Sciences dessus dessous

Archive de la catégorie ‘Biologie’

Mardi 6 janvier 2015 | Mise en ligne à 13h47 | Commenter Commentaires (17)

Peut-on évoluer sans se reproduire ?

Au rayon des «beaux petits mystères de la science», celui-ci est franchement pas mal du tout… On sait en effet depuis à peine deux ou trois ans que les bactéries qui sont enfouies à des dizaines de mètres sous les planchers marins (eux-mêmes déjà profonds) sont vivantes — alors qu’on les considérait comme mortes auparavant. On sait aussi que les nutriments sont si rares, là-dessous, que cela force les microbes à ralentir leur métabolisme au point de paraître inerte à court terme (d’où la croyance ancienne qu’ils étaient morts) et de faire perdurer ces bactéries pendant des centaines de milliers d’années. Ce qui, a priori, exclut bien sûr toute possibilité de reproduction. Mais…

Mais voilà, des résultats de recherche présentés récemment à un congrès de l’Union américaine de géophysique viennent mettre une belle pagaille dans toutes ces certitudes. D’après ce compte-rendu du New Scientist, deux chercheurs des États-Unis, — Brandon Briggs, de l’Université de Miami, et Frederick Colwell, d’Oregon State — ont prélevé récemment des échantillons à 21, 40 et 554 mètres sous le plancher océanique (au large de la Thaïlande), et y ont observé des bactéries vivantes, appartenant surtout à une classe adaptée aux grandes profondeurs et qui montraient des mutations touchant des mécanismes qui consomment de l’énergie, comme la division cellulaire. Mais, oh surprise, leurs travaux ont montré que les bactéries les plus profondément enfouies avaient plus de variations génétiques que les autres.

Et c’est bien ce qui chicote les biologistes. Peut-être que ces mutations aident les bactéries à survivre à la grande rareté de nourriture de leur milieu. Peut-être que non. Mais dans tous les cas, cette diversité implique qu’elles ont évolué — et donc, qu’elles se seraient reproduites alors que la pauvreté du plancher devrait en principe l’interdire. Alors d’où viennent ces variations génétiques ?

Il est possible, suppute M. Briggs dans le NS, que ces bactéries soient les dernières survivantes de communautés qui vivaient il y a (selon la profondeur) entre 340 000 et 8,8 millions d’années, et qu’elles se sont simplement adonnées à avoir dès le départ les caractéristiques nécessaires pour survivre tout ce temps dans ces conditions. Ou alors que ces bactéries parviennent malgré tout à se diviser, ne serait-ce qu’une fois aux 1000 ou 10 000 ans, et qu’elles aient ainsi pu évoluer. On n’a toujours pas trouvé de preuve qu’elles peuvent le faire, mais en principe cela ne signifie pas pour autant qu’elles en sont incapables. Ou encore, mais on frise ici les histoires de yéti, qu’elles auraient trouvé le moyen d’évoluer sans se reproduire…

Quoi qu’il en soit, la seule idée que de bactéries vivent possiblement pendant des millions d’années dans un état plus ou moins suspendu montre à quel point la vie (bactérienne, du moins) est capable de contorsions totalement inouïes…

Lire les commentaires (17)  |  Commenter cet article






Vendredi 28 novembre 2014 | Mise en ligne à 16h12 | Commenter Commentaires (8)

Grosse semaine sur le front des néonicotinoïdes

Photo : André Pichette, La Presse.

Photo : André Pichette, La Presse.

Chers habitués, je vous laisse pour le week-end, mais pas avant de vous laisser de petites lectures de chevet, vous direz pas que j’ai jamais rien fait pour vous… La semaine qui se termine fut en effet riche d’actualité dans le débat sur les néonicotinoïdes, ces insecticides dont on enrobe les semances et qui sont fortement soupçonnés de nuire, voire de tuer les abeilles. Voici ce que vous avez manqué.

1. L’Ontario a décidé d’interdire, ou presque, l’usage de néonicotinoïdes sur son territoire. Le nouveau règlement vise une réduction de 80 %, ce qui est bien sûr énorme. La province voisine, notons-le, n’est pas la première juridiction à prendre une décision de cet ordre, l’Union européenne a fait essentiellement la même chose l’an dernier.

Mais ça, tout le monde le sait…

2. Ce qui a été moins publicisé, c’est la dernière mise à jour de Santé Canada sur ces mêmes néonicotinoïdes, publié mardi sur le site du ministère. La lecture est particulièrement intéressante, à mon avis, parce qu’elle nuance un peu le portrait.

