Sciences dessus dessous

Archive, août 2016

Mercredi 31 août 2016 | Mise en ligne à 11h22 | Commenter Commentaires (26)

La citation du jour, ou les «miracles» du cannabis…

(Photo : archives La Presse)

(Photo : archives La Presse)

«J’ai un patient qui avait contacté une boutique de pot à Montréal. Il fait de l’épilepsie et on lui a présenté le cannabidiol [un dérivé du cannabis différent du fameux THC et qui n'a pas d'effet psychotrope] comme une alternative à son anticonvulsivant. Et c’est vrai que le cannabidiol est en investigation pour le traitement de l’épilepsie, mais ce n’est pas encore un anticonvulsivant reconnu. Quand j’ai appelé là-bas, la personne du commerce qui m’a répondu n’avait aucune formation en santé, elle m’a dit que ça faisait 10 ans qu’elle faisait ça et que beaucoup de ses clients avaient arrêté leur anticonvulsivant sans problème.»

La citation du jour vient de Marc-André Roy, psychiatre l’Institut universitaire en santé mentale de Québec. Je l’ai interviewé pour cet article paru ce matin dans Le Soleil, au sujet d’un commerce qui vendait du cannabis «médicinal» au centre-ville de Québec mais qui a dû fermer la semaine dernière (ce qui a soulagé certains professionnels de la santé du secteur), après une descente de police pour trafic de drogue. Et ce passage de notre entretien m’a marqué parce que c’est une chose que disent les vendeurs de produits de «santé naturelle», les homéopathes, naturopathes, etc. Toujours la même rengaine : «Dans ma clinique, ça marche, je le vois de mes propres yeux».

Il est loin d’être impossible, je tiens à le souligner d’emblée, que le cannabis ait d’authentiques vertus thérapeutiques. En fait, plusieurs études suggèrent qu’il aurait des bienfaits pour des maux divers (après tout, il y a des centaines de composés différents dans toute plante), mais dans l’ensemble les preuves restent assez minces pour l’instant. Et on n’a pas encore parlé de son efficacité comparé aux médicaments qui sont déjà disponibles, mais nous n’irons pas là aujourd’hui, OK ?

Mettons-nous plutôt dans la peau de la boutiquière dont parle Dr Roy. Chaque jour, elle procure du pot, d’une manière ou d’une autre, à un certain nombre de gens. De ceux-ci, il s’en trouvera toujours qui seront des consommateurs satisfaits et qui, par définition, reviendront dans l’établissement et complimenteront la tenancière. Maintenant, la question de savoir si la mari agit vraiment sur leur problème ou les fait seulement se sentir bien — un high, c’est pas mal ça, non ? — n’est pas un détail insignifiant, ici, mais notre boutiquière n’est pas vraiment outillée pour démêler tout ça. Certains de ses clients peuvent avoir la lucidité qu’il faut pour distinguer les deux, mais ce n’est pas le cas de tout le monde non plus. Nombre de schizophrènes, par exemple, s’automédicamentent avec du pot même si ça n’améliore pas du tout leur état, au contraire.

Mais en plus de ça, qu’est-ce qui arrive avec les clients insatisfaits, ceux qui essaient le «produit» et constatent que cela ne les aide pas ? Eh bien ils ne retournent pas dans le commerce et notre petite dame n’en entend plus parler. On voit facilement où ça mène : en bout de ligne, le personnel de l’endroit finit par voir surtout des gens qui ont l’impression (à tort ou à raison) que le pot fonctionne bien sur eux, ce qui peut tordre complètement leur perception sur l’efficacité du produit, même s’ils ont toute la bonne volonté du monde.

Les statisticiens appellent ça un biais de sélection : quand la méthode d’échantillonnage a tendance à «ramasser» un certain type de monde en particulier, cela fausse le portrait. C’est pour ça qu’on a besoin de données systématiques et d’essais cliniques. C’est aussi pour ça que, lorsqu’on teste pour vrai et sérieusement des produits de cet acabit, que ce soit le pot où d’autres machins «naturels», il arrive souvent que leurs effets pourtant «constatés sur le terrain» disparaissent ou sont tellement diminués que les «traitements» perdent presque tout intérêt.

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Jeudi 25 août 2016 | Mise en ligne à 13h26 | Commenter Commentaires (28)

La tête trop dure pour le dépistage génétique…

1078688Si votre médecin vous disait que vous êtes porteur de plusieurs variantes de gènes qui, toutes ensemble, augmentent de beaucoup vos risques de faire de l’artériosclérose et des problèmes cardiaques, est-ce que vous changeriez votre alimentation pour compenser ? Feriez-vous un peu plus d’exercice, histoire de mettre toutes les chances de votre côté ?

La réponse est évidente : oui, bien sûr que vous le feriez. Absolument. Dès demain s’il le faut. Parce que, vraiment, ça prendrait toute qu’une tête de mule pour ne pas comprendre ce genre de message, que nos propres gènes nous envoient, hein ?

