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  • Jean-François Cliche

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    Mercredi 26 avril 2017 | Mise en ligne à 14h31 | Commenter Commentaires (18)

    Néandertal aurait-il vécu en… Californie ?!?

    Des os faciles briser comme des côtes (photo) ont été trouvés intacts mais des fémurs, beaucoup plus robustes, ont été trouvés brisés, ce qui suggère que ce n'est pas un charognard en quête de moelle qui a fracassé les os de mastodontes du site Cerruti-Mastodon. (Crédit : Musée d'histoire naturelle de San Diego)

    Des os faciles briser comme des côtes (photo) ont été trouvés intacts mais des fémurs, beaucoup plus robustes, ont été trouvés brisés, ce qui suggère que ce n'est pas un charognard en quête de moelle qui a fracassé les os de mastodontes du site Cerruti-Mastodon. (Crédit : Musée d'histoire naturelle de San Diego)

    Vous dites que le genre humain est arrivé en Amérique il y a 14 000 ans ? Ou 15 000 ? On a 24 000 ici ! Qui dit mieux ? Qui dit mieux ?

    Eh bien cette étude parue cet après-midi dans Nature vient d’aplatir toute la concurrence : 130 000 ans. Non, je n’ai pas écrit un zéro de trop : on parle bien de cent trente mille ans. Pour vous donner une idée de ce que cela représente, sachez qu’à cette époque, l’homme de Néanderthal se portait encore très bien, merci, qu’il restait même encore des Homo erectus dans les confins de l’Asie et que l’Homo sapiens moderne (c’est-à-dire «nous autres, là») n’était pas encore sorti d’Afrique.

    L’idée même que tout bipède parlant autre que nous ait déjà vécu en Amérique a toujours été une sorte de science fiction — et on n’a d’ailleurs jamais trouvé d’ossements d’hominiens autres qu’Homo sapiens dans le Nouveau Monde. Et il y a fooooort à parier que nombre de paléontologues ne se laisseront pas convaincre facilement. Mais bon, l’article est paru dans Nature et il a été rédigé par des gens sérieux menés par Thomas Deméré, du Musée d’histoire naturel de San Diego, alors il vaut la peine que je résume ici ce qu’ils ont trouvé en quelques points. Ça nous fera une base de discussion intéressante.

    Ce ne sont pas des ossements d’hominidés que rapportent Deméré et ses collègues, mais plutôt des preuves indirectes : des traces de percussion sur des os de mastodontes (un parent du mammouth) qui n’ont pas pu être le résultat d’autre chose que d’humanoïdes assez évolués et habiles pour manipuler des outils. Maintenant, il y a deux parties à leur article. La première détaille minutieusement les preuves de ces «percussions» ; la seconde explique les efforts de datation.

    Les signes de frappe sont assez intrigants, je dois dire. Les chercheurs ont trouvé des fémurs de mastodonte brisés à un endroit très inhabituel, ainsi que des molaires brisées. Tous ces os portaient des marques de percussion. Des pierres portant elles aussi des marques de choc ont également trouvées, de même que des éclats de pierre et d’os dont la place d’origine a été retrouvée, dans certains cas. Ces éclats, notons-le, étaient concentrés autour des pierres qui auraient servi de marteau et d’enclume. Notons que ces marques ne correspondent pas à celles que laissent des carnivores ou des charognards qui tentent d’atteindre la moelle — et de toute manière, des os faciles à briser comme des côtes ont été trouvés intacts sur le même site.

    L’endroit a ensuite été recouvert par l’eau d’un bras de rivière qui tout enterré sous des sédiments avant de se retirer. Cela soulève la possibilité, bien sûr, que le courant ait tout emporté là et fait s’entrechoquer les pierres et les os. Au nombre qu’il y a sur le site et compte tenu de leur disposition, les chances sont minces, mais ce n’est certainement pas impossible. Cependant, les auteurs soulignent que les ossements étaient enterrés dans des sédiments très fins et qui ne se seraient donc pas déposés là si le courant avait été autre chose que vraiment faible.

    Alors supposons qu’il s’agit bien de percussion — ça en a tout l’air, mais mes yeux de journaliste font dire qu’ils auraient pas mal de misère à distinguer une marque de canine d’une trace de coup de roche. Alors mettons que c’est bien ce qu’on croit… Qu’est-ce qu’on a, alors, comme datation ?

