Sciences dessus dessous

Archive de la catégorie ‘Espace’

Jeudi 13 novembre 2014 | Mise en ligne à 11h10 | Commenter Commentaires (24)

Science : l’Europe fait le grand écart

Du point de vue de la science, l’Union européenne vient en quelque sorte de faire le grand écart, c’est-à-dire de faire une chose et son contraire.

On a amplement vu hier, et c’est tant mieux, la partie positive de cette acrobatie, le pied qui pointe vers l’avant, si l’on veut : la sonde Philae, qui s’est «posée» sur la comète 67P — encore que le verbe sous-entend une manœuvre plus contrôlée qu’elle ne l’a été en bout de ligne. Le robot a beau avoir rebondi et se trouver sur le bord d’une falaise et dans une position inclinée qui n’est pas idéale, cela demeure une réussite absolument remarquable. Imaginez : elle a été lancée il y a plus de 10 ans, a frôlé la Terre une première fois en 2005 afin de se servir de sa gravité pour accéléré, a frôlé Mars pour la même raison en 2007, et revenue accélérer autour de la Terre deux fois par la suite (fin 2007 et 2009), a côtoyé deux astéroïdes pendant tout ce temps, puis a frappé sa cible de 2 km par 4 au beau milieu de l’espace. La précision de ce vol est littéralement inouïe.

Mais comme n’importe quel «split», celui-ci implique que l’autre pied pointe vers l’arrière… La veille de l’atterrissage de Philae, alors que tous les yeux étaient tournés vers le ciel, la Commission européenne (CE) a discrètement annoncé qu’elle supprimait son poste de conseiller scientifique en chef, cédant ainsi aux pressions de groupes environnementaux comme Greenpeace. Celle qui occupait le poste, Anne Glover, avait suprêmement déplu aux milieux anti-OGM lorsqu’elle avait déclaré, l’an dernier, que l’Europe devait «repenser son opposition aux OGM», qui ne sont pas les poisons décrits (faussement) par nombre d’écolos. Sa position s’appuyait sur une revue récente de la recherche européenne à ce sujet et reflétait un consensus scientifique dont témoignent divers textes d’autorités scientifiques — la revue Nature, l’American Association for the Advancement of Science, l’American Medical Association et l’OMS (Q. 8), notamment —, mais le mouvement anti-OGM a depuis longtemps l’habitude de faire comme si les données qui ne font pas son affaire n’existaient pas.

La branche européenne de Greenpeace et ses alliés politiques ont donc entrepris une campagne visant à obtenir l’abolition pure et simple du poste de conseiller scientifique de la CE — pour un bon résumé, voir l’excellent blogue Tout se passe comme si. Ils lui reprochaient un présumé manque de transparence, un manque de reddition de compte et le fait que le poste concentrait trop de pouvoir à leur goût dans les mains d’une seule personne (!), mais le fait qu’ils aient demandé son abolition pure et simple au lieu plutôt que sa réforme ou que la création d’un comité aviseur en dit long, il me semble, sur les motifs véritables de cette campagne de lobby. Greenpeace et cie sont des groupes de pression, des organisations politiques, et en tant que telles, ils ont intérêt à garder le débat dans l’arène politique. Surtout lorsque la science les contredit.

AJOUT (11h30) : Notons que la décision a été dénoncée par nombre de chercheurs, d’observateur et d’organisations scientifiques, en Europe et ailleurs. Voir notamment ici, ici, ici et ici.

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Mardi 28 octobre 2014 | Mise en ligne à 14h31 | Commenter Commentaires (13)

L’image du jour : l’acné solaire

Image : SOHO, NASA

Image : SOHO, NASA

C’est une énorme, gargantuesque tache solaire qui est apparue ces derniers jours sur notre étoile. Le «bouton» obstrue une surface comparable au diamètre de Jupiter, ce qui correspond à une dizaine de fois celui de la Terre, et est le plus gros que l’on ai vu depuis près de 25 ans, selon la NASA. Et elle est si grosse qu’elle est visible «à l’œil nu» de la Terre, même s’il faut bien sûr prendre diverses précautions pour observer le Soleil.

