Sciences dessus dessous

Archive de la catégorie ‘Espace’

Mardi 17 mars 2015 | Mise en ligne à 15h14 | Commenter Commentaires (48)

Mars One vu de l’intérieur : pas joli…

Hein ? Le projet Mars One serait une arnaque ? C’est en tout cas l’impression qui se dégage de cette entrevue morbidement fascinante avec un des 100 finalistes sélectionnés le mois dernier. Et ce n’est guère plus qu’une moitié de surprise, je vous l’accorde, puisqu’il est évident depuis le début que la technologie actuelle ne permet pas d’aller sur Mars et que ce ne sera pas le cas avant une couple de décennies, au bas mot. Mais bon, les témoignages de l’intérieur sont toujours intéressants dans des cas comme ça, et celui de l’astrophysicien Joseph Roche est particulièrement éloquent.

Mars One, rappelons-le, est ce projet d’une OSBL néerlandaise visant non seulement à envoyer un humain sur Mars, ce qui serait une prouesse inouïe, mais à en «shipper» deux douzaines pour carrément fonder une colonie permanente sur la planète rouge dès 2025. Le tout sur un budget de 6 milliards $, un prix défiant toute concurrence, pour ne pas dire toute vraisemblance.

L’automne dernier, la journaliste australienne Elmo Keep avait déjà déboulonné assez de mythes autour de l’entreprise — sans argent, sans contrat avec le milieu de l’aérospatiale, qui n’aurait pas reçu les 200 000 candidatures annoncées, mais plutôt 2000, et qui s’est fait larguer par une compagnie de télé qui promettait le pactole pour tout filmer — pour que l’on enterre ce projet mort-né. Mais à son grand désarroi, Mars One a continué de jouir d’une couverture médiatique assez peu critique, encore qu’il faut préciser ici, je pense, que si les premiers rapports de presse manquaient effectivement de perspective, bien des médias ont fini par réajuster le tir par la suite.

Or voilà que Joseph Roche, astrophysicien au Trinity College et un des 100 heureux finalistes, s’est confié à Mme Keep. Il s’était porté candidat, au départ, parce qu’il voyait là-dedans une façon de promouvoir la science et l’astronomie, mais ce qu’il a vu n’est pas très édifiant…

«Je n’ai pas rencontré qui que ce soit de Mars One en personne, dit M. Roche. Au départ, ils disaient qu’il y aurait des rondes régionales d’entrevues, que nous nous rendrions sur place pour être interviewés, que nous serions testés pendant plusieurs jours et, dans mon esprit, cela sonnait comme quelque chose qui pouvait s’approcher d’un processus légitime de sélection d’astronaute. Mais ensuite, ils nous ont fait signer une entente de confidentialité si nous souhaitions être interviewés et, tout d’un coup, les entrevues se sont transformées en appel Skype de 10 minutes.»

Jusqu’à présent, M. Roche, n’a donc été sélectionné que sur la base d’une vidéo qu’il a lui-même produite pour se présenter, un petit questionnaire, un examen médical (avec son médecin à lui) et un bref entretien par Skype. Et le gars est «finaliste», ce qui donne une idée de la valeur du processus.

Mais plus troublant, peut-être, est ce qu’il raconte à propos du système de pointage par lequel les candidats sont évalués. «Quand vous joignez la communauté de Mars One, ce qui survient automatiquement si vous posez votre candidature, ils commencent à vous donner des points, explique M. Roche. Vous obtenez des points lors des rondes de sélection (mais le nombre de points est arbitraire, rien à voir avec votre classement). Et ensuite, la seule façon d’obtenir plus de points est d’acheter des marchandises de Mars One ou de leur faire des dons.»

Lorsqu’un candidat donne une entrevue rémunérée à un média, il est suggéré qu’il donne 75 % de son cachet à Mars One. Et il semble que les candidats qui ont le plus de chance d’être sélectionnés sont ceux qui ont rapporté le plus d’argent.

Bref, une entrevue à lire. Surtout si, malgré d’accessoires petites questions sur la survie des astronautes, vous êtes déçu de ne pas avoir été choisi…

AJOUT (18 mars) : Mars One nie que les dons ont quoi que ce soit à voir avec la sélection des candidats.

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Mardi 17 février 2015 | Mise en ligne à 10h56 | Commenter Commentaires (23)

L’image du jour : un (autre) mystère sur Mars…

Nuage de poussière ? Aurore boréale particulièrement puissance ? Ni l'un ni l'autre ? (Image : Nature)

Nuage de poussière ? Aurore «boréale» particulièrement puissante ? Ni l'un ni l'autre ? (Image : Nature)

On avait déjà (entre autres) le mystère de la présence (ou non) de méthane sur Mars à résoudre, voilà qu’un autre dossier vient de s’ajouter sur la pile. Au printemps 2012, deux énormes panaches de… de… de quelque chose sont apparus dans l’atmosphère de la planète rouge, et ont été signalés par des astronomes amateurs. Les «nuages», si c’en était bien, mesuraient entre 500 et 1000 kilomètres dans tous les direction, se sont élevés à des altitudes d’au moins 200 à 250 km et ont persisté pendant une dizaine de jours, rapportait hier la revue Nature. Et les astronomes sont bien en mal d’expliquer de quoi il s’agissait.

