Sciences dessus dessous

Sciences dessus dessous - Auteur
  • Jean-François Cliche

    Ce blogue suit pour vous l'actualité scientifique, la décortique, et initie des échanges à son sujet.
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    Mercredi 18 janvier 2017 | Mise en ligne à 14h50 | Commenter Commentaires (24)

    Plus de plastique que de poisson dans les océans ? Vraiment ?

    Une expédition visant à nettoyer le Pacifique de ses plastiques s'est mise en branle en 2015. (Photo : AP)

    Une expédition visant à nettoyer le Pacifique de ses plastiques s'est mise en branle en 2015. (Photo : AP)

    Dans la foulée de l’élection de Donald Trump, on a souvent entendu, ces derniers mois, que le cerveau humain accorde beaucoup plus d’importance aux trames narratives qu’aux faits et à leur véracité. «Le Donald» en a fait ses choux gras de bien des manières cet automne, mais il n’a rien inventé. En fait, à ma connaissance, il existe fort peu de sujets qui le prouvent aussi bien, depuis aussi longtemps et avec autant de régularité que les histoires de plastique dans les océans.

    Je ne dis pas que ce n’est pas un problème réel — il est vrai qu’il y a pas mal de plastique dans les mers, qu’il se concentre en quelques endroits des océans et qu’on ignore l’étendue des conséquences qu’il peut avoir sur les écosystèmes. On trouve assez souvent des morceaux de plastique dans l’estomac d’animaux marins pour qu’il soit légitime de se demander si ce n’est pas une source de mortalité significative, au moins pour certaines espèces comme les tortues et certains cétacés, qui confondent les sacs avec des méduses dont ils se nourrissent.

    Mais la façon dont on parle de cette question, surtout dans les médias, est absolument fascinante — encore que «morbidement» serait peut-être un adverbe plus approprié ici, vous me direz ce que vous en pensez. Ainsi est-il courant de lire qu’il y a des «îles», voire des «continents» de plastique qui s’accumulent dans les gyres subtropicales, soit des endroits où les courants océaniques font tourner l’eau en rond. Et l’on prend toujours bien soin d’accompagner ces topos de photos d’étendues d’eau totalement couvertes de plastique, alors qu’en fait, même dans les pires secteurs, la concentration des morceaux de toutes tailles tourne autour de 400 grammes par kilomètre carré flottant à la surface de l’eau. Il faut bien lire grammes et km2, ici, parce qu’il n’y a vraiment aucune île de plastique là-dedans, et encore moins un continent.

    La dernière en date, dans ce créneau, remonte au début de la semaine, quand la navigatrice et écologiste anglaise Ellen MacArthur et une quarantaine de grandes entreprises ont déclaré au Forum économique mondiale de Davos qu’il y aura «plus de plastique que de poissons» dans les océans du monde en 2050 si rien ne change d’ici là. Ils reprenaient en cela les conclusions d’un rapport de la fondation de Mme MacArthur (FEM) publié il y a un an qui avait fait couler beaucoup d’encre parce que… eh bien parce que c’est une fichue de belle trame narrative. Et même s’il y a longtemps que cette projection a été sérieusement remise en question, l’encre a de nouveau coulé cette semaine parce que… well, trame narrative, chasse aux clics et ainsi de suite, je présume.

    Car cette projection me semble, au mieux, hautement spéculative. Le rapport de la FEM s’appuie principalement sur cette estimation du flot de plastique qui arrive dans les océans, parue en 2015 dans Science. L’exercice a consisté à mesurer la quantité de déchets per capita dans 192 pays pour l’année 2010, puis la proportion de ces déchets qui sont incorrectement entreposés (i.e. dans des dépotoirs à ciel ouvert), puis la proportion de ces déchets qui est faite de plastique, puis à multiplier la quantité obtenue par la population de chaque pays vivant à moins de 50 km des côtes. Cela a donné une quantité de détritus en plastique qui peut «potentiellement» s’échapper jusqu’à l’océan, que ce soit à cause du vent ou par ruissellement. Ensuite, les auteurs ont essayé trois taux de «conversion» de ce potentiel en pollution réelle des océans : 15 %, 25 % et 40 % (je n’ai vu aucune justification de ces taux dans l’article), ce qui leur a donné un flot de 5 à 13 millions de tonnes de plastique qui entrerait dans les océans annuellement.

