Sciences dessus dessous

Archive de la catégorie ‘Espace’

Mardi 19 janvier 2016 | Mise en ligne à 16h43 | Commenter Commentaires (70)

Vie sur Mars : la fois où McGill m’a crevé ma balloune

Travaux scientifiques dans la vallé Université, en Antarctique. (Crédit photo : Jackie Goordial)

Travaux scientifiques dans la vallé Université, en Antarctique. (Crédit photo : Jackie Goordial)

Les habitués de ce blogue savent que j’ai toujours été, suis et serai toujours un éternel romantique qui s’accrochera désespérément à toutes les raisons de croire qu’il peut, si minces soient les chances, y avoir de la vie sur Mars. Même juste un petit peu, même juste des microbes. Parce que, après tout, si des bactéries peuvent survivre dans des endroits aussi absurdes que 1,6 km sous le plancher marin et prendre un bain à 140°C, si des tardigrades (minuscules bibittes de 1mm de long, parents éloignés des insectes) peuvent endurer 150°C, des variations de pression entre 6 fois celle des abysses et le vide de l’espace, se prendre des doses de rayons gamma fatales pour n’importe quel autre organisme, être congelé jusqu’à –270°C et manquer d’eau pendant 120 ans puis se réveiller comme si de rien n’était, alors on se dit qu’il peut y avoir de la vie partout.

C’est de la logique élémentaire, simplissime, n’importe qui devrait le comprendre instantanément. Maintenant, allez expliquer ça aux «faits», vous, parce que ces machins-là ont la réputation d’avoir la tête dure et qu’une équipe de McGill vient de découvrir ce qui est possiblement le seul endroit à la surface de la Terre où il n’y a aucune vie active. La vallée University, en Antarctique, est sans doute le pire de tous les «déserts froids» de la planète, et c’est précisément ce qui intéressait les chercheurs, puisque ce sont des conditions relativement semblables à celles qui prévalent sur Mars. Il en est ainsi depuis 150 000 ans mais, lit-on dans ce communiqué, l’équipe de Lyle G. Whyte s’attendait quand même à y trouver une activité microbienne parce que… eh bien parce qu’on avait toujours trouvé au moins un peu de microbes actifs partout où on avait regardé sur Terre jusqu’à présent, même dans le pergélisol arctique.

Alors ils ont cherché, tourné les pierres, foré des trous et puis… rien. Une des chercheuses de l’équipe a eu beau tenter de cultiver des bactéries en labo à partir d’échantillons de sol prélevés là-bas sur plus de 1000 pétris (!), les scientifiques ont eu beau faire des tests sur place, ou ramener de la terre et faire des tests de détection génétique dans l’espoir de trouver des gènes de bactéries ou de champignons, rien n’y fit. Il ne reste là-bas rien d’autre que des «vestiges de microbes en dormance ou qui s’éteignent lentement», dit M. Whyte.

Or, ajoute-t-il, «si on ne détecte aucun signe de vie sur Terre, dans un milieu qui foisonne de micro-organismes, il est fortement improbable qu’on parvienne à en détecter dans le sol martien.»

J’ai beau être romantique et M. Whyte nuancer qu’il y a peut-être des endroits pas testés et/ou d’autres manières de détecter la vie qui donneraient des résultats, j’avoue ne plus trouver grand-poigne à laquelle m’agripper. Y a-t-il quelqu’un ici qui garde espoir ?

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Lundi 28 septembre 2015 | Mise en ligne à 12h18 | Commenter Commentaires (26)

Première preuve directe d’eau liquide sur Mars

Sur les pentes du cratère Garni, des coulées comme celles-ci apparaissent et disparaissent au gré des saisons. (Image : NASA/JPL/University of Arizona)

Sur les pentes du cratère Garni, des coulées comme celles-ci apparaissent et disparaissent au gré des saisons. (Image : NASA/JPL/University of Arizona)

On en avait trouvé sous forme de glace, sous forme de vapeur, sous forme de traces anciennes de lacs et de rivières, mais aussi intéressantes et éclairantes qu’elles furent pour écrire l’histoire de Mars, ces découvertes s’apparentaient toutes plus ou moins à de la «triche», comme disent mes enfants : si on cherchait de l’eau sur la planète rouge, c’est parce qu’ultimement on voulait y trouver de la vie. Et pour ça, l’eau doit être liquide, mais c’est une chose qui nous avait constamment échappé jusqu’à ce que Nature Geoscience en annonce ce matin la première «preuve» — ou du moins ce qui y ressemble drôlement.

Les quelques sondes qui photographient Mars du haut des airs depuis quelques années avaient clairement montré qu’il y avait quelque chose qui coulait, littéralement, sur certaines pentes martiennes en été. Puis la saison froide arrivait et les coulées disparaissaient — pour mieux réapparaître à la saison chaude suivante, voir l’image ci-haut ou ce beau gif animé sur Wiki. Mais qu’est-ce qui, au juste, s’écoulait ainsi ? On se doutait qu’il pouvait s’agir d’eau liquide puisque la température de ces pentes, sous les rayons solaires, s’élèvent couramment aux alentours de –20°C, voir presque jusqu’à 0°C. Pour peu qu’une eau soit riche en sels, elle peut demeurer liquide à ces températures.

