Sciences dessus dessous

Archive de la catégorie ‘Espace’

Vendredi 15 mai 2015 | Mise en ligne à 10h03 | Commenter Commentaires (48)

L’image du jour : les bonhommes verts débarquent

(Image : youtube.com/JdeM)

(Image : youtube.com/JdeM)

Je ne devrais sans doute pas : prendre à partie un média avec lequel on est en concurrence directe n’est jamais particulièrement élégant. Mais il y a des occasions qui sont trop belles — et franchement, en ce qui me concerne, quand un journaliste n’a rien de plus sérieux à faire que de multiplier les topos sur les soucoupes volantes, la critique devient instantanément un bar ouvert.

En outre, dans ce cas-ci, l’exercice a une utilité journalistique et sociale, je pense, en plus d’avoir un fort relent de science. Sans le vouloir, en effet, le Journal de Montréal/Québec vient de prouver un point fondamental et commun à tous les «témoignages» et vidéos montrant de soi-disant OVNIs, c’est-à-dire : quand on ne sait pas ce qu’on voit, toutes les interprétations semblent se valoir, même les plus invraisemblables.

Regardez bien l’image ci-haut, qui accompagne le dernier topo en date sur les bonhommes verts. À vue de nez, ça a vraiment la forme d’une soucoupe volante vue de profil. Impossible de ne pas le voir. Alors, forcément, ça doit en être une, non ? Parce que, voyons donc, si c’est pas ça, alors qu’est-ce que c’est ? Hein ?

Mais voilà, ce n’est vraiment, vraiment pas une soucoupe volante — et l’interprétation de l’image a de quoi faire pouffer de rire (ou soupirer de désespoir) pas mal d’astronomes. En fait, il s’agit d’un signal bien connu de ceux qui observent les étoiles : ce sont des «barres de saturation». Quand un télescope minimalement sensible est pointé vers une source de lumière qui est trop intense pour qu’un écran d’ordinateur la rende bien, alors des barres de saturation apparaissent. C’est une façon de dire : «par rapport au reste de l’image, ce point-là irradie plus fort que ce qui est montré ici». Et plus les barres sont longues, plus la lumière est intense. Je reproduis ci-bas deux vidéos de comètes montrant des barres de saturation pour l’illustrer.

Alors cette histoire est vraiment une illustration splendide, bien qu’involontaire, du fait que quand on ne sait pas ce qu’on voit, on peut choisir de voir ce qu’on veut. Si bien que, sans dire que nous sommes seuls dans l’Univers — qui peut le prouver ? —, ceux qui veulent croire aux visites d’extraterrestres choisissent souvent cette interprétation quand ils voient un point lumineux dans le ciel dont ils ignorent la nature. Regardez les vidéos soi-disant «troublants» d’OVNIs (presque invariablement des points lumineux lointains et flous, qui franchement peuvent très bien être de simples avions) en gardant cela à l’esprit, et vous verrez…

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Jeudi 2 avril 2015 | Mise en ligne à 10h59 | Commenter Commentaires (7)

E.T., est-ce bien toi ?

Tiens, tiens, un «petit bonhomme vert»... (Image : archives La Presse)

Tiens, tiens, un «petit bonhomme vert»... (Image : archives La Presse)

Quand on commence à envisager que des extraterrestres sont la source de quelque chose, cela signifie généralement de deux choses l’une. Ou bien «on» est un hurluberlu. Ou bien le «quelque chose» est suffisamment mystérieux pour résister aux efforts de compréhension de nos meilleurs esprits. Et c’est bien ce qui rend les «sursauts radio rapides» (SRR) intéressants : il appartient à la seconde catégorie.