L’équipe européenne qui signe l’article avance deux possibilités, mais admet du même souffle que ni l’un ni l’autre n’est particulièrement convaincante. Il pourrait s’agir d’un nuage de poussières. D’après certaines analyses menées, les propriétés optiques de la «chose» semblent correspondre à ce que projetteraient des microcristaux de glace d’eau et de gaz carbonique dont le diamètre serait de l’ordre de 0,1 micron. Mais le problème, c’est que l’on n’a jamais observé ce genre de nuage à une telle altitude. Pour que de minuscules cristaux de ce type se forment à 250 km de haut, il faut des températures entre 50 et 100 °C plus froides que ce qu’on observe habituellement dans cette couche de l’atmosphère martienne. Et puis, pour atteindre une telle hauteur, il faut une très forte poussée verticale ; or les plus fortes surviennent en règle général autour de la mi-journée, quand le Soleil chauffe le plus — mais c’est à la frange du jour et de la nuit que le nuage a été détecté au départ.

Du point de vue de l’altitude, poursuivent donc les auteurs, il serait en principe plus réaliste de penser à une aurore martienne. Mais voilà, les mesures indiquent que l’aurore en question aurait été environ 3600 fois plus puissantes que celles que l’on voit sur Terre — et à un moment où l’activité solaire, qui doit être forte pour provoquer des aurores, ne l’était pas du tout.

Aux yeux des néophytes comme moi, on pourrait aussi dire qu’il y a une troisième possibilité qui pourrait expliquer la présence d’un si gros panache si haut dans le ciel martien, mais je n’ai vue abordée nulle part : un impact météoritique. J’imagine, remarquez bien, qu’il y a certainement d’excellentes raisons pour lesquelles cette hypothèse a été écartée d’emblée — forme des panaches ? absence de cratères majeurs constatée par la suite sous les nuages grâce aux orbiteurs présents autour de Mars ? autre chose ? —, mais je n’ai malheureusement pas trouvé de texte les expliquant. Y a-t-il un astronome/géologue dans la salle ?

En attendant d’y voir plus clair, avouons-le, ça fait des sacré belles astrophotos. Et j’ose à peine imaginer l’excitation des astronomes amateurs qui remarqué vu ces panaches les premiers…

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Mardi 16 décembre 2014 | Mise en ligne à 15h04 | Commenter Commentaires (29)

Du méthane sur Mars : le chaud et le froid

Du point de vue des irréductibles romantiques qui espèrent encore et toujours que l’on trouvera de la vie sur Mars, et dont le sus-signé fait fièrement partie, la NASA a soufflé à la fois le chaud et le froid, aujourd’hui, quand elle a dévoilé de nouvelles données (par ailleurs très intéressantes) prises par son rover Curiosity sur la planète rouge au cours des derniers mois.

D’une part, et c’est la grosse nouvelle du jour, les instruments du petit robot ont détecté du méthane (CH4) dans l’atmosphère martien. Ce n’est pas la première fois que l’on fait une telle annonce, puisque l’on a aussi cru en déceler en 2003 et en 2009, mais ces découvertes étaient accueillies avec une certaine suspicion. Comme ces lectures avaient été faites par des orbiteurs tournant autour de Mars, il restait possible que leurs instruments, extrêmement sensibles, aient en fait détecté le signal de l’atmosphère terrestre. On comptait donc sur Curiosity pour tirer tout cela au clair, et le robot avait même presque complètement écarté la présence de quantités significatives de méthane là-haut, il y a deux ans.

Mais voilà, Curiosity a continué de humer l’air martien depuis. Et sur 20 mois au cours desquels des mesures ont été enregistrées, quatre lectures (à la fin 2013 et au début de 2014) ont rendu des valeurs moyennes de 7 parties par milliard. On est loin des 1700 ppb que l’on trouve sur Terre, soit, mais comme le bruit de fond martien se situe à 0,7 ppb, cela suggère tout de même une ou des sources localisées et, surtout, actives. Et il est théoriquement possible, bien qu’une origine spatiale et/ou géologique de ce méthane demeure très vraisemblable, que ce gaz soit d’origine biologique.

Cependant, quand on lit bien le communiqué du JPL, on tombe sur un passage, vers la fin, qui augure plutôt mal pour l’existence des petits bonhommes verts. Curiosity a foré de petits trous dans le sol du cratère où il se trouve, qui abritait autrefois un lac. Le robot a analysé des gaz qui étaient prisonniers de ces sédiments, regardant particulièrement les isotopes de l’hydrogène — les noyaux d’hydrogène, rappelons-le, possèdent toujours un seul proton (autrement, ce ne serait pas de l’hydrogène) et habituellement aucun neutron (on parle alors d’«hydrogène-1», ou 1H, ou hydrogène tout court), mais il arrive que certains en aient un (on parle alors de deutérium, ou 2H). Cela n’a aucune incidence sur la nature chimique de l’atome, mais cela rend le deutérium plus lourd que l’hydrogène-1. Or, on sait que la planète perd petit à petit son atmosphère, et puisque l’hydrogène-1 est plus léger, il s’échappe plus vite dans l’espace que le deutérium.

Le ratio deutérium:hydrogène que Curiosity a mesuré dans la roche est environ 2 fois plus riche en 2H que la vapeur d’eau contenue dans l’air martien, ce qui signifie qu’il restait encore de l’eau sur Mars quand la roche sondée s’est formée, il y a environ 4 milliards d’années. Mais comme ce ratio est trois fois plus riche en deutérium que l’eau sur Terre, on peut déduire (en supposant que toute cette flotte ait une origine commune) que la planète rouge avait déjà perdu une grande partie de son eau il y a 4 milliards d’années — ce qui n’est pas tellement longtemps après sa formation, il y a autour de 4,5 milliards d’années.

Cela signifierait donc qu’il ne restait déjà plus grande eau sur Mars à une époque où la vie n’avait pas encore eu le temps d’apparaître sur Terre, les traces les plus anciennes remontant à environ 3,5 milliards d’années. À l’œil (à mes yeux de néophytes, du moins), ce n’est pas très bon signe…

Et à votre avis ?

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