Sciences dessus dessous

Sciences dessus dessous - Auteur
  • Jean-François Cliche

    Ce blogue suit pour vous l'actualité scientifique, la décortique, et initie des échanges à son sujet.
  • Lire la suite »

    Partage

    Jeudi 18 mai 2017 | Mise en ligne à 10h42 | Commenter Commentaires (12)

    Suppléments alimentaires : des vitamines pour… l’économie ?

    (Photo : archives Le Soleil)

    (Photo : archives Le Soleil)

    Pendant longtemps, ça avait l’air rempli de bon sens : certaines diètes, comme la fameuse diète méditerranéenne, protègent contre les risques cardiaques parce qu’elles sont riches en nutriments X et Y. On a même testé X et Y sur des rats de labo et ceux qui en manquent sont en moins bonne santé. Alors va à la pharmacie, ti-gars-tite-fille, et paye le pot de suppléments de X et Y. Les radicaux libres sont une cause de cancer, alors va à la pharmacie et paye le ti-pot de sélénium ou d’un autre anti-oxydant. Et ainsi de suite jusqu’à ce que, en bout de ligne, le tiers des hommes et la moitié des femmes consomment des suppléments alimentaires. Katching.

    Pendant longtemps, ça tombait sous le sens, c’était même recommandé par des médecins, qui s’appuyaient sur les meilleures (ou moins pires) données disponibles. Jusqu’à ce que les moins pires données disponibles soient remplacées par de meilleures et que les bienfaits que l’on supputait aux suppléments alimentaires se mettent à disparaître. «La plupart des études qui soutiennent l’utilité des suppléments sont des études observationnelles, qui ont donc beaucoup de limites (ndlr : on compare par exemple des populations entières sans avoir de détail sur les individus, comme c’est le cas pour les essais cliniques, qui sont plus rigoureux), ou alors des études sur des rats, dont les conclusions ne valent pas nécessairement grand-chose pour la santé humaine», m’a dit hier le chercheur Saverio Stranges, de l’Université Western Ontario, qui participait au 6e Congrès de la Chaire internationale sur le risque métabolique. Mais depuis une quinzaine d’années, la plupart des essais cliniques de haute qualité et les méta-analyse ne trouvent aucun avantage à ces suppléments.

    En 2013, M. Stranges a cosigné un éditorial dans les Annals of Internal Medicine dont le titre était on ne peut plus clair : «Assez, c’est assez : arrêtez de gaspiller de l’argent sur des suppléments de vitamines et de minéraux». L’idée, pour résumer, est que la plupart de ces micronutriments ont des avantages qui augmentent jusqu’à ce qu’un certain seuil soit atteint, après quoi il est inutile (voire nocif, dans certains cas, voir ci-bas) d’en consommer davantage. Et si l’alimentation occidentale n’est pas particulièrement riche en vitamines et minéraux, nous mangeons tellement (autre problème) que nous avons généralement assez. Alors hormis des exceptions comme les femmes enceintes et des personnes âgées qui ne digèrent plus bien (et possiblement la vitamine D, du moins dans les pays nordiques où les gens s’exposent moins au soleil), il ne sert à rien d’acheter ces capsules.

    Je vous laisse lire le détail de mon entrevue avec M. Stranges. J’aimerais juste donner quelques références additionnelles pour ceux qui ne se contentent pas d’une seule source. Les voici :

    - L’essai clinique SELECT devait en principe mesurer l’effet anti-cancer du sélénium et de la vitamine E, dont les propriétés antioxydantes sont bien connues, sur 35 000 hommes et pendant 12 ans. Il a été stoppé au bout de 5 ans et demi parce qu’aucun bienfait (ni sur le cancer, ni en santé cardiaque) n’a été mesuré. En fait, le principal effet fut un surplus de 17 % de cancer de la prostate qui a été constaté chez ceux qui prenaient 400 «unités internationales» de vitamine E (pas de Se) par rapport au groupe placebo.

    - En 2007, M. Stranges a publié un essai clinique sur les suppléments de sélénium qui, non seulement ne préviennent pas le cancer, mais pourraient accroître le risque de diabète de type 2. SELECT a également noté un (léger) surcroît de diabète chez ceux qui prenaient du Se.

    - L’an dernier, le Journal of the American Medical Association a publié un éditorial très proche de celui des Annals de 2013 : «Bienfaits négligeables, grosse consommation».

    - Revue de littérature (2013) sur les suppléments de vitamines, minéraux et multivitamine dans la prévention du cancer et des maladies cardiovasculaires (MCV) : «la majorité (des essais cliniques) ne montre aucun effet pour les populations en santé». Voir aussi ici.

