Sciences dessus dessous

Archive de la catégorie ‘Général’

Lundi 15 décembre 2014 | Mise en ligne à 9h23 | Commenter Commentaires (25)

Lendemain-de-brossologie 101

Une cuillerée d’huile avant d’aller au party ? Ou un grand verre d’eau en revenant ? Avec Noël qui approche, la saison des soirées arrosées bat son plein, et c’est aussi le temps de l’année où l’on entend le plus de trucs de grands-mère pour éviter de se réveiller avec la gueule de bois. Mais lesquels fonctionnent ? Et pourquoi ? Les a-t-on jamais testés scientifiquement ?

C’est ce que j’ai tenté de savoir en documentant ce dossier paru pendant le week-end dans Le Soleil. Je vous laisse le lire en détails mais, pour résumer, il en ressort deux choses. D’abord, la «lendemain-de-brossologie» est une discipline encore toute neuve. On ne connaît pas encore tous les facteurs à l’œuvre, et la science n’a pas encore eu le temps de faire des «essais cliniques» avec tous les remèdes populaires. Mais il est désormais clair que l’on a affaire à un phénomène beaucoup plus complexe que ce que l’on a déjà cru : non, la gueule de bois n’est pas seulement, ni même principalement, causée par la déshydratation de l’organisme. Ce n’est là qu’une facette, parmi d’autres, de la chose.

Et deuxièmement, il s’ensuit qu’il n’existe pas remède miracle. Le fameux grand verre d’eau avant de se coucher peut aider, mais il ne soulage nécessairement qu’une partie des symptômes du lendemain de cuite — bouche sèche, peut-être les maux de tête jusqu’à un certain point. Les autres symptômes, comme les nausées et une certaine léthargie, par exemple, sont causés par d’autres facteurs qui n’ont rien à voir avec l’eau que vous buvez ou non. (D’ailleurs, le degré de déshydratation a été mesuré scientifiquement de plusieurs manières et n’est que faiblement corrélé à la sévérité de la gueule de bois.)

Bref, j’ai bien peur que vous deviez continuer d’expier vos péchés à chaque fois que vous abuserez des bonnes choses…

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Vendredi 12 décembre 2014 | Mise en ligne à 13h45 | Commenter Commentaires (37)

Vendredi noir en communication scientifique

J’ai écrit ici, en début de semaine, que les comparaisons entre l’attitude du gouvernement Couillard à l’égard de la science et celle du gouvernement Harper étaient exagérées. Je maintiens que, dans l’ensemble, il est abusif, ou à tout le moins prématuré, de faire comme si leurs attitudes par rapport à la science s’équivalaient. Mais depuis ce matin, il faut le dire, les libéraux ont franchi deux petits qui pas qui les rapprochent (un peu) de leurs vis-à-vis fédéraux.

D’abord, ce choix de couper la subvention de 175 000 $ que reçoivent les publication BLD, l’éditeur qui publie les magazines de culture scientifique pour enfant/ados Les Débrouillards, Les Explorateurs et Curium. Ensuite, cette décision, sans doute prise dans le même coup de sabre, de couper les vivres (120 000 $) à l’Agence Science-Presse, seule agence francophone spécialisée dans la nouvelle scientifique. Si la première coupure ne représente «que» 7 % du budget des Débrouillards, elle fera mal quand même, car s’il est un milieu dans lequel personne n’a de gras à couper, c’est bien celui-là. Et dans le cas de l’ASP, c’est carrément la survie de l’organisme qui est menacée.

Au risque de me me répéter : je ne crois pas que ces deux coupures mineures (du point de vue des finances publiques, s’entend) justifient des comparaisons avec un gouvernement fédéral qui a sabré beaucoup plus que ça, surtout dans des secteurs qui cadraient mal avec son idéologie, a manifesté une volonté évidente de laisser l’industrie orienter une part grandissante de la recherche canadienne, a fermé plusieurs centres de recherche, a muselé ses savants, et ainsi de suite. Peut-être, remarquez bien, que les libéraux provinciaux finiront par en arriver là eux-aussi, mais on en reparlera quand on aura plus d’éléments concrets sous la main, si la chose s’avère.

Cela étant dit, cependant, il n’en demeure pas moins que les deux coupures de cette semaine sont profondément mal avisées. D’abord parce que le Québec, on l’a dit un nombre incalculable de fois, manque de personnel dans des domaines de pointe. Et c’est une évidence grosse comme le ciel que pour aiguiller des jeunes vers ces carrières, il faut des outils pour les intéresser à la science. Pour cela, il faut évidemment des magazines qui ciblent les jeunes, mais cela prend aussi des organismes comme l’ASP, qui s’adressent à la population en général et améliorent sa culture scientifique. Car c’est une chose que de montrer à un enfant que la science peut être formidable ; c’en est une autre que de maintenir cet intérêt lorsque ses parents lui répètent sans arrêt que «les maths et la science, c’est pas important et la preuve, c’est que j’ai toujours été pourri là-dedans pis j’me suis trouvé une bonne job pareil».

