Sciences dessus dessous

Archive de la catégorie ‘Biologie’

Mercredi 26 août 2015 | Mise en ligne à 17h01 | Commenter Commentaires (19)

Microécologie des cadres de porte (c’est très sérieux !)

Messieurs. Oui, vous, messieurs. Dites aux madames d’aller prendre une marche, faut qu’on se parle entre hommes. Là, là, pas demain. Je sais pas trop comment vous dire ça… Enfin, j’imagine que c’est un peu comme quand on veut signaler discrètement à un vieil ami qu’il a vraiment mangé trop d’ail pour aller draguer dans un bar, mieux vaut y aller directement, sans gants blancs ni fla-fla. Alors voilà : il va falloir que vous songiez sérieusement à épousseter le dessus de vos cadres de porte. Et pas juste une fois, hein, régulièrement.

C’est que, nobles sieurs, la génomique a fait des pas de géants ces dernières années. Alors qu’on peinait à déchiffrer un petit bout de gène il n’y a pas si longtemps, on parvient maintenant à séquencer/identifier des millions de microbes d’un seul coup, c’est pas des blagues. Et des petits fins-finauds ont utilisé ces techniques modernes pour étudier les communautés de bactéries et de champignons microscopiques qui vivent dans nos maisons.

Dans le dernier numéro des Proceedings of the Royal Society – Biological Sciences, une équipe américaine a demandé à 1200 ménages de lui envoyer un échantillon de la poussière qui s’amasse sur le dessus du cadre de leur porte d’entrée, tant à l’extérieur qu’à l’intérieur. L’idée étant ici que c’est un endroit à la fois passant *et* qu’on ne lave à peu près jamais, ce qui suggère que les microbes que l’on trouve là sont bien représentatifs de la microflore de nos maisons.

Sans grande surprise, lit-on dans ce compte-rendu de Science, la présence d’animaux de compagnie a une incidence sur la composition de ces communautés microbiennes. Mais, et c’est ici que vous entrez en jeu, messieurs, les chercheurs ont aussi trouvé que l’on pouvait deviner (statistiquement parlant) le ratio hommes:femmes vivant dans une maison par l’abondance de certaines bactéries. Les ménages les plus masculins semblent en effet produire davantage de deux types de bactéries vivant sur la peau — les genres Corynebacterium et Dermabacter — ainsi que de bactéries associées à la matière fécale, du genre Roseburia — dont la présence sur le haut des cadres de porte s’explique vraisemblablement par les courants d’air qui sont créés quand on chasse l’eau de la toilette.

Il est possible que cette surabondance s’explique par le fait que, les hommes étant en moyenne plus corpulents, ils ont une plus grande surface de peau, et donc abritent plus de bactéries. Peut-être aussi qu’ils mangent plus, et donc éliminent davantage…

Mais il existe une autre explication possible, moins… comment dire… fashionable, qui est que les hommes se lavent moins souvent que les femmes. Celles-ci utilisent aussi, par ailleurs, plus de produits pour la peau, ce qui peut jouer sur la flore bactérienne que nous portons. Mais elles sont peut-être (sans doute ?) simplement plus propres que les hommes.

Alors les gars, la technologie du XXIe siècle a percé vos secrets hygiéniques, ce qui vous place devant le choix suivant. Ou bien vous vous lavez plus souvent. Mais c’est toujours difficile de changer durablement ses habitudes, alors vous pouvez aussi vous mettre à épousseter régulièrement vos cadres de porte, histoire d’éliminer tout indice incriminant. Ou encore, si ni l’une ni l’autre de ces alternative ne vous plaît, vous pouvez toujours vous rabattre sur la crème hydratante…

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Jeudi 20 août 2015 | Mise en ligne à 15h38 | Commenter Commentaires (16)

Bizarre, bizarre…

Quel drôle de texte que celui qui vient d’être publié dans le New England Journal of Medicine.

Ses deux auteurs, Philip Landrigan de l’École de médecine Mount Sinai et Charles Benbrook, de l’Université de de l’État de Washington (encore que cette affiliation est contestée), y arguent pour l’essentiel que le consensus scientifique sur l’innocuité des OGM doit être remis en question parce que «deux développements récents ont dramatiquement changé le portrait des OGM». Le premier est ce qu’ils décrivent comme une augmentation très nette du nombre et des quantités de pesticides utilisés dans les cultures OGM ; le second est la classification récente de deux herbicides utilisés avec des semences génétiquement modifiées, le glyphosate et le 2,4-D, respectivement comme «probablement» et «possiblement» cancérigènes par l’agence de l’ONU sur le cancer.

