Sciences dessus dessous

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  • Jean-François Cliche

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    Lundi 15 mai 2017 | Mise en ligne à 10h00 | Commenter Commentaires (15)

    Syndrome du museau blanc : une «sélection naturelle» nouveau genre ?

    On va commencer par les avertissements, si vous le voulez bien, parce que mon côté geek hyperventile d’excitation rien qu’à penser à ces travaux-là… Alors voici : ce n’est pas encore ce qu’on peut appeler «une belle découverte» parce qu’il reste encore trop d’incertitudes, trop de variables à contrôler. Mais en attendant/espérant sa confirmation, disons que c’est une «%@#& de belle hypothèse»… (OK je me calme.)

    (Photo : archives La Presse)

    (Photo : archives La Presse)

    Doctorante en biologie à l’UdeM, Virginie Lemieux-Labonté a obtenu des résultats (préliminaires) absolument fascinants à propos du «syndrome du museau blanc», une maladie foudroyante causée par un champignon européen, Pseudogymnoascus destructans, introduit dans le nord-est de l’Amérique en 2006. En hiver, quand les chauve-souris hibernent, le champignon profite de ce que le système immunitaire des animaux est en dormance pour se répandre sur leur peau, lui donnant une teinte blanche (d’où le nom). Cela ne tue pas directement les chauve-souris, mais les fait s’éveiller beaucoup plus souvent qu’à la normale, ce qui épuise leur réserves d’énergie bien avant la fin de l’hiver. Les colonies où P. destructans s’installe perdent entre 90 et 100 % de leur population, rien de moins.

    Mais quelques unes s’en sortent quand même. Et on a identifié, ces dernières années, certaines souches de bactéries qui repoussent très efficacement le champignons. Cela n’a rien de bien étonnant puisque les bactéries et les champignons microscopiques se livrent une guerre chimique depuis des centaines de millions d’années — la pénicilline, par exemple, est sécrétée par le même champignon qui nous donne le fromage bleu —, mais le fait est que certaines ont été trouvées sur la peau de chauves-souris. Alors Mme Lemieux-Labonté, qui fait ses études sous la direction du chercheur François-Joseph Lapointe, a voulu savoir si c’est ce qui permet aux rares survivantes de s’en tirer.

    Elle a donc pris des échantillons de «microbiote cutané» (les bactéries qui vivent sur la peau) sur des petites chauves-souris brunes, une espèce très affectée par l’épidémie, dans des colonies du Québec qui avaient déjà été dévastées, et d’autres dans des colonies du Manitoba, où la maladie n’est pas encore arrivée. Et les analyses génétiques ont bel et bien trouvé des différences, notamment une abondance nettement plus grande de deux «familles» bactériennes — pseudomonas et rhodoccocus — dont au moins certains membres sont connus pour combattre efficacement P. destructans.

    Il reste encore du travail à faire avant de conclure que c’est bien ce qui a sauvé ces chauve-souris, notamment parce que les différences sont peut-être simplement «régionales» — peut-être que les chauves-souris du Québec ont toujours eu un microbiote cutané différent de celui des manitobaines. Mais si l’hypothèse se confirme, cela nous donnerait un fascinant cas de sélection naturelle qui agirait non pas sur les gènes, mais sur les bactéries. Et imaginez toutes les possibilités d’interaction entre ces deux «niveau» de sélection…

    J’arrête ici, je commence à respirer trop vite.


    • S’il y a “souche de bactérie” que nous sommes capables d’isoler, alors ca devient déchirant au niveau moral:
      est-ce que nous nous ingérons et tentons de sauver des populations de chauves-souris?
      ou est ce qu’on laisse la sélection naturelle suivre son cours?

    • Un épiphénomène n’est pas une évolution… À suivre…

    • La vie est tout sauf un long fleuve tranquille. Quand un fil dépasse de la fresque, si on tire dessus, c’est l’image qui est changé, pas juste le bout de fil qui est retiré.

      Et quelle belle hypothèse sur laquelle cette femme travaille.

    • Faut pas se faire trop d’idéologies complexes sur ce type de phénomène.

