Sciences dessus dessous

Archive de la catégorie ‘Général’

Vendredi 21 mars 2014 | Mise en ligne à 14h20 | Commenter Commentaires (123)

Seulement 13 % des candidats ont une formation scientifique

On se plaint souvent de ce que la science ne percole pas, ou du moins pas assez vite, vers le monde politique. Même si, dans l’ensemble, je crois qu’il demeure relativement rare qu’un ministre ou un gouvernement contredise la science de plein fouet, il reste quand même facile de trouver des exemples du contraire. Que l’on songe simplement à l’absurde «sceau» qu’accole Santé Canada sur des «produits de santé naturelle» pour s’en convaincre.

Alors, quel genre de bagage scientifique ont les candidats des partis en lice ? Pour le savoir, j’ai épluché la biographie de tous les candidats des quatre partis représentés à l’Assemblée nationale (PQ, PLQ, CAQ et QS). J’ai compté comme «scientifique» quiconque avait complété une formation universitaire en science ou était en train de le faire — et par «science», j’entends les quatre disciplines classiques (maths, physique, chimie et bio), tous les génies, la médecine/pharmacie/dentisterie, l’informatique, la psychologie, les formations en environnement et les bacs en enseignement des sciences.

J’ai laissé de côté certaines techniques et quelques formations universitaires (sciences infirmières, notamment) malgré leur teneur évidente en science. On pourra me le reprocher, mais il fallait tracer une ligne à quelque part et, dans ce genre d’exercice, on se retrouve toujours devant le même genre de dilemme, il me semble : on bien on applique des critères très (trop?) sévères qui nous assurent de ne rien inclure d’autre que de la science stricto sensu, quitte à échapper des morceaux de science ici et là ; ou alors on prend des critères plus larges qui, s’ils n’échappent rien, font en même entrer d’autres choses que ce qu’on veut mesurer. Bref, il n’y a à peu près jamais moyen de tracer une ligne parfaite. On pourra en débattre, remarquez, je ne suis pas fermé à l’idée de modifier ma démarche.

À cet égard, d’ailleurs, notez que malgré ce qui précède,  j’ai compté le candidat caquiste dans Gatineau André Paradis comme un «scientifique», même s’il n’a pas de formation universitaire. M. Paradis a deux techniques très clairement scientifiques (technologies physiques et génie mécanique) et il est coordonnateur de l’ingénierie dans une compagnie d’électronique. En regardant l’ensemble de son parcours, il m’est apparu absurde de l’exclure.

Alors sans plus attendre, voici les résultats… Comme en 2012, la CAQ se classe première, avec 17 candidatures scientifiques (elle en présentait 18 au dernier scrutin). Mais cette fois-ci, la Coalition a de la compagnie au sommet du classement, puisque le PQ et QS comptent eux aussi dans son équipe 17 candidats ayant une formation scientifique (deux mieux qu’en 2012 pour le PQ, trois pour QS).

Le PLQ figure de nouveau au dernier rang de cette compilation avec 14 scientifiques dans son équipe (possiblement 16, j’attends des nouvelles de leur service de presse sur deux candidats). C’est deux de mieux qu’en 2012, mais l’amélioration n’est pas suffisante pour leur faire quitter la «cave», si l’on me prête un peu de vocabulaire sportif.

Il faut cependant souligner ci que cette différence est extrêmement mince — 11,2 % de scientifiques contre 13,6 % pour les trois autres formations réunies, ce qui n’est pas statistiquement significatif. Alors dans l’ensemble, la conclusion qui s’impose, il me semble, est que les candidats qui ont des formations scientifiques sont relativement rares dans tous les partis. À 13 % en moyenne (65 sur 500), on peut sans doute se dire que cela pourrait être pire. Mais compte tenu de la place que la science et la technologie occupe dans nos sociétés en général, et en particulier dans plusieurs des dossiers les plus «chauds» que le ou les prochains gouvernements devront trancher (hydrocarbures québécois, pipelines, surplus d’électricité, OGM, fluoration de l’eau, etc.), j’aurais plutôt envie de dire que le verre est à moitié vide…

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Vendredi 7 mars 2014 | Mise en ligne à 15h52 | Commenter Commentaires (10)

Inversion de la ligne 9B : du blanc et du noir

(Image : archives, La Presse)

(Image : archives, La Presse)

Il y a plusieurs bonnes raisons d’aller lire la décision de l’Office national de l’énergie d’approuver l’inversion du pipeline 9B d’Enbridge. D’abord parce que c’est un texte assez technique, et que les textes techniques sont les plus agréables à lire, n’est-ce pas. Et au-delà de l’agrément, il y a aussi l’importance de l’enjeu ainsi que des passages du document parfois rassurants, et parfois un peu moins…

La compagnie Enbridge, rappelons-le, est une grosse firme spécialisée dans le transport de pétrole et de gaz. Ces dernières années, le grosse augmentation de la production des sables bitumineux albertains, conjuguée au décollage du pétrole de schiste au Dakota du Nord, ont complètement saturé les pipelines existants. Avec pour conséquence qu’au centre du continent, l’«offre» de pétrole est trop grande pour le «marché», ce qui déprime les prix. L’industrie tente donc des façons de sortir son pétrole de là afin de le vendre sur des marchés où il rapportera davantage.

