Sciences dessus dessous

Archive de la catégorie ‘Espace’

Mardi 15 avril 2014 | Mise en ligne à 14h38 | Commenter Commentaires (55)

Le coût des vols spatiaux divisé par 100 ?

Jusqu'en janvier dernier (image de gauche), la fusée Falcon-9 n'était pas équipée de trains d'atterrissage. SpaceX a toutefois muni son engin d'un tel équipement tout récemment (image de droite) dans l'espoir, éventuellement, de récupérer ses fusées et de les réutiliser, ce qui pourrait faire fondre les coûts des vols spatiaux. (Crédit photo : SpaceX)

Jusqu'en janvier dernier (image de gauche, lors du lancement d'un satellite de communication), la fusée Falcon-9 n'était pas équipée de trains d'atterrissage. SpaceX a toutefois muni son engin d'un tel équipement tout récemment (image de droite) dans l'espoir, éventuellement, de récupérer ses fusées et de les réutiliser, ce qui pourrait faire fondre les coûts des vols spatiaux. (Crédit photo : SpaceX)

Mine de rien, c’est peut-être une nouvelle page dans la conquête spatiale qui pourrait commencer à s’écrire vendredi. Je dis bien «peut-être», n’est-ce pas, parce qu’on tombe ici dans un certain degré de futurologie. Mais il n’empêche : la firme américaine Space X, qui a mis au point le premier dispositif de «ravitaillement commercial» de la Station spatial internationale, va tester pour la toute première fois cette semaine des trains d’atterrissage sur sa fusée Falcon-9.

La nouvelle peut sembler anodine, et il est toujours possible qu’elle se révèle sans conséquence, mais le but de ces «pattes» est d’éventuellement faire atterrir sans dégât la fusée afin de la récupérer et de la réutiliser. Et c’est ce dernier verbe qui promet un grand chambardement de nos habitudes spatiales car jusqu’à présent, à peu près toutes les fusées que nous avons assemblées n’ont été conçues que pour un usage unique : lancement d’une cargaison dans l’espace, puis destruction du propulseur lors de sa rentrée dans l’atmosphère. C’était, j’imagine, plus simple de procéder ainsi, mais l’ennui est que ces engins ne sont pas gratuits.

Loin, loin de là… D’après des chiffres de SpaceX, un lancement de Falcon-9 coûte près de 55 millions $. De ce montant, la facture de carburant s’élève à seulement 200 000 $. C’est vraiment l’assemblage des fusées qui est ruineux, si bien qu’en parvenant à les réutiliser, on pourrait espérer tronçonner les coûts de lancement par un facteur 100.

Ce sont là, du moins, les chiffres avancés par le patron de SpaceX, Elon Musk. Mais ils ont été repris par l’ex-astronaute canadien Chris Hadfield il y a à peine plus de deux semaines — voir ici.

En soi, le simple fait de diviser les coûts de lancement par un facteur, disons, de «seulement» 50, serait potentiellement révolutionnaire pour la présence humaine dans l’espace. En outre, une fusée capable de décoller et d’atterrir pourrait également s’avérer un morceau d’équipement crucial en vue d’une éventuelle mission habitée sur Mars.

On en est encore très loin, mais il faut bien commencer quelque part. Des essais ont été réalisés l’an dernier (pour ceux qui ont des gamins amateurs de fusées comme les miens, voir ceci absolument) et, comme l’explique ce compte-rendu du New Scientist, la fusée devrait rallumer trois de ses moteurs juste avant sa rentrée dans l’atmosphère afin de décélérer jusqu’à des vitesses où Falcon-9 ne se consumera pas à cause de la friction de l’air. Dix secondes plus tard, les trains devraient se déployer, mais la trajectoire prévue finira tout de même dans l’océan. Les autres étapes d’une récupération de fusée seront tentées dans des missions ultérieures.

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Vendredi 24 janvier 2014 | Mise en ligne à 11h00 | Commenter Commentaires (45)

Qui retourne les roches sur Mars ?

