Si ce ne sont pas des ordinateurs quantiques que fabrique la firme de Vancouver D-Wave, alors il faudra trouver pourquoi ils battent à plate couture des ordinateurs conventionnels dans certaines tâches précises. Une experte indépendante, Catherine McGeoch du Amherst College, au Massachussets, a en effet comparé la vitesse à laquelle les puces quantiques de D-Wave et des puces «classiques» résolvent des problèmes, et a trouvé que les premières étaient, dans certains cas, 3600 fois plus rapides que les secondes.
Alors que le fonctionnement des ordinateurs actuels est essentiellement basé sur la physique électrique conventionnelle, avec des circuits électroniques et des transistors qui retiennent (ou non) des charges électriques, par exemple, les ordinateurs quantiques fonctionnent (ou fonctionneront) en harnachant les étranges comportements que la matière acquiert à très petite échelle, ce qui leur permettrait de s’acquitter en un rien de temps de certaines tâches qui sont très demandantes pour les processeurs conventionnels. Par exemple, ce que les physiciens appellent la «superposition des états» pourrait révolutionner la sécurité informatique. En vertu de cette superposition, une particule peut se trouver dans deux états en apparence contradictoires en même temps — une charge électrique pourrait ainsi être à la fois présente et absente, par exemple. À l’heure actuelle, pour «craquer» une clef d’encryption (qui rend des messages et des transactions illisibles pour ceux qui n’ont pas à les voir), un ordinateur conventionnel doit (hormis quelques raccourcis) pour ainsi dire procéder au hasard ; comme ces clefs sont ultimement, dans le langage binaire des ordinateurs, une série de 0 et de 1, cela revient essentiellement à tenter toutes les combinaisons une par une, ce qui peut être très long.
Or dans un ordinateur quantique, les charges électriques (ou tout autre manière d’exprimer des 0 et des 1) pourraient être à la fois présentes et absentes, ce qui signifie qu’il pourrait toutes les tester en même temps — au lieu de «une par une». Inutile de dire que les façons classiques d’encrypter nos messages deviendraient alors très vulnérables.
D-Wave prétend depuis quelques années déjà fabriquer d’authentiques «ordinateurs quantiques». Ses machines sont encore extrêmement modestes car, si l’on peut facilement faire travailler ensemble un très grand nombre de transistors classiques (lire : des milliards), les ordinateurs de D-Wave n’en contiennent que l’équivalent de quelques centaines, parce que les propriétés quantiques tendent à disparaître dans les systèmes à grande échelle. Et encore, ses prétentions ont plusieurs fois été remises en doute par des spécialistes selon qui, dans les machines de D-Wave, les puces quantiques sont lourdement assistées par des puces conventionnelles, qui feraient presque tout le travail.
Les tests de Mme McGeoch ne portaient pas sur cette question, rappelle avec justesse la MIT Technology Review, mais le fait est que pour un problème de type «classification», le D-Wave Two a trouvé la bonne solution en une demie seconde, alors qu’une machine conventionnelle d’IBM, utilisée comme point de comparaison, a mis 30 minutes, soit 3600 fois plus. Il y a peut-être d’autres raisons que la puce quantique de D-Wave qui expliquent cet écart, mais alors il faudra les trouver — et je n’ai pour l’instant rien lu qui suggère que ce soit le cas. Si vous connaissez des sources crédibles qui proposent des explications «non quantiques» pour cette performance, envoyez-les moi et je les mettrai au bas de ce billet.
Notons enfin que dans d’autres tâches pour lesquelles le D-Wave Two n’est pas spécialement configuré, ses performances n’ont rien eu d’exceptionnel, en grande partie parce que ses puces conventionnelles devaient «traduire» les problèmes afin que la puce quantique puisse les lire.
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