Sciences dessus dessous

Archive de la catégorie ‘Espace’

Mardi 17 février 2015 | Mise en ligne à 10h56 | Commenter Commentaires (23)

L’image du jour : un (autre) mystère sur Mars…

Nuage de poussière ? Aurore boréale particulièrement puissance ? Ni l'un ni l'autre ? (Image : Nature)

Nuage de poussière ? Aurore «boréale» particulièrement puissante ? Ni l'un ni l'autre ? (Image : Nature)

On avait déjà (entre autres) le mystère de la présence (ou non) de méthane sur Mars à résoudre, voilà qu’un autre dossier vient de s’ajouter sur la pile. Au printemps 2012, deux énormes panaches de… de… de quelque chose sont apparus dans l’atmosphère de la planète rouge, et ont été signalés par des astronomes amateurs. Les «nuages», si c’en était bien, mesuraient entre 500 et 1000 kilomètres dans tous les direction, se sont élevés à des altitudes d’au moins 200 à 250 km et ont persisté pendant une dizaine de jours, rapportait hier la revue Nature. Et les astronomes sont bien en mal d’expliquer de quoi il s’agissait.

L’équipe européenne qui signe l’article avance deux possibilités, mais admet du même souffle que ni l’un ni l’autre n’est particulièrement convaincante. Il pourrait s’agir d’un nuage de poussières. D’après certaines analyses menées, les propriétés optiques de la «chose» semblent correspondre à ce que projetteraient des microcristaux de glace d’eau et de gaz carbonique dont le diamètre serait de l’ordre de 0,1 micron. Mais le problème, c’est que l’on n’a jamais observé ce genre de nuage à une telle altitude. Pour que de minuscules cristaux de ce type se forment à 250 km de haut, il faut des températures entre 50 et 100 °C plus froides que ce qu’on observe habituellement dans cette couche de l’atmosphère martienne. Et puis, pour atteindre une telle hauteur, il faut une très forte poussée verticale ; or les plus fortes surviennent en règle général autour de la mi-journée, quand le Soleil chauffe le plus — mais c’est à la frange du jour et de la nuit que le nuage a été détecté au départ.

Du point de vue de l’altitude, poursuivent donc les auteurs, il serait en principe plus réaliste de penser à une aurore martienne. Mais voilà, les mesures indiquent que l’aurore en question aurait été environ 3600 fois plus puissantes que celles que l’on voit sur Terre — et à un moment où l’activité solaire, qui doit être forte pour provoquer des aurores, ne l’était pas du tout.

Aux yeux des néophytes comme moi, on pourrait aussi dire qu’il y a une troisième possibilité qui pourrait expliquer la présence d’un si gros panache si haut dans le ciel martien, mais je n’ai vue abordée nulle part : un impact météoritique. J’imagine, remarquez bien, qu’il y a certainement d’excellentes raisons pour lesquelles cette hypothèse a été écartée d’emblée — forme des panaches ? absence de cratères majeurs constatée par la suite sous les nuages grâce aux orbiteurs présents autour de Mars ? autre chose ? —, mais je n’ai malheureusement pas trouvé de texte les expliquant. Y a-t-il un astronome/géologue dans la salle ?

En attendant d’y voir plus clair, avouons-le, ça fait des sacré belles astrophotos. Et j’ose à peine imaginer l’excitation des astronomes amateurs qui remarqué vu ces panaches les premiers…

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Mardi 16 décembre 2014 | Mise en ligne à 15h04 | Commenter Commentaires (29)

Du méthane sur Mars : le chaud et le froid

Du point de vue des irréductibles romantiques qui espèrent encore et toujours que l’on trouvera de la vie sur Mars, et dont le sus-signé fait fièrement partie, la NASA a soufflé à la fois le chaud et le froid, aujourd’hui, quand elle a dévoilé de nouvelles données (par ailleurs très intéressantes) prises par son rover Curiosity sur la planète rouge au cours des derniers mois.

D’une part, et c’est la grosse nouvelle du jour, les instruments du petit robot ont détecté du méthane (CH4) dans l’atmosphère martien. Ce n’est pas la première fois que l’on fait une telle annonce, puisque l’on a aussi cru en déceler en 2003 et en 2009, mais ces découvertes étaient accueillies avec une certaine suspicion. Comme ces lectures avaient été faites par des orbiteurs tournant autour de Mars, il restait possible que leurs instruments, extrêmement sensibles, aient en fait détecté le signal de l’atmosphère terrestre. On comptait donc sur Curiosity pour tirer tout cela au clair, et le robot avait même presque complètement écarté la présence de quantités significatives de méthane là-haut, il y a deux ans.

Mais voilà, Curiosity a continué de humer l’air martien depuis. Et sur 20 mois au cours desquels des mesures ont été enregistrées, quatre lectures (à la fin 2013 et au début de 2014) ont rendu des valeurs moyennes de 7 parties par milliard. On est loin des 1700 ppb que l’on trouve sur Terre, soit, mais comme le bruit de fond martien se situe à 0,7 ppb, cela suggère tout de même une ou des sources localisées et, surtout, actives. Et il est théoriquement possible, bien qu’une origine spatiale et/ou géologique de ce méthane demeure très vraisemblable, que ce gaz soit d’origine biologique.