    Les os eux-mêmes ne contiennent pas ou très peu de carbone, et ne peuvent donc pas être datés au carbone-14. Il ne restait pas assez de collagène (i.e. la protéine la plus abondante chez les animaux, elle tient ensemble les cellules du corps) non plus dans les ossements pour le faire. Jusqu’à présent, cela avait empêché à peu près complètement l’estimation de l’âge des ossements — un essai avait été fait dans les années 90. Alors les chercheurs se sont tournés vers une autre technique nommé datation par luminescence, mais celle-ci n’a accouché que d’un «plancher» : «au moins 60-70 mille ans».

    M. Deméré et ses collègues se sont enfin tournés vers une troisième technique, la datation uranium-thorium. Essentiellement, l’idée de base est que le thorium n’est absolument pas soluble dans l’eau ; les sédiments et ce qui baigne dans l’eau ne peuvent donc pas en contenir. Mais l’uranium, lui, est un peu plus soluble, si bien qu’il y en a presque toujours un peu (ne serait-ce que quelques parties par milliard) dans les étendues d’eau naturelle. Et parmi les isotopes de l’uranium, il y en a un, l’uranium-234, qui se décompose en thorium-230. Le ratio uranium:thorium donne donc une idée du temps passé depuis que l’eau s’est retirée.

    C’est ce qu’on fait Deméré et consort. Ils ont mesuré l’uranium contenu dans les os et ont trouvé que les concentrations étaient cohérentes avec des os qui «prennent» de l’uranium en baignant dans l’eau pendant assez longtemps. Puis ils ont comparé le ratio uranium-thorium dans ces os avec celui d’une rivière qui coule tout près et en ont tiré l’«estimé fatidique», si j’ose m’exprimer ainsi : 130 000 ans.

    L’équipe de paléontologues, il faut le noter, a encore une longue côte à remonter avant de faire accepter son hypothèse. Certains semblent prêts à accepter qu’il y a «quelque chose» de potentiellement sérieux là-dedans et qu’il vaut la peine de chercher d’autres indices, d’autres ont déjà annoncé qu’il en faudrait beaucoup plus que ça pour les impressionner.

    À suivre, donc…


    • Et c’est clair que compte tenu du degré d’évolution de Néendertal, que l’Homo Potus Oranginus, vit encore en Floride dans le secteur de «Mare a Lard go» manque juste une preuve d’ADN… « Alienatus di Nombrilus»… On cherche un confirmation

    • Fascinant. Mais il n’y a pas que l’homme qui utilise des outils. Le singe le fait. La loutre également. Pourquoi pas un animal de l’époque ?

      “une longue côte à remonter” mais les cotes sont faciles à briser !! C’est hasardeux comme entreprise ;-)

      Vrai, mais ça aurait pris une sacrée grosse loutre pour chasser le mastodonte. Et quand l’Amérique du Sud s’est séparée de l’Afrique, il semble que les singes qui vivaient sur le futur «Nouveau Monde» n’étaient pas les pogos les plus dégelés de la boîte… À ma connaissance, il n’y a que *certains* singes de l’Ancien Monde qui utilisent des outils — et l’idée que des chimpanzés ou des orang-outangs aient fait le voyage jusqu’en Amérique est encore plus invraisemblable que l’hypothèse des hominidés.
      JFC

    • - «Néandertal aurait-il vécu en… Californie ?!?»

      À regarder la télévision et le cinéma américain, on peut facilement croire qu’il y vit toujours…

    • «Des os faciles briser comme des côtes (photo) ont été trouvés intacts mais des fémurs, beaucoup plus robustes, ont été trouvés brisés, ce qui suggère que ce n’est pas un charognard en quête de moelle qui a fracassé les os de mastodontes du site Cerruti-Mastodon.»

