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  • Jean-François Cliche

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    Mardi 7 février 2017 | Mise en ligne à 15h00 | Commenter Commentaires (18)

    Les plantes seraient-elles moins «végé» qu’on le croit ?

    À vue de nez, si on vous demandait d’où viennent les plantes carnivores, vous répondriez sans doute qu’elles doivent avoir eu un ancêtre commun il y a 5, 20 ou 50 millions d’années. En tout cas, c’est ce que mon nez à moi m’avait toujours dit, mais il est heureux que je sois capable de voir un peu plus loin que son bout. Ça m’a permis de lire cette étude absolument captivante — en plus d’être en accès libre, Noël en février ! — parue cette semaine dans Nature Ecology and Evolution, qui vient jeter une lumière neuve sur l’origine des plantes carnivores.

    L’article porte sur une «plante à piège» du sud-ouest de l’Australie, Cephalotus follicuralis, dont les feuilles forment des réceptacles dégageant une odeur attirante pour les insectes, aux rebords dangereusement glissants et qui sont remplis d’enzymes pour digérer les hexapodes imprudents. Fait intéressant, cette plante n’est pas apparentée (ou en tout cas, seulement de manière très lointaine) aux plantes carnivores du même genre qui vivent en Asie du Sud-Est et en Amérique du Sud, et la plupart de ses parentes plus proches ne sont pas carnivores, ce qui suggère fortement que la «chasse» est apparue plus d’une fois chez les plantes au cours de l’évolution. (Note à mon nez : la prochaine fois que tu me racontes des sottises comme ça, je m’inscris à un cour de boxe.)

    Mais C. follicuralis a aussi la particularité d’être «omnivore», pour ainsi dire (ou plutôt d’être une carnivore facultative) : quand elle grandit à 15 °C, ses feuilles sont plates et font de la photosynthèse, comme les plantes «normales» ; mais quand elle pousse à 25 °C, alors elle se développe en authentique piège — parce que, j’imagine, les insectes sont plus abondants quand il fait chaud. Cela a permis à trois chercheurs de l’université SONDEKAI, au Japon, et de l’Université de Hong Kong, d’analyser quels gènes étaient plus ou moins exprimés selon la forme que la plante prenait. Et ainsi d’identifier au moins quelques uns des gènes qui ont permis l’évolution vers les «plantes à piège».

    Les auteurs, menés par le biologiste Kenji Fukushima, ont ensuite comparés ces gènes (du moins, ceux qui sont liés aux enzymes digestifs) avec ceux d’autres plantes à piège non apparentées — qui représentent un total de trois «apparition» du carnivorisme chez les plantes. Et ils ont conclu que même si ces espèces ont évolué vers la prédation indépendamment les unes des autres, leurs enzymes digestifs sont pratiquement tous dérivés des mêmes gènes. Ces gènes, au départ, avaient (et ont peut-être toujours, les auteurs l’ignorent) un lien avec la réponse à divers stresseurs.

    Mais dans tous les cas, plusieurs de ces enzymes ciblent l’azote, celui-ci étant «connu pour être un des nutriments limitants primaires (l’un des nutriments qui vient à manquer en premier dans un écosystème donné, ndlr) que les plantes carnivores acquièrent de leurs proies», écrivent les auteurs.

    Bref, un magnifique exemple de «convergence évolutive», ce phénomène par lequel des espèces non apparentées développent des caractéristiques communes en vivant dans le même environnement. Dans le cas des plantes carnivores, les mêmes chemins menant à la prédation semblent avoir été empruntés à plusieurs reprises au cours de l’évolution…

    Les plantes seraient-elles moins «végé» qu’on le croit ?


    • «Exemple de «convergence évolutive», ce phénomène par lequel des espèces non apparentées développent des caractéristiques communes en vivant dans le même environnement»

      Si c’est paru cette semaine je me méfierais … tout ce qui s’est dit et écrit cette semaine risque d’être dans la catégorie «alternate fact»…

      Et en pensant à la phrase et faisant le lien avec l’allure et les gestes du Leader maximus (The man who lie faster than his mouth !) récemment élu au pays ou le Grizzli menace sérieusement le système d’éducation, j’ai pas hâte de voir comment les Zaméricains auront «convergés évolutivement» dans 4 ans !

      En plus «Ces gènes, au départ, avaient (et ont peut-être toujours, les auteurs l’IGNORENT)»
      Ben la voilà noir sur blanc….la preuve absolue que les médias nous cachent encore des faits !

    • Tant qu’à se demander si les plantes seraient moins “végé”… Non seulement des études ont montré que les plantes peuvent communiquer entre elles, mais il y a maintenant aussi le papier publié en décembre par Nature montrant que des plantes sont aussi capables d’apprendre par association (façon Pavlov).

    • Vous avez une coquille: ‘ deux formes que peur prendre ‘. Je crois que vous voulez dire ‘ deux formes que peut prendre’

    • J’ai des images de vieux dessins animés qui me sont venus en tête en lisant le texte plus haut. Il y avait toujours une fleur, une plante qui se penchait pour aller siphonner un personnage. Me rappelle plus du tout de la série. Est-ce que c’était les Pierrafeu?

      En lisant que des chercheurs japonais s’étaient intéressés aux gênes des plantes carnivores, je n’ai pas pu m’empêcher de frissonner en pensant à l’unité 731. On sait que les Nazis ont fait des expériences ignobles sur des êtres humains. Mais les Japonais aussi. Paraît-il qu’on recherchait des façons de mettre au monde un soldat indestructible.

      https://fr.wikipedia.org/wiki/Unit%C3%A9_731

    • Peu de gens le savent, mais il existe des plantes «carnivores» au Québec.

