Sciences dessus dessous

Archive de la catégorie ‘Biologie’

Lundi 20 avril 2015 | Mise en ligne à 10h30 | Commenter Commentaires (5)

57 ans d’étude sur la prédation menacés en Ontario

Pendant les années 60, la population d'orignaux de l'Isle Royale doublé, ce qui a par la suite permis à celle des loups de croître également... Jusqu'à ce qu'un virus infectant les canidés soit accidentellement importé sur l'île en 1979, emportant une bonne partie des loups. Moins chassés, les originaux ont recommencé à se multiplier par la suite, jusqu'à ce qu'une épidémie de tique les décime. Notons que depuis 2010, le nombre des loups est passé d'une quinzaine à seulement trois, alors que les orignaux ont plus que doublé leurs rangs (d'environ 500 à 1250). Graphique : isleroyale.org

Pendant les années 60, la population d'orignaux de l'Isle Royale doublé, ce qui a par la suite permis à celle des loups de croître également... Jusqu'à ce qu'un virus infectant les canidés soit accidentellement importé sur l'île en 1979, emportant une bonne partie des loups. Moins chassés, les originaux ont recommencé à se multiplier par la suite, jusqu'à ce qu'une épidémie de tique les décime. Notons que depuis 2010, le nombre des loups est passé d'une quinzaine à seulement trois, alors que les orignaux ont plus que doublé leurs rangs (d'environ 500 à 1250). Graphique : isleroyalewolf.org

Cette fois-ci, ce n’est pas le gouvernement conservateur qui menace de forcer l’arrêt de longues expériences en leur coupant les vivres. Ce sont plutôt les loups de l’Isle Royale qui sont eux-mêmes en train de stopper la plus longue étude du monde sur les relations prédateurs-proies…

L’Isle Royale se trouve au nord-ouest du lac Supérieur, et s’étend sur 72 km de long par 14 de large. Elle est suffisamment grande et luxuriante pour soutenir une population de quelques centaines d’orignaux et de quelques dizaines de loups gris  mais, et c’est ce qui la rend si intéressante, elle est presque toujours complètement coupée du reste du monde. Les 24 km d’eau qui la sépare des rives du lac Supérieur sont tout-à-fait infranchissable pour les originaux et les loups, et les animaux qui y vivent y ont migré en empruntant un pont de glace qui ne se forme qu’exceptionnellement, lors d’hivers particulièrement rigoureux. C’est donc un petit univers fermé, une sorte d’expérience naturelle que des biologistes étudient en continu depuis 1958.

Il s’agit d’une des plus belles démonstrations que le fameux «équilibre de la nature», loin d’être aussi statique que l’expression le laisse entendre, est en fait une fluctuation permanente, une sorte de correction perpétuelle de déséquilibres en chaîne. On lui doit aussi toutes sortes de données précieuses sur l’effet d’épidémies sur les populations de loups et d’orignaux, sur la rigueur des hivers, la quantité de viande consommée par chaque loup, etc.

Et comme les loups de l’Isle Royale descendaient d’une seule femelle et de deux mâles, on a aussi pu observer comment la consanguinité pouvait affecter une population (encore que des apports génétiques du continent ont pu survenir à l’occasion). C’est d’ailleurs là une des hypothèses avancées pour expliquer pourquoi la population de loup s’est écroulée, ces dernières années, jusqu’à n’en compter plus que trois — un mâle, une femelle et un juvénile qui est vraisemblablement leur rejeton et qui possède une drôle de forme, une étrange queue, anormalement courte et rayée comme celle d’un raton laveur, et n’a pas l’air en santé, autant de signes qui pourraient trahir des problèmes de consanguinité.

On sait que certains loups de l’île sont tout simplement décédés récemment. Et comme le pont de glace s’est reformé l’an dernier et cet hiver, il est aussi possible que d’autres aient simplement quitté l’île. Mais dans tous les cas, il semble que cette très belle étude soit dangereusement à court d’objet. Bien dommage…

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Très, très intéressante étude que celle qui vient de paraître dans la revue savante Royal Society Open Science : chez une population de chimpanzés vivant autour de la rivière Fongoli, au Sénégal, l’utilisation d’«outils» ou d’«armes» pour la chasse semble avoir rendu cette activité, habituellement dominée par les mâles les plus gros et les plus rapides, beaucoup plus égalitaire. Ce qui amène des anthropologues à se demander si, chez l’humain, les premières armes de chasse n’auraient pas été inventées par des femmes.

Tous les chimpanzés (Pan troglodytes) chassent d’autres vertébrés. Nos plus proches parents s’y prennent la plupart du temps en groupe afin de rabattre les proies, généralement de petits singes, vers un cul-de-sac où les attendent les chasseurs les plus expérimentés. La tactique demandant de la rapidité (pour empêcher la proie de s’échapper) et beaucoup de force (pour tuer la bête, qui peut se défendre), la chasse est très principalement l’affaire des mâles. Sauf chez une population, les chimpanzés de Fongoli, qui sont le seul groupe connu à utiliser des armes — des branches brisées — lors de leurs expéditions de chasse.