      En ce début de mai…. notre maître à penser (JFC) nous offrait un billet fort intéressant…
      Savoir écouter quand les lichens parlent…

      Qu’on soit un mammifère volant (seul), une plante (lichens, champignons etc.) ou un simple insecte (abeilles et/ou autres)… tous abreuvent des pluies acides d’une zone qui est bien défini.
      Donc pour certaines espèces l’acidification peut-être + que bénéfique alors que pour d’autres c’est l’hécatombe promise.

      http://www.mangersantebio.org/5514/etes-vous-trop-acide

    • Ainsi va l’évolution, ainsi va la vie…!

    • Très bien écrit.
      Vous nous faites très bien comprendre l’ampleur de cette possible découverte. Je comprends votre émotion.
      “je commence à respirer trop vite.”
      Pour contrer l’hyper-ventilation, ça vous prend un petit sac de papier par-dessus votre museau poivre-et-sel ;-)

      /\ ^._.^ /\

    • Le syndrome du museau blanc affecte aussi les humains, comme on le voit souvent dans les endroits «privés» de bars, clubs et autres endroits de libations rassemblant une faune variée de cette espèce «su l’party» très volubile et hyperactive, la narine dilatée et le rythme cardiaque capable de faire péter un sphygmomanomètre…

    • @ralbol
      Il y a aussi le museau brun … ¯\_(ツ)_/¯

    • La sélection naturelle ? C’est plus pour l’espèce au complet et plus loin. Mais entretemps vous pouve avoir des adaptations au changement et à l’environnement qui peuvent se faire.
      Les mieux adaptés survivent ou simplement les plus forts ? Même la théorie bien que vraie, tel oiseau mange n’importe quoi et est donc robuste, tel insecte est laid comme tout et est là depuis la nuit des temps, s’est-il adapté ? Bien non il ressemble encore à ce qu’il était il y a des millénaires et millénaires simplement il est plus robuste, pas plus intelligent.

      C’est comme les beaux oiseaux qui ne peuvent vivre que dans des paradis terrestres contrairement à des cousins moins capricieux, moins exigeants.

      Ou encore on peut revenir à la fable de Jonathan le Goéland pour imaginer un animal plus intelligent que son espèce en apparence et ensuite déplorer les Goélands qui se tiennent près des McDo et des dépotoirs alors que c’est dans leur nature.

      Encore là c’est l’humain qui doit connaître sa responsabilité. Vos chauve-souris ont un museau blanc ? Oui et après ? Mais minute ou attrappent-elles vraiment cela et c’est une maladie qui menace l’espèce ? On voit des individus ou groupes d’individus plus forts et s’adapter et mieux tolérer ?

      Ce champignon là est OÙ ? Dans des bâtiments ou constructions humaines ? Ce n’est pas un signe qu’il faut procéder à des démolitions, des restaurations ou des rénovations majeures? C’est toujours votre responsabilité comme humains que vous devez regarder mais collectivement c’est difficile et individuellement plusieurs auraient besoin de plus d’aide.

      C’est le champignon que vous devez étudier et les bactéries aussi ! La sélection naturelle chez les bactéries ? Du moins le processus ou encore l’adaptation et l’immense compétition et en même temps coopération tout cela est dans la nature.

      L’étude semble être trop analytique voulant isoler les chauve-souris du reste. Mais comment calculer autrement et ceteris paribus ? Il faut les deux visions celle holiste et celle analytique voire mécaniste bien que la seconde se trompe plus, la première est souvent plus proche de la vérité sauf que cela donne souvent du n’importe quoi sans fondements scientifiques. On reste dans les croyances. Il faut simplement avoir du jugement et pouvoir équilibre toutes les dimensions.

    • @ gl000001

      - «Il y a aussi le museau brun …»

      Affliction surtout rencontrée dans les capitales, où on retrouve une concentration élevée de spécimens de la faune politicienne et lobbyiste y étant particulièrement sensibles…

    • @Lecteur_Curieux
      “c’est dans leur nature.”
      Vous avez raison. Les dépotoirs sont dans leur nature (dans le sens “la nature”).
      Je me demande ce que faisaient les goélands avant que l’homme invente les dépotoirs ?