Comme leur nom l’indique, les SRR sont de forts signaux d’ondes radio qui viennent en vagues ne durant que quelques millièmes de seconde. Comme plusieurs ont été détectés hors du plan de notre galaxie (qui a une forme de «galette» vue de côté), des astronomes pensent que leur origine est très, très lointaine, même si on ignore encore complètement ce qui peut en être la source — hormis le fait que leur durée extrêmement courte suggère un objet très petit (à l’échelle cosmique), de quelques centaines de kilomètres de diamètre à tout casser. Jusqu’à maintenant, seulement 11 SRR ont été détectés, mais les télescopes capables de les «voir» n’observent que de petites parties du ciel à la fois, si bien qu’on estime, à partir du temps et des angles d’observation, que jusqu’à 10 000 SRR pourraient survenir chaque jour dans l’ensemble du ciel.

Mais deux astronomes, l’Allemand Michael Hippke et l’Américain John Learned, viennent de donner une drôle de nouvelle tournure à toute cette histoire. En analysant les 11 SRR connus, le duo s’est rendu compte que le délai entre la première et la dernière vague de chaque sursaut suit un étrange pattern. Ce délai est une mesure importante, parce qu’il est un indicateur de la distance à laquelle se trouve la source. Chaque sursaut est en effet émis à plusieurs longueurs d’onde radio différentes en même temps. En principe, toutes ces longueurs d’onde voyagent à la même vitesse et devraient donc nous parvenir exactement au même moment, mais comme elles croisent un peu de matière (des électrons, en particulier) dans l’espace interstellaire, les plus grandes longueurs d’onde se trouvent un brin retardées. Ainsi, plus le délai entre la première et la dernière vague d’un signal est grand, plus sa source est éloignée, déduit-on.

Ce que MM. Hippke et Learned ont trouvé, c’est que ce délai est toujours remarquablement proche d’un multiple de 187,5 (multiples de 2 à 6). Tous les cas connus de SRR obéissent à cette règle, à 5 % près, et les physiciens estiment que les chances pour que cela soit dû à une simple coïncidence sont de 1 sur 2000. Aucun phénomène physique connu ne peut l’expliquer.

Comme ils l’ont indiqué au New Scientist, si l’on utilisait ce délai comme un indicateur de la distance, cela impliquerait cinq sources distantes de plusieurs milliards d’années-lumière, mais toutes très régulièrement espacées — ce qui est bien peu probable. Selon les auteurs, une explication plus vraisemblable serait que l’origine est plus proche, possiblement à l’intérieur de la Voie lactée.

On peut penser que des étoiles très denses (dont les dimensions cadrent dans les quelques centaines de km de diamètre que doit avoir la source) soient le siège de phénomènes physiques que nous ignorons toujours et qui générerait des SRR. Une autre avenue plus prosaïque serait que les astronomes aient capté le signal d’un ou de quelques satellites militaires secrets qui ne sont pas répertoriés dans les banques de données. Mais tout de même, concluent les auteurs, «si de futures recherches écartaient [deux autres avenues plus techniques], alors seule une source artificielle (humaine ou non-humaine) pourrait être considérée. (…Mais) en définitive, nous ne prétendons rien de plus que d’avoir remarqué des caractéristiques intéressantes que de plus amples données vérifieront ou invalideront».

Avant d’appeler E.T., il faudra en effet attendre d’avoir un plus gros échantillon de SRR — à peine une douzaine, c’est très mince. Et il faudra aussi écarter d’autres hypothèses possibles, et franchement plus probables, à vue de nez. Rappelons que ce n’est pas la première fois que l’hypothèse des signaux extraterrestres est invoquée pour expliquer ce que l’on ne comprend pas, et qu’elle s’est toujours avérée fausse jusqu’à maintenant. Mais toute cette histoire reste, pour l’heure, bien nébuleuse…

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Mardi 17 mars 2015 | Mise en ligne à 15h14 | Commenter Commentaires (48)

Mars One vu de l’intérieur : pas joli…

Hein ? Le projet Mars One serait une arnaque ? C’est en tout cas l’impression qui se dégage de cette entrevue morbidement fascinante avec un des 100 finalistes sélectionnés le mois dernier. Et ce n’est guère plus qu’une moitié de surprise, je vous l’accorde, puisqu’il est évident depuis le début que la technologie actuelle ne permet pas d’aller sur Mars et que ce ne sera pas le cas avant une couple de décennies, au bas mot. Mais bon, les témoignages de l’intérieur sont toujours intéressants dans des cas comme ça, et celui de l’astrophysicien Joseph Roche est particulièrement éloquent.

