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  • Jean-François Cliche

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    Mercredi 15 février 2017 | Mise en ligne à 10h53 | Commenter Commentaires (6)

    CRISPR : la patience est de mise

    (Image : gracieuseté, UPenn)

    (Image : gracieuseté, UPenn)

    L’acronyme CRISPR est un buzz word très à la mode depuis sa découverte, en 2012. Et pour cause, puisque comme technique de modification des gènes, c’est un bond en avant inouï. Presque littéralement, c’est l’équivalent de cesser de compter avec un boulier pour commencer à écrire des nombres : alors que les techniques précédentes consistaient (grosso modo) à ajouter un ou des gènes dans le noyau cellulaire, CRISPR permet carrément d’enlever et de remplacer des parties très précises du génome.

    L’ennui, c’est que si c’est (relativement) facile à faire sur une cellule unique ou un embryon dans ses premiers stades de développement, cela devient beaucoup plus compliqué à faire sur une organisme pleinement développé. In vivo, m’expliquait récemment un chercheur de Québec, Jacques P. Tremblay, la correction ne se fait pour l’instant que dans environ 1 % des cellules. Ce qui signifie que si l’on peut d’ores et déjà modifier des génomes en s’y prenant très tôt dans le développement, par exemple pour rendre des bovins résistants à des maladies, on n’est pas encore rendu à s’en servir comme un outil de thérapie génique pour guérir des patients, malheureusement.

    Il y a quelques jours, j’ai eu l’occasion de m’entretenir avec un des leaders mondiaux de la thérapie génique, Dr James Wilson, qui est de passage au Québec présentement. Mon entrevue avec lui est ici. Elle a porté surtout sur le fait que la thérapie génique, après des décennies à faire miroiter de belles promesses sans jamais (ou presque) les livrer, semble finalement sur le point d’aboutir, de déboucher sur des traitements assez nombreux. Mais comme on ne peut plus, depuis une couple d’années, parler de modifier les gènes sans jaser de CRISPR, j’ai abordé le sujet avec lui. J’ai manqué d’espace dans la version papier de mon texte, alors voici ce que Dr Wilson a répondu quand je lui ai lancé qu’il n’y a rien de parfait en ce bas monde et que CRISPR doit sûrement avoir des mauvais côtés, lui aussi :

    «Le grand défi de la thérapie génique a toujours été d’amener efficacement et sécuritairement les gènes jusqu’aux cellules. Ça nous a pris des décennies avant d’y parvenir. Notre expérience en livraison (ndlr : on doit au labo du Dr Wilson plusieurs des principaux «véhicules» viraux les plus prometteurs pour «livrer» les gènes) peut servir à faire progresser l’édition génomique, mais a a toujours été et ce sera toujours compliqué parce que ça implique de donner un virus au patient.

    «Dans le cas de CRISPR, c’est encore plus compliqué parce qu’il faut non seulement s’arranger pour amener le «paquet» dans le noyau cellulaire, mais la livraison doit ensuite pouvoir traverser une séquences d’événements moléculaires. Il faut que ce qu’on livre soit capable de couper le génome (ndlr : essentiellement, CRISPR sert de «guide» pour une enzyme coupeuse d’ADN nommée Cas-9, afin de reconnaître le bout d’ADN qui doit être sectionné) et ensuite d’insérer un brin d’ADN à un endroit précis. Et il faut que ce soit très spécifique parce qu’il ne faut pas endommager le reste de l’ADN (ndlr : ce que Cas-9 fait si elle n’est pas bien guidée).

    «Alors la réponse courte, c’est qu’on doit surmonter les mêmes défis pour CRISPR que pour la thérapie génique «classique», mais qu’en plus de ça, la nature plus complexe de l’édition génétique engendre des inefficacités et possiblement des questions sur l’innocuité. Parce que si ce qu’on introduit n’est pas assez précis, pas assez spécifique, alors on va créer des mutations ailleurs dans le génome qui peuvent avoir des effets délétères.»


    • Un livre à lire sur ce que pourrait être le monde si des gens sans scrupules utilisaient trop vite les recherches en thérapie génétique à des fins “intéressées” : Next de Michael Crichton.

    • http://www.newyorker.com/magazine/2017/01/02/rewriting-the-code-of-life

    • Le lien vers votre article mène à une page vide du moins sur mon iPhone

      Je viens de cliquer sur tous les liens et ils fonctionnent tous. J’ignore quel est le problème dans votre cas, désolé.
      JFC

    • Le lien fonctionne!!??

    • «mutations dans le génome qui peuvent avoir des effets délétères.»

      i i i… Ou quand le crispr devient cris..pire que pire…

      Comme la moumoute du nouveau président de la banlieue sud de Montréal (Washington ) une sorte de crispr raté entre Chewbaca et un Orange Outan…

    • L’expérience de notre équipe est que CRISP-CAS9 est un outils qui demande à être apprivoisé, mais qui nous permet de diminuer le temps de certaines étapes par un facteur de 10 (voire plus) avec un taux de succès près de 100% quand on l’utilise à bon escient. Par contre, nous travaillons avec des unicellulaires. La problématique à laquelle on fait face en thérapie génique est des ordres de grandeur plus complexe. Les avancées rapides et spectaculaires en santé sont rares. Elles demandent du temps et de l’acharnement.

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