    • C’est tout de même étonnant d’apprendre que la propagation de P. destructans ne se serait produite qu’en 2006, considérant que les voyages entre l’Europe et l’Amerique existent depuis belle lurette….À moins que ce soit la première fois qu’un spéléologue ou un spécialiste des chauves-souris ait visité d’abord une grotte en Europe, puis une autre en Amérique? Mais même avec ça comme explication, j’ai des problèmes…..

      Concernant l’interaction champignons/bactéries (virus, pourquoi pas?), ça me rappelle la question de la double trempette ( vous savez, contaminer la trempette en y replantant sa croustille après avoir mangé le premier morceau). La première fois que j’ai été confronté à cette réflexion/observation, ma question aux deux chercheurs qui en faisait mention fut : depuis combien de temps savez-vous (savons-nous) cela? Pour simplifier, disons depuis qu’on a suspecté l’existence de micro-organismes. Ouais….mais l’humanité faisait quoi avant? On échangeait nos microorganismes à qui mieux mieux? Et on s’était développé des systèmes immunitaires en béton? Jusqu’à ce qu’un microorganisme mutant passe à travers et provoque une hécatombe?

      Concernant les chauves-souris, ne pourrait-on pas aussi poser l’hypothèse qu’un autre facteur est venu supprimer les bactéries qui les protégeaient? Un phénomène bien connu: suppression d’une inhibition.

      Ça prend effectivement des spéléologues pour répandre ce champignon, alors c’est déjà une très petite partie de la population. Parmi cette petite fraction, ça en prend qui visitent des grottes en Europe ET en Amérique du Nord, ce qui réduit encore plus le pool, et j’imagine qu’ils doivent le faire dans certaines conditions afin d’avoir une chance raisonnable de contaminer (d’abord Europe et ensuite Amérique, avec le même équipement, délai pas trop long entre les visites sur les deux continents pour ne pas que les champignons meurent, etc.). Comme on ignorait l’existence de P. destructans et qu’on ne prenait donc aucune mesure pour prévenir sa dissémination, j’imagine que son arrivée dans le Nouveau Monde n’était qu’une question de temps, mais quand on songe à tout ce que ça prend pour que ça arrive, ce n’est pas si étonnant que ça que la contamination n’ait eu lieu qu’en 2006, il me semble…
      JFC

    • @le_cyclope

      Intéressant commentaire…

      Il y a un sujet intéressant ici qui peut paraître anodin mais demeure assez révélateur..
      Les bactéries mutantes ou de temporelles idéaux …!!

      ”L’infection à bactérie mangeuse de chair peut être causée par plusieurs bactéries différentes, dont des streptocoques du groupe A qui sont très courants. De nombreuses personnes portent en effet ces streptocoques dans leur gorge ou sur leur peau sans être malades.”

      https://www.canada.ca/fr/sante-publique/services/maladies/maladie-mangeuse-chair.html

    • Pourquoi «sélection naturelle» nouveau genre ?

      Lynn Margulis (https://fr.wikipedia.org/wiki/Lynn_Margulis) qui n’était pas une cancre sur le sujet soutenait la théorie que « … les interactions symbiotiques entre organismes provenant souvent de différents phyla ou règne sont le moteur de l’évolution ». De toute évidence, l’observation d’un tel phénomène ne date pas d’hier.

    • @JFC
      Selon cet article, l’impact du champignon serait dû à une différence dans la résistance des chauves-souris nord-américaines versus les européennes (http://www.maxisciences.com/syndrome-du-nez-blanc/chauve-souris-le-syndrome-du-nez-blanc-serait-d-039-origine-europeenne_art23528.html).

      Un peu dans le fond comme le Phylloxéra radicicole qui ne dérangeait pas les vignes nord-américaines (labrusca et riparia) mais était mortel (indirectement par l’infection qui pouvait s’en suivre) pour les vinifiera d’Europe.

      Je comprends votre argument de la fréquence des contacts; ça présupposerait (?) que P. destructans était vraiment limitée aux grottes (voire même à celles abritant des chauves-souris).

      De ce que j’en sais, oui, P. destructans vit uniquement dans des milieux froids et humides (donc surtout, sinon juste les grottes).
      JFC

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