Sciences dessus dessous

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  • Jean-François Cliche

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    Lundi 10 avril 2017 | Mise en ligne à 16h16 | Commenter Commentaires (3)

    Le mystère du jour…

    Source : Naylor et al., 2017.

    Source : Naylor et al., 2017.

    On attendait le «rapport Naylor» depuis près d’un an, quand Ottawa avait demandé à une série d’experts (menés par le chercheur en médecine et ex-recteur de l’Université de Toronto David Naylor) de se pencher sur le financement et l’organisation de la recherche au Canada. Il est désormais disponible ici, pour ceux qui veulent le lire.

    Plusieurs des points qui y sont soulevés étaient déjà connus — le financement fédéral de la recherche qui a plafonné ou même régressé (en $ par chercheur, en tout cas) sous les conservateurs, léger recul du financement de la recherche «libre» ou «initiée par le chercheurs» (–3% entre 2007 et 2015) au profit de la recherche «axée sur des priorités» (lire : souvent des «commandes» ou des «partenariats» initiés par l’industrie), à laquelle le fédéral a augmenté son soutien de 35 % au cours de la même période, etc. Les auteurs recommandent de faire passer de 3,5 à 4,8 milliards $ par année le budget des principaux organismes subventionnaires de la recherche au Canada — ce qui représenterait 0,4 % du budget fédéral.

    On pourra en discuter si vous le voulez. Mais il y a un petit «mystère» qui a attiré mon attention et qui laisse Naylor et ses collègues «perplexes». Il se résume dans le tableau ci-haut, qui montre le pourcentage des articles savants émanant du Canada qui comportent des auteurs travaillant dans plusieurs provinces (colonne de gauche) et dans plusieurs pays (colonne de droite). Comme on le voit, de 2003 à 2014, les collaborations internationales ont représenté près de 44% des publications scientifiques qui sortent du Québec, mais seulement 17 % des articles savants de la Belle Province ont été cosignés par des chercheurs d’autres provinces. Le même déséquilibre s’observe dans d’autres provinces qui «pèsent lourd» en recherche comme l’Ontario (15%/43%), la Colombie-Britannique (23%/48%) et l’Alberta (25%/43%).

    Il n’y a évidemment rien de mal à collaborer avec des chercheurs d’autres pays, bien au contraire, mais «le manque de collaboration interprovinciale nous laisse perplexes», écrivent les auteurs du rapport Naylor. Et moi aussi, je dois admettre. Est-ce qu’on doit y voir l’expression du simple et banal fait qu’il y a beaucoup plus de chercheurs (et donc d’occasions de collaboration) dans le monde entier que dans le seul Canada ? Ou est-ce là une marque de dysfonctionnement interne, une sorte de «mal canadien» ?

    Vos hypothèses valent bien les miennes là-dessus, et je serais bien curieux de les connaître…


    • Le Québec est en avance sur le reste du Canada. Une collaboration avec les autres provinces ne ferait que nous ralentir.

      Le Québec a ses forces mais ne les a pas toutes, comme les autres provinces. Autrement, si c’est la coopération interprovinciale qu’on prend comme indicateur d’avancement, alors l’Ontario serait en avance sur nous…
      JFC

    • Je suis chercheur, et je suis agressivement indifférent par rapport aux origines géographiques des collaborations scientifiques, savamment discutées ici.
      Le mystère du jour à mon avis, c’est l’entêtement de certains scientifiques, pourtant intelligents, à concevoir des structures dont on n’a pas besoin, supposément pour encadrer la science, pourtant meilleure quand elle est rebelle. Cette fois-ci, la bureaucratie de la science « préconise la création par voie législative d’un conseil consultatif national indépendant sur la recherche et l’innovation (CCNRI) ».
      Quoi ? N’a-t-on pas assez su CRSNG, CRSH, CRNC et j’en passe?
      Plutôt que remettre un pansement sur une jambe de bois, au grand plaisir des bureaucrates, j’aurais aimé voir un exercice d’amincissement bureaucratique au profit d’une hausse des fonds là où cela compte, dans les laboratoires et sur le terrain, les vrais théâtres de la découverte. Mais je dois être bien naïf…

    • Je reproduis ici un commentaire reçu par courriel.
      JFC

      Je pense qu’il y a une explication relativement simple pour expliquer le manque apparent de collaboration scientifique entre les chercheurs canadiens. La collaboration scientifique pour écrire des articles dépend essentiellement du réseau de connaissances d’un chercheur. Ce réseau débute là où le chercheur fait son doctorat. Ses coauteurs, au début du moins, sont plus susceptibles d’être son directeur de thèse, d’anciens professeurs ou des collègues de classe. Ensuite, le reste des collaborations se fait avec des collègues dans la même université ou des universités relativement proches physiquement, et souvent liées par des groupes de recherche communs.

      Dans ce contexte, pour que la majorité des collaborations de chercheurs canadiens soit avec d’autres chercheurs situés au Canada, il faudrait que la majorité des chercheurs ait fait son doctorat au Canada et qu’en plus, la plupart de ses collègues de classe soit restée au Canada après son doctorat.

      Dans la mesure où il est très rare qu’un chercheur enseigne dans l’université où il a obtenu son doctorat (rarement en début de carrière), beaucoup de doctorats ont été obtenus ailleurs qu’au Canada pour ceux qui y font de la recherche. Il me semble que cela serait suffisant pour expliquer les résultats présentés, notamment que les collaborations internationales soient plus nombreuses.

      Je pense que les différences importantes d’une province à l’autre s’expliquent par le prestige et le nombre d’universités qui s’y trouvent. Les meilleures universités sont plus susceptibles d’avoir des professeurs ayant obtenu leur doctorat à l’étranger. Ainsi, l’Ontario et le Québec ont les taux les plus bas, suivis de la Colombie-Britannique (avec UBC) et de l’Alberta.

      J’imagine qu’il doit y avoir des différences aussi selon la discipline et l’université, mais pour plusieurs champs de recherche que je connais, l’hypothèse que je propose semble assez représentative des statistiques que vous avez présentées.

      Je crains qu’il n’y ait pas de « mal canadien » et que s’il y a des dysfonctionnements internes au Canada, ils ne se situent pas au niveau des collaborations interprovinciales des chercheurs. En fait, ces données sont cohérentes avec le fait que les chercheurs canadiens soient de haut niveau et que, par ces collaborations internationales, on compense peut-être un peu le manque de financement canadien, si les autres collaborateurs sont plus gâtés. Évidemment, il doit y avoir de grandes différences par discipline de recherche. Notre dysfonctionnement principal, il est plutôt au niveau du financement et du temps hallucinant qu’il faut mettre pour en obtenir. Malgré les problèmes potentiels, il serait tellement plus simple de doter les chercheurs d’un budget de recherche par défaut, ce qui sauverait du temps et augmenterait la productivité. De toute façon, l’enjeu est de réussir à publier les recherches pour garder son emploi, ce qui limite la possibilité de gaspiller les fonds dans des projets farfelus.

      Jean-François G.

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