    - Méta-analyse (2013) sur les multivitamines pour prévenir les décès (toutes causes), les MCV et le cancer : «Les données actuelles ne justifient pas la consommation régulières de multivitamines.»

    - Méta-analyse (2011) sur les multivitamines et le cancer du sein : «probablement pas associé à une diminution du risque».

    - Méta-analyse (2011) sur la vitamine E et les décès (toutes causes) : «semble n’avoir aucun effet».

    - Revue de littérature (2013) sur les suppléments de vitamines et d’antioxydants sur les MCV : «aucune évidence pour en justifier l’usage».

    - Méta-analyse (2013) sur les multivitamines et les multiminéraux pour prévenir les décès (toutes causes) : «aucun effet».

    - Méta-analyse (2012) sur les suppléments d’antioxydants et la mortalité générale : «aucune preuve pour justifier l’usage» (et même possiblement une mortalité accrue dans certains cas).

    Alors voilà. Si vous êtes un adulte raisonnablement en santé et que vous en achetez encore après avoir lu tout ça, eh bien je ne sais plus quoi vous dire. Parlez-en à un conseiller financier, peut-être qu’en vous prenant par ce bout-là…


    • Mais merci bien messieurs les scientifiques , perso je pratique cela depuis toujours, jamais de suppléments. Des personnes ayant quelques carences dans leur alimentation ou manquant de temps pour manger, peut-être des personnes âgées ou alors prenez des athlètes qui eux ont des besoins particuliers, c’est bien correct.

      Puis même eux, cela peut être commercial ou effet placebo. Le besoin peut être réel mais dans des cas précis. Les autres ? C’est un truc de commerce dans lequel bien des gens tombent mais inutile d’essayer de les convaincre de manière rationnelle cela ne fonctionne pas !

      Écoutez… Magasin d’aliments naturels dans le temps… Où sont les fruits et légumes ? Je vois des gélules et comprimés mais ce n’est pas du tout cela la nature. Ce sont donc des fausses pilules axées sur le rituel de la médicamentation. Cela fait des décennies qu’on les endure.

      Si un médecin ou un nutritionniste vous en recommande à petite dose, ok. Mais les naturopathes ? Ils veulent vous rendre dépendants à vie. Mais j’en prends ZÉRO. Quelqu’un un peu , on s’en fout.

      C’est inutile… Mais tiens un type en imposant pouvait trouver le moyen de se faire prescrire des antibiotiques quand il avait un rhume car c’est sa croyance. Pourquoi les médecins le faisaient ? Pour ne pas s’obstiner avec le patient ? Je n’ai pas enquêté moi.

      Un magasins d’aliments naturels, peut-être quelques babioles une fois par 5 ans ? J’y vais tellement peu souvent, je peux être entré deux ou trois fois dans la même année mais pas y retourner avant 7 ans…

      Enfant c’est avec cette annonce là plus un gros poster ”les meilleurs médicaments” et ils montraient des fruits et légumes. Tu n’as donc besoin d’aucun supplément tu suis environ le Guide alimentaire canadien en étant conscient que c’est fortement politisé mais tu n’es pas un mouton de suiveux ou un robot, tu adaptes tout cela à tes propres besoins.

      https://www.youtube.com/watch?v=o9CAll6QzoI

      S’ils n’ont pas déjà compris alors qu’un enfant de 8 ans le comprend ou comprenait .

      Santé physique et psychologique et allez voir votre médecin, mais pas plus besoin de la naturopathe que de la voyante sauf pour divertissement seulement ou comme très petit péché mignon. Si tu veux gaspiller ton argent ? C’est de tes affaires, autonomie de la personne !

    • J’ai définitivement lu quelque part, il y a plus de 20 ans, que les Nord-américains et les Européens excrétaient l’urine la plus chère du monde, justement à cause de tous ces suppléments vitaminiques consommés massivement dans ces régions de la planète, et qui «passaient tout droit» dans l’urine faute d’un quelconque besoin de l’organisme.

      Je ne me souviens plus si le texte parlait d’une étude, mais définitivement, on était conscients du problème il y a plus de 20 ans.

      Vu le fantasme de la santé en pilules bien entretenu par les vendeux desdites pilules, gageons qu’on parlera encore du même sujet dans 20 ans…

    • On va se concentrer sur les probiotiques pour nourrir notre deuxième cerveau. ;-)

    • Mourir en santé est un rêve pieux sans plus… Mathusalem…

    • Mourez en santé avec purnoisetier… Madame Blancheville…

    • Cette «Quête» de la substance simili homéopatique sous forme de pseudoscience que contiendrait en microdose certains principes chimiques dans un aliment miracle n’est pas sans nous rappeler cette autre quête presque aussi vieille que l’humanité de la «Pierre philosophale» . Sociologiquement cette quête est plus qu’intéressante ( sorry pour les inconditionnels sciences hard only!)

