Sciences dessus dessous

Sciences dessus dessous - Auteur
  • Jean-François Cliche

    Ce blogue suit pour vous l'actualité scientifique, la décortique, et initie des échanges à son sujet.
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    Jeudi 23 mars 2017 | Mise en ligne à 11h13 | Commenter Commentaires (14)

    Sur la méfiance «pathologique» des Québécois : quelques données

    La tempête du 14 mars a déclenché une autre tempête, médiatique celle-là, une semaine après... (Photo: Félix O.J. Fournier, archives La Presse)

    La tempête du 14 mars a déclenché une autre tempête, médiatique celle-là, une semaine après... (Photo: Félix O.J. Fournier, archives La Presse)

    Réglons tout de suite deux ou trois petits trucs…

    1. Je sais que, sur un blogue de science, parler de sociologie est vu par certains comme une aberration, et je veux bien concéder qu’une partie des gens qui font des sciences sociales sont malheureusement des idéologues (j’en ai vus quand j’y étais), mais il y a aussi de la science sociale très sérieuse qui se fait et qui produit des données très éclairantes. En ce qui me concerne, cette science sociale là est de la science tout court.

    2. Comme signe d’un lien social défaillant et d’une méfiance généralisée dans une société, un bouchon de circulation comme celui de l’autoroute 13, lors de la énième «tempête du siècle» le 14 mars dernier, est une absurdité sans nom. C’est une anecdote qui a été interprétée d’une manière très orientée par Andrew Potter du magazine MacLean’s, à la limite de la malhonnêteté intellectuelle — encore qu’à cet égard, ses excuses senties et sincères sont un signe convaincant de probité, en ce qui me concerne.

    3. Oui, il y a un réflexe de Québec bashing dans les médias canadiens-anglais, et MacLean’s n’en était pas à sa première offense. Je suis convaincu que le RoC est une société très ouverte et sincèrement fière de sa diversité culturelle (et il y a de quoi), mais tout se passe trop souvent comme si le Québec, dans la tête des Anglo-Canadiens, ne faisait pas partie de cette diversité. Ce qui explique pourquoi leurs médias publient des textes sur la «corruption» qui ferait partie de la culture québécoise ou sur une «méfiance pathologique» que les Québecois entretiendraient les uns envers les autres. Remplacez «Québecois» par n’importe quel autre groupe ethnique/national, et ces textes deviennent impubliables.

    Voilà. Alors maintenant qu’on a «tassé» tout ça du chemin, regardons le fond des choses : le Québec est-il une société qui a moins de «capital social», comme dit M. Potter, que le reste du Canada ? Au point que ce serait «pathologique» ? C’est ce que j’ai tenté de voir dans cet article paru ce matin dans Le Soleil.

    Le capital social est grosso modo l’étendue des réseaux sociaux des gens vivant dans une société, la force du «ciment social» qui tient ensemble cette société. Les voisins d’un quartier se parlent-il ou rentrent-ils chez eux sans se regarder ? Se dépannent-ils de temps à autre ? Se font-ils confiance ou se méfient-ils les uns des autres ? Y a-t-il beaucoup de gens qui sont très isolés ? Est-ce qu’on s’implique dans la communauté ou est-ce qu’on est plutôt du genre «chacun pour sa gueule» ?

    L’expérience personnelle que j’ai de la chose est que nos réflexes généraux donnent plutôt raison à M. Potter sur ce point. J’ai possédé deux maisons jusqu’à maintenant. Dans les deux cas, il a fallu que ma conjointe et moi allions nous présenter à nos voisins après quelques semaines, parce que personne ne venait nous voir. Et quelqu’un a déménagé dans ma rue il y a peu ; je suis allé les voir parce qu’eux ne venaient pas se présenter. Dans tous les cas, ces voisins étaient plutôt contents que nous fassions connaissance, mais ils semblaient aussi surpris de voir un voisin venir à eux… Voici quelques données qui montrent que ce réflexe de repli, sans être exclusif au Québec, est plus fort ici que dans le RoC :

    - 36 % des Québécois donnent du temps à des organismes communautaires ou autres au moins une fois par mois (46 à 55 % dans les autres provinces) ;

    - 47 % des Québécois ont au moins 10 «amis ou connaissances» (63-72 % dans le RoC)

    - 64 % ont rendu service à un voisin au cours du dernier mois (RoC : 70-78 %)

    - 36 % estiment qu’on peut faire confiance à la plupart des gens (RoC : 51-63 %)

    - Sur une échelle de 1 à 5, la confiance moyenne des Québecois envers leurs voisins est de 3,5 (RoC : 3,7 à 4,0)

    - Les dons moyens à des œuvres de charité sont de 208 $ au Québec (données de 2010), contre 330-560 $ dans le RoC.

