammifères marins de passer l’hiver et qui donnent accès à la mer aux oiseaux. Environ 80 % des narvals de la planète se retrouvent là, et 90 % des oiseaux marins arctiques.»

Or à mesure que la Terre se réchauffe, on peut s’attendre à ce que ces embâcles se disloquent de plus en plus tôt, voire ne se forment pas du tout certaines années — il n’y en a pas eu en 2007, d’ailleurs. Quand cela se produit, les quantités de glaces qui s’écoulent vers le sud sont beaucoup plus grandes que d’habitude, et c’est ce qui est arrivé cette année. Comme le montrent les très belles images satellites ci-dessous, l’arche de glace a cédé autour du 10-12 mai cette année, gracieuseté d’un hiver inhabituellement chaud, alors qu’elle résiste normalement jusqu’en juillet. D’où les grandes quantités d’icebergs qui ont dérivé jusqu’à Terre-Neuve.

Le 9 mai (image de gauche), le pont de glace entre Ellesmère et le Groenland était toujours intact. Mais le 12 mai (image du centre), il avait cairement commencé à se fracturer, et l'image de droite (17 mai) montre que le phénomène s'est accéléré. (Image : Jesse Allen/NASA)

Le 9 mai (image de gauche), le pont de glace entre Ellesmere et le Groenland était toujours intact. Mais le 12 mai (image du centre), il avait cairement commencé à se fracturer, et l'image de droite (17 mai) montre que le phénomène s'est accéléré. (Image : Jesse Allen/NASA)

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Mardi 6 juin 2017 | Mise en ligne à 14h46 | Commenter Commentaires (23)

Pain blanc vs pain brun : match nul ?

(Photo : archives Le Droit)

(Photo : archives Le Droit)

C’est un refrain que tous les parents, dont votre humble, serinent à leurs enfants depuis des décennies : le pain brun est à la fois plus nourrissant et moins engraissant que le pain blanc. D’où l’on déduit sans peine, si du moins on a appris à prendre des décisions avec autre chose que ses papilles, que le pain brun est forcément meilleur pour la santé, point final. Alors ti-gars, arrête de demander des toasts au pain blanc à papa, c’est peine perdue. Tu t’en feras quand tu seras grand. Fin de la discussion. Allez ouste.

A priori, ça n’est ni plus ni moins qu’une évidence : le pain brun, dans la mesure où il est fait de grains entiers (il existe des «faux» pains bruns moins nourrissants), ne peut pas faire autrement que de contenir plus de nutriments que le pain blanc (dans la mesure où il n’a pas été «enrichi», ça se peut aussi) parce que celui-ci n’est fait que d’une partie particulière des grains de blé faite surtout d’amidon. Au cours de ce tri, par définition, le pain blanc perd des nutriments, comme on peut le voir en comparant les valeurs nutritives du pain de blé entier (161 milligrammes de calcium par 100 grammes, 75 mg/100g de magnésium et 2,47 mg/100g de fer) dans la base de données de la USDA avec celles de ce pain blanc (50, 20 et 1,8 mg/100g respectivement) par exemple.

Logiquement, donc, cela devrait se refléter dans toutes sortes d’indicateurs de santé, comme les concentrations de certains minéraux présents dans le sang. Mais ce n’est pas ce qu’a trouvé une équipe israélienne dans un article paru aujourd’hui dans Cell Metabolism. L’étude, disons-le tout de suite, n’est pas grande, avec 20 participants, mais elle vient s’ajouter à une littérature scientifique étonnamment contradictoire sur les bienfaits du pain de grain entier.

Les auteurs, menés par Tal Korem, de l’Institut des sciences Weizmann, ont séparé leurs participants en deux groupes, qui mangeaient au départ grosso modo la même quantité de pain, soit environ 10 % de leurs calories quotidiennes. L’un a reçu une diète enrichie de pain blanc industriel (25 % des calories quotidiennes) pendant une semaine, et l’autre a reçu l’équivalent en pain brun, plus précisément un pain artisanal au levain. Une «pause» de deux semaines a ensuite été observée, puis les deux groupes ont interverti leur diète de pain. Divers mesures ont été prises tout au long de l’expérience.

Résultat : les chercheurs n’ont pas trouvé que le pain blanc ou brun induisait de différences significatives dans les concentrations sanguines de minéraux (Fe, Ca, Mg), ni pour le cholestérol et d’autres mesures. Pourtant, ils ont vu que leurs diètes enrichies en pain (peu importe la couleur) provoquait des changements comparé à la diète normale — par exemple, moins de fer et de calcium dans le sang, mais aussi moins de cholestérol, puisque le pain prenait la place d’autres aliments.

Ils n’ont pas non plus trouvé de différence sur la glycémie — encore que sur ce point, la nutritionniste de l’Université Laval Simone Lemieux m’a fait observer ce matin qu’il s’agit-là d’un indicateur notoirement volatile et que le design de l’étude ne semblait pas très bien adapté pour détecter des changements à cet égard. Fait intéressant, cependant, les auteurs disent avoir trouvé une association claire entre les espèces de bactéries qui peuplent l’intestin (et leurs abondances relatives chez chacun des participants) et la réponse glycémique, comme si certaines souches bactériennes aidaient mieux à digérer une forme de pain plutôt qu’une autre — ce qui ne serait pas particulièrement étonnant.