Cependant, quand on lit bien le communiqué du JPL, on tombe sur un passage, vers la fin, qui augure plutôt mal pour l’existence des petits bonhommes verts. Curiosity a foré de petits trous dans le sol du cratère où il se trouve, qui abritait autrefois un lac. Le robot a analysé des gaz qui étaient prisonniers de ces sédiments, regardant particulièrement les isotopes de l’hydrogène — les noyaux d’hydrogène, rappelons-le, possèdent toujours un seul proton (autrement, ce ne serait pas de l’hydrogène) et habituellement aucun neutron (on parle alors d’«hydrogène-1», ou 1H, ou hydrogène tout court), mais il arrive que certains en aient un (on parle alors de deutérium, ou 2H). Cela n’a aucune incidence sur la nature chimique de l’atome, mais cela rend le deutérium plus lourd que l’hydrogène-1. Or, on sait que la planète perd petit à petit son atmosphère, et puisque l’hydrogène-1 est plus léger, il s’échappe plus vite dans l’espace que le deutérium.

Le ratio deutérium:hydrogène que Curiosity a mesuré dans la roche est environ 2 fois plus riche en 2H que la vapeur d’eau contenue dans l’air martien, ce qui signifie qu’il restait encore de l’eau sur Mars quand la roche sondée s’est formée, il y a environ 4 milliards d’années. Mais comme ce ratio est trois fois plus riche en deutérium que l’eau sur Terre, on peut déduire (en supposant que toute cette flotte ait une origine commune) que la planète rouge avait déjà perdu une grande partie de son eau il y a 4 milliards d’années — ce qui n’est pas tellement longtemps après sa formation, il y a autour de 4,5 milliards d’années.

Cela signifierait donc qu’il ne restait déjà plus grande eau sur Mars à une époque où la vie n’avait pas encore eu le temps d’apparaître sur Terre, les traces les plus anciennes remontant à environ 3,5 milliards d’années. À l’œil (à mes yeux de néophytes, du moins), ce n’est pas très bon signe…

Et à votre avis ?

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Jeudi 13 novembre 2014 | Mise en ligne à 11h10 | Commenter Commentaires (24)

Science : l’Europe fait le grand écart

Du point de vue de la science, l’Union européenne vient en quelque sorte de faire le grand écart, c’est-à-dire de faire une chose et son contraire.

On a amplement vu hier, et c’est tant mieux, la partie positive de cette acrobatie, le pied qui pointe vers l’avant, si l’on veut : la sonde Philae, qui s’est «posée» sur la comète 67P — encore que le verbe sous-entend une manœuvre plus contrôlée qu’elle ne l’a été en bout de ligne. Le robot a beau avoir rebondi et se trouver sur le bord d’une falaise et dans une position inclinée qui n’est pas idéale, cela demeure une réussite absolument remarquable. Imaginez : elle a été lancée il y a plus de 10 ans, a frôlé la Terre une première fois en 2005 afin de se servir de sa gravité pour accéléré, a frôlé Mars pour la même raison en 2007, et revenue accélérer autour de la Terre deux fois par la suite (fin 2007 et 2009), a côtoyé deux astéroïdes pendant tout ce temps, puis a frappé sa cible de 2 km par 4 au beau milieu de l’espace. La précision de ce vol est littéralement inouïe.

Mais comme n’importe quel «split», celui-ci implique que l’autre pied pointe vers l’arrière… La veille de l’atterrissage de Philae, alors que tous les yeux étaient tournés vers le ciel, la Commission européenne (CE) a discrètement annoncé qu’elle supprimait son poste de conseiller scientifique en chef, cédant ainsi aux pressions de groupes environnementaux comme Greenpeace. Celle qui occupait le poste, Anne Glover, avait suprêmement déplu aux milieux anti-OGM lorsqu’elle avait déclaré, l’an dernier, que l’Europe devait «repenser son opposition aux OGM», qui ne sont pas les poisons décrits (faussement) par nombre d’écolos. Sa position s’appuyait sur une revue récente de la recherche européenne à ce sujet et reflétait un consensus scientifique dont témoignent divers textes d’autorités scientifiques — la revue Nature, l’American Association for the Advancement of Science, l’American Medical Association et l’OMS (Q. 8), notamment —, mais le mouvement anti-OGM a depuis longtemps l’habitude de faire comme si les données qui ne font pas son affaire n’existaient pas.

La branche européenne de Greenpeace et ses alliés politiques ont donc entrepris une campagne visant à obtenir l’abolition pure et simple du poste de conseiller scientifique de la CE — pour un bon résumé, voir l’excellent blogue Tout se passe comme si. Ils lui reprochaient un présumé manque de transparence, un manque de reddition de compte et le fait que le poste concentrait trop de pouvoir à leur goût dans les mains d’une seule personne (!), mais le fait qu’ils aient demandé son abolition pure et simple au lieu plutôt que sa réforme ou que la création d’un comité aviseur en dit long, il me semble, sur les motifs véritables de cette campagne de lobby. Greenpeace et cie sont des groupes de pression, des organisations politiques, et en tant que telles, ils ont intérêt à garder le débat dans l’arène politique. Surtout lorsque la science les contredit.

AJOUT (11h30) : Notons que la décision a été dénoncée par nombre de chercheurs, d’observateur et d’organisations scientifiques, en Europe et ailleurs. Voir notamment ici, ici, ici et ici.

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