    À l’œil, ça me semble terriblement élevé : un sixième des déchets de plastique «mal enfouis» (jusqu’à 50 km à l’intérieur des terres) qui atteindrait l’océan ? Jusqu’à 40 % ? Mais les auteurs ont également utilisé des projections de populations et d’activité économique pour prédire le «flux» de plastique qui atterrira dans la mer en 2025, ce qui est essentiellement revenu à multiplier cette quantité par 20… Par 20, en 15 ans… J’y reviens tout de suite.

    La FEM, elle, est partie du pire scénario (à 40 % des déchets de plastiques mal gérés qui finissent en mer) et semble avoir essentiellement prolongé la courbe jusqu’en 2050, ce qui lui a donné entre 850 et 950 millions de tonnes de plastique (curieusement, l’incertitude a diminué par rapport au papier de Science, mais passons). Comme certains estimés/projections de la biomasse des poissons tournent autour de 800 millions de tonnes, le FEM a conclu que le ratio plastique:poisson en 2050 serait de 1 pour 1.

    Mais voilà, il y a un petit problème avec le flux de plastique estimé en 2015 dans Science : de l’aveu même de ses auteurs, il est «de un à trois ordres de grandeur (ndlr: 10 à 1000 fois) plus élevé que la masse totale des débris de plastiques rapportée dans les gyres et globalement.» En d’autres termes, on a déjà mesuré (plusieurs fois d’ailleurs) la quantité de plastique dans les océans du monde, en laissant traîner de grands filets derrière des bateaux pendant un temps donné et en répétant l’opération dans plusieurs centaines d’endroits. Certains arrivent à 7000-35 000 tonnes de plastique dans les océans de la planète, d’autres à 270 000 tonnes, mais ce qu’on mesure dans les mers «réelles» est toujours très en-dessous de l’estimé publié dans Science.

    Pour ne rien cacher, il faut ajouter ici que les auteurs de la mesure de 270 000 tonnes s’attendaient à en trouver 14 fois plus. Leurs résultats suggèrent que les particules de plastiques se fractionnent assez rapidement, ce qui en ferait échapper aux efforts d’échantillonnage, mais ce qui pourrait bien, aussi, accélérer leur dégradation par les UV ou les bactéries. Mais quoi qu’il en soit, il me semble que tout cela signifie que le papier de Science est une base bien fragile pour prédire les quantités de plastique qu’il y aura dans les mers en 2050. Et on est très, très loin des 900 millions de tonnes de plastique dont parle la FEM.

    Autre problème : on n’a pas moins de misère à compter les poissons qu’à peser le plastique dans l’océan. Il y a toute une fourchette de possibilités parmi lesquelles il est bien difficile de choisir quelle est la meilleure, mais soulignons tout de même ici (sans surprise) que les 800 millions de tonnes évoquées par la FEM sont dans le bas de cette fourchette. En outre, une étude parue en 2014 suggère qu’on pourrait avoir spectaculairement sous-estimé le nombre de poissons de haute mer qui vivent entre 200 et 1000 mètres de profondeur. Ces poissons sont le groupe de vertébrés le plus nombreux sur Terre, ce qui pourrait signifier qu’il y a 10 000 millions de tonnes de poissons dans les océans, pas seulement autour de 1000 — encore qu’en 2050, il y en aura peut-être 10 fois moins qu’aujourd’hui, allez savoir.

    Bref, on a ici une manchette bien grasse, bien croustillante, et je répète qu’il est très probable que ces histoires de plastique marin soient un problème réel. Mais bon sang, est-ce qu’on pourra, un jour, en parler sans avoir recours à ces trames narratives sexy mais fausses, sans courir après les clics et sans raconter n’importe quoi ? Est-ce trop demander ?