L’inversion de la ligne 9B d’Enbridge, entre Sarnia et Montréal, est une de ces «portes de sortie». À l’origine, ce pipeline d’Enbridge s’écoulait vers l’est, mais le flux a été renversé une première fois en 1998 pour amener du pétrole du Moyen Orient (alors moins cher) vers l’ouest. Comme c’est maintenant le pétrole de l’ouest, l’entreprise veut inverser de nouveau le sens de son pipeline. Elle en a fait la demande à l’ONÉ, qui a tenu des audiences l’automne dernier, où plusieurs groupes écologistes se sont évidemment opposés au projet.

Voici quelques points qui m’ont frappé à la lecture du rapport…

1. Si les groupes de pression présentent parfois (souvent ?) des «experts» à la crédibilité douteuse, ce ne fut certainement pas le cas de celui qu’a engagé une coalition menée par Équiterre. Richard Kuprewicz est ingénieur-chimiste de formation, il a passé des années dans l’industrie des pipelines, il est maintenant consultant et il n’avait pas été tendre avec Enbridge dans l’avis qu’il avait présenté devant l’ONÉ. M. Kuprewicz reprochait principalement à la compagnie une culture de la sécurité assez laxiste, des méthodes d’inspection inadéquate et prévoyait même un «risque élevé» de fuite dans les prochaines années.

Cela reste l’avis d’un seul expert, diront certains, et ils auront raison. Mais le fait demeure que ses qualifications sont irréprochables et que l’Office lui-même (sans partager son pessimisme) reconnaît en plusieurs endroits que les «diagnostics» de M. Kuprewicz sont valables. Certains semblent avoir mené l’Office à imposer des conditions. Bref, commander ce rapport n’était pas seulement un coup de marketing pour Équiterre et compagnie, c’était un bon coup, point final.

En voici deux exemples :

- «L’Office s’attend à ce que l’évaluation technique à jour dissipe les préoccupations soulevées dans le rapport Accufacts, y compris les défauts coïncidents, la prudence dans le choix des outils et la pertinence des coefficients de propagation des fissures. Il reconnaît que le rapport Accufacts soulève des questions valables sur le programme de gestion de l’intégrité antérieur d’Enbridge. L’Office accepte les constations du rapport Accufacts, soit que les outils d’inspection interne mis au point plus récemment obligent à effectuer davantage de fouilles de vérification et que même lorsque ces outils fonctionnent correctement, l’exploitant, du pipeline doit intégrer des évaluations techniques appropriées. L’Office estime qu’avec les 600 excavations et plus qu’Enbridge a prévu effectuer dans le cas de la canalisation 9 et la condition l’obligeant à déposer son évaluation technique à jour avant l’autorisation de mise en service, Enbridge a l’occasion d’effectuer suffisamment d’évaluations et de vérifications de ses outils d’inspection interne avant la mise en service. L’Office lui permettra toutefois de terminer le vaste éventail d’activités prévues à l’égard de l’intégrité que la société a proposées et s’est engagée à effectuer et il tiendra ensuite compte des résultats de l’évaluation technique à jour avant de déterminer si d’autres mesures ou essais s’imposent.» (p. 70 sur 174)

- «L’Office estime que les constatations contenues dans le rapport Accufacts au sujet des défauts coïncidents (p. ex., la fissuration par corrosion sous contrainte et la dégradation du métal), la prudence dans le choix des outils et la pertinence des coefficients de propagation des fissures constituent des facteurs importants dans la gestion des fissures comme élément d’un programme de gestion de l’intégrité efficace. La condition 9 imposée par l’Office qui oblige à produire une évaluation technique à jour avant la mise en service, la condition 10 qui oblige à confirmer les travaux de réparations connexes (basés sur des critères prescrits) et aussi la condition 27 qui oblige à produire un plan d’amélioration de l’intégrité à long terme visent à répondre à ces préoccupations.» (p. 73 sur 174)

2. La plupart des médias ont dûment noté que le feu vert à l’inversion de la ligne 9B était assortie d’une série de conditions, notamment une nouvelle évaluation technique de la conduite et d’une réparation de toutes les anomalies détectées. Mais peu ont remarqué que le feu vert à Enbridge n’est que partiel : la compagnie avait demandé à être exemptée de faire une demande de mise en service, ce qui lui a été refusé. Elle devra donc revenir devant l’ONÉ et remontrer patte blanche à la fin des travaux. Plutôt rassurant, donc.