    Bref, nous avons ici une série de manières différentes de mesurer la force du lien social, et ils pointent pratiquement tous dans la même direction : oui, le lien social semble bel et bien moins solide au Québec que dans les autres provinces. Il y a d’autres indicateurs sur la page de StatCan qui sont moins clairs, disons-le, mais je n’en ai pas vu qui allaient clairement en sens inverse.

    Maintenant, est-ce à un point «pathologique» ? Ici, M. Potter me semble pécher par exagération (beaucoup). Le taux de suicide au Québec (l’isolement social est un facteur important de suicide) a fortement diminué ces dernières années, au point où le Québec n’est plus l’aberration statistique qu’il a longtemps été. Et selon des chiffres que m’a envoyés Jack Jedwab, directeur de l’Association d’études canadiennes, le bien-être perçu des Québecois et leur satisfaction générale par rapport à la vie n’est pas plus basse qu’ailleurs au Canada.

    À cet égard, la Belle Province fait un peu figure d’exception parce que les mesures de bonheur sont habituellement très corrélées à la confiance qu’ont les citoyens d’un pays les uns envers les autres. Dans les données de l’Enquête sociale européenne, par exemple, quand on regarde le niveau de confiance (proportion de la population qui, sur une échelle de 0 à 10, a évalué sa confiance envers ses concitoyens à 8 ou plus), on voit une très, très forte corrélation avec la proportion de gens qui sont très satisfaits de leur vie (8 et plus sur 10, encore une fois). Pour ceux que ça intéresse, le coefficient de corrélation est de 0,861 (à 0, il n’y a pas de corrélation et ce coefficient ne peut pas dépasser 1,0, qui marque une corrélation absolument parfaite).

    Mais la confiance moindre qu’ont les Québécois envers leurs semblables n’affectent pas leur humeur ou leur santé mentale (auto-évaluée). Comme quoi, m’a dit M. Jedwab, le «capital social» ne fait pas foi de tout.


    • Vos chiffres m’étonnent. Tout ce qu’on entend de la part des touristes, c’est que nous sommes un peuple très accueillant, aimables, serviables … On se fait dire la même chose lorsque nous allons à l’étranger. Nous somme peut-être naïfs. C’est pour ça qu’ils nous aiment ?
      Et j’ai un collègue d’origine ontarienne qui trouve qu’ici on se parle beaucoup plus entre voisins. Il dit que là-bas, c’est un fait connu. C’est bon à savoir qu’ils connaissent quelque chose sur nous même si les stats disent le contraire.

    • Pour le dit capital social j’ai l’impression que cela était plus fort au Québec autrefois, cela l’était probablement plus dans le ROC aussi mais cela a plus descendu ici et pour la charité et autre cela repose plus sur l’État les attentes.

      Il y a aussi des communautés fortes, pas les voisins que vous endurez plus qu’autre chose alors qu’autrefois c’était leur monde absolument, ils travaillaient ensemble, allaient à l’école ensemble et tout.

      Ou même plus loin encore construire une maison pour la grosse famille, les voisins venaient aider. Évidemment époque très lointaine. Des défricheurs, des bâtisseurs qui doivent se serrer les coudes. Pas des banlieusards avec chacun leurs piscines et leur contrat de déneigement l’hiver et d’entreprise qui vient faire le gazon l’été.

      Les Québécois francos aussi versus les anglos et les communautés culturelles et aussi Montréal versus banlieue et versus régions éloignées. L’implication communautaire et politique peut être très forte.

      Pour l’autoroute 13 ,c’est juste bordélique et on attend après le gouvernement ? J’ai pas la solution, je vais pas là…

      Il se met à parler des policiers qui ne portent pas l’uniforme mais moi aussi je déteste cela, j’ai été scout et le respect de l’uniforme était important bien qu’on s’attribuait plus de liberté rendus à 15 ou 16 ans chez les pionniers.