    • - «Leurs résultats suggèrent que les particules de plastiques se fractionnent assez rapidement, ce qui en ferait échapper aux efforts d’échantillonnage, mais ce qui pourrait bien, aussi, accélérer leur dégradation par les UV ou les bactéries.»

      «pourrait bien, aussi, accélérer leur dégradation», donc on nage aussi dans la spéculation.

      Par contre et par exemple, en Chine, lors d’analyses de sel de table, on y a retrouvé des micro-particules du plastique provenant de bouteilles d’eau, de cellophane et autres variétés de plastiques.

      La plus haute concentration de plastique provenait du sel marin: “The highest level of plastic contamination was found in salt sourced from the ocean: The researchers measured more than 1,200 particles of plastic per lb of sea salt.”.

      Ces concentrations sont toutefois moins élevées que les 11 000 particules de plastique ingéré annuellement par les Européens qui consomment des mollusques: “This is still less than the estimated 11,000 particles of microplastic ingested annually in Europe by consumers of shellfish, which can get contaminated by the tiny bits of marine pollution.”

      http://pubs.acs.org/doi/abs/10.1021/acs.est.5b03163?source=cen

      http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0269749114002425

      Ce qui me semble ici une évidence, c’est qu’il n’existe AUCUNE EXCUSE VALABLE pour justifier l’ingestion de plastique par la vie animale et les humains, autre que la course insensée d’une humanité trop nombreuse composée d’ados brainwashés à posséder la dernière bébelle.

    • Les médias carburent aux ”clics” comme vous dites… des nouvelles bien grasses, avec un semblant de ‘’spectacularité” (pas sûr que ça se dit mais bon), c’est cela qui ressort…

      Le lecteur avisé en prendra et en laissera mais la masse qui lit en diagonal, avide d’information rapide, peu importe qu’elle soit erronée ou non, et même, peu importe le sujet, prendra cela pour la vérité…

      En plus, dans moins de 2, cette même masse passera à un autre clic… et donc, à travers cet océan de clics, comment voir ce qui est vrai et important?

    • le pire j’ai rencontrer un ami qui croyait vraiment que qu’il y avait un continent en sac de plastique.

    • Oui

    • Ce n’est pas trop demander, mais il ne faut pas trop espérer. Le sexy tend à l’emporter sur le réel.

    • @ralbol : effectivement, sauf que l’inconvénient de ces histoires « sexy » est de provoquer un ressac lorsqu’elles sont déboulonnées.
      Pas assez de gens n’ont conscience du concept d’incertitude en science, ni de celui des scénarios optimistes, de référence et pessimistes. De sorte que s’il y a trop de « peut-être », le citoyen lambda n’en a rien à cirer des projections (surtout si elles remettent en question ses habitudes de vie)… d’où le recours aux scénarios catastrophiques, puis du ressac qui s’ensuit.

    • Vu comme ça

      Et pour rester dans le croustillant il y a probablement plus de plastique (silicone ) au km carré dans les bars à la mode que dans les océans…

      mais partez pas de rumeurs la dessus….

    • En résumé, une histoire de plastique, de clics et de poissons…

    • Le sens de la mesure fait défaut récemment.

    • @ PallasAthena

      - «effectivement, sauf que l’inconvénient de ces histoires « sexy » est de provoquer un ressac lorsqu’elles sont déboulonnées.»

      Et quand elles ne sont pas «déboulonnées» ?

      Quand c’est un FAIT que tous, nous avalons quotidiennement des micro-particules de plastique.

      Quand c’est un FAIT que la vie marine et terrestre avale entre autres, du plastique et que RIEN ne justrifie ça ?

      On fait quoi ?

      On continue et on attend de ressembler à l’Inde et à la Chine.

    • @JFC
      Il y a beaucoup de déchets qui se retrouvent dans l’eau par les égouts pluviaux.
      Il y avait une nouvelles sur les élastiques bleus pour entourer les piles de lettres que les facteurs jettent au sol. Ils causeraient des problèmes aux maskinongés entre autres.
      Beaucoup de mélangeurs à café en plastique se retrouvent dans l’eau lorsqu’ils ne bloquent pas les lavabos dans les bureaux !

