Sciences dessus dessous

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  • Jean-François Cliche

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    Lundi 13 février 2017 | Mise en ligne à 14h28 | Commenter Commentaires (16)

    Le graph du jour : environnement 1, gènes 0

    (Source : Arseneault et al., 2017)

    (Source : Arsenault et al., 2017)

    La génétique est souvent vue comme une fatalité. Dans certains cas, c’est la triste (et implacable) vérité — un enfant dystrophique, par exemple, va le demeurer toute sa vie, laquelle risque d’être très courte s’il a hérité d’une forme particulièrement grave de cette maladie. Mais on a souvent tendance à exagérer la portée des gènes, à voir leurs effets comme un destin inexorable alors qu’ils sont souvent statistiques et pas toujours très prononcés. Et cette étude du chercheur de l’UL Benoît Arsenault, qui vient de paraître dans Artherosclerosis, en est une excellente preuve.

    Je la résume en un graphique (ceux qui veulent plus de détails pourront la lire, elle est en libre accès). Les trois colonnes de gauche représentent un groupe de 1500 personnes qui ont des niveaux élevés de lipoprotéine(a). La Lp(a) est essentiellement une molécule de LDL (le «mauvais cholestérol», qui transporte des graisses dans les artères) qui a réagi chimiquement avec une autre protéine, avec pour résultat que la nouvelle molécule transporte des «phospholipides oxydés», connus pour rigidifier les artères. Comme les concentrations de Lp(a) que l’on a dans le sang sont presque entièrement déterminées par les gènes, on considère qu’il s’agit d’une des principales prédispositions génétiques pour faire un accident cardiovasculaire (ACV).

    Les trois colonnes de droite représentent le groupe contrôle, soit les gens (12 500 dans cette cohorte) qui n’ont pas cette prédisposition. Et l’équipe de chercheurs menée par M. Arsenault a mesuré les habitudes de vie (activité physique, alimentation, tabagisme, etc.) de tout ce beau monde, les classant en trois catégories (malsaines, intermédiaires et saines). Un suivi a ensuite été fait pendant 11 ans et demi, période au cours de laquelle 1700 des quelque 14 000 participants ont subi un ACV.

    Le graphique montre la proportion de gens dans chaque sous-groupe qui ont fait un ACV. Chez les gens qui ont des habitudes de vie saines, soit les colonnes vert pomme, on voit assez clairement que ceux qui ont des concentrations élevées de Lp(a) dans le sang ont fait plus d’ACV (7 %) que ceux qui n’ont pas de problème de Lp(a) (3,7 % d’ACV). Mais ce que ce graphique montre par-dessus tout, c’est à quel point l’effet du Lp(a) — un des principaux facteurs de risque génétique, je le répète — est mince comparé à ceux des habitudes de vie, jusqu’à être complètement masqué chez les gens qui ont des habitudes malsaines (colonnes rouges).

    Bon, on me dira, non sans raison d’ailleurs, que ce graph fait une comparaison un peu boiteuse, au sens où il compare l’effet d’un seul facteur génétique avec l’effet combiné de plusieurs facteurs environnementaux. C’est tout à fait vrai, notons-le : les gènes ont bel et bien une influence sur notre santé cardiovasculaire et, si l’on ajoutait d’autres facteurs génétiques dans le portrait, on obtiendrait certainement une image plus équilibrée. Mais le fait est que ceux qui ont hérité d’une longue série de «mauvais gènes» sont relativement rares dans la population et qu’il n’y a pas que M. et Mme Tout-le-Monde qui voient l’effet des gènes comme une fatalité : «Une des raisons pour lesquelles j’ai fait cette analyse-là, m’a dit M. Arsenault tout à l’heure, c’est que je dis souvent à mes collègues cardiologues de mesurer les concentrations de lipoprotéine(a) chez leurs patients à risque. (…) Et même eux me disent : À quoi ça va servir de mesurer la Lp(a) si je ne peux rien faire là-dessus (il n’existe pas de médicament pour faire baisser la Lp(a), ndlr), ça va juste créer de l’anxiété chez mes patients.»