      C’est pas une pathologie sociale c’est le syndicalisme d’ici. Mais on est pas de cette culture là on a quand même étudier les relations de travail et quand dans une organisation tes employés s’identifient plus au syndicat qu’à l’employeur c’est que les dirigeants sont mauvais ou ceux passés l’ont été et une culture cela peut être long à changer.

      Les restaurants avec deux factures ? Bien oui, il y en a qui trichent mais pas moi ! Il y a pas de tricheurs au Canada anglais ? Pour la tricherie cela n’est pas nouveau, les ancêtres qui étaient dans le commerce nous le disaient les gens étaient malhonnêtes mais pas tous. D’autres ne sont pas malhonnêtes, ils sont juste pauvres et incapables de payer. Quand c’est à vous qu’ils doivent l’argent cela revient au même.

      Les feux de circulation sont moins respectés au Québec aussi mais je ne suis pas un mouton moi je les respecte alors que des ”tôtons” d’autres provinces se disent qu’ils doivent faire comme les Québécois. Écoutez, autonomie de la personne… Je ne suis pas dans la police moi. Si tu ne mets pas la vie de personne en danger c’est ta décision !

      Personne va les aider ? Mais tu es sur une autoroute et ceux venant s’ajouter peuvent rempirer les choses plutôt que d’aider, les gens intelligents sont restés chez eux et encore plus intelligents peuvent ne pas avoir de char.

    • @gl000001, ma vision : le québécois est chaleureux et accueillant quand on va vers lui (plus chaleureux que la moyenne du ROC). Mais il ne va pas vers l’autres très souvent.

      Par exemple, j’ai l’habitude d’aller marcher un après-midi par fin de semaine. Dans les 10 dernières années où j’ai habité Montréal j’ai eu droit à 3-4 « bonjour » gratuit provenant de femmes que je croisais. Quand je suis arrivé dans l’ouest, après 2 mois j’ai arrêté de compter après le dixième bonjour. Il arrive même qu’on me parle quand on attend à un feu de circulation, pas souvent, mais ça arrive, et ça m’est impensable de vivre ça au Québec, à moins que je sois l’initiateur de cela.

      Je suis donc en accord avec les propos de JFC. Même avec ce qui concerne la mauvaise perception des anglos envers le québécois. La connaissance de « l’Histoire du Québec » qu’ils ont, est généralement assez tronquée. Un exemple facile? Quand j’explique qu’il n’y a pas si longtemps au Québec on « n’avait pas le choix » pour avoir Joseph comme autre nom sur un baptistère si on était catholique, les gens ne me croient pas… et on doit avoir une discussion sur cette portion de l’histoire du Québec. Autre exemple, quand on parle de comment le parlement est passé de Montréal à Ottawa (incendie de 1849), l’anglo dit « what? » et est très sceptique. C’est comme si l’histoire du Québec qu’ils apprennent ne raconte pas l’histoire du Québec.

    • Bonjour M. Cliche,

      Ces sondages cités par le sympathique Andrew Potter me causent passablement de problèmes sur le plan statistique. Pas tellement à cause des résultats qui, somme toute, révèlent le fait que le Quebec est une société distincte du RoC, quelque chose que l’on sait depuis belle lurette, mais bien à cause de la méthodologie qui, à mon point de vue, a tendance à accentuer les distorsions de l’échantillonnage.

      En effet , elle est basée sur le principe qu’un répondant dans l’échantillon est supposé représenter une certain nombre de personne comme lui ou elle dans la population. De prime abord, ça semble logique, mais selon mon expérience de cette méthodologie, basée sur les principes du “bootstrapping” (On repige dans son échantillon initial pour rencontrer certains critères statistiques), elle accentue la prévalence des cas limites.

      Vous allez sûrement rire, mais mes expériences dans le domaine viennent des études “origine-destination” du MTQ(!), lesquelles m’ont toujours semblé suspectes par l’inadéquation avec les questions à répondre, à savoir, les tronçons de routes les plus utilisés.

