Sciences dessus dessous

Archive de la catégorie ‘Espace’

Mercredi 12 août 2015 | Mise en ligne à 15h45 | Commenter Commentaires (30)

La planète perdue

Le Soleil aurait-il trouvé le moyen de «perdre» une planète ? Une géante gazeuse, de surcroît ? C’est en tout cas l’hypothèse qu’avance l’astronome David Nesvorny, du Southwest Research Institute, dans un papier qui vient de paraître dans The Astronomical Journal (voir ici pour le pdf publié sur arxiv.org) pour expliquer l’orbite actuelle de Neptune et l’existence d’une bien étrange structure dans la «ceinture de Kuiper», cet anneau de trillions d’objets glacés qui orbitent autour du Soleil, au-delà de Neptune.

Dans cette ceinture se trouve un sous-groupe que les astronomes appellent the kernel en anglais — le «pignon» ou le «noyau», en français. Alors que les autres objets de la ceinture de Kuiper sont largement dispersés de part et d’autre du plan orbital des planètes, les quelque 25 000 objets formant le «noyau» n’en dérivent jamais et se tiennent bien ensemble. On a déjà cru qu’ils étaient les restes d’une ancienne collision entre astéroïdes, mais une telle origine aurait eu tôt fait d’éparpiller les débris aux quatre coins de la ceinture de Kuiper.

Pour essayer d’y voir plus clair, M. Nesvorny, un spécialiste des modèles numériques, a donc utilisé ce qu’on sait de l’histoire du système solaire et du «noyau» (orbite, nature, etc) pour remonter sa trajectoire jusqu’à sa formation. Après une centaine d’essais/erreurs/peaufinage, le chercheur en a trouvé une seule qui parviennent à expliquer l’existence de ce kernel tout en la conciliant avec d’autres variables. C’est d’ailleurs là le grand défi de ce genre d’exercice : il est toujours (relativement) facile de régler une simulation pour qu’elle accouche d’une caractéristique en particulier, mais c’est une autre paire de manche que de la faire déboucher sur plusieurs points du réel en même temps, lit-on dans ce compte-rendu de Science.

Selon les travaux de M. Nesvorny, le «noyau» aurait pris naissance à peu près au même endroit et en même temps que Neptune. On croit que celle-ci s’est formée beaucoup plus proche du Soleil qu’elle ne l’est maintenant, car sur l’orbite actuel de Neptune, le grand disque de matière qui a fini par donner système solaire, il y a 5 milliards d’années, n’était pas assez dense pour s’agréger en une planète. Neptune serait donc «née» plus proche et aurait migré par la suite.

Mais voilà, pour obtenir le «noyau» de la ceinture de Kuiper, cette migration ne suffit pas. M. Nesvorny a eu besoin d’une cinquième planète gazeuse — avec Saturne, Jupiter, Uranus et Neptune — pour déranger la migration de Neptune et «tirer» dessus assez fort pour faire décrocher le «noyau».

Fait intéressant, dans d’autres simulations en 2011, M. Nesvorny avait trouvé que les orbites actuelles des planètes s’expliquaient plus facilement si l’on ajoutait, dans les premiers temps du système solaire, une cinquième planète gazeuse.

Maintenant, il y a deux grandes façons d’aborder ce genre de résultats. D’un côté, on peut se dire que quand il faut inventer une géante gazeuse, rien que ça, pour qu’une théorie fonctionne, c’est généralement le signe que l’échafaudage ne tient pas debout tout seul. Mais d’un autre côté, cette idée d’une cinquième planète explique désormais au moins deux caractéristiques réelles du système solaire…

De quel côté penchez-vous ?

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Vendredi 15 mai 2015 | Mise en ligne à 10h03 | Commenter Commentaires (48)

L’image du jour : les bonhommes verts débarquent

(Image : youtube.com/JdeM)

(Image : youtube.com/JdeM)

Je ne devrais sans doute pas : prendre à partie un média avec lequel on est en concurrence directe n’est jamais particulièrement élégant. Mais il y a des occasions qui sont trop belles — et franchement, en ce qui me concerne, quand un journaliste n’a rien de plus sérieux à faire que de multiplier les topos sur les soucoupes volantes, la critique devient instantanément un bar ouvert.

En outre, dans ce cas-ci, l’exercice a une utilité journalistique et sociale, je pense, en plus d’avoir un fort relent de science. Sans le vouloir, en effet, le Journal de Montréal/Québec vient de prouver un point fondamental et commun à tous les «témoignages» et vidéos montrant de soi-disant OVNIs, c’est-à-dire : quand on ne sait pas ce qu’on voit, toutes les interprétations semblent se valoir, même les plus invraisemblables.

Regardez bien l’image ci-haut, qui accompagne le dernier topo en date sur les bonhommes verts. À vue de nez, ça a vraiment la forme d’une soucoupe volante vue de profil. Impossible de ne pas le voir. Alors, forcément, ça doit en être une, non ? Parce que, voyons donc, si c’est pas ça, alors qu’est-ce que c’est ? Hein ?

Mais voilà, ce n’est vraiment, vraiment pas une soucoupe volante — et l’interprétation de l’image a de quoi faire pouffer de rire (ou soupirer de désespoir) pas mal d’astronomes. En fait, il s’agit d’un signal bien connu de ceux qui observent les étoiles : ce sont des «barres de saturation». Quand un télescope minimalement sensible est pointé vers une source de lumière qui est trop intense pour qu’un écran d’ordinateur la rende bien, alors des barres de saturation apparaissent. C’est une façon de dire : «par rapport au reste de l’image, ce point-là irradie plus fort que ce qui est montré ici». Et plus les barres sont longues, plus la lumière est intense. Je reproduis ci-bas deux vidéos de comètes montrant des barres de saturation pour l’illustrer.

