Sciences dessus dessous

Sciences dessus dessous - Auteur
  • Jean-François Cliche

    Ce blogue suit pour vous l'actualité scientifique, la décortique, et initie des échanges à son sujet.
  • Lire la suite »

    Partage

    Mardi 5 septembre 2017 | Mise en ligne à 12h05 | Commenter Commentaires (18)

    La «crise» dans nos slips…

    (Image : ThinkStock/archives Le Soleil)

    (Image : ThinkStock/archives Le Soleil)

    Je ne l’avais pas vue venir, celle-là. C’est sûr qu’en titrant mon dossier du week-end «Qui joue dans le pantalon des Occidentaux ?», j’aurais pu me douter que mes textes attireraient un lectorat… euhpas comme d’habitude, mais j’imagine que j’ai l’esprit trop chaste pour ça.

    Quoi qu’il en soit, la question se pose avec une petite urgence supplémentaire depuis cet été. Historiquement, l’idée que la qualité du sperme diminue en Occident était très controversée : plusieurs études trouvaient des reculs importants depuis 50 ou 60 ans, mais la plupart souffraient de graves lacunes. Pour les unes, c’était la méthode de décompte des «spermato» qui avait changé au cours de la période étudiée, ce qui ouvrait la possibilité que la baisse ne fût qu’un artéfact. Pour les autres, c’était des problèmes d’échantillons possiblement biaisé par le fait que les participants provenaient tous, ou en grande partie, de clinique de fertilité. Et quoi d’autre encore, si bien qu’on n’était pas trop sûr que le problème était réel.

    Cependant, une étude israélienne parue cet été est parvenue à éviter la plupart de ces écueils, et elle conclut à une baisse de près de 60 % de la concentration du sperme (nombre de spermatozoïdes par millilitre), un indicateur important de la fertilité masculine. On ne parle pas encore d’un «consensus scientifique», mais il semble qu’on s’enligne vers là, si j’en juge par les commentaires que j’ai recueillis et que j’ai lus sur le web.

    Maintenant, la question suivante est : que se passe-t-il, au juste ? Quelle est la source du problème ? Il semble qu’il va falloir s’armer de patience pour avoir une réponse. Les spermatos sont des petites bêtes fragiles dont la production est connue pour varier beaucoup, et en fonction de bien des facteurs. Ça fait beaucoup de «bruit statistique» pour masquer la ou les causes que l’on cherche, et ça nous promet un paquet d’études futures qui consisteront essentiellement à essayer d’entendre une mouche voler dans un concert rock. Pas évident.

    Cela dit, le principal «suspect», dans cette histoire, est cette classe de polluants nommés perturbateurs endocriniens, ces substances qui imitent ou interfèrent d’une autre manière avec nos hormones. C’est a priori plein de bon sens puisque plusieurs imitent les œstrogènes, et l’exposition pendant la grossesse contribuerait donc à féminiser les garçons. Cela serait également cohérent avec une hausse de problèmes comme la cryptorchidie (quand, à la naissance, les testicules sont restés dans le bas-ventre au lieu de descendre dans le scrotum, l’exposition à de trop forts niveaux d’hormones féminines pendant la grossesse en est la cause), dont la prévalence tournait autour de 2 % dans les années 50, contre 5 % dans les années 2000.

    Mais voilà, ces problèmes ne sont pas observés dans les pays en développement, où pourtant l’on trouve beaucoup de polluants à des concentrations bien supérieures à ce qu’on a ici.

    Une autre possibilité intéressante est l’obésité — et cela pourrait même être «l’hypothèse les plus parcimonieuse», celle qui est la plus simple et qui a à première vue le plus de chance d’être la bonne. Les tissus adipeux contiennent en effet une enzyme, l’aromatase, qui a pour effet de transformer la testostérone en œstradiol (la principale forme d’œstrogène). Plus on est obèse, plus le corps produit d’aromatase, avec des conséquences négatives sur la production de spermatozoïdes. Et s’il est une différence notable entre l’Occident et le reste de la planète, il me semble que c’est bien elle : l’épidémie d’obésité.