      @Mononke
      Le silicone a été remplacé par une solution saline, il y a au moins 20 ans. Vous vous tenez donc dans les bars ou il y a des femmes matures ? C’est là que vous avez rencontré Sophie, votre beauté grecque ? ;-)

      @PallasAthena
      Le déboulonnement de ces histoires n’empêche pas qu’il y a un peu de progrès. Des villes interdisent la vente de bouteilles d’eau. D’autres interdisent les sacs en plastique dans les épiceries. Montréal s’en vient d’ailleurs.

    • L’ère de la post-vérité c’est tout comme cela…

      http://www.lapresse.ca/sciences/decouvertes/201701/18/01-5060785-une-mite-nommee-trump-pour-sa-coiffure-singuliere.php

    • Allez prendre une marche sur le bord du fleuve le printemps ou l’été vous allez rapidement vous apercevoir des dégâts que cause le plastique dans les cours d’eau et les océans. C’est un fléau!

    • @gl000001
      Vous oubliez qu’Outre le contenu il y a le contenant un mensonge a besoin d’être habilement enrobé pour demeurer crédible…

      Pour ce qui de ma muse Mme SME , Sophie pour les intimes , elle peut convaincre d’un ton suave sans artifice car comme l’as dit un grand philosophe don j’oublie le nom on peut croire y sans voir ….

      Suffit d’un punch marketing transcendant ou «d’un clone de trame narrative sexy» JFClichienne particulièrement efficace et parfois subliminale et qu’on répète suffisamment souvent pour que par transsubstanciation médiatique elle devienne vrai…

    • @Carbone-14
      Donald Trump est bel et bien un mythoname ! (”Mane” en anglais désigne la crinière ;-) )
      Et il a aura la main près du bouton qui peut lancer des Minuteman.
      “Minute”, l’adjectif en anglais, signifie “très petit”. Ca définit bien l’homme. Et ses mains !!

    • Je partage votre scepticisme M. Cliche sur les méthodes d’analyse utilisées pour ces estimations. Encore un exemple du standard de qualité parfois douteux du magazine Science qui semble de moins en moins scrupuleux à accepter des manuscrits spectaculaires mais pour le moins chancelants du point de vue scientifique.

      Au-delà de cette quête du spectaculaire, un autre fléau est que les réfutations, aussi convaincantes soient-elles, ont moins bonne presse que les originaux. Banoby et al., dans la revue scientifique Ecosphere (Do rebuttals affect future science? vol 2, art37, 2011), ont éudié près de 3000 citations de 7 articles tout aussi « classiques » qu’erronés. Ils ont découvert que les réfutations de ces articles, nombreuses, étaient tout de même 17 fois moins citées que les études originales. Et quand les réfutations étaient citées, dans 8% des cas elles étaient interprétées comme supportant la véracité de l’original! Voilà ce qui arrive quand trop de chercheurs ne prennent plus le temps de consulter correctement les sources, trop pressés de publier et d’aller chercher d’autres subventions.

    • ..@JFC: Vous serait-il possible d’éclairer Pierre Curzi qui, ce matin sur les ondes du 98,5 dans un de ses échanges quotidiens avec MM Arcand et Dumont, affirmait qu’il y a «plus de plastique que de poisson dans les océans». Un autre exemple de l’ampleur des effets «false news» véhiculées par les fameux médias dits «sociaux»?

    • Ce que je trouve ici en sur abondance ce sont tous ces ”effectivement,absolument,extrêmement…etc” bien souvent inutiles sauf pour paraître bien pèrler!!!

    • Ce genre de projection peut aussi se faire à rebours.

      On concluait que l’homme avait détruit la moitié des forêts depuis le début de l’humanité, bien sur dans le but de faire une campagne de financement pour soutenir les forêts. Le but en soit est noble, mais lorsque les moyens utilisés pour y parvenir le sont moins, comme carrément mentir à la population, l’organisme fautif risque de discréditer non seulement la cause, mais la crédibilité générale des organisations du genre qui sont nécéssaires.