    De ce point de vue, c’est un des graphiques les plus parlants que j’ai vus depuis longtemps.


    • Merci! enfin une preuve scientifique pour convaincre ma femme que je peux continuer a manger des chips… In graph we trust!

      Il vous reste à souhaiter qu’elle le regarde *très* rapidement… ;-)
      JFC

    • “graph” est anglais. Le bon terme français est “graphe”.

    • Au fond, c’est simple la vie! Même si vous avez la meilleure base génétique qui soit, si vous faites des excès … d’alcool, de drogues, etc. et que vous ne prenez pas la peine de vous faire du bien, comme faire tout au moins le simple exercice de marcher régulièrement, à un moment donné, vous risquez d’en payer la note!

    • Pas d’Évolution sans environnement…. Darwin…

    • @macs Yes Sir !

    • Je m’imagine que les 14,000 participants sont tous issus de la sélection naturelle..!
      environnement 2, gènes 1…. ( ! )

      @macs

      Là où il y a de la ”gêne” il n’y a pas de plaisir…. (et faut-il lire le ou la transgenèse…!)

    • “Pas d’Évolution sans environnement…. Darwin…”

      L’évolution qu’on observe depuis le début de la création, ce sont les changements à travers le temps. C’est une question de survie dans un environnement donné. Si cet environnement change/se modifie, l’organisme doit s’adapter ou disparaître!
      Certaines mutations sont effectivement le fruit du hasard (aléatoire) mais la majorité d’entre elles sont dues à la sélection naturelle et l’adaptation à son environnement.
      Si vous avez quatre choses : l’hérédité, la divergence, la compétition et un environnement variable, non seulement vous pouvez avoir une évolution… elle DOIT se produire! C’est aussi naturel et incontrôlé par une quelconque intelligence que la force de gravité!

    • Chacun de nous est déterminé par ses gènes. Mais en réalité nous sommes déterminés par beaucoup plus que par nos gènes. Nous sommes une combinaison de gènes (phénotype) influencés par des facteurs environnementaux qui nous influencent pendant toute notre vie par exemple, notre alimentation, les événements auxquels nous sommes exposés (stresse, trauma, détente, soulagement), notre style de vie (actif ou non), les drogues, les toxines et les radiations auxquels nous sommes exposés ou pas. Tous ces facteurs environnementaux influencent nos gènes et nos actions pendant toute notre vie à partir de notre état de gamète mâle ou femelle, puis après la fécondation, pendant les différents stades de notre embryogenèse et puis après notre éclosion pendant tout le reste de notre vie.
      L’environnement a un effet dynamique sur notre l’épigénome, et si vous considérez que les cellules germinales peuvent être également affectées par l’environnement, c.à,d., que l’environnement laisse également des traces dans les cellules germinales tant au niveau des gènes qu’au niveau de l’épigénome, vous devez en conclure que l’environnement laisse des traces épigénétiques de façon transgénérationnelle.

      Jusqu’à tout récemment, on croyait que les maladies psychiatriques comme la dépression et la schizophrénie étaient des maladies d’origine génétique. Or malgré de très nombreuses études, la recherche du gène de la dépression ou de la schizophrénie n’a jamais rien donné de concluant. En réalité,ces études nous portèrent plutôt à comprendre que la dépression et la schizophrénie sont des maladies complexes résultant de facteurs environnementaux et de facteurs épigénétiques. Selon Vincent Colot, en effet, « l’épigénétique est l’étude des changements d’activité des gènes — donc des changements de caractères — qui sont transmis au fil des divisions cellulaires ou des générations, sans faire appel à des mutations de l’ADN»

    • ,On peut cesser en effet de se considérer comme les victimes impuissantes des gênes, mais il ne faudrait pas transposer cette “autorité” sur l’environnement. Il n’y a pas d’environnement indépendant de son interprétation : “The medium is the message.” Donc, une hypothèse à explorer serait de voir à quel point notre vision du monde, nos pensées, altèrent les gènes.

