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Archive de la catégorie ‘Biologie’

Lundi 27 octobre 2014 | Mise en ligne à 16h53 | Commenter Commentaires (11)

Nage pour ta vie

)PHOTO: DAVID BOILY, LA PRESSE)

(Photo: David Boily, La Presse)

Tout le monde a déjà vu ces séquences de documentaires où des hordes de jeunes tortues marines sortent de terre pour ensuite tenter tant bien que mal, mais aussi rapidement que possible, de gagner l’océan. Entre les deux, bien sûr, bien des goélands et d’autres prédateurs trouvent là un repas facile, mais une partie des bébés-tortues parviennent malgré tout à se rendre jusqu’à la mer, où lesdits documentaires les décrivent généralement comme à peu près tirés d’affaire.

Mais en vérité, on ne savait à peu près rien de ce qu’il advenait d’elles une fois arrivées dans l’eau, parce qu’elles étaient trop petites pour qu’on puisse leur coller un émetteur. Du moins, c’était le cas jusqu’à ce que l’ingénierie n’accouche d’émetteurs à ultrasons ne pesant que 0,65 gramme et qui ont permis à une équipe européenne de faire cette très belle étude parue dans le dernier numéro des Proceedings of the Royal Society – Biological Sciences.

L’étude, dirigée par l’océanographe Rebecca Scott, a consisté à munir des tortues marine (Caretta caretta) de ces microémetteurs juste après leur naissance, puis à suivre leurs déplacements. Et contrairement à ce que l’on est spontanément porté à croire, elles ne profitent pas de leur arrivée dans l’eau pour prendre un peu de répit. Les données de Mme Scott montrent clairement qu’elles poursuivent leur «sprint» sous l’eau de façon à s’éloigner de la côte (où vivent bien des poissons prédateurs) le plus rapidement possible, quitte à nager plusieurs kilomètres dès les premières heures de vie.

Sur 11 tortues suivies pendant 3 à 8 heures, l’une d’elle a parcouru pas moins de 15 kilomètres, et toutes ont maintenu une trajectoire relativement droite jusqu’à ce qu’elles arrivent dans un courant marin. Notons que si les adultes Caretta caretta se tiennent près des côtes, les jeunes se tiennent plutôt en pleine mer, se cachant sous des algues flottantes.

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)Photo : AP)

(Photo : AP)

Les dauphins, c’est bien connu, sont des animaux si intelligents, aux comportements si complexes et si humains, qu’il est impossible de ne pas les trouver complètement «cutes». À moins que… À moins que ce ne soit l’inverse : ils sont si «cutes», si populaires dans la culture occidentale, que nous persistons à leur trouver toutes sortes de qualités extraordinaires même s’ils ne seraient que des animaux bien moyens. C’est l’hypothèse qu’a formulée récemment le neurochercheur Paul Manger, de l’Université Witwatersrand, en Afrique du Sud, dans un article qui a déclenché toute une polémique.

Le texte «profanateur» en question a été «perpétré» dans la revue Neuroscience l’an dernier, et le New Scientist a publié hier un excellent compte-rendu du débat. Essentiellement, M. Manger reproche aux spécialistes des dauphins d’avoir, selon le cas, surinterprété leurs données et d’avoir, sciemment ou non, ignoré le fait que d’autres espèces animales dont capables des comportements «extraordinaires» qu’ils observaient chez le dauphin. Ainsi, le fait que le dauphin soit capable de comprendre quand on lui montre quelque chose du doigt a parfois été montré comme un signe de son intelligence, mais le chien fait la même chose. De la même manière, si l’on part du principe (faux) que les animaux sont à peu près tous incapables de communication, alors la faculté du dauphin à apprendre un langage articulé peut paraître impressionnante, mais quand on y regarde de plus près, on voit que l’apprentissage est toujours pénible et que cette faculté a également été observée chez le chimpanzé, le lion de mer et le perroquet.

On a aussi fait grand cas de la capacité qu’aurait le dauphin à reconnaître son image dans un miroir. L’idée découle de cette étude de 2001, où deux dauphins ont été marqués (ou non), puis placés dans un bassin où se trouvait un miroir, que l’on a recouvert et même enlevés pour contrôler cette variable. Les auteurs de cette expérience ont rapporté que les animaux ont passé plus de temps devant le miroir quand ils portaient une marque, signe qu’ils «s’examinaient». Or cette conclusion a été assez critiquée par la suite, notamment dans ce texte que le chercheur allemand Onur Güntürkün a rédigé en réaction (et en bonne partie en appui) à la position de M. Manger. M. Güntürkün fait en effet remarquer que les données de l’expérience suggèrent que les dauphins avaient tendance à se tenir proche de l’endroit où se trouvait le miroir même quand celui-ci était recouvert…

En outre, la faculté de reconnaître sa réflexion a aussi été observée chez les grands singes, l’éléphant d’Asie et la pie.