Pas que Santé Canada nie la toxicité des «néonics» sur les abeilles. Ce serait un brin absurde, remarquez, puisque cette classe de pesticide cible le système nerveux des insectes (donc forcément celui des abeilles) et que nombre d’études étayent le sujet. Mais la question est : aux concentrations auxquelles les abeilles sont exposées par le pollen et les résidus dans l’eau qu’elles boivent, est-ce que ça leur nuit ?

Et la réponse de Santé Canada est plutôt oui : «Une évaluation approfondie de l’ARLA (l’Agence de réglementation de la lutte antiparasitaire, ndlr) de Santé Canada a permis de conclure que les pesticides de la classe des néonicotinoïdes présents dans la poussière libérée durant la mise en terre de semences de maïs et de soja traitées avaient contribué aux cas de mortalité d’abeilles déclarés en 2012 et en 2013», lit-on sur le site.

Mais en même temps, et c’est ici que la mise à jour est éclairante, aucun cas de la sorte n’a été relevé avant 2012, même si les néonics sont utilisés depuis assez longtemps. Il semble aussi que le problème soit localisé dans le sud de l’Ontario et au Québec, et particulièrement associé à la culture du maïs et du colza. Étrangement, dans les Prairies où les néonicotinoïdes sont tout aussi utilisés que dans l’Est, les mêmes pratiques agricoles ne semblent pas tuer d’abeilles.

Ça ne veut bien sûr pas dire que l’Ontario a agi trop vite. J’ai déjà dit qu’au contraire, le cas des néonicotinoïodes m’apparaissait un bon cas pour le principe de précaution — i.e. on n’a peut-être pas de preuve, mais on a des motifs raisonnables de penser qu’il y a un problème. Mais tout cela indique quand même qu’en ramenant tout aux néonicotinoïdes et en les diabolisant comme on le fait, on simplifie peut-être un peu trop le problème…

Lire les commentaires (8)  |  Commenter cet article






(Crédit photo : GREMM)

(Crédit photo : GREMM)

Dans mon billet d’hier, j’abordais (notamment) le fait qu’en mer du Nord, en Europe, le phoque gris ne se nourrit pas uniquement de poissons et de mollusques mais s’attaque aussi, contrairement à ce qu’on a longtemps cru, à des cétacés (!), plus particulièrement au marsouin commun, soit l’un des plus petits. Et comme ces deux espèces vivent également dans le Golfe du Saint-Laurent, cela pose naturellement la question de savoir si «nos» phoques gris s’en prennent aussi à «nos» marsouins communs.

Ce n’est pas une question évidente, parce qu’il n’y a pas longtemps que les biologistes ont la preuve que le phoque gris est un prédateur du marsouin commun. La toute première observation directe d’un phoque tuant un marsouin a été publié dans le numéro d’octobre dernier de Marine Mammal Science, et le seul autre élément de preuve indéniable (de l’ADN de phoque dans des marques de morsure profondes sur des marsouins) indéniable vient à peine de paraître dans les Royal Society Proceedings – Biology. Et puis, comme le phoque gris fait un retour dans le mer du Nord (aux moins dans certains secteurs où la surchasse avait eu raison des derniers spécimens il y a déjà quelques siècles), et comme c’est là une mer très fréquentées et très exploitées par l’Homme, il demeure possible qu’il s’agisse d’un comportement lié à des circonstances spéciales.

Mais du petit peu qu’on en sait, il semble que «nos» phoques gris ne dédaignent pas la chair de mammifères eux non plus. La photo ci-haut, prise pas plus tard que l’an dernier par des observateurs du GREMM (Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères marins), montre un phoque gris en train de manger une carcasse de marsouin commun. Elle m’a été transmise par Stéphane Lair, chercheur de l’UdeM en médecine vétérinaire et responsable du programme de nécropsie des bélugas du Saint-Laurent, qui précise que «la mise à mort n’a pas été observée». Le phoque gris pourrait donc être ici un charognard, et non un prédateur, mais M. Lair prend pour acquis que des marsouins communs sont tués par des phoques dans le Saint-Laurent — bien que, nuance-t-il, ce comportement «ne semble pas aussi fréquent de ce côté-ci de l’Atlantique».

Lire les commentaires (17)  |  Commenter cet article






publicité

  • Catégories

  • Blogues sur lapresse



    publicité





  • Calendrier

    avril 2012
    D L Ma Me J V S
    « mar   mai »
    1234567
    891011121314
    15161718192021
    22232425262728
    2930  
  • Archives

  • publicité