Mais, par dessus tout, ces coupures sont également de mauvaises décisions parce que jamais la science n’a été aussi présente dans nos vies qu’aujourd’hui. Absolument jamais. Et cela implique deux choses, à mon sens. Cela veut dire que jamais Monsieur et Madame Tout-le-Monde n’ont eu autant besoin de culture scientifique que dans les sociétés occidentales actuelles. Pour comprendre minimalement bien le monde dans lequel ils vivent et prendre des décisions citoyennes (voter, acheter tel produit plutôt qu’un autre, etc) un tant soit peu éclairées. Le nombre de dossiers dans lesquels un brin de culture scientifique s’impose est immense, il n’y a qu’à regarder rapidement l’actualité des dernières années pour s’en convaincre : OGM, sortie du nucléaire, exploitation de l’uranium, technologies de toutes sortes (téléphones, tablettes…), gaz et pétrole de schiste, changements climatiques, voiture électrique, soi-disant électrosmog, fluoration de l’eau potable — et j’en passe un sacré paquet.

Pour se dépatouiller dans tout cela, il faut un peu de culture scientifique. Ou, au strict minimum, des journalistes qui, eux, en ont et qui sont capables d’expliquer le fond de ces histoires. C’est ce que l’ASP fait (faisait ?) : donner l’heure juste sur tant et tant de sujets de nature plus technique ou scientifique. Et c’est ce qui sera difficile à remplacer, si le gouvernement ne renverse pas sa décision, car force est d’admettre que ce ne sont pas tous les journalistes et les médias, ni même une majorité, qui ont cet intérêt pour la science et ce souci de la rendre avec justesse, sans tomber dans le piège du sensationnalisme.

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Jeudi 11 décembre 2014 | Mise en ligne à 10h49 | Commenter Commentaires (21)

À la recherche du plastique perdu

268 940 tonnes de plastique. C’est la quantité, se présentant sous la forme de 5000 milliards de particules de toutes tailles, à laquelle arrive le dernier estimé des plastiques flottant dans les océans du monde, publié hier dans PLoS-ONE.

On peut trouver ici un compte-rendu en français de l’article savant, mais c’est un texte d’agence qui se contente de faire le tour des chiffres les plus spectaculaire et qui, à mon sens, passe à côté de l’essentiel : il «manque» du plastique dans ce qu’ont repêché les chercheurs menés par Marcus Eriksen, du Five Gyres Institute (Los Angeles), et il en manque beaucoup. D’après ce qu’on sait sur les quantités qui finissent dans les océans, ils auraient dû en trouver près de 15 fois plus.

Les plastiques arrivent à la mer en gros morceaux, qui se dégradent chimiquement petit à petit et sont brisés en morceaux de plus en plus petits par l’action du vent et des vagues. De ces macromorceaux (plus de 20 centimètres), Eriksen et al. en ont repêché assez pour estimer à 9 milliards leur nombre total dans les mers, comptant pour environ 75 % du poids total. Toujours en se basant sur ce qu’ils ont «attrapé» dans leurs filets, il y aurait encore plus de morceaux moyens (5 à 200 mm), avec environ 381 milliards qui flotteraient un peu partout, et encore davantage de petits morceaux (1 à 5 mm, 3020 milliards). Mais voilà, c’est déjà 10 fois moins que ce que l’on devrait trouver, compte tenu de ce que l’on sait sur la dégradation des gros morceaux, et au surplus, les chercheurs auraient dû trouver encore plus de particules de 0,33 à 1 mm, mais en ont remonté nettement moins (1830 milliards).

Si bien que le poids combiné des «microplastiques» de 5 mm et moins (35 500 tonnes dans le monde) est environ 100 fois moindre que ce à quoi les chercheurs s’attendaient. Alors au total, les quantités repêchées par l’équipe de M. Eriksen n’auraient donc pas dû mener à un estimé de 268 940 tonnes, mais bien de 268 940 – 35 500 + (35 500 x 100) = 3 783 440 tonnes de plastique, donc 14 fois plus.

Et pour bien obscurcir le tout, ces résultats tombent dans les mêmes eaux (pardon pour le jeu de mots) que deux autres estimés récents des quantités de microplastiques présentes dans les océans. On peut donc présumer qu’il n’y aurait pas eu, a priori, d’erreur de méthode…

Alors où est passé tout ce plastique ? On ne peut pour l’instant que faire des hypothèses. «Ces observations (…) suggèrent que des mécanismes éliminent des plastiques de la surface. Ils peuvent inclure la dégradation par les ultraviolets, la biodégradation, l’ingestion par des organismes, une flottabilité décrue par des organismes décomposeurs, la capture par d’autres détritus et l’échouage. La fragmentation des microplastiques déjà fragilisés peut être très élevée, brisant les microplastiques jusqu’à des tailles échappant à nos filets (mailles de 0,33 mm). Plusieurs études récentes démontrent en outre qu’il y a beaucoup plus d’organismes qu’on le pensait qui ingèrent les petites particules de plastiques. (…) De plus, on voit de plus en plus d’indications que des microbes peuvent biodégrader les plastiques. Ce processus devient de plus en plus important à mesure que les particules rapetissent, car à des tailles réduites, le ratio surface:volume accroît dramatiquement et les niveaux d’oxydation», suggèrent les auteurs.

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