Et puis, si certains dauphins sont connus pour prendre des éponges dans leur bouche afin de fouiller le fond de l’eau et qu’il s’agit bien d’un cas d’utilisation d’un outil, c’en est un bien médiocre — les chimpanzés, et même certains corvidés font mieux.

«Le cerveau des cétacés est devenu relativement grand il y a environ 32 millions d’années (…) et est depuis demeuré stable, en proportion de la taille corporelle. (…Et puisque d’autres espèces ont des capacités semblables), le fait de posséder des facultés cognitives sophistiquées semble n’avoir joué aucun rôle dans l’évolution d’un grand cerveau chez les cétacés», conclut M. Manger.

Bref, comme le résume lapidairement la journaliste du New Scientist, la dauphin serait un animal bien moyen mais qui est excellent pour le PR…

Beaucoup des spécialistes écorchés par le Sud-Africain, on s’en doute, ne sont pas du tout d’accord avec lui. Comme il peut très bien y avoir là-dedans un brin d’idéologie, je vous invite à lire le texte de M. Güntürkün, où l’on trouve assez de nuances pour éliminer a priori la possibilité d’un biais important. M. Güntürkün concède plusieurs points très importants à son collègue Manger, mais quand vient le temps de répondre à sa question initiale — soit le titre de son article, «Is Dolphin Cognition Special ?» —, il tranche en plein milieu du débat. D’une part, il est vrai qu’aucune des capacités cognitives du dauphin n’est unique ; on les trouve toutes, et parfois même en mieux, chez d’autres espèces. Mais d’autre part, souligne-t-il, le dauphin, sans être le meilleur dans quoi que ce soit, performe bien dans toutes les sphères de la cognition. Et à titre de «généraliste», il est authentiquement remarquable dans le monde animal.

La vérité est peut-être bien là…

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Lundi 29 septembre 2014 | Mise en ligne à 13h16 | Commenter Commentaires (9)

Les bactériophages sont-ils en train de finir par aboutir ?

Ça fait longtemps qu’on en parle, longtemps qu’on les décrit comme le fleuron oublié de la médecine soviétique, longtemps qu’ils sont sur le point de révolutionner la médecine occidentale et de nous débarrasser de notre «dépendance» aux antibiotiques, avec tous les problèmes que les bactéries résistantes peuvent poser. Les bactériophages, ces virus qui s’en prennent aux bactéries, sont en effet prometteur à bien des égards, mais les miracles annoncés n’en finissent plus d’aboutir, hormis quelques applications relativement mineures ici et là. Or on assiste depuis peu à une recrudescence des publications savantes dans ce domaine qui pousse le magazine The Scientist à poser la question : serions-nous enfin sur le point de profiter des promesses des phages ?

Jusqu’à présent, la recherche sur les phages a surtout débouché sur des applications agroalimentaires. Le microbiologiste de l’Université Laval Sylvain Moineau a mis au point des manières d’utiliser ces virus pour repousser de «mauvaises» bactéries qui nuisent au travail des «bonnes» bactéries dans la production de fromage. De même, illustre The Scientist, une biotech américaine, Intralytix, offre quelques «cocktails» de phages pouvant (pour certaines bactéries seulement) remplacer les antibiotiques dans l’élevage et les usines de transformation alimentaire. Ce n’est pas rien, remarquez, puisque ces avancées peuvent réduire les pertes des fromagers et diminuer l’usage des antibiotiques en agriculture — lequel est considéré comme une source majeure de résistance chez les bactéries.

Mais il me semble qu’on est encore loin d’avoir atteint le plein potentiel de ces virus (l’a-t-on surévalué ?) et on attend toujours les premiers traitements médicaux à base de phages. Les choses avancent, cependant. Plusieurs résultats ont été publiés récemment et, s’ils ne sont pas tous enthousiasmants — il apparaît de plus en plus clairement que les bactériophages ne pourront pas être utilisés contre n’importe quelle infection et qu’ils ne seront efficaces que dans certaines parties du corps, comme la peau, certaines muqueuses ou profondément dans les organes —, certains ont quand même atteint l’étape des essais cliniques récemment et demeurent prometteurs.

Ainsi, un petit essai de 24 patients a montré qu’un traitement au phage a réduit les comptes bactériens chez des gens qui étaient aux prises depuis des années avec des otites récurrentes causées par une souche de la bactérie Pseudomonas aeruginosa résistante aux antibiotiques. Comme la petite bête peut aussi causer des pneumonies, ce traitement pourrait être utiliser ailleurs. Un autre pathogène des poumons, Burkholderia cenocepacia, a été efficacement traité chez les souris, et c’est sans compter les molécules que l’on isole chez phages et qui ont des propriétés antibactériennes intéressantes.

Bref, ça bouge dans ce secteur. Moins vite que prévu, certes, en partie parce que les phages n’ont pas le même potentiel de profit que ces médicaments auquel on est «abonné à vie», ce qui explique pourquoi le financement reste assez mince, mais comme The Scientist le laisse entendre, il se pourrait que l’on soit en train de sortir de cette éternelle annonce de bienfaits énormes pour «bientôt»…

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