Sciences dessus dessous

Archive du 28 mars 2017

(Image ; NASA World View)

Les glaces au large de Saint-Augustin pendant la journée de lundi. (Image : NASA World View)

L’ours polaire qui s’était approché à 500 mètres du village de Saint-Augustin, en Basse Côte Nord, a été comme on le sait simplement «escorté» sur quelques kilomètres, afin à la fois de l’éloigner des habitations et de laisser la nature suivre son cours, comme on dit. Alors comme ces animaux n’ont aucun prédateur et sont, essentiellement, des tanks insubmersibles dotés d’un «cardio» invraisemblable, il va sûrement parvenir à retourner sur sa banquise et survivre, non ?

Eh bien ne pariez pas trop d’argent là-dessus, m’a averti le biologiste de l’Université de l’Alberta Andrew Derocher, grand spécialiste de cette espèce que j’ai interviewé pour cet article paru ce matin dans Le Soleil. Le spécimen lui semble en bien nourri et en bonne santé pour l’instant, mais il doit absolument rejoindre la banquise pour survivre (l’ours polaire se nourrit principalement de phoque qu’il chasse en embuscade, à côté des trous d’air) et il n’a pour l’instant aucun chemin facile. Deux possibilités, essentiellement, s’offrent à lui.

– Nager vers le sud pour rejoindre la «glace solide» (voir la carte ci-haut). C’est une sacré bonne nage à l’échelle humaine (un bon 60 km), mais ce n’est pas grand-chose de plus qu’une petite saucette pour un ours — ces bêtes sont des tanks, je vous dis… Cependant, m’a dit M. Derocher, nager vers le sud est une chose que ces ours ont appris à ne pas faire. C’est plutôt le contraire qu’ils font naturellement : nager vers le nord quand la banquise se brise, et c’est vraisemblablement ce que cet individu a fait après avoir dérivé jusque dans le Golfe du Saint-Laurent, ce qui l’a malheureusement amener sur la terre ferme. De toute manière, les environs de Saint-Augustin sont un territoire qu’il ne connaît pas, il ne sait pas où est le sud et ne voit pas les glaces à partir de là. Il n’a donc aucune raison de reprendre la mer.

– Il peut aussi longer la côte en marchant jusqu’à ce qu’il voit des glaces «solides», les regagne et remonte plus au nord en marchant sur la banquise. En date d’hier, il y en avait proche de la côte à environ 90-100 km à l’est de Saint-Augustin. Mais l’ennui est que ces glaces ne dérivent pas dans le bon sens et qu’à ce temps-ci de l’année, elles commencent à se briser. Or si les ours polaires ont une endurance inouïe pour la nage, il semble que les déplacements dans des glaces morcelées et inégales soient très épuisant, même pour ces «tanks», m’a dit M. Derocher. Et si l’animal choisit de marcher jusqu’au Labrador, il arrivera probablement trop tard : la banquise se sera brisée là-bas aussi.

Bref, on ne vendra pas sa peau avant qu’il soit mort, mais cet ours-là est dans un sale, sale pétrin…

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