Sciences dessus dessous

Sciences dessus dessous - Auteur
  • Jean-François Cliche

    Ce blogue suit pour vous l'actualité scientifique, la décortique, et initie des échanges à son sujet.
  • Lire la suite »

    Partage

    Lundi 27 février 2017 | Mise en ligne à 13h38 | Commenter Commentaires (16)

    La biodiversité, à quoi bon ?

    (Photo : Alain Décarie/archives La Presse)

    (Photo : Alain Décarie/archives La Presse)

    À vue de nez, c’est simple comme bonjour et aussi évident que la couleur du ciel : la biodiversité est une belle et bonne chose qu’il faut préserver des menaces (très réelles) que l’humanité fait peser dessus partout dans le monde. Et ce n’est pas seulement par attachement sentimental envers toute et chacune des petites bêtes de cette planète qu’il faut le faire mais aussi, peut-être surtout, parce que cette diversité de vie rend de précieux «services» à ladite humanité. Il est en effet bien établi en biologie que les écosystèmes les plus diversifiés sont aussi ceux qui, en moyenne, sont les plus productifs — ce qui signifie plus de filtration de l’eau, plus de capture du CO2, plus de nourriture, plus de matériaux de construction, etc.

    Bref, c’est simple et évident au point d’être incontestable, disais-je… jusqu’à ce qu’on lise ce texte ma-gni-fi-que du chercheur de l’Université de Sherbrooke Mark Vellend, qui vient de paraître dans la revue American Scientist. Quiconque lit l’anglais devrait le zieuter sans attendre, parce qu’on s’y rend compte qu’il n’y a justement rien de simple là-dedans. En fait, il n’est pas si évident que ça que l’argument des «services», très souvent invoqué pour défendre les politiques de protection de la biodiversité, tienne vraiment la route…

    Il y a une sorte de «paradoxe» dans la biologie de la conservation, explique M. Vellend. De manière générale, on considère l’introduction de nouvelles espèces dans un écosystème comme une mauvaise chose, parce que ces «envahisseurs» risquent de prendre la place des espèces locales. Dans certains cas, d’ailleurs, ces dernières sont endémiques et leur disparition à cet endroit signalera leur extinction pure et simple. Ce qui, se dit-on, diminue la biodiversité tant à l’échelle locale que globale.

    Voilà pour les a priori théoriques. Mais alors, que faire d’un cas comme celui de la Nouvelle-Zélande, qui a perdu la moitié de ses espèces d’oiseaux depuis l’arrivée de l’Homme (les Maoris au XIIIe siècle, puis les Européens) mais qui, en même temps, a vu son nombre d’espèces de plantes doubler, passant d’environ 2000 à 4000 ?

    On peut plaider que c’est une simple question d’échelle, que la colonisation de l’île a amené plus de biodiversité localement mais que, comme les espèces introduites étaient déjà présentes ailleurs, la disparition d’espèces endémiques se traduit par une perte de biodiversité à l’échelle planétaire. Et ce n’est certainement pas faux : on estime que les taux d’extinction sont entre 1000 et 10 000 fois plus rapides, à l’heure actuelle, que le rythme normal — encore qu’il s’en trouve pour contester ces chiffres. Mais cela passe sous silence plusieurs points fondamentaux, que M. Vellend explique en long et en large, qui remettent en question la notion des «services» environnementaux qui justifieraient la protection de la biodiversité. Je résume les principaux :

    - En principe, une perte de biodiversité globale devrait aussi s’observer localement, mais nombre d’études «locales» n’ont mesuré aucun recul de la biodiversité. Il y a des remplacements d’espèces, certes, mais généralement pas de baisse du nombre d’espèces, même quand on additionne toutes ces études pour en tirer un méta-analyse. Or, c’est justement à l’échelle locale, pas globalement, que les «services» écologiques se rendent.

    - Le sort des espèces qui voient d’autres espèces «envahir» leur territoire varie énormément d’un type d’organisme à l’autre. Sur les îles océaniques, dont l’isolation fait d’excellents «labos», il semble que les oiseaux se tirent très mal d’affaire, possiblement parce que les espèces insulaires isolées depuis longtemps perdent souvent la faculté de voler et deviennent très vulnérables à l’introduction de prédateurs. Pour la faune aviaire des îles, les espèces introduites ne font vraiment que remplacer les espèces d’oiseaux qui s’éteignent. Mais la tendance n’est pas du tout la même pour les plantes et les poissons d’eau douce, qui ne disparaissent généralement pas avec l’introduction de nouvelles espèces et dont la biodiversité a doublé et quadruplé, respectivement, depuis la colonisation de ces îles par l’Homme.

    Sur les continents, il est apparemment rare que les espèces introduites remplacent carrément les indigènes, elles ne font généralement que s’y ajouter.

