Sciences dessus dessous

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  • Jean-François Cliche

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    Mercredi 12 juillet 2017 | Mise en ligne à 11h37 | Commenter Commentaires (19)

    Qui a amené l’agrile du frêne à Québec ?

    (Photo : Le Soleil, Patrice Laroche)

    (Photo : Le Soleil, Patrice Laroche)

    C’était essentiellement une question de temps, et ça ne l’est plus maintenant : l’agrile du frêne, qui fait des ravages dans la région de Montréal et en Outaouais depuis le tournant des années 2010, est désormais présent à Québec. Ce qui est une très mauvaise nouvelle puisque la «bibitte», introduite en Amérique du Nord dans les années 90, est originaire d’Asie et que nos frênes n’ont aucune défense contre elle.

    Maintenant, la question est de savoir : comment est-elle arrivée ici ? L’endroit le moins éloigné de Québec où le petit ravageur avait été détecté auparavant était à plus de 200 km de distance, juste à l’ouest du lac Saint-Pierre. Et l’agrile n’est pas connu pour voler très loin de son lieu de naissance, généralement quelques mètres, ou jusqu’à 1 km dans le besoin. Alors l’hypothèse la plus plausible, selon deux entomologistes que j’ai interviewés — Pierre Therrien, de Forêts, Faune et Parcs Québec, et Robert Lavallée, du Service canadien des forêts —, est évidemment que l’insecte a été transporté par l’activité humaine. C’est généralement quand des gens déplacent du bois de chauffage infesté que ce ravageur fait ses plus grands «bonds».

    Mais le conseiller municipal Steeve Verret, responsable de l’environnement au comité exécutif de Québec, prétend que ce n’est pas si sûr, et qu’il est possible que l’agrile ait fait son chemin jusqu’à Québec sans être détecté. Montcalm, le quartier du centre-ville où la «découverte» a été faite, n’est pas un endroit où le chauffage au bois est particulièrement répandu, fait-il valoir, si bien qu’il demeure possible, à ses yeux, que l’agrile ait fait son petit bonhomme de chemin jusque là, naturellement et discrètement.

    On s’entend, ici, que ce n’est certainement pas l’«hypothèse la plus parcimonieuse» : il faudrait un bien drôle d’alignement des planètes pour que l’agrile tue des frênes sur 200 km sans que personne ne s’en rende compte.

    Mais il y a tout de même moyen de se faire l’avocat du diable. M. Lavallée me disait par exemple qu’il est très difficile de détecter l’agrile, dont l’infestation peut prendre des années avant de produire des symptômes sur un arbre, et que les pièges comme ceux qui sont tendus chaque été par les villes de Québec et de Lévis pour détecter hâtivement la présence de cette espèce envahissante sont loin d’avoir une efficacité impressionnante. La phéromone utilisée pour y attirer les agriles, dit-il, n’agit que sur quelques mètres, si bien qu’un piège installé quelque part peut facilement «manquer» des agriles qui seraient au coin de la rue. Il y a beaucoup de chance dans le fait d’attraper ou non des agriles à l’aide de ces dispositifs, et il n’est donc pas complètement inenvisageable que l’animal ait échappé à toute surveillance.

    On peut aussi imaginer, sans doute, un scénario hybride où du bois de chauffage l’aurait approché de Québec et qu’un coup de chance (quelques individus emportés par le vent ?) aurait complété le trajet jusqu’au centre-ville. Mais bon, rendu là, disons-le, on est en pleine spéculation…

    Alors à votre avis, qu’est-ce qui s’est passé ?


    • Question pour question … Et qui va payer pour nous débarasser du frêne que la ville donnait dans les campagne de plantation d’arbre ( c’était a peu près la seule espèce recommandé ) que les gens ont planté en arrière cour?

      Ben sur comme pour les inondations on s’enligne pour 10 ans de procédure légale … à en moyenne 800 $ l’abattage et plusieurs centaines de victimes potentielles 32 ans plus tard …

      Vive la monoculture …

    • L’hypothèse de l’intervention humaine me semble effectivement la plus plausible quoique on ne peut écarter celle de la progression naturelle sans études plus approfondies. Mais est-ce vraiment important de savoir ce qu’il en est?

      La véritable question ne devrait-elle pas être comment se débarrasser de cette vermine? Heureusement, il y a d’excellentes nouvelles sur ce front. Deux chercheurs québécois, Robert Lavallée (celui dont vous parlez dans votre billet) et Claude Guertin, ont découvert une souche locale du champignon Beauvaria bassiana qui se trouve à être particulièrement létale pour l’agrile du frêne. L’objectif est donc d’utiliser ce champignon pour développer une méthode de contrôle biologique efficace contre cet envahisseur vorace ayant la vie un trop facile sur notre continent faute d’ennemis naturels.