(Image : NASA)

(Image : NASA)

Drôle d’histoire que celle de ce caillou qui est soudainement apparu sur les image que le rover Opportunity nous envoie de Mars. Comme par magie.

Le petit véhicule fait du sur place depuis quelque temps, attendant que l’hiver martien finisse par passer avant de reprendre son périple — le robot a parcouru environ 38 km depuis son arrivée sur la planète rouge, en 2004, et a complètement pulvérisé ses prévisions de durée de vie, lui dont la mission ne devait durer que 90 jours. Il lui arrive donc d’envoyer des photos des mêmes emplacements à quelques jours d’intervalle, et c’est en plein ce que montre l’image ci-dessus. À gauche, on voit le sol juste à côté d’Opportunity, tel qu’il était au 3528e jour de sa mission ; à droite, exactement la même parcelle, dont on reconnaît les motifs… À part le «nouveau venu», qui intrigue les savants de la NASA.

À prime abord, puisque Mars est doté d’une atmosphère, on se dit que cela peut être un morceau de je-ne-sais-quoi qui aurait été balayé là par le vent. Mais cet atmosphère est beaucoup plus ténue que celle de la Terre, ce qui signifie que les vents n’y sont pas particulièrement forts en général. En outre, l’image montre très bien que des grains de poussière beaucoup plus petits que le mystérieux caillou sont restés bien en place durant ces 12 jours, ce qui élimine cette possibilité.

Une autre hypothèse soulevée veut qu’un météorite ait percuté Mars non loin d’Opportunity, et que le caillou en serait un fragment. Mais la planète rouge est un milieu très statique qui rend la détection d’un nouveau cratère relativement facile, et l’on n’a rien vu qui ressemble à «un trou fumant», dit le directeur de la mission et astronome à l’Université Cornell Steven Squyres.

Autre possibilité, donc : au cours de ses manœuvres des derniers jours, Opportunity aurait lui-même retourné la petite roche. C’est l’hypothèse que retient tout le monde a priori, mais le caillou n’en reste pas moins étonnant. Dans sa partie rouge, la petite dépression que l’on voit sur le dessus, la roche contient beaucoup de soufre et de magnésium, en plus d’être deux fois plus riche en manganèse que tout ce qu’on a vu sur Mars jusqu’à présent. Cette composition peut cependant sembler faussement atypique, puisque si la roche a été retournée pour la première fois en quelques milliards d’années, il n’est que normal que sa chimie soit différente de ses environs immédiats.

Je sens qu’il y a quelques géologues dans la salle qui ont des choses à dire, ici…

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Lundi 20 janvier 2014 | Mise en ligne à 9h56 | Commenter Commentaires (17)

Quelques réponses de Chris Hadfield

Chose promise, chose due : je vous avais dit ici que j’essayerais de relayer (certaines de) vos questions à l’astronaute Chris Hadfield, que j’ai eu en entrevue vendredi dernier. Alors voici ce que j’ai pu obtenir au cours des 20 minutes qu’il m’a accordées (et pour lire l’entrevue au complet, voir ici) :

Q : «Est-ce qu’il a été déçu de voir que les gens se sont plus interessés à ses chansons plutôt qu’à tout aspect scientifique de sa mission ?», demandait adpi.

R : Absolument pas! Les gens sont ce qu’ils sont, c’est tout. Ils ne sont pas tous les mêmes. Et je m’intéresse plus à ce que les gens font qu’à la science elle-même, pour tout dire. La science est intéressante parce qu’elle nous aide à comprendre le monde et parce qu’elle est un fondement important de nos sociétés. Mais en même temps, on ne fait pas de la science juste pour la science, on le fait pour une raison, pour les gens. Alors je trouve ça normal qu’ils soient intrigués par des photos de la Terre. Ces images-là ne sont pas uniquement intéressantes d’un point de vue scientifique, mais aussi d’un point de vue artistique et culturel. On peut voir la géologie, l’histoire humaine et les cultures de l’espace, et c’est ce que les gens peuvent voir d’eux-mêmes dans ces photos. [...]