Bref, nous avons ici un match nul entre le pain blanc et le pain brun…

Par ailleurs, et vous me direz ce que vous en pensez, j’ai bien du mal à ne pas faire de lien entre l’absence d’effet sur les minéraux dans le sang (malgré le fait que le pain entier est nettement plus riche à cet égard) et ce dont nous parlions ici à propos des suppléments de vitamines/minéraux et des omégas-3 — qui ne font à peu près pas de différence dans la prévention de divers problèmes de santé, contrairement à ce qu’on a longtemps cru. Essentiellement, la cause probable de cette «surprise» est que la diète occidentale moyenne a beau être relativement pauvre en divers nutriments (par rapport au nombre de calories ingérées), il reste qu’on mange tellement que le corps finit par obtenir tous les nutriments dont il a besoin. Le corps bénéficie d’apport en vitamines et en minéraux jusqu’à un certain point à partir duquel les quantités supplémentaires qu’on ingère ne change plus rien.

Et de la même manière, m’a signalé Mme Lemieux, le corps a des mécanismes pour moduler l’absorption de certains nutriments — c’est clairement le cas du fer, dont l’absorption peut saturer, et en partie le cas du calcium. Alors comme les différences de composition entre les différentes sortes de pain ne sont pas très fortes, on peut sans doute imaginer qu’elles ne feront pas de différences notables dans une population déjà bien nourrie.

À votre avis ?

AJOUT, 7 juin : Deux autres experts trouvent l’étude «intéressante», mais pas particulièrement convaincante

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Lundi 29 mai 2017 | Mise en ligne à 10h14 | Commenter Commentaires (13)

Arithmétique (et philosophie) du hockey

Soupir... (Photo : archives La Presse)

Soupir... (Photo : archives La Presse)

L’an dernier, le statisticien américain Nate Silver avait froissé quelques plumes (et mon orgueil de hockeyeur) en déclarant qu’il n’était «pas sûr que le hockey est si différent que ça du hasard». Rien de moins, messieurs dames. Il y avait sans doute une part de boutade là-dedans, mais pas mal de sérieux aussi — le célèbre pronostiqueur répondait à une question sur les sports les plus difficiles à prédire.

Or le fait est que dans un sport qui fait peu de place au hasard, les équipes les mieux classées en saison régulière devraient en principe éliminer les moins bien classées, et éventuellement se retrouver en finale. Et justement, la finale de la Coupe Stanley qui commence ce soir est passée à deux cheveux d’opposer une équipe qui a fini 8e de sa conférence (Nashville) à une autre qui s’est classée 6e (Ottawa). Ce sera finalement le 8e contre un 2e (Pittsburgh), mais ça n’aurait pas été le premier affrontement 6e-8e en finale — il y en a eu un en 2014…

Alors j’ai voulu en avoir le cœur net et j’ai compilé quelques statistiques sur la LNH et, comme point de comparaison, la NBA — elle aussi divisée en deux conférences dans lesquelles les 8 premières équipes se qualifient pour les éliminatoires. Voici les principaux points :

– Depuis 2000, la finale de la Coupe Stanley oppose des équipes qui, en saison régulière, se sont classées au rang moyen de 3,6. Dans la NBA, c’est 1,9 et, si on pigeait simplement au hasard parmi les huit équipes qualifiées dans chaque conférence, le rang moyen des finalistes serait de 4,5. Le hockey est donc manifestement plus différent du hasard que le pense Nate Silver, mais semble y laisser une place nettement plus grande que le basketball.

– Autre façon de dire la même chose : si on tirait les gagnants de chaque match à pile ou face, toutes les équipes finiraient autour de ,500 (la marque statistique disant qu’une équipe gagne aussi souvent qu’elle perd), et plus le hasard joue un rôle important dans un sport, plus les meilleures équipes peineront à distancer ce seuil. Dans la LNH, depuis 2000, aucune équipe n’est parvenue à gagner 60 victoires ou plus en une saison (qui compte 82 matches). Même avec la nouvelle formule de la fusillade, qui «force» une victoire à arriver (avant, les nulles étaient fréquentes), ça n’arrive jamais — et il y a même eu des années où personne n’a gagné 50 matches. Or dans la NBA, on trouve généralement deux ou trois équipes de 60 victoires et une dizaine qui franchissent le cap des 50.

Essentiellement, le hockey récompense des événements relativement rares, c’est-à-dire les buts. Comme il se prend une trentaine de tirs cadrés par rencontre dans la LNH et que 90-92 % des tirs sont arrêtés par le gardien, cela garde les matches serrés et, par conséquent, amplifie l’effet des rebonds chanceux, des déviations involontaires, etc. Au basket, chaque équipe tente entre 80 et 90 tirs par match et en convertit entre 40 entre 50 %. Les points ne sont donc pas un «événement rare», ce qui signifie que les coups de chance risquent moins de faire basculer un match. Et s’il y a moins de hasard dans la NBA, alors les meilleures équipes l’emportent beaucoup plus systématiquement sur les moins bonnes que dans la LNH.

Plus de détails dans mon dossier paru en fin de semaine dans Le Soleil.

Maintenant, la grande question philosophique est celle de savoir ce qui est le plus juste. Dans la NBA, les équipes qui se qualifient pour les éliminatoires aux position 5 à 8 de leur conférence n’ont absolument aucune chance de se rendre en finale — ce n’est jamais arrivé depuis 2000, en tout cas. Est-ce que c’est «juste» ? Dans la LNH, les 6e, 7e et 8e ont décroché près du quart (9 sur 34) des places de finalistes depuis 2000. C’est moins que les 1er et 2e (16 sur 34, autre signe qu’il n’y a pas que le hasard au hockey), mais cela montre que toutes les équipes qualifiées ont une chance raisonnable de se rendre jusqu’au bout. Mais si ça découle du fait que le hasard prend tellement de place au hockey que ce n’est pas toujours la meilleure équipe qui gagne, est-ce que c’est vraiment plus juste ?

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