3. Il y a tout de même un passage du document qui me chicote un brin. Ainsi, en p. 69, on lit : «Enbridge a terminé l’évaluation technique de la canalisation 9B conformément à la norme CSA Z662-11 et a conclu qu’à la suite de la mise en œuvre du projet, le pipeline peut continuer d’être exploité d’une manière sécuritaire et fiable. L’Office constate qu’Enbridge est parvenue à cette conclusion en s’appuyant en partie sur l’engagement qu’elle a pris dans le contexte de l’évaluation technique de la canalisation 9B d’effectuer à l’avenir certaines tâches liées à l’intégrité sur la canalisation 9 de North Westover à Montréal, mais avant la mise en service du projet.»

Si Enbridge doit s’appuyer en partie sur des promesses afin de conclure que son pipeline est sécuritaire, est-ce à dire qu’il ne l’était pas tant que cela ces dernières années, avant que son projet d’inversion ne l’amène à prendre divers engagements? Il faut faire attention de ne pas sombrer dans l’alarmisme puisque, après tout, l’ONÉ souligne que les accidents ont été «rares» sur la ligne 9B. Mais à la lumière des blâmes qu’a reçus Enbridge après le bris d’un de ses pipelines au Michigan (ce qui a provoqué un déversement de 3 millions de litres de pétrole dans une rivière), ça un drôle de goût, disons…

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Mercredi 5 mars 2014 | Mise en ligne à 16h08 | Commenter Commentaires (37)

Un brin de science (ou deux) dans la campagne ?

Désolé de mon silence des derniers jours, j’étais retenu par des obligations parentales… Et il se pourrait bien que je ne sous pas beaucoup plus présent ici au cours des prochaines semaines puisque, s’il faut vous l’annoncer, nous sommes désormais en campagne électorale et qu’une bonne partie de mon temps y sera consacrée.

Mais je devrais tout de même être bon pour vous pondre un ou deux billets par semaine, d’autant plus que plusieurs sujets relevant de la science risquent de s’inviter dans la campagne. En voici une liste brève et non exhaustive…

Il est pratiquement certain que la question générale de l’énergie sera abordée d’ici le 7 avril, sous une forme ou sous une autre — sinon sous une forme et sous une autre. C’est déjà commencé, d’ailleurs, puisque des groupes environnementaux ont demandé ce midi à tous les partis de prendre position sur le projet d’oléoduc Énergie Est de TransCanada, un projet qui prévoit d’acheminer le pétrole des sables bitumineux de l’Alberta jusque dans l’est du Canada en convertissant des gazoducs existants et en construisant de nouveaux tronçons.

Le rapport de la Commission sur les enjeux énergétiques du Québec, que le gouvernement Marois a rendu public à la hâte après une fuite au Devoir, contient également plusieurs recommandations qui pourraient bien revenir hanter le gouvernement sortant et/ou son prédécesseur libéral : suspendre l’adhésion du Québec à la Bourse du carbone (à laquelle la Belle Province et la Californie sont les seules participantes pour l’instant), annuler plusieurs mégaprojets de production électrique en cours ou à venir bientôt, investir dans l’efficacité énergétique (par de nouvelles normes de construction, par exemple) plutôt que dans la production, etc.

Il sera par ailleurs intéressant de voir si le Parti québécois gardera la promesse qu’il avait inscrite dans son programme 2012 d’«interdire la fluoration de l’eau potable». Il s’agissait-là d’une promesse qui visait selon toute vraisemblance à cajoler des alliés écologistes, mais qui allait à l’encontre d’un consensus scientifique au sujet de l’innocuité de cette mesure et de son efficacité à prévenir la carie (même si ce n’est pas un remède miracle et que. L’INSPQ est en faveur de la fluoration et le ministre péquiste de la santé, le médecin Réjean Hébert, l’est lui aussi — ouvertement.

Autrement, s’il est questionné sur son «bilan scientifique», le PQ pourra s’appuyer sur la politique scientifique (PNRI) qu’il a adoptée l’automne dernier et qui fut bien reçue par les milieux de la recherche. Son dernier budget, qui a confirmé (et financé) les grandes orientations de la PNRI, a lui aussi été bien accueilli.

Parmi ces thèmes, lesquels seront abordés durant la campagne d’après vous ? Et desquels (figurant ou non parmi les quelques uns ci-dessus), croyez-vous que l’on devrait impérativement débattre mais qui seront vraisemblablement oubliés ?

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