      Très intéressant ! Et non, je ne trouve pas ça très drôle… ;-)
      JFC

    • M. Cliche,

      Vous savez, comme on dit souvent, c’est pas parce qu’on rit que c’est drôle….O-)

    • @le_cyclope 14h14

      La pondération de l’échantillon n’a rien à voir avec les principes du “bootstrapping”, qui est parfois utilisé mais seulement pour évaluer la variabilité des résultats. Et bien entendu, l’échantillon du Québec est pondéré selon les mêmes principes que les échantillons des autres provinces. Le fait que les dons moyens des Québécois soient inférieurs à la moyenne canadienne est un phénomène connu depuis belle lurette. Je laisse l’explication aux sociologues.

    • @Slickster 15h42

      Rien à voir, c’est un peu fort comme affirmation, car dans les faits, pour estimer la variance, le choix de pondérer les résultats comme ils le font les amènent à utiliser le boostrapping; du moins c’est ce qu’ils semblent expliquer dans leur méthode.

    • ..@JFC«…..encore qu’à cet égard, ses excuses senties et sincères sont un signe convaincant de probité, en ce qui me concerne.»

      Je vous trouve bien généreux. Pour moi, la «probité» aurait consisté à s’assurer de ne pas proférer d’âneries sous couvert dit «scientifique» d’autant plus que l’homme a fait des études avancées et qu’il aurait même, à la fin des ses études doctorales, fait des recherches au Centre de recherche en éthique de l’UdeM (CRÉUM). Ses contacts avec la réalité québécoise ne sont donc pas si superficiels ni récents surtout si on considère ses années en journalisme à Ottawa qui est à un jet de pierre du Québec.

      Quant au reste, ce qu’il a servi à ses lecteurs est un ramassis de statistiques appuyées par une série de lieux communs et de préjugés indignes d’un Ph.D. duquel on doit espérer un minimum de rigueur intellectuelle et scientifique.

    • Je viens d’entendre les nouvelles à Radio-Canada. Un des journalistes avait un point intéressant. La solidarité sociale s’exprime différemment au Québec. Nous nous en remettons plus au gouvernement de ce coté. Par exemple les garderies d’état. Il me semble que ça prendrait de cas comme ça pour mieux comprendre son point de vue.

      Si l’indice de bonheur est égal au ROC mais que certains autres indices sont différents, pour moi, ça prouve simplement que nous sommes une société distincte et que les mesures habituelles n’en tiennent pas compte. Elles sont peut-être biaisées. Comme les premiers tests de QI qui étaient trop “culturels” (on se rappelle de la soucoupe et la tasse !).

      @M.Rustik
      Pour la perception des québécois par les ontariens et le ROC, bien d’accord avec l’article aussi.
      Il ne nous croient pas pourquoi les baux se terminent le premier juillet (pour ne pas déménager les jeunes en mai à l’époque juste avant la fin de l’année scolaire en mai). Ils disent tous que c’est pour contrer la fête du Canada.
      Il faut lire la trilogie Le livre noir du Canada Anglais pour comprendre qu’ils sont bourrés de préjugés. Ou voir ce qu’ils disent de Bombardier et les subventions. Mais il ne faut pas parler de l’industrie automobile en Ontario !!!

      @slickster
      J’ai déjà lu que les compagnies du ROC font plus de dons de charité. Est-ce que ces dons sont inclus dans le calcul ? Il y a beaucoup plus de PME au Québec. Elles ont peut-être moins de capacité à faire des dons.

      Comme je l’ai écrit, la «solidarité» passe plus par l’État au Québec, oui, mais payer plus d’impôts, ça ne remplace pas le lien social.
      JFC