      «Un champignon estrien pour contrer l’agrile du frêne»
      http://ici.radio-canada.ca/premiere/emissions/Ecoutez-l-estrie/segments/entrevue/30780/agrile-du-frene-champignon-estrien-radio-canada-estrie

      «Agrile du frêne: les pièges de champignons semblent prometteurs»
      http://www.lapresse.ca/actualites/montreal/201507/13/01-4885021-agrile-du-frene-les-pieges-de-champignons-semblent-prometteurs.php

    • De prime abord, c’est sur que le bois de chauffage peut être une possibilité, mais transporter sa corde de bois sur 200 km me semble un peu excessif comme hypothèse.

      Par contre, on peut suspecter Monsieur F. Saint-Laurent de participer au problème. Il a l’habitude de transporter de nombreux bouts de bois et les redéposer un peu partout sur son chemin.

      Ce qui m’embête par compte, concernant ces deux hypothèses, c’est qu’il me semble que le seul moment où l’animal puisse être transporter sur de longues distances c’est au moment de l’hivernage. Je me demande en effet comment réagiraient les larves au stade de l’alimentation après l’abattage de l’arbre; plus de sève dans le phloeme, l’hivernage dans un bois en train de sécher…

    • Une autre réflexion que je me fais concerne l’insecte ailleurs qu’en Amérique du Nord; on parle de résistance des frênes à l’insecte et de la présence de ses prédateurs naturels. Je serais curieux de comprendre comment la physiologie des arbres ailleurs peut leur conférer une résistance, mais une rapide recherche sur internet ne m’a pas permis de trouver d’explications. De même, la femelle ne pond qu’entre 30 et 60 œufs ce qui, dans ma compréhension, placerait l’insecte dans un groupe qui ne peut pas être soumis à une prédation très intense; celle-ci doit vraisemblablement être assez spécialisée.

    • Le village global dont parlait McLuhan au début des années 70 c’est aussi vrai pour les espèces vivantes. Tout un bond en effet que la bestiole a pu faire du continent asiatique au continent américain ! Même chose avec les eaux de ballaste des navires étrangers qui empoisonnent le bassin des Grands Lacs. De même, la grippe saisonnière que l’Organisation mondiale de la Santé tente parfois vainement de contrer en envoyant ses inspecteurs dans les marchés de volailles d’Asie où humains et animaux vivent dans une promiscuité insensée chez-nous. La très grande facilité avec laquelle nous nous déplaçons aujourd’hui a anéanti les obstacles géographiques qui autrefois nous protégeaient efficacement…un monde qui aurait beaucoup plu au POTUS actuel et à ses supporteurs.

    • @mononke

      Je ne vois pas pourquoi la ville ou le gouvernement devrait payer pour les abattages privés. Ce n’est quand même pas eux qui ont introduit l’insecte.

      Souhaitons que les autorités s’occupent du problème rapidement – avec le champignon Beauvaria bassiana – avant d’en perdre le contrôle.

      En attendant il faut continuer à rechercher le coupable qui a introduit l’insecte à Québec pour pouvoir le fouetter en public, sur les Plaines d’Abraham!

    • @ Igreck 10h39
      «Même chose avec les eaux de ballaste des navires étrangers qui empoisonnent le bassin des Grands Lacs.»

      À propos des eaux de ballast, responsables de l’introduction de 186 espèces invasives dans les Grands Lacs (et, par conséquent, dans notre fleuve St-Laurent pour plusieurs d’entre elles):

      «Un pavé dans la mare des Grands Lacs – Le budget de Trump pourrait achever un écosystème déjà moribond»
      http://www.ledevoir.com/environnement/actualites-sur-l-environnement/494290/un-pave-dans-la-mare-des-grands-lacs

      Le futur ne s’annonce donc pas rose en ce domaine. Espérons que l’épisode de folie trumpiste ne durera pas trop longtemps et qu’il ne causera pas trop de dommages supplémentaires à l’environnement d’ici le retour à la raison de notre grand voisin du sud.

    • L’histoire se répète… l’envahisseur qui prend Québec d’assaut… alors c’est surement un anglais qui l’a introduit à Québec en passant par les plaines d’Abraham.

      Si ce n’est pas ça, j’aime bien l’idée du Cyclope concernant le fleuve (si bien entendu l’insecte peut faire ce voyage marin).

    • Je ne suis pas certain que le bond soit de 200 km. Si vous allez à Trois-Rivières sur l’île St-Quentin vous allez voir plein de frênes qui montrent des signes d’infestation

    • À mon avis, il s’agit d’un complot asiatique. L’agrile du frêne a profité de son amie la carpe pour remonter le fleuve.

      Et les deux espèces auraient ensuite inventé les histoires de réchauffement planétaire pour nuire aux entreprises américaines ? BON SANG MAIS C’EST BIEN SÛR !!! ;-)
      JFC

    • Difficile de cerner ou freiner mere nature. Une fois que la propagation est une menace, on peut conclure qu’ elle nous devance déjà. Mêmes conclusions possibles avec la berce du Caucase , les moules zébrées ou la carpe asiatique. Aussitôt que les conditions sont propices un prédateur reste un prédateur jusqu’ a ce qu’ il rencontre son homme…un plus gros prédateur…

      Pas certain non plus qu’ on puisse blamer les Molson et le Canadien…(trop facile pour ne pas la placer celle la…)

      Je suis aussi d’avis qu’elle n’origine peut-être pas de Mtl mais peut-être en quelque part entre les deux ou carrément d’ailleurs…
      Je sais que scientifiquement une partie de la réponse réside dans l’origine du phénomène mais rendu la , sont-ce des énergies aussi bien investies que celles nécessaires pour endiguer ou éradiquer la beubitte ?