    Alors je vous pose la question : sans se prononcer sur les perturbateurs endocriniens (c’est une possibilité qui reste ouverte), est-ce que les problèmes de poids de l’Occident ne sont pas l’hypothèse la plus parcimonieuse ?


    • “Cela dit, le principal «suspect», dans cette histoire, est cette classe de polluants nommés perturbateurs endocriniens, ces substances qui imitent ou interfèrent d’une autre manière avec nos hormones.”
      Ca vient des chemtrails. Après les chapeaux en aluminium, je vais lancer une ligne de slips en alu. Qui veut investir avec moi ? Surveillez-ça sur Kickstarter !!

      L’obésité a le dos large (pas juste le dos). Rajoutons-y un autre effet néfaste car ça me semble plausible. La mauvaise santé a un effet sur toutes les parties (!) du corps. Aussi petites soient-elles. Mens sperma in corpore sano !

    • Le Rasoir d’Ockham semble vouloir trancher en faveur de l’obésité.

    • Je vis au Texas et des couples de gros qui ont des enfants obèses il en pleut ici. Une chose est certaine, c’est qu’ils nont aucune difficulté à se reproduire. Peut-être que le gras réduit le nombre totale de spermato mais qu’il rend ceux qui restent plus performants je sais pas?

      La moyenne occidentale est de près de 50 millions de spermato par ml. Ce n’est qu’en bas de 40 M/ml que la fertilité se met à décliner assez rapidement et le seuil de l’infertilité est fixé à 15 M/ml. Mais sur 1000 couples obèses, il y aura plus d’infertilité que sur 1000 couples en forme, c’est sûr.
      JFC

    • @ gl000001

      Dans votre locution latine, le «sperma» remplace le mauvais mot, «mens» signifiant «esprit». Mais peut-être avez-vous trouvé la clé du problème de stérilité croissante : «un spermatozoïde virtuel dans un corps sain» !

    • - «…est-ce que les problèmes de poids de l’Occident ne sont pas l’hypothèse la plus parcimonieuse ?»

      Ça se pourrait… vu qu’obèse beaucoup et que ça donne pas d’enfants…

      Ceci dit, l’affirmation voulant que «dans les pays en développement, où pourtant l’on trouve beaucoup de polluants à des concentrations bien supérieures à ce qu’on a ici» est plutôt osée, et reste à vérifier.

      Les perturbateurs endocriniens se retrouvent dans les plastiques, les enrobages à l’intérieur des boîtes de conserves et les emballages de bouffe industrielle, des trucs qui ne sont pas nécessairement consommés en quantités dans les pays pauvres…

      Il est tout à fait possible que l’obésité cache notre plus grande consommation de bouffe industrielle contaminée aux perturbateurs endocriniens.

    • La nature suit son cours. Une espèce envahissante détruit son habitat et voit son taux de fécondité diminuer. Tel que le cerf de virginie qui atteint la maturité sexuelle beaucoup plus tard sur l’île d’Anticosti qu’ailleurs. Bizarre que le phénomène apparaisse en occident où les humains vivent dans l’abondance. Probablement que la sédentarité/obésité est réellement la cause principale.

      Avec la population mondiale qui ne cèsse de croître, nous devrions trouver ce qui ce passe et l’appliquer à la planète entière.

    • @jayblow

      Pour les obèses ben on dirait que les spermato qui roulent dans la graisse qui est un excelent lubrifiant ont moins de résistance à l’avancement …

      Comme disait un vieux ( version neutre de Mon grand père disait… ) avec le «Kabe» y ont même pu le temps de piser… y ont encore moins le temps pour le reste… Pis avec les mâles de la tv les femmes ont déjà les yeux dans la graisse de bine…cé sur qui sont moins inspiré quand y reviennent à la réalité …

    • Comme nombre de naturalistes l’ont démontré à maintes reprises, le processus de reproduction animale est perturbé par des stress importants (ex.: aménorrhée chez les femmes lors de conflits importants). Notre société, qui exige toujours plus de performance de l’Homo sapiens, ne peut avoir qu’un effet délétère sur plusieurs fonctions physiologiques. Parmi les malaises déjà connus : hypertension, malnutrition (dans le sens de se nourrir mal mais en quantité), tabagisme, alcoolisme, toxicomanies, nimit !!! Pas trop bon pour une “usine” qui doit sortir des centaines de millions de produits par jour grâce à un processus passablement complexe…à température soigneusement contrôlée !