      Attribué à tord à l’époque du Moyen âge cette recherche date de bien plus loin puisqu’on la retrouve dans les écrits grec ou Hindous. Si la pierre philosophale se présentait comme une substance capable de réaliser la transmutation des métaux vils en or c’est surtour pour da capacité à en peut extraire la «PANACÉE « ou elexir de vie» qui peut guérir tous les maux et rendre immortel celui qui le boit, qui ont intéressé les chercheurs antiques. Pour les alchimistes c’est le cinquième élément après l’eau , l’air, la terre et le feu .

      Les trois étapes pour créer une pierre philosophale se présentait selon les textes anciens :
      -Extraire un ferment appelé «mercure de philosophe».
      -Faire fermenter avec de l’or pur
      - Mélanger dans un mantra de verre et faire cuire dans un athanor.

      On s’approche des ANTIOXYDANTS des nutraceutiques et des vitamines essentielles pour ne pas dire des Omégas 3…

      Même le fondateur de la psychanalyse analytique y a succombé, car selon Carl Gustav Jung dans son livre «lapis philosophicae» la pierre est une métaphore du processus évolutif psychique de tout être humain!

      Encore plus ancien les premier texte remontent a l’empire Otoman. C’est à Jâbir ibn Hayyân al-Báriqi al-Azdi né en 721, en Iran, qu’on en doit les premières mentions . A musulman, fils d’un alchimiste et pharmacien arabe. Jeune homme, Jâbir fut envoyé à Bagdad pour étudier le Coran et les mathématiques. Parallèlement à sa passion pour le mysticisme et la superstition, il reconnut clairement et proclama l’importance de l’expérimentation en science.

      Ses livres influencèrent nettement les alchimistes européens et justifièrent leur quête de la pierre philosophale, Lapis Philosophicus. Au cours du Moyen Âge, ses traités d’alchimie furent traduits en latin et devinrent les textes de référence des alchimistes européens

      On lui attribue la paternité d’un grand nombre d’équipements de laboratoire de chimie et de procédés maintenant courants ainsi que la découverte de substances chimiques, tels que l’acide chlorhydrique et l’acide nitrique, la distillation et la cristallisation, qui devinrent les fondements de la chimie et du génie chimique modernes. On lui attribue également la découverte de l’acide citrique (à la base de l’acidité du citron), de l’acide acétique (à partir de vinaigre) et de l’acide tartrique (à partir de résidus de vinification). Ses théories furent à l’origine de la recherche de l’al-iksir, l’élixir indéfinissable qui aurait rendu cette transformation possible, équivalent de la pierre philosophale dans l’alchimie européenne.

      Le jargon de l’époque ressemble drôlement aux arguments qu’on utilise encore aujourd’hui pour qualifier les bénéfices de ces suppléments alimentaires … on dirait bien que la science évolue plus vite que les mentalités et les habitudes culturelles.

    • Le Coca-Cola était un médicament (!) à l’origine. Dans cent ans, on aura peut-être une série de boisson qui ne nommeront VIT-C, VIT-SEL, VIT-E … qui à l’origine étaient des vitamines C, E ou su sélénium. Chacune auront leur gout distinctif et on aura oublié la relation avec les suppléments.

      @Lecteur_Curieux
      ” jamais de suppléments”

      Au contraire … un supplément de mots ;-) (taquinerie)

      En passant, le miel plutôt que les Bénylin et autres, ça marche pour un simple rhume. Sept jours plutôt qu’une semaine !!! C’est le Pharmachien qui disait ça, il me semble.

    • Pour moi les suppléments sauf pour des cas spécifiques je parle des individus ou certaines situations cela n’a jamais fait de sens. Pour la diète méditerranéenne, elle oui mais qui la met en pratique à ce point là ?

      Je trouve les gens naïfs, suiveux, moutons de modes et autres recettes toutes faites alors des bébelles et trucs ils vont se laisser prendre.

      On est dans la psychologie du consommateur et plus que dans l’enseignement de l’esprit critique ? Je le crois. On dirait que certains sont prédisposés à embarquer facilement alors que d’autres se font dire avoir l’esprit de contradiction.