    • @JFC

      Trump! Sors de ce corps…!

      @m.rustik

      Le voyage n’a rien de marin, car l’eau salée ne remonte pas plus loin sur l’estuaire du Saint-Laurent que la pointe est de l’Ile d’Orleans. Pour renchérir sur mon hypothèse, on peut imaginer un riverain insouciant qui abat un frêne et le laisse partir en pièces dans le fleuve…

    • Qu’est-ce qui s’est passé ?

      l’agrile peut se déplacer jusqu’à 1km / année…!
      Bon, il y a t-il réellement quelqu’un qui a déjà installer une bague (GPS) ou un collier sur cette svelte métallique verte !?

      Et si un collectionneur d”insectes en était d’usage, j’CROIS QU’il en SERAIT LA PREMIÈRE FOIS.

      Volontairement on a jadis importer la Coccinelle asiatique, des races de chiens,chats,sangliers,serpents et cies en passant par les biscuits chinois et autres pattés mexicains… ( ! )

      Ou alors, un simple couple d’oiseaux (rapace) pour construire un simple nid.
      Combien de kilomètres d’osier de montgolfières peuvent-ils ..’sté-sté’.. parcourrir ?!??

    • Moi je dis UPS, FeDEx ou DHL. Postes Canada, c’est au-delà de leurs capacités.

    • Que sait-on au juste au sujet du rythme de progression réel de l’agrile du frêne? La méthode de dépistage utilisée présentement semble loin d’être infaillible à ce qu’on peut voir dans ce billet. Pour en avoir le coeur net, il faudrait idéalement coller des micropuces sur plusieurs centaines d’individus afin de pouvoir les identifier/localiser avec précision après recapture.

      Fort heureusement, ce scénario n’est plus de la science-fiction. PharmaSeq, une entreprise spécialisée dans l’étiquetage électronique des animaux, offre maintenant un produit développé spécifiquement pour identifier les insectes individuellement, le «p-Chip». D’une taille de 0,25 mm carré pour un poids de 85 μg, cette micropuce est suffisamment petite pour faire le travail adéquatement sur de gros insectes et aurait déjà été utilisée avec succès sur des fourmis, des abeilles et des araignées (qui ne sont pas des insectes, je sais).

      http://www.pharmaseq.com/index.php/products/insect-tagging

    • Le transport de bois de chauffage n’est pas à écarter. Il y a quelques terrains de camping autour de Québec. Dans mon jeune temps, lorsque je faisais du camping, lorsqu’il restait de la place dans l’auto, j’emportais du bois de chauffage déjà en ma possession pour économiser.

    • Faut surtout pas sous estimer la distance que quelques bûches peuvent faire dans la valise d’un campeur soucieux de sauver quelques dollars…

      Parlant de bébitte désagréable, je demeure à Ste-Adèle, où on a une bonne infestation de tordeuse et je me demandais c’est quoi la stratégie idéale pour limiter sa propagation. Parce que présentement les épinettes meurent rapidement dans certains secteurs ( notamment en plein cœur du village, au parc municipal, etc.) et les chenilles sont bien là susceptible de tomber sur des gens, poussettes, véhicules et de continuer leur beau travail de destruction. Bref, on serait pas mieux de couper et de brûler les arbres infestés ?

    • Scénario alternatif, sans bois de chauffage: l’agrile a peut-être été mobilisé par un “18 roues de pitoune”, comme on en voit passer de temps en temps sur le boulevard Charest, qui longe le quartier Champlain sur sa bordure nord.

    • @ molsonex1903 15 juillet 11h43
      «Parlant de bébitte désagréable, je demeure à Ste-Adèle, où on a une bonne infestation de tordeuse et je me demandais c’est quoi la stratégie idéale pour limiter sa propagation.»

      L’arrosage aérien des zones infestées avec une préparation de bactéries Bacillus thuringiensis me semble tout indiqué. Très efficace contre certaines variétés d’insectes (dont la tordeuse) et tout à fait inoffensive pour l’environnement. Je ne sais toutefois pas ce qu’il en est concernant l’existence d’un programme gouvernemental de prévention/contrôle de la tordeuse dans votre région.

      «La lutte biologique avec le Bacillus thuringiensis (B.t.)»
      http://www.rncan.gc.ca/forets/feux-insectes-perturbations/principaux-insectes/13402

      Extrait: «Depuis 1985, près de 8 millions d’hectares de forêts infestées par des insectes ont été traités au B.t. C’est aujourd’hui l’outil le plus efficace contre la tordeuse des bourgeons de l’épinette et le produit commercial connaissant le plus grand succès contre les ravageurs forestiers.»

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