    • Mon hypothèse ? J’irais plus vers le taux de natalité ou du nombre moyen d’enfants par femme et je regarderais aussi le travail des hommes. Un travail plus physique et devant aller à l’extérieur ou un travail intellectuel.

      http://www.stat.gouv.qc.ca/statistiques/population-demographie/naissance-fecondite/401.htm

      Oui, il y a plus d’hommes infertiles mais pour le nombre d’enfants que nous avons. Le sperme est de moins bonne qualité ? Il ne sert pas à la reproduction.

      L’arrière-grand-père disons et son épouse ont eu 15 enfants. Les spermatozoïdes pourquoi seraient-ils si nombreux à faire la course s’ils n’ont aucune chance d’aller féconder l’ovule ?

    • L’obésité ou le manque d’exercice ? Pour certains obèses d’autrefois, ils restaient vieux garçons et vieilles filles. Pour des gens d’il y a peut-être entre 40 et 50 ans, ils avaient leurs enfants plus jeunes et certains faisaient déjà de l’embonpoint mais sans être obèses.

      À 20 ans, il a un corps d’Apollon, à 30 ans il est costaud et avec quelques kilos à perdre. À 35 ans, ses enfants sont venus au monde et il s’en vient un outre-mangeur.

      Par ailleurs, pour la fertilité et qualité du sperme mais aussi celles de l’impuissance, des hommes étaient finis à 50 ans… Maintenant, ils ont du Viagra mais pas juste cela.

      Ce sont vos jeunes hommes qui se mariaient à 19 ans et prêts à fonder une famille d’une douzaine d’enfants avec leur blonde de 15 ou 16 ans. Maintenant ils vont à l’école et connaissent peut-être toutes les positions du kamasutra rendus à 18 ans mais ne sont pas prêts à devenir parents.

    • C’est vraiment n’importe quoi ces hypothèses. Le responsable, c’est les jeans ! Depuis leur apparition, les couilles ne peuvent plus pendre et ont donc gagné plusieurs degrés en température. Et chacun sait qu’elles sont très sensibles à la température.

      Reste à expliquer pourquoi il n’y a pas de rebond chez la génération des fonds de culotte aux genoux !

    • @René_Groulx
      Héhé. J’ai appris mon latin en lisant Asterix. Désolé et merci pour la correction.
      Mais j’aime quand même ce que j’ai écrit. Sperme de l’esprit. C’est peut-être qu’inconsciemment, l’esprit fait produire moins de spermatozoïde pour ne pas surpopuler la planète.

    • Tiens…

      Une nouvelle analyse planétaire de l’eau du robinet révèle que 94% des échantillons américains contiennent des microparticules de plastique contre 76% en Indonésie…

      https://www.theguardian.com/environment/2017/sep/06/plastic-fibres-found-tap-water-around-world-study-reveals

      C’est pas les plastiques qui contiennent des perturbateurs endocriniens ?

      Sans parler des plus de 50 espèces de poissons qui mangent les particules de plastique qui contaminent maintenant les océans… et parmis ces espèces, plusieurs qui sont consommées par l’Homme…

      https://www.washingtonpost.com/national/health-science/the-bad-news-is-that-fish-are-eating-lots-of-plastic-even-worse-they-may-like-it/2017/09/01/54159ee8-8cc6-11e7-91d5-ab4e4bb76a3a_story.html?utm_term=.e3ed1eb4cb43

      Mais, c’est pas grave.

      Tout ce plastique, ces pesticides, ces engrais chimiques, ces 80 000 produits chimiques rejetés dans l’environnement par l’activité humaine… ça ne nous affecte ABSOLUMENT PAS !

      C’est ça qui est rassurant !