Q : «Son avis sur la faisabilité (point de vue technique) du projet MarsOne», demandait talyna. De même, jp_martel voulait savoir «Quels ont été les principaux bénéfices (avancées scientifiques, je suppose) apportées par la présence humaine dans l’espace lors des dix dernières années ?» Vous remarquerez que j’ai posées ces questions indirectement en faisant valoir, thème qui revient souvent sur ce blogue, que les missions habitées coûtent plus cher que d’envoyer des sondes, si bien que pour un budget donné, on fait plus de science avec des robots qu’avec des humains dans l’espace.

R : «C’est un argument spécieux. Il y a un pattern qui revient constamment dans l’exploration humaine : on commence toujours par envoyer des sondes, pour voir ce qu’il y a, pour trouver de nouveaux endroits hospitaliers. Dans le passé, ces «sondes» étaient des émissaires, ou de jeunes gens en santé qui allaient voir, puis qui revenaient informer leur tribu. Mais c’est toujours le même principe.

Et maintenant, nous l’avons fait sur toute la surface du globe. Même en Antarctique, nous avons envoyé nos premières «sondes» il y a quelques siècles puis, à mesure que la technologie nous l’a permis, nous nous y sommes établis. Il y a en permanence une centaine de personnes en Antarctique maintenant, à l’année longue.

C’est pareil pour la Station spatiale. Depuis 50 ans, nous avons envoyé beaucoup de ces sondes dans l’espace, surtout des robots, mais aussi des humains, pour apprendre à connaître cet environnement-là. Et aujourd’hui, on peut dire que nous avons quitté la Terre de façon permanente. Nous ne sommes pas loin, bien sûr, mais le premier voyage ne pouvait pas viser Pluton!

Alors ça n’a tout simplement aucun sens de dire que nous pourrions envoyer seulement des robots. Pourquoi, alors, les gens vont-ils à Cuba? Ils peuvent savoir tout ce qu’ils veulent en envoyant un robot ou, plus simple encore, en allant voir sur Internet. Alors pourquoi allons-nous quand même à Cuba? Eh bien parce que nous sommes des humains, et c’est ce que nous faisons : nous explorons.»

Q : «En tenant compte des difficultés à surmonter après des mois en apesanteur, comment entrevoit-il l’arrivée d’un humain sur une autre planète (mars) après un voyage de 6 mois ? … La différence entre : une discipline personnel pour devenir astronaute et atteindre un objectif unique et une discipline personnel pour surmonter la période de convalescence d’un séjour prolongé en apesanteur ?», demandait kakousse.

R : (Le vrai problème), c’est qu’on n’a pas le véhicule qu’il faut. Technologiquement, on n’a aucun moyen d’y aller. C’est le principal problème. Ça me fait penser aux compagnies aériennes qui, dans les années 60, vendaient des billets pour la Lune. L’idée était d’acheter le billet tout de suite, et aussitôt que la technologie le permettrait, vous pourriez aller sur la Lune. Évidemment, ça semble assez rigolo maintenant parce que 50 ans après, on n’est même pas proche d’avoir des vols de ligne vers la Lune, parce que ça s’est avéré beaucoup plus difficile qu’on le croyait.

C’est la même chose pour Mars : ça va être beaucoup plus dur que ce que les gens croient. La technologie n’existe pas encore. Ça ne veut pas dire qu’on n’y parviendra jamais, mais disons que c’est comme si, en 1915, on parlait d’aller en Australie en avion. Les avions existaient à l’époque, mais pas dans la forme fiable, rapide et relativement confortable qui permettait de le faire. Le vol spatial est au même stade aujourd’hui.

Q : «Prendre un accord barré sur la guitare en apesanteur, c’est plus difficile ?», voulait savoir rock_machine

R : «(rires) Oui! Les accords barrés sont difficiles dans l’espace parce que la guitare n’est vraiment pas stable. Elle ne repose pas sur votre genou ni ne pend à une sangle. Elle flotte librement, alors c’est comme d’essayer de jouer de la guitare dans une piscine. Pour les accords de base, ça peut aller, mais quand on essaie de déplacer ses accords sur le manche, ça devient difficile. Mais c’est possible, si on y met la pratique.»

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