    • Il est sûr que ce type de données, peu connu du grand public, mais exploré par les chercheurs depuis longtemps, va à l’encontre de plusieurs idées des Québécois sur leur communautarisme intrinsèque vis-à-vis l’individualisme chronique des anglophones. En fait, la réalité est exactement le contraire de ce mythe. Il est vrai par ailleurs que le Québécois ordinaire est généralement facile d’accès, qu’il a un tempérament joyeux et sans soucis (tout cela a aussi été étudié) mais on ne saurait confondre cela avec l’étendue du capital social.
      De façon anecdotique, tous les gens qui comme moi ont vécu et travaillé au Québec et en Ontario, par exemple, ont remarqué cette différence, que ce soit dans les rapports de travail, de voisinage, d’implication civique et de loisirs qui sont beaucoup plus denses et formalisés que ce que l’on retrouve dans la Belle Province. Il faut dire qu’en cela, la culture anglo-saxonne a historiquement été très coopérative, influencée notamment par des traditions anciennes de gouvernement local qui précédèrent la démocratie moderne, et par la responsabilisation personnelle qui a suivi la réforme protestante. (Cependant, même dans le monde anglo-saxon, l’entraide sociale a baissée au fil des ans à cause de nombreux facteurs).
      Ceci étant dit, comme d’autres commentateurs l’ont relevé ici, les Québécois sont solidaires entre eux, mais indirectement, notamment à travers l’État. Le Québec s’est créé un modèle social-démocrate beaucoup plus relevé que ce que l’on retrouve ailleurs en Amérique. Dans un sens, la solidarité sociale s’exprime par l’acceptation par les Québécois d’une lourde fiscalité (qui mènerait à la révolution dans n’importe quel État américain!). Afin de payer leurs programmes sociaux étendus, les Québécois acceptent de vivre avec un revenu disponible inférieur à celui des autres Nord-Américains . La faiblesse relative de nos dépenses de charité est liée au fait que nous payons plus en taxes et impôts, mais aussi à l’opinion socialisante d’un grand nombre de Québécois qui estiment que c’est à l’État et non aux organismes charitables d’aider les démunis. On pourrait ajouter que, comparativement aux autres juridictions de l’Amérique du Nord, la participation électorale des Québécois est plutôt bonne (sauf au niveau scolaire…).
      De plus, les Québécois expriment une certaine solidarité par le biais du syndicalisme. Grâce à des lois favorisant le regroupement des travailleurs, le Québec est, de loin, la juridiction la plus syndicalisée en Amérique, avec environ 40% de travailleurs syndiqués. Ceci explique des comportements relevés par Potter et qui choquent nombre d’observateurs étrangers, comme la tolérance du public pour les forces de l’ordre qui altèrent leur uniformes, leurs lieux de travail et leurs véhicules au nom de revendications syndicales.
      Donc, les faits rapportés par M. Cliche sont tout à fait vérifiables, mais il faut aussi comprendre que le Québec exprime sa solidarité de façon différente. Est-ce que le “tout à l’État” et la complaisance face au syndicalisme sont les formes idéales et immuables d’entraide pour la société québécoise? Naturellement, les réponses à cette question ne sont pas du côté des sociologues mais appartiennent aux citoyens et elles sont constamment discutées.

    • Ma belle-famille est ontarienne, de Mississauga. Je la vois vivre depuis près de 25 ans. Je serais portée à croire qu’il y a plus d’entraide interpersonnelle ailleurs qu’au Québec. Quand je prends des marches en visite chez eux, bien des gens (inconnus) me saluent. Dès que mes beaux-parents ont pris leur retraite, ils ont immédiatement commencé à faire du bénévolat auprès de leur hôpital local. Le matin de Noël, les voisins se visitent et apportent des pâtisseries ou divers cadeaux. Quand les gens ont des problèmes de santé, les voisins se mobilisent et apportent des repas-maison, de l’aide de toute sorte. Les comités paroissiaux offrent des activités gratuites (exercices pour personnes du troisième âge, etc.). On dirait qu’au Québec, c’est le gouvernement qui “tient” la société, et quand le gouvernement coupe, le premier réflexe est de protester, au lieu de s’organiser pour prendre le relais. D’ailleurs, je pense au nom d’un parti politique, Québec Solidaire, pour qui la “solidarité” semble passer uniquement par l’État. Un peu paradoxal, non?

    • ganesh
      Beau texte!

      Je crois qu’après la Conquête et encore plus après la Rébellion de 1838, le clergé a rassemblé ses ouailles autour de son clocher. Jusqu’à la révolution tranquille, les leaders des villages et des paroisses étaient souvent le clergé. Dans les années 60, le gouvernement a pris la place de ce clergé envahissant (position voulue par Duplessis, quand même. Le crucifix au parlement, c’est lui). Les exemples les plus visibles de ce changement de garde ont été à l’éducation et à la santé.