    - Bien sûr, il y a des cas patents où le nombre d’espèces chute dramatiquement à cause de l’intervention humaine — quand on rase une forêt pour la remplacer par des champs de maïs, par exemple. Mais cela veut-il dire que cet espace rend moins de «services» à la population des alentours, demande M. Vellend ? Après tout, même si l’endroit filtrera moins bien l’eau (laquelle devra peut-être être traitée davantage pour la consommation humaine à cause de cela), il servira désormais entièrement à produire de la nourriture. Cela vaut-il moins ? Pour une population qui a faim, produire du maïs est certainement plus utile que de garder la forêt sur pied, quitte à sacrifier un peu la qualité de l’eau potable ; mais pour des gens qui ont amplement de quoi se nourrir, la forêt est sans doute la meilleure option.

    - Et parlant d’eau, que faire du cas de ces villages forestiers de Colombie-Britannique qui ont absolument besoin de maintenir la forêt autour des lacs où ils puisent leur eau potable — forêt n’est justement pas très diversifiée dans ces endroits ?

    Rien de tout cela, précise M. Vellend, ne signifie que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Il y a une foule de problèmes environnementaux très préoccupants dont nous finirons tous par payer le prix, tôt ou tard, et oui, il y a beaucoup d’espèces qui sont disparues depuis quelques décennies ou quelques siècles. C’est bien dommage parce que la biodiversité, je suis entièrement d’accord avec M. Vellend sur ce point, a une valeur en elle-même. Mais ça, ce n’est pas un argument scientifique, fait-il valoir, c’est un argument de nature éthique. Et quand on défend la biodiversité, il vaudrait mieux sans doute mieux, pour préserver la crédibilité des scientifiques, le dire ouvertement plutôt que de systématiquement invoquer l’argument instrumental (les «services») alors que ce n’est pas toujours pertinent.


    • plusieurs études tendent aussi à appuyer l’hypothèse que le maintien de la biodiversité d’un écosystème augme la résilience de celui-ci. Un réseau trophique est un un système complexe, et le fait de retirer plusieurs éléments le fragilise. Un peu comme un jeu de jenga, où chaque briquette retirée rend la tour un peu plus chambranlante, jusqu’à ce que sa structure ne puisse plus résister au moindre courant d’air ou tremblement de la table.

      à même titre, un écosystème qui ne présenterait qu’une seule espèce d’arbre, ou un seul prédateur, par exemple, pourrait complètement s’effondrer advenant l’apparition d’une nouvelle maladie qui décimerais la population, par exemple. Il devient alors extrêmement difficile pour l’ecosystème de retrouver un état d’équilibre dynamique après une telle perturbation

    • En fait, comme vous l’avez dit, les écosystèmes sont très complexes. Il devient donc extrêmement difficile de prédire l’impact qu’aura la perte d’une espèce animale dans notre milieu et dans les milieux voisins.

      Il faut aussi penser que même si le ’service’ rendu a la base par un écosystème n’est pas pertinent, son alternative si on perturbe un milieu peut quant a lui être pénalisant pour l’humain (pensons a un milieu inondé qui favoriserai l’habitat de moustiques près d’une zone urbaine).

      Bref, moins j’altère le milieu, moins j’ai de chances d’avoir des conséquences pénalisantes.

    • J’échangerais 1000 espères de coléoptères endémiques et très légèrement variées du point de vue génétique, contre le retour du Dodo…

      Peut-être devrait-on calculer la diversité autrement que juste en comptant le nombre d’espères. Diversité protéinique, peut-être? Protéger en priorité les espèces produisant des protéines sans équivalent ailleurs. Etc.

    • On sent qu’on vient d’ébranler les colonnes du temples de la religion écologique …

      Redonnons au pissenlit la place qui lui revient dans l’écosystème … «Makes the Dandelion great again!» dirait poil de Carotte…

    • Au 5e paragraphe, on lit:

      “La disparition d’espèces endémiques se traduit par une perte de biodiversité à l’échelle planétaire. Et ce n’est certainement pas faux : on estime que les taux d’extinction sont entre 1000 et 10 000 fois plus rapides, à l’heure actuelle, que le rythme normal.”

      Au paragraphe suivant, on lit:

      “En principe, une perte de biodiversité globale devrait aussi s’observer localement, mais nombre d’études «locales» n’ont mesuré aucun recul de la biodiversité.”

      M’semble qu’il y a quelque-chose qui marche pas.

      Ça me rappelle un argument des climato-négationnistes: “Dans mon coin de pays, il ne fait pas plus chaud, on gèle. Comment alors peut-on affirmer que la planète se réchauffe?”

    • M. Cliche,

      Je suis vraiment hors sujet sur ce commentaire mais j’aimerais avoir une opinion sur deux sujet :

      Le premier : Reynald Du Berger Prof de UQAC à la retraite

      Le deuxième : Est-ce vrai comme il vient de le dire à une radio locale de Rivi`re du Loup que le Bouclier Canadien à la hauteur de Charlevoix, Côte Nord (et il a englobé la Côte sud du St-Laurent) s’élèverait d’un mètre au cent an.

      Je trouve qu’un rehaussement 1m/cent an est énorme cela fait 10 m. (35 pieds en 1 000 an)

    • - «Mais ça, ce n’est pas un argument scientifique, fait-il valoir, c’est un argument de nature éthique.»