Les taches solaires sont des endroits à la surface du Soleil qui deviennent momentanément plus «froids» que le reste — enfin, «moins brulants» : on parle d’environ 4500 °K au lieu de 6000. Les raisons n’en sont pas encore tout à fait éclaircies, mais leur nombre fluctue en même temps que l’activité solaire. Comme le Soleil devient un peu plus ou un peu moins actif sur un cycle de 11 ans, les taches suivent le même rythme.

En ce moment, nous nous trouvons justement au sommet d’un de ces cycles ; cela peut donc en principe expliquer la présence de ce monstre. Mais d’un autre côté, le Soleil traverse une phase un peu déprimée, si bien que le sommet actuel n’est pas particulièrement élevé, bien au contraire.

Depuis son apparition, le 19 octobre, cette grosse tache dénommée AR-12192 a causé pas moins de six éruptions solaires (de gros «flash» de lumière), mais encore aucune «éjection de masse coronale», ces explosions au cours desquelles le Soleil envoie des milliards de tonnes de matière dans l’espace. Ce sont des éjections qui provoquent les aurores boréales et les tempêtes magnétiques qui peuvent interférer avec diverses technologies comme les GPS ou les réseaux électriques.

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Mercredi 15 octobre 2014 | Mise en ligne à 9h59 | Commenter Commentaires (15)

L’image du jour : l’atmosphère de Mars fout le camp

En rouge et en vert, le carbone et l'oxygène atomiques s'échappant (un peu) dans l'espace. En bleu, l'hydrogène qui, lui, «fuit» tellement qu'il laisse un panache faisant plus de 5 fois le rayon de Mars. (Image : University of Colorado/NASA)

En rouge et en vert, le carbone et l'oxygène atomiques s'échappant (un peu) dans l'espace. En bleu, l'hydrogène qui, lui, «fuit» tellement qu'il laisse un panache faisant plus de 5 fois le rayon de Mars. (Image : University of Colorado/NASA)

Je vous l’ai déjà dit plusieurs fois, et j’espère que cette fois-ci vous me croirez : nous vivons une époque formidable. Il y a seulement quelques années, l’idée de «voir» directement l’atmosphère de Mars en train de s’échapper dans l’espace aurait eu, aux yeux de la plupart, des airs de science-fiction un peu tirée par les cheveux. Or c’est maintenant chose faite.

La sonde américaine MAVEN (Mars Atmosphere and Volatile Evolution), qui vient d’arriver à destination et a commencé à orbiter autour de la planète rouge le 21 septembre, a envoyé ses premiers clichés tout récemment. Et ils montrent clairement que Mars perd son atmosphère : surtout de l’hydrogène, mais aussi des atomes plus lourds comme du carbone et de l’oxygène, même si ceux-ci restent plus proches du sol.

L’hydrogène provient de molécules de vapeur d’eau qui sont brisées en haute atmosphère sous l’effet des rayons les plus énergétiques du Soleil. Mais c’est surtout le «vent solaire», ce flux de particules éjectées à très haute vitesse par le Soleil lors d’éruptions, qui emporte petit à petit le peu de gaz qu’il reste dans l’«air» martien. On croit qu’en vertu de ce processus, Mars a cessé d’être la planète assez chaude et humide munie d’une atmosphère dense (qui comprenait des gaz à effet de serre qui la réchauffaient, dont la vapeur d’eau) qu’elle fut il y a très longtemps, pour devenir le désert froid qu’elle est aujourd’hui.

Et cela ne s’améliorera pas, puisque les images prises par MAVEN montrent bien qu’elle perd encore et toujours le petit peu de gaz et d’eau qu’il lui reste. Alors, la gang, être-vous sûr de toujours vouloir votre aller simple pour Mars ? Hein ?

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