Passons sur le fait que le lien entre OGM et accroissement de l’utilisation des pesticides est contestable. Passons outre les nombreux experts qui ne sont pas du tout impressionnés par le texte. Passons par-dessus les conflits d’intérêt que d’autres ont trouvé à ces deux auteurs — surtout Charles Benbrook, ce qui a été déterré sur M. Landrigan me semble a priori plutôt insignifiant.

Même en ignorant tout cela, la logique soutenant l’argument me semble… singulière, disons. Car ce qui est avancé, ici, c’est que l’on doit considérer les OGM comme nocifs pour la santé non pas à cause de toxines ou d’allergènes qu’ils contiendraient, mais à cause des pesticides épandus dans les champs. Or les pesticides ne sont pas utilisés qu’avec des OGM — le glyphosate et le 2,4-D, entre beaucoup d’autres, ont été mis en marché dans les années 70, bien avant l’apparition et la généralisation des OGM. L’usage à grande échelle de seulement un ou deux herbicides peut certainement contribuer à l’émergence de mauvaises herbes résistantes, mais c’est tout aussi vrai pour les semences «traditionnelles».

À ce compte, ne suffit-il pas d’épandre un pesticide quelconque sur un champ de carottes et de se trouver une couple d’études montrant sa toxicité pour ensuite conclure que les carottes sont dangereuses ?

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Lundi 10 août 2015 | Mise en ligne à 16h15 | Commenter Commentaires (8)

L’origine des yeux de chat élucidée

Le hibou a les pupilles rondes, comme les nôtres. La chèvre a les pupilles horizontales, et le chat, comme plusieurs autres petits prédateurs, les a verticales. (Photos : WikiCommons et archives La Presse)

Le hibou a les pupilles rondes, comme les nôtres. La chèvre a les pupilles horizontales, et le chat, comme plusieurs autres petits prédateurs, les a verticales. (Photos : WikiCommons et archives La Presse)

Regarde-moi dans les yeux, je te dirais ce que tu manges. À peu de chose près, c’est là la conclusion d’une fascinante étude qui vient de paraître dans Science Advances et qui montre un lien statistique très net entre le régime alimentaire d’un animal, ses stratégies de chasse (le cas échéant) et la forme de sa pupille. Le texte est d’ailleurs disponible gratuitement ici.

Des chercheurs des universités Berkeley et Durham menés par l’opticien Martin S. Bank ont examiné les yeux de 214 espèces afin d’essayer de trouver des indices sur les origines ou les fonctions de chacune des formes de pupille. A priori, les chercheurs s’attendaient à ce que les pupilles verticales soient sur-représentées chez les espèces nocturnes, parce que cette forme permet de moduler beaucoup mieux que les autres la quantité de lumière qui entre dans l’œil.

Et c’est en partie ce qu’ils ont trouvé : il y a beaucoup d’espèces nocturnes ou «polyphasiques» (actives de jour comme de nuit) qui ont une pupille verticale. Mais voilà, ils ont trouvé des espèces nocturnes avec toutes les formes de pupille, littéralement — et que l’on songe à l’oiseau de nuit par excellence, le hibou, qui a la pupille ronde, pour se convaincre qu’il y a effectivement autre chose.

En y regardant de plus près, les chercheurs ont trouvé que le mode de vie des animaux avait une grande incidence sur la forme de l’œil. Ainsi, sur 42 herbivores-proies analysés dans l’étude, pas moins de 36 ont la pupille horizontale — une forme qui élargit le champ de vision et aide à voir un prédateur s’approcher de n’importe quel angle, ou presque. De même, les prédateurs qui chassent en embuscade ont très souvent (44 espèces sur 65) les pupilles verticales, vraisemblablement parce que cela améliore la lecture de la profondeur, ce qui est bien pratique pour, par exemple, un chat qui a une chance, et une seule, d’attraper une souris.

Mais, fait intéressant, cet avantage vaut surtout pour les petits prédateurs — dans l’échantillon, 82 % des espèces à pupille verticale mesurent 42 cm ou moins à l’épaule, alors que chez les espèces à pupille ronde, seulement 17 % mesurent moins de 42 cm. Il semble qu’une certaine élévation aide à juger les profondeurs et rende la pupille verticale inutile.

D’ailleurs, tous les oiseaux ont la pupille ronde…

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