      Encore quelques «études» et «recherches» du genre, et je suis tout à fait convaincu qu’on pourra conclure que limiter la diversité humaine à disons… la race blanche… n’est pas une entrave à sa prolifération et qu’une telle limitation de ladite diversité, est tout à fait valable scientifiquement même si «faudrait pas le faire» d’un point de vue «éthique»…

      Étonnant ce qu’on arrive à justifier… hein..?

    • De toutes ces lectures il m’arrive de penser à une époque autre… celle d’avant la crise de l’oxygène.

      Outre l’aspect prédateur des règnes, la Terre se transformera inexorablement dans un ordre ou de désordre mais portera tjrs un seul nom…… soit ”Évolution”

      https://fr.wikipedia.org/wiki/Grande_Oxydation

    • suite…

      De plus, cet oxygène libre est à l’origine de la formation de la couche d’ozone qui a pour effet d’absorber la plus grande partie du rayonnement solaire ultraviolet, autorisant l’accroissement de la biodiversité.

    • suite…

      En d’autres termes, tout est en lien avec la photosynthèse.

    • Je pense qu’une entrevue avec le chercheur serait meilleure afin de nous expliquer une synthèse de tous ses travaux et faire un résumé de l’article lui-même pour présentation au grand public plutôt que partir du texte de la revue spécialisée et avoir le résumé du journaliste blogueur qui couvre la science mais qui n’est pas un scientifique.

      Nous le sommes pas plus mais on se poserait des questions pareil. Le monde végétal et celui animal cela est deux choses différentes. S’il y a moins d’animaux pour manger les végétaux ou encore on en introduit des nouveaux… L’être humain change son milieu mais est-ce pour le bien ou pour le mal ? La science seule ne peut pas répondre à cette question. À moins qu’on lui demande de mesurer quelques choix mais les choix éthiques ce sont les humains qui doivent les faire sauf que collectivement cela est difficile. On pourrait revenir à la science-fiction et devoir se chercher une autre planète où aller habiter. Je pense pareil que la nature est plus forte que l’espèce humaine et qui elle depuis des temps bibliques se croit supérieure et notamment en faisant mauvais usage de la science.
      Les humains se comportent mal mais la nature est plus forte et elle fait le ménage de part elle-même ou des espèces végétales nouvelles ou anciennes reviennent.

      ”I suspect that scientists harbor deeper
      doubts about the validity of the
      utilitarian argument for biodiversity
      conservation than is evident in their
      published writings. ” L’utilitarisme, le productivisme, la pensée maximaliste et celle mécaniste sont les principaux problèmes de nos sociétés dites capitalistes et la science et technologie se met trop à leur service.

    • ”In contrast, when
      “selling” conservation, biologists more
      often employ the utilitarian argument
      that losing biodiversity will compromise
      human well-being, even if it’s not
      so clear that the transformation of New
      Zealand’s biota has been to the detriment
      of human well-being. ”

      Ne prenons pas juste la Nouvelle-Zélande,prenons nos ancêtres à nous, ils vivaient dans des conditions beaucoup plus difficiles et avec bien moins de confort.

      Le gouvernement doit prendre des décisions en pesant le pour et le contre de tout et en demandant l’aide de la science. Mais quand on comprend comme les programmes politiques sont construits avec l’achat des votes et des mesures à bénéfices concentrés et coûts réduits, non seulement ce ne sont pas les bonnes décisions économiques qui sont prises encore moins celles où les marchés sont défaillants notamment en environnement.

      Pour les ancêtres et la foresterie… http://www.quebecscience.qc.ca/les-10-decouvertes-2010/Vive-la-diversite Non, ils étaient en faveur de la diversité au contraire mais de façon plus informelle. Ils n’étaient pas ingénieurs ni biologistes mais savaient cela.

    • @ g duquette

      Duberger…. c’est un louveteau dans la bergerie de la science… vous dites blanc il dit noir par habitude souffrant de Pyrrhonisme aigue…. c’est le mouton noir du troupeau pour se faire remarquer «Du berger»……..

    • @LacoursiereJean

      Je ne pense pas que la logique soit fausse, je pense que la bonne façon de le voir est :

      il y a les espèces A,B,C,D,E,F,G,H sur la planète. Un environnement donné (X) est habité des espèces A,B,C,D. L’espèce E arrive et remplace C. L’environnement X est donc maintenant habité par les espèces A,B,D,E. La planète compte maintenant 7 espèces (C ayant disparu) mais l’environnement X possède toujours la même nombre d’espèce et ne s’en porte pas plus mal

    • @ Mononke

      Merci

    • Très bon texte et merci pour le résumé! On perd certes en biodiversité globale, mais au niveau local on tend plutôt à en gagner, même si ce sont les mêmes espèces que l’on retrouve partout. Or, c’est au niveau local que la biodiversité compte le plus, car chaque niche se trouve alors bien occupée.

    Vous désirez commenter cet article?   Ouvrez une session  |  Inscrivez-vous

    publicité

  • Catégories

  • Blogues sur lapresse



    publicité





  • Calendrier

    février 2017
    D L Ma Me J V S
    « jan   mar »
     1234
    567891011
    12131415161718
    19202122232425
    262728  
  • Archives