Sciences dessus dessous

Archive de la catégorie ‘Biologie’

(Crédit : Martin Le-May)

Le cliché qui a fait le tour du globe... (Crédit : Martin Le-May)

Il y a essentiellement deux façons d’interpréter une image incroyable. La première est toujours une variation sur le thème : «Wow ! Qui l’eût cru !». La seconde, quant à elle, consiste à se dire que la photo n’est pas incroyable pour rien : c’est parce qu’elle est impossible.

Et il en va ainsi de cette image ahurissante qui circule depuis hier sur les réseaux sociaux, montrant une belette faisant de l’auto-stop sur un pic vert. À moins que ce ne soit le pic vert qui étrenne sa nouvelle cap en fourrure…

Plus sérieusement, le cliché est l’œuvre d’un ornithologue amateur d’Angleterre, Martin Le-May, qui dit l’avoir pris tout récemment lors d’une promenade. La belette est un prédateur connu pour s’attaquer aux oiseaux (en fait, à pas mal tout ce qu’elle est capable de tuer, y compris des animaux nettement plus gros qu’elle). Des doutes ont immédiatement été soulevé sur l’authenticité de la photo, mais plusieurs médias, dont des publications spécialisées comme birdguide.com, ont retracé M. Le-May et semblent lui prêter foi. En outre, ce dernier a pris d’autres images de cette scène de combat — dont le pic vert est sorti vivant, si vous voulez le savoir. Les voici :

(Crédit : Martin Le-May)

(Crédit : Martin Le-May)

(Crédit : Martin Le-May)

(Crédit : Martin Le-May)

(Crédit : Martin Le-May)

(Crédit : Martin Le-May)

Cependant, ces vérifications n’ont pas convaincu tout le monde. C’est le cas du spécialiste des mammifère Patrick Haffner, du Muséum national d’histoire naturelle (France), qui a été interviewé aujourd’hui à l’émission La Tête au Carré (voir ici, émission du 3 mars, vers 13min45). C’est d’abord la possibilité qu’un oiseau puisse voler «avec un animal qui fait la moitié de son poids sur le dos» qui fait douter M. Haffner, en plus du fait que, selon lui, la belette ne serait pas dans cette posture si elle tentait de mordre — ce que d’autre remettent en question, cependant, gif animé à l’appui.

On pourrait peut-être aussi arguer (je me fais l’avocat du diable, ici) qu’une fois l’oiseau rabattu au sol, la belette, qui, ne l’oublions pas, reste un animal terrestre malgré tout, aurait dû avoir l’avantage, ce qui contredirait la version de M. Le-May. Mais bon…

À votre avis ? C’est la magie de la nature ou celle de Photoshop ?

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Lundi 2 mars 2015 | Mise en ligne à 15h07 | Commenter Commentaires (6)

Origine du VIH : les gorilles s’en mêlent…

On entend parfois dire que l’épidémie de VIH qui sévit depuis des décennies partout dans le monde remonterait à une seule infection, un seul passage du virus du chimpanzé à l’homme. Or sans être vraiment fausse, cette explication voile la fascinante complexité de l’histoire du VIH, à laquelle une étude parue cet après-midi sur le site des Proceedings of the National Academy of Sciences vient d’ajouter une nouvelle couche : le chimpanzé a aussi refilé le virus au gorille, qui nous l’a à son tour transmis — et ce ne serait qu’une question de chance si cette souche «gorillenne» n’a pas connu autant de succès que celle qui a rendu malades ou tué des dizaines de millions de gens.

Le virus de l’immunodéficience humaine (VIH) appartient à une famille de virus très répandue chez les primates, touchant une quarantaine d’espèces de l’Afrique sub-saharienne. Comme les virus sont des entités extrêmement spécialisées, la plupart ne peuvent infecter qu’une seule espèce, mais il existe des cas où la maladie parvient à sauter d’une espèce à une autre et à s’adapter à son nouvel hôte. C’est le cas, bien sûr, du VIH, que l’on sépare en deux grande branches, poétiquement désignées VIH-1 et VIH-2. Le VIH-1 est de loin la principale, est apparue en Afrique centrale, provient essentiellement du chimpanzé (vraisemblablement un chasseur qui l’aurait choppé en dépeçant un singe) et se divise à son tour en quatre souches : le groupe M, très virulent et responsable d’une écrasante majorité des cas humains ; le groupe «O», qui a atteint environ 100 000 personnes ; et les groupes N et P, qui sont extrêmement rares (seulement 20 et 2 cas documentés, respectivement). Ces quatre souches remontent toutes à des sauts chimpanzé-Homme indépendants les uns des autres.

Le VIH-2, quant à lui, est apparu en Afrique de l’Ouest et y reste largement confiné, car il est nettement moins virulent et beaucoup plus difficile à transmettre que le VIH-1. Son réservoir naturel n’est pas le chimpanzé, mais le cercopithèque, et on lui connaît 8 souches différentes — ce qui, mine de rien, nous donne pas moins de 12 transmissions de singes à humains documentées, sans compter un nombre X de cas qui seraient passés sous les radars depuis 100 ou 150 ans.