Mars One, rappelons-le, est ce projet d’une OSBL néerlandaise visant non seulement à envoyer un humain sur Mars, ce qui serait une prouesse inouïe, mais à en «shipper» deux douzaines pour carrément fonder une colonie permanente sur la planète rouge dès 2025. Le tout sur un budget de 6 milliards $, un prix défiant toute concurrence, pour ne pas dire toute vraisemblance.

L’automne dernier, la journaliste australienne Elmo Keep avait déjà déboulonné assez de mythes autour de l’entreprise — sans argent, sans contrat avec le milieu de l’aérospatiale, qui n’aurait pas reçu les 200 000 candidatures annoncées, mais plutôt 2000, et qui s’est fait larguer par une compagnie de télé qui promettait le pactole pour tout filmer — pour que l’on enterre ce projet mort-né. Mais à son grand désarroi, Mars One a continué de jouir d’une couverture médiatique assez peu critique, encore qu’il faut préciser ici, je pense, que si les premiers rapports de presse manquaient effectivement de perspective, bien des médias ont fini par réajuster le tir par la suite.

Or voilà que Joseph Roche, astrophysicien au Trinity College et un des 100 heureux finalistes, s’est confié à Mme Keep. Il s’était porté candidat, au départ, parce qu’il voyait là-dedans une façon de promouvoir la science et l’astronomie, mais ce qu’il a vu n’est pas très édifiant…

«Je n’ai pas rencontré qui que ce soit de Mars One en personne, dit M. Roche. Au départ, ils disaient qu’il y aurait des rondes régionales d’entrevues, que nous nous rendrions sur place pour être interviewés, que nous serions testés pendant plusieurs jours et, dans mon esprit, cela sonnait comme quelque chose qui pouvait s’approcher d’un processus légitime de sélection d’astronaute. Mais ensuite, ils nous ont fait signer une entente de confidentialité si nous souhaitions être interviewés et, tout d’un coup, les entrevues se sont transformées en appel Skype de 10 minutes.»

Jusqu’à présent, M. Roche, n’a donc été sélectionné que sur la base d’une vidéo qu’il a lui-même produite pour se présenter, un petit questionnaire, un examen médical (avec son médecin à lui) et un bref entretien par Skype. Et le gars est «finaliste», ce qui donne une idée de la valeur du processus.

Mais plus troublant, peut-être, est ce qu’il raconte à propos du système de pointage par lequel les candidats sont évalués. «Quand vous joignez la communauté de Mars One, ce qui survient automatiquement si vous posez votre candidature, ils commencent à vous donner des points, explique M. Roche. Vous obtenez des points lors des rondes de sélection (mais le nombre de points est arbitraire, rien à voir avec votre classement). Et ensuite, la seule façon d’obtenir plus de points est d’acheter des marchandises de Mars One ou de leur faire des dons.»

Lorsqu’un candidat donne une entrevue rémunérée à un média, il est suggéré qu’il donne 75 % de son cachet à Mars One. Et il semble que les candidats qui ont le plus de chance d’être sélectionnés sont ceux qui ont rapporté le plus d’argent.

Bref, une entrevue à lire. Surtout si, malgré d’accessoires petites questions sur la survie des astronautes, vous êtes déçu de ne pas avoir été choisi…

AJOUT (18 mars) : Mars One nie que les dons ont quoi que ce soit à voir avec la sélection des candidats.

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