Chez eux, l’article publié hier dans RSOS conclut que la chasse, sans être pratiquée tout-à-fait également par les mâles et les femelles, n’étaient pas l’apanage des mâles qu’elle peut être dans d’autres populations : les femelles ramènent tout de même 30 % des captures, ce qui n’est pas tellement moins que les 43 % du groupe qu’elles représentent. Menée par une équipe américaine et basée sur du travail de terrain réalisé entre 2005 et 2014, l’étude démontre que c’est l’utilisation d’outils qui explique le comportement différent. Si la chasse «à main nue» est toujours clairement dominée par les mâles, les parties de chasse aux petits singes «avec outils» comptent plus de femelles : sur un peu plus de 300 observées, celles-ci comptaient pour 175, contre seulement 130 pour les mâles.

Il est possible que les caractéristiques de la région aient plus ou moins «forcé» cette adaptation culturelle, lit-on dans ce compte-rendu du New York Times. La proie favorite des chimpanzés est généralement le colobe, mais l’espèce est absente autour de la rivière Fongoli — qui est un mélange de savane et de forêt, et non la forêt profonde que préfère généralement P. troglodytes. Les chimpanzés de l’endroit se rabattent donc sur plusieurs autres espèces (vervets, babouins, etc.), mais surtout sur un petit primate nocturne nommé galago, qui trouve souvent refuge dans des troncs d’arbre. Les chimpanzés de Fongoli ont appris à se servir de branches cassés relativement pointues pour tuer, blesser, ou à tout le moins contraindre les galagos à sortir de leur cachette — après quoi ils sont immédiatement capturés et décapités. Comme il ne s’agit pas d’une chasse par rabattage, elle ne demande ni la rapidité, ni la force de celle que pratique les autres populations de chimpanzés. Et les femelles en profitent pleinement : sur 21 captures «avec outils» de galagos observées, elles en ont ramené 10, contre seulement 2 sur 12 pour les captures de galagos à mains nues.

Fait encore plus intéressant, il semble que cette égalité dans la chasse ait pu mener à un plus grand égalitarisme social. Seulement 5 % des captures observées à Fongoli ont été volées par de gros mâles dominants (encore que la viande finit toujours par être partagée chez P. troglodytes), contre environ 25 % chez les autres chimpanzés.

Ces observations ouvrent une nouvelle possibilité — sans la prouver, remarquez bien — pour l’évolution de l’espèce humaine. Si l’utilisation d’armes de chasse passe d’abord par les femelles chez le chimpanzés, il est possible que la même chose soit arrivée dans notre lignée, même s’il s’agit d’une activité historiquement très masculine dans pratiquement toutes les cultures. On peut imaginer des scénarios où les femmes auraient introduit les armes, puis que les hommes les auraient adaptées/utilisées pour la chasse à de plus gros gibiers, ce qui aurait rétabli leur domination sur cette activité  — mais on est ici dans la pure spéculation, il faut le dire…

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Mercredi 8 avril 2015 | Mise en ligne à 10h24 | Commenter Commentaires (24)

Les petits Hollandais ont-ils de l’avenir ?

Alors ça, c’est pas chouette. Trois petits jours après que soit parue ma chronique sur la question de savoir si l’humanité est toujours soumise à la sélection naturelle, les Proceedings of the Royal Society – Biology publient «ze» étude rêvée à citer dans un texte comme le mien : oui, l’espèce humaine évolue toujours et la sélection naturelle (ou sans doute plutôt «sexuelle», ici) est probablement responsable du fait que les Néerlandais d’aujourd’hui sont, en moyenne, 20 cm (!) plus grands que leurs ancêtres ayant vécu il y a seulement 200 ans. Bondance…

La «poussée de croissance» est si subite et spectaculaire qu’on l’explique généralement par des facteurs environnementaux, comme une meilleure nutrition — les cas d’évolution «réelle», basée sur les gènes, prennent en principe beaucoup plus de temps que cela. Mais l’étude dirigée par Gert Stulp, de la London School of Hygiene and Tropical Medicine, a trouvé autre chose dans des données documentant des aspects de la vie (mariage, nombre d’enfants, etc) de près de 43 000 personnes nées dans le nord des Pays-Bas entre 1935 et 1967.

En effet, en excluant les effets de l’immigration, les données de M. Stulp montrent que les hommes de grande taille, là-bas, ont eu 0,24 enfant de plus que les autres en moyenne. La différence n’est pas énorme, mais elle est statistiquement très significative et, sur deux siècles, pourrait peut-être expliquer une partie les 20 cm de plus qu’ont les Néerlandais d’aujourd’hui. Dans l’échantillon, les hommes plus grands avaient également moins de chance de rester sans enfant et étaient plus souvent en couple. Notons que cet effet ne semblait pas jouer sur les femmes, dont les succès reproducteurs étaient meilleurs chez celles qui avaient une taille moyenne.

Fait intéressant, lit-on dans ce compte-rendu de Science, il semble que cette sélection ne joue pas partout de la même manière. Une autre étude de M. Stulp sur des Américains nés au Wisconsin entre 1937 et 1940 a en effet trouvé qu’aux États-Unis, ce sont les hommes de taille moyenne et les femmes de petite taille qui ont le plus d’enfants…

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