      Le problème fondamental, comme nous le savons tous, c’est l’obésité; ce sont les nouvelles façons de calculer; c’est la meilleure détection des maladies; c’est TOUT, mais alors là TOUT SAUF la contamination de l’environnement par l’activité humaine.

      Attendez que j’me souvienne… c’était pas aussi ce genre de déni pour le réchauffement climatique..?

      Tout sauf l’activité humaine.

      Hein ?

    • @Ralbol, j’aime la comparaison entre les polluants et le déni du réchauffement climatique par des causes anthropique. On pourrait aussi ajouter le tabac à cet exemple.

      Je crois personnellement que notre pollution est à la base de cet effritement du château de cartes. Cependant, pour le cas actuel, la piste de l’obésité est très intéressante. Et si la solution finale ressemblait à celle qui touche les abeilles? I.e. que c’est l’impact cumulé de différents facteurs sans effets notables isolés qui causerait le problème? Imaginons, l’obésité met le corps dans la prédisposition et la pollution donne le coup de pouce pour faire basculer le tout. Le résultat serait le même : on ne verrait pas de diminution de sperme dans les populations non obese (même si la pollution est capitale pour l’apparition du problème).

      Alors, on prend un groupe d’humains qu’on isole dans une bulle et on les engraisse pour pouvoir mesurer leur niveau de spermatozoïdes? On aurait ainsi un résultat certain!

      @ gazelle2007, le problème le jeans… alors vous prescrivez la robe/jupe pour les hommes ?

    • @M.Rustik
      C’est le début de la spirale. La spirale qui nous ramène vers le bas inéluctablement.
      En anglais, ils disent “cascade failure”.
      Misère, je me mets à parler comme Ralbol !! ;-)

    • @ m.rustik

      - «…que c’est l’impact cumulé de différents facteurs sans effets notables isolés qui causerait le problème?»

      C’est certainement vrai pour une variété de problèmes nous touchant actuellement.

      Mais comme mesurer l’interaction d’un ensemble complexe de facteurs est extrêmement difficile sinon impossible, alors on se rabat sur le «on sait pas», ou sur le facteur unique que bien sûr on ne trouve pas.

      Ceci dit, comme la pollution et la contamination s’étendent, on aura certainement bientôt des preuves ÉVIDENTES de «facteurs uniques» reliés à la contamination; on aura sans doute un consensus des scientifiques comme celui sur le réchauffement climatique; et malheureusement, comme pour le réchauffement, on n’y fera rien, pour «protéger l’économie».

      Juste un exemple… une société d’investissement multinationale avertit présentement ses clients de se préparer à un réchauffement global des températures de 7,8℃ d’ici la fin du siècle.

      Pas pour qu’on cesse la folie, MAIS POUR PRÉPARER LES STRATÉGIES D’INVESTISSEMENT SUR UNE PLANÈTE DONT UNE BONNE PARTIE SERA DEVENUE INHABITABLE !!!

      Plus fou que ça, tu cours à l’extinction.

    • Et si c’était précisément parce qu’on joue trop dans le pantalon des occidentaux…..? (Remarquez, c’est pas pour se plaindre….). La libéralisation des mœurs a peut-être eu cet effet “pervers”…..;-)

      Avec en plus tous les autres facteurs (le plastique omiprésent me fait particulièrement dé…chanter , si vous suivez mon esprit…), le résultat semble inévitable….

    • Tiens…

      Pour ceux qui ne croiraient pas au scénario du 7,8℃ de réchauffement d’ici la fin du siècle, voici le lien vers l’article sur la société d’investissement multinationale avertissant présentement ses clients de se préparer audit réchauffement. Pour ceux qui lisent l’anglais, c’est très intéressant:

      https://motherboard.vice.com/en_us/article/433yg9/global-investment-firm-warns-78-degrees-of-global-warming-is-possible

    Vous désirez commenter cet article?   Ouvrez une session  |  Inscrivez-vous

    publicité

  • Catégories

  • Blogues sur lapresse



    publicité





  • Calendrier

    septembre 2017
    D L Ma Me J V S
    « août    
     12
    3456789
    10111213141516
    17181920212223
    24252627282930
  • Archives