Alors cette histoire est vraiment une illustration splendide, bien qu’involontaire, du fait que quand on ne sait pas ce qu’on voit, on peut choisir de voir ce qu’on veut. Si bien que, sans dire que nous sommes seuls dans l’Univers — qui peut le prouver ? —, ceux qui veulent croire aux visites d’extraterrestres choisissent souvent cette interprétation quand ils voient un point lumineux dans le ciel dont ils ignorent la nature. Regardez les vidéos soi-disant «troublants» d’OVNIs (presque invariablement des points lumineux lointains et flous, qui franchement peuvent très bien être de simples avions) en gardant cela à l’esprit, et vous verrez…

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Jeudi 2 avril 2015 | Mise en ligne à 10h59 | Commenter Commentaires (7)

E.T., est-ce bien toi ?

Tiens, tiens, un «petit bonhomme vert»... (Image : archives La Presse)

Tiens, tiens, un «petit bonhomme vert»... (Image : archives La Presse)

Quand on commence à envisager que des extraterrestres sont la source de quelque chose, cela signifie généralement de deux choses l’une. Ou bien «on» est un hurluberlu. Ou bien le «quelque chose» est suffisamment mystérieux pour résister aux efforts de compréhension de nos meilleurs esprits. Et c’est bien ce qui rend les «sursauts radio rapides» (SRR) intéressants : il appartient à la seconde catégorie.

Comme leur nom l’indique, les SRR sont de forts signaux d’ondes radio qui viennent en vagues ne durant que quelques millièmes de seconde. Comme plusieurs ont été détectés hors du plan de notre galaxie (qui a une forme de «galette» vue de côté), des astronomes pensent que leur origine est très, très lointaine, même si on ignore encore complètement ce qui peut en être la source — hormis le fait que leur durée extrêmement courte suggère un objet très petit (à l’échelle cosmique), de quelques centaines de kilomètres de diamètre à tout casser. Jusqu’à maintenant, seulement 11 SRR ont été détectés, mais les télescopes capables de les «voir» n’observent que de petites parties du ciel à la fois, si bien qu’on estime, à partir du temps et des angles d’observation, que jusqu’à 10 000 SRR pourraient survenir chaque jour dans l’ensemble du ciel.

Mais deux astronomes, l’Allemand Michael Hippke et l’Américain John Learned, viennent de donner une drôle de nouvelle tournure à toute cette histoire. En analysant les 11 SRR connus, le duo s’est rendu compte que le délai entre la première et la dernière vague de chaque sursaut suit un étrange pattern. Ce délai est une mesure importante, parce qu’il est un indicateur de la distance à laquelle se trouve la source. Chaque sursaut est en effet émis à plusieurs longueurs d’onde radio différentes en même temps. En principe, toutes ces longueurs d’onde voyagent à la même vitesse et devraient donc nous parvenir exactement au même moment, mais comme elles croisent un peu de matière (des électrons, en particulier) dans l’espace interstellaire, les plus grandes longueurs d’onde se trouvent un brin retardées. Ainsi, plus le délai entre la première et la dernière vague d’un signal est grand, plus sa source est éloignée, déduit-on.

Ce que MM. Hippke et Learned ont trouvé, c’est que ce délai est toujours remarquablement proche d’un multiple de 187,5 (multiples de 2 à 6). Tous les cas connus de SRR obéissent à cette règle, à 5 % près, et les physiciens estiment que les chances pour que cela soit dû à une simple coïncidence sont de 1 sur 2000. Aucun phénomène physique connu ne peut l’expliquer.

Comme ils l’ont indiqué au New Scientist, si l’on utilisait ce délai comme un indicateur de la distance, cela impliquerait cinq sources distantes de plusieurs milliards d’années-lumière, mais toutes très régulièrement espacées — ce qui est bien peu probable. Selon les auteurs, une explication plus vraisemblable serait que l’origine est plus proche, possiblement à l’intérieur de la Voie lactée.

On peut penser que des étoiles très denses (dont les dimensions cadrent dans les quelques centaines de km de diamètre que doit avoir la source) soient le siège de phénomènes physiques que nous ignorons toujours et qui générerait des SRR. Une autre avenue plus prosaïque serait que les astronomes aient capté le signal d’un ou de quelques satellites militaires secrets qui ne sont pas répertoriés dans les banques de données. Mais tout de même, concluent les auteurs, «si de futures recherches écartaient [deux autres avenues plus techniques], alors seule une source artificielle (humaine ou non-humaine) pourrait être considérée. (…Mais) en définitive, nous ne prétendons rien de plus que d’avoir remarqué des caractéristiques intéressantes que de plus amples données vérifieront ou invalideront».

Avant d’appeler E.T., il faudra en effet attendre d’avoir un plus gros échantillon de SRR — à peine une douzaine, c’est très mince. Et il faudra aussi écarter d’autres hypothèses possibles, et franchement plus probables, à vue de nez. Rappelons que ce n’est pas la première fois que l’hypothèse des signaux extraterrestres est invoquée pour expliquer ce que l’on ne comprend pas, et qu’elle s’est toujours avérée fausse jusqu’à maintenant. Mais toute cette histoire reste, pour l’heure, bien nébuleuse…

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