      Pendant sa visite en Amérique il y a plus d’une centaine d’années, de Tocqueville a été éberlué de constater combien les Américains (wasp) parlaient d’argent, encore d’argent, toujours d’argent. Dans le monde wasp, on applique la théorie libérale : « Doctrine économique qui privilégie l’individu et sa liberté ainsi que le libre jeu des actions individuelles conduisant à l’intérêt général. Doctrine politique visant à limiter les pouvoirs de l’État au regard des libertés individuelles. »

      Comme le disait Yvon Deschamps, vaut mieux être riche et en santé que pauvre et malade. Selon la doctrine libérale, peu importe ce qui vous arrivera, ce sera grâce à ou à cause de
      vous. Dans une société où l’État vous laisse à vous-même, vous êtes peut-être mieux de mieux connaître vos voisins au cas où!

      Pour les habitudes de conduite, le choc peut être brutal quand on traverse les frontières. Est-ce que les WASP savent mieux conduire que les Québécois? Faudrait voir. Mais ils savent assurément compter. Au Qc, la SAAQ a institué le « no fault. » La victime de blessures corporelles causé par vous au volant d’une auto n’a pas le droit de vous poursuivre. Ça déresponsabilise un chauffeur, ça! Si ça n’a pas changé, à Terre-Neuve, vous avez le droit de poursuivre le conducteur de l’auto dans laquelle vous étiez en cas d’accident. Le chauffeur a intérêt à être prudent… et amical!

      Ce que je trouve dommage des textes des grands penseurs wasp qui tentent de décrire notre société, c’est qu’ils ignorent systématiquement le sentiment de paix qui habite la population d’ici. Cherchez les policiers pendant les grands rassemblements comme le festival de jazz de Montréal, pas besoin, ce sont des cadets qui assurent le service. Et encore, pas de façon très visible. Dans ces grands rassemblements, souvent gratuits, vous croiserez des familles, poussettes, retraités, assistés sociaux, des qu’ont un look malcommode sans qu’aucun ressente un sentiment d’insécurité d’être côte à côte. On est là pour la fête.

      Comparez maintenant à la présence policière qu’on retrouve à Times Square à NY. Il en mouille, des policiers, et on dirait qu’ils attendent juste un peu d’action. À ma connaissance, il n’y a pas encore de quartiers dans les grandes villes québécoises qui deviennent des no man’s land quand il fait noir. Généralement, les femmes se sentent en sécurité pas mal partout pour marcher seules dans les rues, incluant Montréal.

      J’ai tendance à penser que noter système économique qui tend à redistribuer la richesse, à donner une chance (théoriquement) à tous d’avoir accès à un toit, d’être soigné, d’aller à l’école, aussi imparfait soit-il, nous rend un brin plus indépendant de notre voisin de palier ou de rue.

      Bon, ce n’est pas un essai, je m’arrête là.

    • gl000001

      « La «tradition» de déménager à une date fixe au Québec remonte à près de 150 ans, dans le Code civil du Bas-Canada de 1866, qui stipulait que tous les baux devaient s’étaler du 1er mai au 30 avril.

      En 1974, les lois imposant une durée aux baux ont été abrogées par le gouvernement de Robert Bourassa, mais tous les baux existants ont en même temps été prolongés automatiquement de deux mois, jusqu’au 30 juin, ce qui est à l’origine de la tradition que l’on connaît aujourd’hui »

      http://www.lapresse.ca/le-soleil/actualites/societe/201306/29/01-4666367-la-chaise-musicale-du-1er-juillet-bien-etablie.php

      « À partir de 1980, un groupe chargé par le gouvernement fédéral de planifier les célébrations de l’anniversaire du Canada commença à encourager et à soutenir financièrement la mise sur pied de festivités locales un peu partout au Canada.

      Le 27 octobre 1982, les festivités marquant le 1er juillet – qui s’appelaient jusque-là la fête du Dominion – devinrent officiellement la fête du Canada. Des activités populaires et des spectacles amateurs sont organisés par des groupes de bénévoles dans des centaines de localités à travers le pays et des feux d’artifice brillent dans le ciel nocturne de 15 villes importantes du pays. »

      http://www.feteducanadamontreal.org/historique.html

    • @atchoum
      Excellent travail de recherche.

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