Le portrait était donc déjà un-peu-pas-mal plus élaboré que ce qu’il n’y paraît. Et il semble qu’il faille désormais y ajouter le gorille, d’après une équipe internationale qui a analysé environ 3000 échantillons d’excréments de gorilles sauvages sur une très grande partie de l’aire de distribution de l’espèce. La présence d’anticorps contre le virus de l’immunodéficience simiesque (VIS) et de fragments de virus n’a été détectée que dans le sud du Cameroun, mais les analyses génétiques n’en furent pas moins riches d’enseignements.

D’abord, elles confirment une chose dont on se doutait déjà : ce sont des contacts avec des chimpanzés qui ont infecté les gorilles, il y a une centaine d’années. C’est quand même assez étonnant, parce que les deux espèces ne cohabitent qu’en très peu d’endroits et que, même lorsqu’elles partagent un même habitat, elles n’interagissent que très peu. Mais bon, en ce genre de matière, il suffit d’une seule fois…

Ensuite, leurs résultats suggèrent fortement que c’est du gorille, et non directement du chimpanzé, que les groupes O et P auraient fait le saut vers l’humain. Dans le cas du P, sa faible diversité génétique indique un saut très récent — et, comme on l’a dit, cette souche est rarissime. Mais la souche O est la seconde la plus répandue parmi les branches de VIH-1, elle s’est bien adaptée aux hôtes humains et est tout aussi transmissible que la souche M.

«Le fait que les virus du groupe O n’aient pas essaimé plus largement dans la population humaine n’est vraisemblablement pas dû à une mésadaptation au corps humain, mais pourrait simplement refléter une absence d’opportunité épidémiologique lors des premiers stades de la pandémie», concluent les auteurs. Bref, le groupe O n’était juste pas au bon endroit, au bon moment

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Mardi 10 février 2015 | Mise en ligne à 10h16 | Commenter Commentaires (7)

Voyez-vous dans l’infrarouge ?

Je me suis déjà pâmé devant le cas des caribous, qui sont capables de voir dans l’ultraviolet. Or comme cela arrive malheureusement souvent à ceux qui partent en congé parental, il s’agissait que je m’absente un peu pour que le «party pogne» : des chercheurs semblent avoir trouvé le moyen d’augmenter la gamme de fréquence que l’œil humain peut voir, l’allongeant pour la peine dans l’infrarouge.

Comme on l’a déjà vu ici, la lumière est une onde électromagnétique, soit de l’énergie électrique et magnétique qui se propage dans l’espace un peu comme une vague sur l’eau. L’œil humain n’est capable de voir qu’une mince bande de longueurs d’onde — la distance entre deux «vagues» —, entre grosso modo 400 et 800 nanomètres (nm). Sous 400 nm, on appelle la lumière «ultraviolet» ; et au-dessus de 800 nm, il s’agit d’infrarouge. Notons que les longueurs d’onde peuvent être des millions de fois plus courtes que l’ultraviolet (pour les rayons gamma) et, à l’inverse, atteindre plusieurs mètres (pour les ondes radio), voire des kilomètres.

Afin de capter la lumière, l’œil humain utilise des protéines nommées opsines, qui se lient à un dérivé de la vitamine A1 (aussi nommée rétinol) afin de former des molécules sensibles à la lumière. Cependant, rapporte ici le magazine The Scientist, en l’absence de vitamine A1, l’œil peut également se rabattre sur de la A2, mais cela donne une molécule dont les propriétés optiques sont légèrement différentes. Et afin de tester l’effet d’un remplacement massif de la A1 par la A2, un groupe de recherche indépendant, Science for the Masses, a soumis un petit groupe de gens à une diète sans vitamine A1 et enrichie en A2. Après quelques semaines, les participants ont rapporté voir des choses qu’ils étaient incapables de voir auparavant, par exemple que les couchers de soleil leur semblaient particulièrement spectaculaires, et qu’ils voyaient toujours toute la circonférence de la Lune, peu importe sa phase. Bref, ils étaient capables de voir dans le proche infrarouge, la partie du spectre infrarouge la plus proche de la lumière visible.

Attention, il faut noter ici que l’expérience n’a pas encore été publiée dans une revue à comité de pairs, bien que l’équipe y travaille. The Scientist souligne également que l’étude a subi plusieurs critiques, mais sans détailler lesquels. J’imagine — on me corrigera si je me trompe — que les réviseurs n’apprécient pas plus qu’il ne le faut le côté un peu jack-ass de ces travaux : les participants ont subi des effets secondaires important à cause de la privation de vitamine A1. Ceux-ci ne sont pas spécifiés, mais notons que le rétinol joue un rôle dans la formation des globules rouges, le système immunitaire, la croissance, la synthèse des glycoprotéines (des molécules extrêmement importantes que l’on retrouve notamment en grand nombre à la surface des cellules, permettant entre bien d’autres choses aux cellules immunitaires de reconnaître les cellules «amies»), etc. Bref, on ne badine pas impunément avec la A1, et l’on comprend aisément pourquoi un des participants a dit que, malgré une vision accrue, les effets secondaires étaient suffisamment sévères pour que le jeu n’en vaille pas la chandelle.

Mais même s’il ne faut manifestement pas tenter cela à la maison, cela n’en reste pas moins captivant.

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