      Il y a comme un manque de logique dans cette histoire. L’insécurité alimentaire étant la norme en ces temps reculés, la recherche de moelle osseuse n’est-elle pas en-soi la principale raison de briser des os? Par ailleurs, je ne vois pas en quoi ça serait une spécificité des animaux charognards (bien que les Humains l’ont fréquemment été au cours de leur histoire). Et pourquoi ces hominidés (?) auraient-ils abandonné plusieurs côtes sur place alors qu’elles étaient beaucoup plus faciles à exploiter? Ont-ils été dérangés dans leurs activités (par une tempête ou des prédateurs) ou étaient-ils tout simplement idiots? Si ce n’est pour se procurer de la moelle alors pourquoi brisaient-ils des os? Pour se fabriquer des outils (pointes de flèches ou racloirs, par ex) ou des parures? Alors, pourquoi n’en ont pas trouvé dans les parages?

      «d’autres ont déjà annoncé qu’il en faudrait beaucoup plus que ça pour les impressionner.»

      En effet, quelques traces de percussion ne peuvent suffire à elles seules à réécrire les livres de paléontologie. Il va falloir trouver quelque chose de plus consistant… comme de très anciens outils ou fragments «humains».

    • Bonjour! Rien ne dit que l’animal qui a cassé les os est le même que celui qui l’a chassé. Une fois l’animal mort, qui sait ce qui est arrivé ? ;-)
      https://www.youtube.com/watch?v=fp9atbs-F1Y

    • «Puis ils ont comparé le ratio uranium-thorium dans ces os avec celui d’une rivière qui coule tout près et en ont tiré l’«estimé fatidique», si j’ose m’exprimer ainsi : 130 000 ans.»

      Au fait, le détroit de Béring était-il à sec il y a 150-200 milles ans? Sinon, comment expliquer la présence humaine en Californie il y a 130000 ans? Il est vrai que cette hypothèse de peuplement du continent américain n’est pas tout à fait irréprochable mais elle demeure néanmoins celle qui fait encore consensus de nos jours.

      «Earliest Americans could not have arrived by dry land, study indicates»
      https://www.theguardian.com/science/2016/aug/10/earliest-americans-could-not-have-arrived-by-dry-land-study-indicates

      Puisqu’on a déjà identifié des sites d’occupation humaine remontant à des époques beaucoup lointaines que celles prédites par l’hypothèse du passage à sec du détroit de Béring (~50000 ans vs ~15000 ans), on doit donc envisager d’autres solutions. Migrations maritimes en provenance d’Afrique ou d’Australie, par exemple? Si c’est le cas, cela devrait laisser des traces dans le génome des populations autochtones actuelles, non?

      «Wikipédia: Premier peuplement de l’Amérique»
      https://fr.wikipedia.org/wiki/Premier_peuplement_de_l%27Amérique

    • @ A.Talon

      - «Au fait, le détroit de Béring était-il à sec il y a 150-200 milles ans?»

      Ce que j’en ai lu, la glaciation du Wisconsin qui a débuté il y a 150 000 ans aurait gelé le passage du détroit de Bering, permettant le passage à pied.

      Mais comme j’y étais pas…

      - «Migrations maritimes en provenance d’Afrique ou d’Australie, par exemple? Si c’est le cas, cela devrait laisser des traces dans le génome des populations autochtones actuelles, non?»

      Ça, c’est à supposer que les premières populations aient survécu…

      Peut y avoir eu un ou plusieurs groupes ayant traversé en Amérique, groupes ayant survécu quelques temps puis disparus faute d’un nombre suffisant pour faire croître une population.

      On a encore beaucoup de découvertes à espérer.

    • @A.Talon

      À cette époque les continents n’avait aucune référence de repère (carte topographique ou autres). Seul le Soleil et les étoiles pouvaient servir de boussole.

      Le Détroit de Béring (mer) était en période de glaciation. Donc le passage sur une épaisse glace était fort plausible en passant par les Îles Diomède.

      https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%8Eles_Diom%C3%A8de#Histoire

      Même si des Inuits peuvent vivre en ces lieux aujourd’hui, j’vois pas pourquoi il en aurait été autrement aux passants de service à une date ultérieur.

      De mon avis. Tout comme les Inuits.. ces chasseurs ont poursuivit ou se sont vu par besoin de migrer avec les troupeaux de Rennes, de mammouth ou autres du genre. À cette époque là, la bouffe n’était vraisemblant pas mise en cacanne par le Révérent Momentum Santa Claus…!

