Sciences dessus dessous

Archive du 27 mars 2017

Lundi 27 mars 2017 | Mise en ligne à 10h59 | Commenter Commentaires (18)

Le dernier «village gaulois» de l’ère glaciaire

(Image : Google Earth)

(Image : Google Earth)

Je vais vous faire une confidence : jusqu’à la semaine dernière, je croyais qu’il n’y avait qu’au Groenland qu’on trouvait encore des vestiges de la calotte glaciaire qui a recouvert le tiers de l’hémisphère nord lors de la dernière glaciation. Certes, il y a des glaciers dans les Rocheuses qui ont persisté tout ce temps, mais… Ça ne compte pas. Ces glaciers sont relativement petits (le plus grand est le «champ de glaces» de Columbia est un réseau de huit glaciers qui, combinés, font 325 km2), trop petits, en fait, pour être qualifiés de «calottes glaciaires» — ce n’est pas pour rien qu’on les appelle «champs de glace» ou «glaciers», d’ailleurs. Alors je croyais que le Groenland était vraiment le dernier endroit où la calotte de glace qui a culminé à 5 kilomètres d’épaisseur il y a environ 20 000 ans avait retraité. Ce qui ne laissait donc rien en Amérique du Nord.

Mais j’avais tort : il nous reste encore deux authentiques «calottes» sur l’île de Baffin, celle de Barnes et celle de Penny. Après le maximum glaciaire, la calotte a reculé et s’est fragmentée ; il y a 5000 ans, elle était confiné à l’île de Baffin et a continué de reculer par la suite, mais elle s’est stabilisée il y a 2000 ans — c’est une question d’altitude, de ce que j’en comprends, puisque ces deux calottes sont situées dans des montagnes. Chacune couvre maintenant environ 6000 km2. Blows my mind, comme ils disent en anglais. Le dernier village gaulois de la glaciation ne serait donc pas le Groenland, dont la calotte est si vaste qu’elle a presque l’air d’un «empire romain», mais bien l’île de Baffin !

Et il était à peu près temps que j’allume, parce qu’on prévoit désormais officiellement leur disparition, gracieuseté du réchauffement climatique. Du moins, celle de la calotte de Barnes. On savait déjà qu’il s’amincissait d’environ 1 mètre par année (il fait environ 500 m d’«épaisseur»), mais on prévoit maintenant «officiellement» sa disparition d’ici environ 300 ans, d’après un article publié dans le dernier numéro des Geophysical Research Letters. Les auteurs, menés par Adrien Gilbert de l’Université Simon Fraser, ont testé différents scénarios dans un modèle de fonte et ont conclu qu’il ne reste plus que quelques siècles de vie à ce vénérable ancêtre. Même en prenant les scénarios de température les plus optimistes et en tenant compte d’une possible augmentation des précipitations (l’air plus chaud contient plus de vapeur d’eau, et la neige supplémentaire que cela fait tomber «entretient» le glacier), la calotte de Barnes n’en aurait pas pour plus de 500 ans.

Dans la mesure où ces nouvelles données viennent surtout (re)confirmer ce qu’on savait déjà, la portée de cette découverte est, bien sûr, surtout symbolique. Mais avouons que pour un symbole, c’en est tout un…

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