Mais on n’avait jamais été capable d’aller au-delà des spéculations et des educated guesses. Jusqu’à ce qu’une équipe dirigée par Lujendra Ojha, de l’Institut technique de Georgie, parvienne à extirper savamment quelques signaux optiques des images satellites. La tâche n’était pas facile : certaines des photographies dans le spectre visible à l’œil nu ont une précision très impressionnante, mais elles ne permettent pas de faire les analyses optiques nécessaires pour identifier de l’eau. Pour ce faire, M. Ojha a décortiqué les données d’un instrument nommé CRISM (pour Compact Reconnaissance Imaging Spectrometer for Mars) qui «voit» plus de 500 fréquences différentes dans l’infrarouge, à la recherche de «bandes d’absorption» typiques de l’eau. (Notons ici que chaque substance a une manière particulière d’interagir avec la lumière, réfléchissant certaines fréquences et en absorbant d’autres ; cela donne une sorte de code barre qui permet d’identifier à distance de quoi il s’agit.)

Or voilà, la définition de CRISM n’est que de 18 mètres par pixel, ce qui est à peu près la taille maximale des coulées observées sur Mars. M. Ojha et son équipe ont donc dû chercher des régions de la planète où ces coulées étaient larges et abondantes, en plus de mettre au point une méthode pour éliminer le bruit de fond, mais les résultats ont fini par arriver : les astronomes ont trouvé la signature optique de l’eau liquide dans ces endroits, de même que la signature particulière que laissent les sels dissous dans l’eau et qui se dépose au fond.

Bref, même si je n’ai pas encore eu le temps de voir la réaction des experts (j’ajouterai des liens ci-bas dans les prochaines heures), c’est le signe le plus fort qu’on ait trouvé jusqu’à présent de la présence d’eau liquide sur Mars.

Maintenant, il faut noter qu’on ne sait pratiquement rien sur ce qu’il y a dans cette eau, ni sur son origine. À suivre…

AJOUT (16h40) : J’ai fait une entrevue avec l’astrophysicien et spécialiste de la recherche de vie extraterrestre de l’UdeM Robert Lamontagne, et il souligne — chose que j’avais négligé de préciser ce matin, dans mon empressement, mea culpa — que les saumures qui semblent bien laisser ces traces de coulées ne sont a priori pas un environnement dans lequel la vie terrestre peut persister. Bien sûr, en bio, «on ne sait jamais», dit-il, mais le fait est que même les bactéries extrêmophiles les plus endurcies que l’on connaît ne survivraient probablement pas à de telles conditions.

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Mercredi 12 août 2015 | Mise en ligne à 15h45 | Commenter Commentaires (30)

La planète perdue

Le Soleil aurait-il trouvé le moyen de «perdre» une planète ? Une géante gazeuse, de surcroît ? C’est en tout cas l’hypothèse qu’avance l’astronome David Nesvorny, du Southwest Research Institute, dans un papier qui vient de paraître dans The Astronomical Journal (voir ici pour le pdf publié sur arxiv.org) pour expliquer l’orbite actuelle de Neptune et l’existence d’une bien étrange structure dans la «ceinture de Kuiper», cet anneau de trillions d’objets glacés qui orbitent autour du Soleil, au-delà de Neptune.

Dans cette ceinture se trouve un sous-groupe que les astronomes appellent the kernel en anglais — le «pignon» ou le «noyau», en français. Alors que les autres objets de la ceinture de Kuiper sont largement dispersés de part et d’autre du plan orbital des planètes, les quelque 25 000 objets formant le «noyau» n’en dérivent jamais et se tiennent bien ensemble. On a déjà cru qu’ils étaient les restes d’une ancienne collision entre astéroïdes, mais une telle origine aurait eu tôt fait d’éparpiller les débris aux quatre coins de la ceinture de Kuiper.

Pour essayer d’y voir plus clair, M. Nesvorny, un spécialiste des modèles numériques, a donc utilisé ce qu’on sait de l’histoire du système solaire et du «noyau» (orbite, nature, etc) pour remonter sa trajectoire jusqu’à sa formation. Après une centaine d’essais/erreurs/peaufinage, le chercheur en a trouvé une seule qui parviennent à expliquer l’existence de ce kernel tout en la conciliant avec d’autres variables. C’est d’ailleurs là le grand défi de ce genre d’exercice : il est toujours (relativement) facile de régler une simulation pour qu’elle accouche d’une caractéristique en particulier, mais c’est une autre paire de manche que de la faire déboucher sur plusieurs points du réel en même temps, lit-on dans ce compte-rendu de Science.

Selon les travaux de M. Nesvorny, le «noyau» aurait pris naissance à peu près au même endroit et en même temps que Neptune. On croit que celle-ci s’est formée beaucoup plus proche du Soleil qu’elle ne l’est maintenant, car sur l’orbite actuel de Neptune, le grand disque de matière qui a fini par donner système solaire, il y a 5 milliards d’années, n’était pas assez dense pour s’agréger en une planète. Neptune serait donc «née» plus proche et aurait migré par la suite.

Mais voilà, pour obtenir le «noyau» de la ceinture de Kuiper, cette migration ne suffit pas. M. Nesvorny a eu besoin d’une cinquième planète gazeuse — avec Saturne, Jupiter, Uranus et Neptune — pour déranger la migration de Neptune et «tirer» dessus assez fort pour faire décrocher le «noyau».

Fait intéressant, dans d’autres simulations en 2011, M. Nesvorny avait trouvé que les orbites actuelles des planètes s’expliquaient plus facilement si l’on ajoutait, dans les premiers temps du système solaire, une cinquième planète gazeuse.

Maintenant, il y a deux grandes façons d’aborder ce genre de résultats. D’un côté, on peut se dire que quand il faut inventer une géante gazeuse, rien que ça, pour qu’une théorie fonctionne, c’est généralement le signe que l’échafaudage ne tient pas debout tout seul. Mais d’un autre côté, cette idée d’une cinquième planète explique désormais au moins deux caractéristiques réelles du système solaire…

De quel côté penchez-vous ?

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