    • @Yack
      L’évolution n’est pas seulement un processus de survie, mais de développement. Et elle n’est pas sans rapport avec le développement de l’intelligence : suffit de regarder l’évolution terrestre (ou simplement humaine) pour voir que la “vie” engendre des organismes de plus en plus conscients, de plus en plus capables d’administrer la conscience. Par ailleurs, il manque à vos “quatre choses” la notion de collaboration : les organismes survivent et se développement en collaborant entre eux. Même en se mangeant, ils se nourrissent les uns les autres. Tout est lié.

    • - «Le graph du jour : environnement 1, gènes 0»

      Étant donné ce que l’humanité fait présentement de son environnement…

      …ça r’garde mal pour la suite des choses…

    • Les Amérindiens auraient-ils pu évoluer plus favorablement dans un meilleur environnement?

      Voir le Traité de la Grande Paix de 1701 pour mieux pouvoir en discuter…

      https://fr.wikipedia.org/wiki/Grande_paix_de_Montr%C3%A9al

      À noter que la dépouille du Grand Chef Huron Kondiaronk dit Le Rat (musqué) décédé la veille de la signature dudit traité laïciste est enterrée directement sous la statue du Sieur de Maisonneuve à la Place d’Armes de Mtl.

      Le maire Coderre devrait-il y faire apposer une petite plaque commémorative, de même qu’une certaine plume plus cultûrelle sur le futur drapeau historique de Ville-Marie?

    • Êtes-vous en train de nous dire que de donner des statines à la moitié de la population de 50 ans et plus est une fausse bonne idée? (à part pour l’industrie pharmaceutique)

    • Combien ici ont encore leur amygdale ?

      L’environnement est bien plus près de nous. En somme elle fait parti de notre corps.

      http://lecerveau.mcgill.ca/flash/i/i_04/i_04_cr/i_04_cr_peu/i_04_cr_peu.html

      P.S. …Il y a lieu de demander au graph du jour si tous avaient leurs amygdales…!

      Ce sont les amygdales de la gorge qu’on se fait enlever. Celles du cerveau sont une autre paires de manche — mais alors là, complètement.
      JFC

    • @guystpierre62
      C’est ce que la fin du deuxième paragraphe de la discussion laisse entendre, selon laquelle les statines et autres pour traiter le LDL n’auraient que peu d’effets et qu’on n’a pas démontrer que c’est plus bénéfique chez ceux avec des hauts taux de LP(a)!

      Je me souviens d’avoir lu qu’un institut de santé français s’interrogeait sur le fait qu’après plusieurs années de prescription des statines et autres molécules, les accidents cardio-vasculaires n’aient pas fléchi apparemment dans la population.

      Par ailleurs, je note que l’étude n’incluait pas la consommation d’alcool dans les facteurs déterminants l’indice de santé cardiovasculaire. Toutefois, il est fort à parier que ce facteur doit avoir des effets bien différents en fonction du type et du niveau de la consommation.

    • @JFC….09h24

      De par hyperlien, il est évident que la référence était avec l’autre paires.

      Je voulais ici entre autre faire référence à l’environnement immédiat des participants.

      Même si plusieurs individus peuvent avoir un similaire environnement, ils peuvent néanmoins avoir un immense fossé micro-environnementale. Le milieu de travail, loisirs , étude, etc. voir même jusqu’à la pigmentation peuvent avoir des incidences multiple aux différent tests.

      Par simple exemple, en période hivernale au Québec…il n’est pas rare de voir des habitations et/ou des lieux publics et autres d’avoir un manque d’aération (oxygène) et/ou manque d’humidité et d’avoir même une importante pression différentielle (pression négative avec l’extérieur).

      N’allez par croire que notre corps est insensible, votre voisin ayant une quasi-structure similaire anatomique peut réagir différemment à de même conditions…

      Bien sûr que cela doit-être (la) le/ou les gènes qui sont responsable..

      = Environnement 2.0

      Tjrs plaisant de vous lire.

      En effet, je n’avais pas cliqué sur l’hyperlien, my bad…
      JFC

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