      Un type comme le pharmachien ou encore les sceptiques du Québec peuvent aider ? Oui mais ce sont des convertis en premier , des gens plus cartésiens. Tu peux réussir aussi avec des gens qui sont de bonne foi et pas d’une extrême naïveté mais embarquent eux aussi car l’argument semble sensé. Il y a pour de vrai un petit effet ou du bon mais pas à large échelle comme prétendu. Sauf que s’ils en vendent juste un peu à ceux qui en ont vraiment besoin ou encore que c’est raisonnable d’en prendre bien leur business va fermer, pas assez de clients.
      Je ne suis pas pour lui acheter son pots de gélules juste pour lui donner une job…
      Ceux juste un peu naïfs et qui se posent des questions,bien là ils peuvent lire le pharmachien et se dire, bien oui c’est vrai ou encore ils y croient encore mais réduisent leur consommation de 75%.

      Ceux qui sont complètement embrigadés, il n’y a rien à faire, ils croient autant à leurs suppléments alimentaires qu’à leur sandales accu-massage que leur boule pour la lessive à Maman Dion ou le revitalizer pour te booster la circulation annoncé par Guy Lafleur.

      Les petites pilules rouges ou encore Frémont qui s’annonçaient… Tous des affaires plus ou moins de charlatans ? Bien oui. Tu te contentes de prendre de l’alcool de qualité à la place et pour améliorer ton plaisir, ta qualité de vie et non pour croire en des vertus miraculeuses ou de besoins absolus. Pour les carencés ou les super athlètes seulement. Pour dépanner si tu n’as pas eu le temps de manger comme il faut. Les autres ? Tu jettes ton argent par les fenêtres. Et des nutritionnistes et médecins ne le disaient pas déjà dans les années ,90 à la télévision ? Pour les années ‘70, cela était trop évident.

    • J’ai un petit léger sourire en coin en lisant le cosigné éditorial de M. Stranges mais je n’ai aucun doute sur son réel contenu. Tout de même je reste perplexe quand ils comparent les populaces Africaine avec ceux des Nord Américain. La logique ne tient plus, la rigueur du climat, l’alimentation, mode de vie etc. ne sont pas de réelles comparable à comparer.

      Ici même en 2017, on peut faire une comparaison (un exemple) de l’Homme avec son principal domestique animal (protéine animal). À savoir pourquoi les producteurs dépensent tant d’énergie à produire une alimentation si riche en suppléments et qui eux pourtant son si prêt de leurs deniers !? Why ?

      Et un regard du début de l’éditorial…

      ”Trois articles dans ce numéro abordent le rôle des suppléments de vitamines et de minéraux pour prévenir l’apparition ou la progression des maladies chroniques.”

      Aujourd’hui, on dit que une personne sur trois sera atteinte du cancer..!

      – Est-ce parce qu’il ont consommé des suppléments ?
      – Est-ce parce que leur alimentation est déficiente ?
      – Est-ce dû simplement à un environnement pauvre en OXYGÈNE dans de milieu clos ?
      (édifices public et privé)
      – etc ….

      N’est-ce pas Étrange qu’on parle si peu des vrai affaires …!?

      Et La dernière publication de l’Agence de la santé publique du Canada à ce sujet..

      http://www.phac-aspc.gc.ca/publicat/hpcdp-pspmc/37-5/index-fra.php

    • Lire… ne sont-ils pas de réelles comparable à comparer !

    • Les multivitamines… c’est comme les antibiotiques à large spectre : ça risque de causer plus de problèmes que d’en résoudre car ce n’est pas utiliser ces apports intelligemment. Par contre, si l’on prend le temps de bien identifier une carence à résoudre, la solution peut être bénéfique. C’est le cas de la vitamine D prise de novembre à avril pour compenser l’exposition déficiente au soleil, de capsules d’huile de poisson pour l’apport supplémentaire en oméga 3 (et pas 3-6-9) pour compenser la consommation déficiente de poissons gras, de sulfate de glucosamine pour compenser une déficience qui accélère la dégradation des tissus articulaires passé un certain âge, etc. La prise de vitamines n’est donc pas une imbécilité, à condition de ne pas y chercher la “pilule miracle” qui va nous éviter de choisir une alimentation plus saine.

    • @gl000001

      «le miel plutôt que les Bénylin et autres, ça marche pour un simple rhume.»

      Ou mieux si on suit les conseil d’un «blogoapoticaire» connu, un certain Gl000001, on aromatise le miel en DRAMBUIE, un élixir (de l’arabe al-iksīr, médicament ) de miel de bruyère scotch et gingembre, rhume, mal de gorge et vague à l’âme… répéter la posologie au besoin pour un effet plus durable…

    Vous désirez commenter cet article?   Ouvrez une session  |  Inscrivez-vous

    publicité

  • Catégories

  • Blogues sur lapresse



    publicité





  • Calendrier

    mai 2017
    D L Ma Me J V S
    « avr    
     123456
    78910111213
    14151617181920
    21222324252627
    28293031  
  • Archives