Sciences dessus dessous

Archive, juillet 2017

Lundi 17 juillet 2017 | Mise en ligne à 14h38 | Commenter Commentaires (11)

La citation du jour : le Soleil est solaire

Capture d’écran 2017-07-17 à 12.53.22J’ai l’air de blaguer, comme ça, mais je suis sérieux comme un pape, je vous jure… Enfin, non, peut-être pas tant que ça, mais je ne trouve pas cette histoire seulement drôle, elle est très sérieuse aussi. Comme le montre l’image ci-haut, une étude vient de confirmer que «le Soleil est une étoile de type solaire». Let that sink in, comme ils disent…

Il y a bien sûr, en apparence, un serpent qui se mord allègrement la queue dans cette idée de prouver que le Soleil est du genre solaire : s’il existe une catégorie d’«étoiles de type solaire», c’est parce que les étoiles ne sont pas toutes pareilles et que seulement certaines sont raisonnablement semblables au Soleil, en termes de taille (0,8 à 1,2 fois la masse du Soleil), de température (5300 à 6000 °K) et de quelques autres variables. Si bien que, d’un point de vue logique, prouver que «le Soleil est une étoile de type solaire» revient grosso modo à confirmer que le noir est une couleur de type foncé, ou que le sucre a un goût de type sucré : c’était déjà dans la définition.

Cependant, si étrange qu’elle puisse paraître à vue de nez, la question avait fini par se poser en astronomie. Et très sérieusement, à part ça. Car si on connaît, certes, des étoiles qui ressemblent au Soleil par quelques unes de leurs caractéristiques, il n’est pas évident qu’elles se comportent vraiment toutes comme lui. Plus particulièrement, est-ce que leur luminosité et leur magnétisme suivent-ils des cycles de 11 ans, comme le Soleil (dont l’activité augmente et diminue sur 11 ans, en même temps que son champ magnétique se renverse) ? Et si le Soleil s’avère se comporter de manière très singulière, très différente des autres étoiles de la même «famille», qu’est-ce que cela signifiera sur la pertinence de cette catégorie d’étoiles ?

Il n’est pas facile de mesurer de subtiles variations dans la luminosité et le magnétisme d’étoiles lointaines pendant assez longtemps pour déterminer si elles obéissent elles aussi à des cycles. Les quelques données dont on dispose à ce sujet montrent que certaines suivent bel et bien des cycles comme celui du Soleil, sur quelques années. Mais ces mêmes données montrent aussi que d’autres étoiles semblent avoir des cycles beaucoup plus longs, et que d’autres encore ne semblent pas avoir de cycle du tout — du moins, pas pour l’instant.

On ne savait pas trop quoi faire de tout cela, jusqu’à ce qu’une équipe dirigée par l’astrophysicien Antoine Strugarek, rattaché à la fois à l’Université de Montréal et à l’Université Paris-Diderot, mette le doigt dessus dans une étude parue dans le dernier numéro de Science. Les auteurs ont d’abord fait des simulations informatiques, dans lesquelles ils ont fait varier, notamment, la vitesse de rotation des étoiles et leur luminosité (qui est aussi le résultat de ce qui se passe en profondeur) afin de voir comment cela influait sur le mouvement des fluides à l’intérieur des étoiles. Notons ici que, comme ces fluides sont composés de particules électriquement chargées, leurs mouvements sont à la source de l’activité magnétique des étoiles. Et les auteurs ont trouvé que la longueur des cycles semblait fortement influencée par (grosso modo) le ratio de la vitesse de rotation sur la taille de l’étoile, que l’on nomme «nombre de Rossby» : plus ce nombre est grand, et plus les cycles sont petits.

En principe, se sont dit M. Strugarek et ses collègues, cela pourrait expliquer la variabilité de ce qu’on observe dans l’Univers. Alors ils ont par la suite analysé des données sur près d’une trentaine d’étoiles réelles, et ils ont trouvé que la tendance notée dans leur simulation tenait toujours — ce qui ajoute évidemment beaucoup de poids à leur découverte.

Conclusion : les étoiles peuvent montrer une diversité de «comportements magnétiques», ceux-ci, quand on les examine à l’aide du nombre de Rossby, forment un continuum dans lequel le Soleil s’inscrit tout à fait bien. Et donc, le Soleil est bel et bien une étoile de type solaire. (Fiou !)

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Mercredi 12 juillet 2017 | Mise en ligne à 11h37 | Commenter Commentaires (19)

Qui a amené l’agrile du frêne à Québec ?

(Photo : Le Soleil, Patrice Laroche)

(Photo : Le Soleil, Patrice Laroche)

C’était essentiellement une question de temps, et ça ne l’est plus maintenant : l’agrile du frêne, qui fait des ravages dans la région de Montréal et en Outaouais depuis le tournant des années 2010, est désormais présent à Québec. Ce qui est une très mauvaise nouvelle puisque la «bibitte», introduite en Amérique du Nord dans les années 90, est originaire d’Asie et que nos frênes n’ont aucune défense contre elle.