      @gillesdunord
      Pourquoi avez-vous utiliser le verbe “pèrler” sinon, justement, pèrler?
      Vive les adverbes!

    • @jfcouture

      Les médias ont un large part de responsabilité dans la diffusion de croustibalounes médiatique … En donnant le crachoir a un type comme Curzi , juste parce que sa face est connu , pour s’exprimer sur des sujets croustillant pour faire de la fausse information spectacle mais qu’il ne maitrise pas le média porte un grande part de responsabilité.

      Même scénario quand on donne la parole a un supposé environementaliste autoproclamé ( une profession imaginaire ) qui échantillonne de manière biaisé dans les sorties d’égouts pour prodire des analyse disant que l’ensemble d’un cour d’eau est polué juste pour paser a tv ou dans le journal …

      Hier j’en ai vu un meilleure , au journal télévisé il ont interviewé un médecin qui a 4 reprise a répondu à la question le pic dela gripe est tu passé , réponse je le sait pas …alors pourquoi était -il-la ??? ou encore quand arrive un crime on demande au policier des explication en répétant la question vingt fois avec un répondant qui répète 50 fois , ben on le sait pas on va attendre l’enquête ….

      Bon quand on veut faire plus vrai que vrai , comme quand on présente la météo dehors juste en face de la station avec le gars qui se fait pleuvoir sur la tête , ou qu’on perd dans la neige …cé sur que ça fait plus, plusse, plusqueplusse vrai …

    • Pour que les quantités de plastique estimées dans les études les plus pessimistes se déversent dans les égouts pluviaux, on devrait voir du plastique partout dans nos rues. Ce qui n’est pas le cas à Montréal, à Toronto, à Vancouver, etc.

      40% du plastique de nos déchets qui se rend aux Océans. C’est 40% du plastique de nos poubelles qui vole au vent dans les rue et qui est entraîné par les pluies.

      La majorité des objets de plastique sont fabriqués par moulage, ce qui ne cause pas beaucoup de perte. Et en général, les déchets de plastique provenant de la fabrication sont recyclés.

      Une réflexion sur ce qu’on observe autour de nous met en doute ces études.

    • @jeanfrancoiscouture,

      ce ne sont pas les média sociaux qui sont responsables en premier lieu de la propagation des ces fausses nouvelles. Les média traditionnels ont une très large part de responsabilité dans la dissimination de ces fausses informations en accordant crédit à des études bidons publiées et analysées bien souvent par des journalistes incompétents dans des sections qui n’en ont rien à cirer de la rigueur scientifique, mais qui sont tout de même lues par un grand nombre de lecteurs.

      Les média traditionnels se battent probablement bien plus que les média sociaux pour le nombre de clics qui est aussi la source de revenus qui permet de mettre du beurre sur le pain sur la table.

      Même dans sa forme papier traditionnelle, les média vivent et survivent que grâce aux annonceurs. Or, qui veut vendre une demie page lucrative de publicité doit assurer et rassurer l’annonceur qu’il atteindra un nombre plus élevé de lecteurs que son concurrent. Les abonnements aux journaux traditionnels n’ont jamais permis aux journaux de se maintenir à flots financièrement. Donc, ce n’est même pas à l’ère électronique que cette pression est soudainement venue tout fausser, déjà à l’époque de Gütenberg c’était comme ça.

      D’ailleurs, après avoir fait une plainte au Conseil de presse du Québec à propos d’un article qui tournait les coins ronds concernant l’exploitation pétrolière à Anticosti, j’ai reçu le verdict du comité des plaintes dont faisait partie les journalistes Philippe Teisceira-Lessard du journal La Presse. À l’article 6 de la décision du comité, nous pouvons lire ceci:

      « Aux yeux du Conseil, les mis en cause n’ont commis aucune faute d’inexactitude puisque les informations publiées reproduisaient fidèlement les données d’un rapport officiel du gouvernement. Il s’agissait d’une source fiable, que le journaliste pouvait légitimement citer. Par ailleurs, compte tenu du fait que le reportage portait principalement sur un autre sujet (une déclaration du premier ministre Couillard durant la Conférence de Paris 2015 sur le climat) et que les informations contestées étaient secondaires dans ce contexte, les mis en cause n’avaient pas l’obligation de les mettre en perspective en identifiant précisément le rapport et en expliquant l’hypothèse sur laquelle reposaient ses conclusions. »

      Prenez bien la mesure de cette décision. Autrement dit, un journal et ses journalistes peuvent noyer dans un article des informations qui sans être expliquées permettent de tirer une conclusion fallacieuse permettant d’influencer le lecteur dans la direction désirée sans que le Conseil de presse ne voit à y redire.

      Et pour brièvement mettre en perspective le motif de la plainte. Le journaliste citait un rapport du ministère des Finances du Québec qui concluait que l’exploitation du pétrole à Anticosti était rentable sous certaines conditions que le journaliste n’a jamais mentionnées se contenant de conclure que le Québec se privait de centaines de milliards de dollars de revenus en impôts en refusant d’exploiter le pétrole à Anticosti. Tout ça ayant pour objectif de faire mal paraître la tièdeur de Philippe Couillard à Paris en 2015 quand il a mentionné l’exploitation pétrolière à Anticosti.

      L’étude du ministère des Finances reposait sur des scénarios autement jovialistes. Et dans le lot, je mentionne simplement le fait que pour faire ses frais, on ne parle même pas de profit ici, l’exploitation pétrolière à Anticosti devait reposer sur un prix minimal du baril de pétrole à 70$ US pendant 75 ans (oui, les immobilisations requises pour commencer à extraire et transporter le pétrole à Anticosti sont de cette taille-là) et que le ministère des Finances voyait un baril de pétrole à 70$ en 2017 qui ne descendra jamais sous cette barre à partir de ce moment-là.

      Il est à combien le baril de pétrole présentement? Il est à 55$ US et la prévision pour un an est à 60$ US.

      Bref, le journaliste de la Presse Canadienne qui a écrit l’article amenait le lecteur à considérer Philippe Couillard comme un sombre idiot qui privait l’État de milliards de dollars de revenus en impôts en n’allant pas de l’avant immédiatement avec l’exploitation pétrolière à Anticosti. On est loin des média sociaux ici.

      Imaginez maintenant ce que peut faire l’utilisation et la réutilisation à outrance dans des contextes où cette information est secondaire l’affirmation à l’effet qu’il y a plus ou qu’il y aura plus de plastique que de poissons dans les océans en 2050 par des gens dotés de la crédibilité qui vient avec la profession de journaliste et qui ne se voient imposer aucune nécessité de vérifier et contre vérifier ce genre d’affirmation parce que ce n’est pas le sujet principal de leur article.

      Tranquillement, pas vite, à force de répétition dans une foule d’article, ça devient une vérité sans qu’aucun journaliste n’ait jamais eu à faire preuve de la moindre rigueur face à cette information.

    • Qu’il y ait plus ou moins de plastique que de poissons, ON S’EN FOU, LÀ N’EST PAS LE DÉBAT. L’océan est une benne à déchet = FAIT. Je ne compte plus les nouvelles ou on voit une baleine échouée REMPLIS DE PLASTIQUE = FAIT.
      Nous devons faire notre possible pour que les multinationales criminels et villes de pollueurs cessent de TOUT jeter dans l’océan comme si ça serait une poubelle infinie…
      Même chose pour ces satanés cargos trans-atlantiques (qui polluent plus que le parc automobile mondial sois dit en passant) et qui jettent tous leurs déchets à tribord lorsqu’en navigation…

    • Je viens de voir ça sur mon fil Twitter et ça m’a rappelé que j’avais lu votre article. C’est difficile de savoir quoi penser. Maintenant, c’est “plus que le nombre d’étoiles dans notre galaxie”… mais c’est aussi l’ONU. https://mrmondialisation.org/500-fois-plus-de-particules-plastiques-dans-locean-que-detoiles-dans-la-galaxie/

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