    • À propos, l’étude citée en tête de billet ne semble pas faire particulièrement mention de l’Homme du Néandertal. Notre cousin, duquel nous n’aurions hérité tout au plus que de quelques gènes, n’avait qu’une ère de répartition fort modeste à son maximum d’expansion.

      https://fr.wikipedia.org/wiki/Homme_de_Néandertal#/media/File:Range_of_Homo_neanderthalensis.png

      Peut-être serait-il plus indiqué de modifier le titre du billet en substituant le terme «Néandertal» par «Cro-Magnon», malgré son petit côté désuet.

      https://en.wikipedia.org/wiki/Cro-Magnon

    • “Go West… Young… Neandertal!!

    • L’histoire commence à la fin de la dernière période glaciaire, alors que le niveau de la mer était plus bas et que les chasseurs de grands jeux vivant dans la Sibérie orientale suivaient leur proie à travers le pont terrestre de Bering et l’Alaska.

      http://www.nature.com/news/ancient-migration-coming-to-america-1.10562

      Une possibilité réaliste que niveau de Bering à cette époque était de beaucoup ++ bas car des mers moins salines et autres éléments peuvent provoquer de tels changements climatique. (voir moins d’évaporation / précipitations, pression atmosphérique, etc..)

      Comme dirait l’autre… si ces chasseurs avaient eu du change($) en leur possession , ils auraient dû faire l’achat de ”Corn A Beef” chez la distributrice (machine) du coin. Avec ce froid glacial ils en auraient eu pour le prix des peanuts…!

    • Concernant cette découverte… j’attends la suite. Très intéressant mais aussi très hypothétique pour le moment.

      En parlant d’outils et de datation, ça me rappelle une découverte en ce sens qui a paru dans le « Pour la Science » de mars dernier (http://www.pourlascience.fr/ewb_pages/a/article-les-plus-vieux-outils-du-monde-37999.php). Des outils, vieux, mais auxquels on ne saurait dire à « qui » ils appartenaient. La beauté de la science : on apprend toujours et on est prêt à réviser ses connaissances.

    • Une histoire à suivre… Sinon on pourrait être tentés par toutes sortes d’hypothèses mais chose sûre certains de nos cousins ou cousines très, très mais très éloignés y étaient bien avant… Cousins à nous tous.

      https://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_%C3%A9volutive_du_vivant

    • @JFC
      Peut-être qu’un plus gros prédateur à tué l’animal et la loutre préhistorique à dents de sabre a grugé les os ? ;-)

    • On a déjà trouvé l’homme d’ Encino, un Néandertalien, en Californie, en 1992 :)

      http://www.imdb.com/title/tt0104187/

    • La loutre préhistorique à dents de sabre (Kolponomos clallamensis) a vécu sur la cote du Pacifique … il y a 20 millions d’années.
      http://www.amnh.org/about-the-museum/press-center/extinct-marine-bear-might-have-bit-like-a-saber-toothed-cat

    • @gl000001

      L’absence de crocs sur les os et la présence d’une défense enfuie verticalement ne sont pas des signes anodins.

      Dans la Grotte Guattari (Mont Circé, Italie), la découverte d’un crâne d’un Néandertalien a longtemps été considéré comme une preuve irréfutable de rituel anthropophagique : il aurait été déposé dans un cercle de pierre après que le trou occipital avait été élargi pour consommer le cerveau. Des examens approfondis ont montré que le cercle de pierre était probablement naturel et que l’élargissement du trou occipital avait été causé par une hyène, ce que confirme la présence de traces de dents en différents points du crâne.

      Cependant, la découverte d’os humains intentionnellement cassés dans le but d’exploiter la moelle permet de retenir l’hypothèse du cannibalisme comme fort probable, sans pouvoir trancher s’il s’agit d’endocannibalisme ou d’exocannibalisme.

      Définition d’endocannibalisme

      https://www.britannica.com/topic/cannibalism-human-behaviour#ref194840

      Dans le présent cas ci-haut et faute de candidats, un mastodonte fera l’affaire…!!!

      Un Grand merci @alphaville …

    • @alphaville

      Qui a dit qu’il y avait qu’un seul candidat néandertalien.. !?

      https://www.spi0n.com/du-rodeo-sur-un-rhinoceros/

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