Maintenant, la question est de savoir : comment est-elle arrivée ici ? L’endroit le moins éloigné de Québec où le petit ravageur avait été détecté auparavant était à plus de 200 km de distance, juste à l’ouest du lac Saint-Pierre. Et l’agrile n’est pas connu pour voler très loin de son lieu de naissance, généralement quelques mètres, ou jusqu’à 1 km dans le besoin. Alors l’hypothèse la plus plausible, selon deux entomologistes que j’ai interviewés — Pierre Therrien, de Forêts, Faune et Parcs Québec, et Robert Lavallée, du Service canadien des forêts —, est évidemment que l’insecte a été transporté par l’activité humaine. C’est généralement quand des gens déplacent du bois de chauffage infesté que ce ravageur fait ses plus grands «bonds».

Mais le conseiller municipal Steeve Verret, responsable de l’environnement au comité exécutif de Québec, prétend que ce n’est pas si sûr, et qu’il est possible que l’agrile ait fait son chemin jusqu’à Québec sans être détecté. Montcalm, le quartier du centre-ville où la «découverte» a été faite, n’est pas un endroit où le chauffage au bois est particulièrement répandu, fait-il valoir, si bien qu’il demeure possible, à ses yeux, que l’agrile ait fait son petit bonhomme de chemin jusque là, naturellement et discrètement.

On s’entend, ici, que ce n’est certainement pas l’«hypothèse la plus parcimonieuse» : il faudrait un bien drôle d’alignement des planètes pour que l’agrile tue des frênes sur 200 km sans que personne ne s’en rende compte.

Mais il y a tout de même moyen de se faire l’avocat du diable. M. Lavallée me disait par exemple qu’il est très difficile de détecter l’agrile, dont l’infestation peut prendre des années avant de produire des symptômes sur un arbre, et que les pièges comme ceux qui sont tendus chaque été par les villes de Québec et de Lévis pour détecter hâtivement la présence de cette espèce envahissante sont loin d’avoir une efficacité impressionnante. La phéromone utilisée pour y attirer les agriles, dit-il, n’agit que sur quelques mètres, si bien qu’un piège installé quelque part peut facilement «manquer» des agriles qui seraient au coin de la rue. Il y a beaucoup de chance dans le fait d’attraper ou non des agriles à l’aide de ces dispositifs, et il n’est donc pas complètement inenvisageable que l’animal ait échappé à toute surveillance.

On peut aussi imaginer, sans doute, un scénario hybride où du bois de chauffage l’aurait approché de Québec et qu’un coup de chance (quelques individus emportés par le vent ?) aurait complété le trajet jusqu’au centre-ville. Mais bon, rendu là, disons-le, on est en pleine spéculation…

Alors à votre avis, qu’est-ce qui s’est passé ?

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Mercredi 5 juillet 2017 | Mise en ligne à 14h27 | Commenter Commentaires (9)

Trop pessimiste, la toxicologie ?

(Photo : archives La Presse)

(Photo : archives La Presse)

Je me suis payé la traite, récemment, je le confesse. Suivez-moi…

C’est une vérité bien connue que la recherche médicale souffre d’un «biais de publication» qui fait en sorte que les résultats dits «positifs» (telle molécule fonctionne bien) sont nettement plus faciles à publier dans des revues savantes que les résultats dits «négatifs» (tel test de telle molécule prometteuse n’a pas montré d’effet). À cause de ce biais, il arrive dans certains cas que la littérature scientifique donne un portrait trop optimiste d’un traitement, puisque les études qui devraient soulever des questions sur son efficacité véritable ne sont pas toutes publiées.

Le phénomène est bien établi — et ce n’est pas le seul dans la littérature médicale, d’ailleurs, mais c’est une autre question. Or si ce genre de biais existe en recherche biomédicale, est-ce qu’il prévaut également dans d’autres disciplines ? Il y a longtemps que je me pose la question, en particulier à propos de la toxicologie. Est-il est plus difficile, pour un toxicologue, de faire paraître une étude qui conclut qu’un composé X n’est pas toxique qu’une expérience qui trouverait à X des effets néfastes ?

En cette époque où nous avons peur de tout et de son contraire, il m’a semblé que cette question méritait un début de réponse, alors je me suis fait plaisir et je l’ai posée à six toxicologues pour ma chronique «Polémique», dans le dernier Québec Science. Dans l’ensemble, disons que si l’on faisait la moyenne de leurs réponses, on obtiendrait probablement quelque chose d’assez proche de celle de Sébastien Sauvé, chercheur en toxicologie à l’UdeM : «Les résultats négatifs sont effectivement plus difficiles et parfois impossibles à publier. Le plus souvent, on y parvient, mais dans des journaux moins prestigieux.»

Bref, le biais existerait, mais ne ferait pas une grosse différence. Cependant, il faut préciser ici que cette réponse «moyenne» est venue avec un écart-type considérable… Plus de détails dans ma chronique.

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