      En particulier les Droséra (3 espèces décrites dans la Flore Laurentienne du frère Marie-Victorin) et les Sarassénies pourpres (emblème floral de Terre-Neuve).

      Les deux plantes poussent dans un milieu extrêmement acide et dépourvu de nutriments : les tourbières.

      Elles ont des moyens différents de capturer des proies qui leur procurent les nutriments indispensables à leur survie et absents des tourbières.

      Les Droséra possèdent des feuilles munies de poils aux bouts gluants qui retiennent les insectes qui s’y posent. Lorsque la feuille a capté un insecte, elle se replie et digère l’insecte.

      Les Sarassénies ont des feuilles en forme d’entonnoirs qui se remplissent d’eau quand il pleut. L’intérieur de l’entonnoir est tapissé de poils orientés vers le bas. L’insecte se pose et ne peut remonter à cause des poils. Il finit par se noyer, descendre au fond et être digéré par la plante.

      J’ai déjà élevé des Droséra dans mon appartement et elles ne refusaient jamais une belle grosse mouche!

    • L’évolution convergente est également présente chez les champignons mycorhiziens. Comme quoi ce phénomène est probablement plus fréquent que l’on croit.

    • Votre article me fait penser à mon prof de biologie, à l’Université, il y a de cela plusieurs (mais alors là plusieurs) années, qui nous disait que l’un des plus grands dogmes de la science était le Darwinisme. Il nous disait que la théorie de l’évolution élaborée par Lamarck, à l’effet que le besoin crée l’organe, pourrait être validée dans l’avenir avec l’avènement des technologies permettant l’examen de l’ADN des êtres vivants. Il n’avait peut-être pas tort.

    • Les plantes carnivores sont insectivores surtout et/ou ominivores ? Puis ce n’est pas un mécanisme de défense contre les insectes ? Cela va plus loin, cela les enrichit même ? La plante a donc un côté insecte elle-même? Dis-moi ce que tu manges je te dirai qui tu es !

      https://fr.wikipedia.org/wiki/Plante_carnivore

      Wikipédia répond pas si mal aux questions posées.

    • Pour moi l’environnement pousse davantage la sélection naturelle, qu’une sélection naturelle totalement aléatoire. La convergence ne m’est pas surprenante. Je suis juste plus souriant quand je lis des articles sur le sujet.

      Concernant les plantes, comme l’indique 89170 les articles/recherches des dernières années sont réellement captivants. Le vivant ne cesse de surprendre.

    • @ 22h36…

      Le “Darwinisme” … Vraiment?

      La théorie de l’évolution est une grande fille maintenant (150 ans bien sonnées!) et mérite qu’on l’appelle par son nom plutôt que celui de son papa chéri…
      Il ne viendrait à personne l’idée saugrenue d’utiliser le terme *Einsteinisme* pour parler de ses théories de la Relativité ou *Newtonisme* pour la théorie gravitationnelle!

    • Il manque plu que d’améliorer la génétique pour espérer que la carnivore bouffe des rats…!

      http://www.infoscarnivores.com/divers/souris-plante-carnivore-lyon.php

      Soyons patient.. ;)

    • suite……http://www.karnivores.com/fr/vente-plantes-carnivores/plantes-carnivores/nepenthes/nepenthes-truncata

    • @m.rustik

      Sélection naturelle totalement aléatoire? C’est dans la définition même de la sélection naturelle que l’environnement joue un rôle majeur, pas seulement pour vous.

    • Je me demande s’il y a des cas où l’inverse s’est produit: des animaux qui développent la photosynthèse sur leur peau.
      Il me semble que pour un animal avec un métabolisme très lent dans un environnement pauvre en nourriture, ce pourrait être un apport énergétique utile.

    • @jipiro
      Discussion intéressante là-dessus ici :
      www.reddit.com/r/askscience/comments/gkc8h/are_there_any_animals_capable_of_photosynthesis/

    • @jaylowblow, j’ai l’impression que vous n’avez pas saisi mon propos. Alors je reprends. Mes études en bio remonte aux environs de 1997, mais ça n’a pas dû changer tant que cela.

      La théorie synthétique de l’évolution est la théorie de l’évolution présentement acceptée par la communauté scientifique (wiki). Dans cette théorie il implique que le mécanismes de l’évolution que des mutations aléatoires du patrimoine génétique, et une sélection naturelle de différences dues au hasard (cette sélection peut se faire aidée par l’environnement, mais n’en demeure pas moins que la base est totalement aléatoire).

      Ce que je crois, c’est qu’elle n’est pas totalement aléatoire (je ne suis pas le seul dans cette catégorie). Que l’espace des probabilités des mutations est fortement orienté par des facteurs externes tel l’environnement, donc les mutations ne sont PAS aléatoires au sens strict (mais elles ne sont PAS dirigées dans un but précis)… cette idée de non totalement aléatoire est une hérésie pour un pure synthétiste.

    • @gl0000001: merci pour le lien. Un petit calcul me donne environ~70 calories par jour pour un animal avec une surface de 1 mètre carré, 10 heures de soleil à 160W/m2 et une efficacité de conversion de la chlorophile de 5%. Comparé au 2500 calories requises quotidiennement pour un humain, ca ne vaut clairement pas la peine.

    • @m.rustik

      Ok je comprend mieux maintenant. J’ai déjà vu dans un documentaire que les bactéries augmentent leur taux de mutation de manière drastique lorsqu’elles sont soumises à un stress environnemental important afin d’augmenter la probabilité de dévelloper un moyen d’adaptation. C’est comme ça qu’elles acquièrent une résistance aux antibiotiques.

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