Eh bien vous avez peut-être (sans doute, même) la tête pas mal plus dure que vous le pensez. D’après un article très intéressant paru récemment dans le British Medical Journal, les tests génétiques ne changent rien, dans l’ensemble, à nos habitudes de vie, même quand les avertissements qu’ils nous servent sont clairs comme de l’eau de roche. Ce qui vient jeter un beau pavé dans la mare de l’industrie (en pleine expansion) du dépistage génétique

Le texte, qui est une méta-analyse de 18 études différentes, montre très bien que dans l’ensemble, le fait de communiquer un risque accru à cause des gènes ne change (malheureusement) pas grand-chose à leurs habitudes de vie. Et ce qu’il y a de particulièrement intéressant, ici, c’est que l’absence d’effet s’observe sur un éventail de risques et de changements assez diversifié : se savoir génétiquement plus à risque de ceci ou de cela ne fait aucune différence pour arrêter de fumer, pour l’activité physique, la consommation d’alcool, l’usage de médicaments, la participation à un programme de détection hâtive des symptômes ou à des groupes de soutien. Le seul changement pour lequel l’effet est presque significatif — ils sont vraiment sur la ligne, avec une valeur p pile poil sur le seuil de 0,05 — est la diète, mais quand, comme les auteurs de l’article du BMJ, vous avez besoin de conjuguer sept études et près de 1800 participants pour en arriver là, c’est le signe que l’effet, s’il existe, est bien mince.

Heureusement, il semble que se savoir porteur d’un allèle (une «version» de gène) à risque n’empire pas l’anxiété ou l’humeur dépressive des patients. Remarquez, ce n’est guère étonnant, compte tenu de ce qui précède — si cela rendait les gens nerveux, on peut supposer qu’ils agiraient —, mais cela vaut la peine de le noter puisque la possibilité de créer de l’anxiété est un des arguments de ceux qui jugent qu’on fait trop de dépistage génétique.

C’est toujours ça de pris, comme on dit…

À cet égard, d’ailleurs, je vous recommande la lecture de cet excellent billet du tout aussi excellent blogue Science-Based Medicine. Essentiellement, si le dépistage rapide est, de manière générale (et parfois théorique), un concept extrêmement utile, il semble que bien des tests disponibles sur le marché ne servent pas à grand-chose, du moins pas encore, pour diverses raisons. Ils mettent au jour des risques contre lesquels on ne peut pas grand-chose, ou cherchent des allèles qui, pris séparément, n’ont qu’une faible influence sur la santé (sur l’artériosclérose, on n’a rien trouvé qui augmente les risques par plus qu’un facteur 1,3, voir l’hyperlien dans le 1er paragraphe), et c’est sans compter qu’on ne connaît pas encore bien la variabilité du génome humain ni l’effet des combinaisons de gènes, ce qui embrouille pas mal le portrait.

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En soi, la découverte d’une planète orbitant autour de Proxima du Centaure n’est pas une grosse surprise : plus on découvre d’exoplanètes, et on en connaît 3500 maintenant, plus il devient évident qu’elles sont très communes. On estime, m’a dit le «chasseur de planètes» de l’UdeM René Doyon, qu’il y en aurait «au moins entre 1 et 2 par étoile en moyenne».

Mais voilà, Proxima du Centaure n’est pas n’importe quelle étoile. À l’échelle astronomique, c’est littéralement la porte à côté, elle est l’étoile la plus proche de notre système solaire, à 4,25 années-lumières d’ici. Et la nouvelle planète partage plusieurs similitudes importantes avec la Terre, dont la taille (1,3 fois la masse terrestre, ou un peu plus) et le fait qu’elle orbite dans la «zone habitable» de son étoile — juste à la bonne distance de son étoile pour ne pas «tuer» la possibilité théorique qu’il y ait de l’eau liquide à sa surface.

Avant de sabrer le champagne à la santé de la vie extraterrestre, cependant, il faudra s’armer de patience. Pour tout dire, il viendra peut-être (sans doute ?) même un jour où l’on devra se résoudre à chercher d’autres raisons pour le boire mais ça, c’est moins difficile à trouver qu’une exoplanète…

Il y a en effet, a priori, plusieurs raisons de croire que cette planète-là, baptisée Proxima b, n’est pas particulièrement habitable. Son étoile est une naine rouge, qui n’a que 0,15 % de la luminosité du Soleil — et encore, surtout (85 %) dans l’infrarouge. Elle chauffe donc beaucoup moins que la nôtre, si bien que sa zone habitable est extrêmement proche de l’étoile — Proxima b orbite à 0,05 fois la distance Terre-Soleil. Et cette proximité implique deux choses.

D’abord, la planète a subi des effets gravitationnels plus intenses que la Terre, au point où sa rotation et sa révolution sont vraisemblablement «verrouillées», c’est-à-dire que la planète montre toujours la même face à son «soleil», comme la Lune le fait avec la Terre. Si c’est le cas, cela impliquerait qu’un côté est extrêmement chaud et l’autre, extrêmement froid, trop pour supporter la vie.

Il est possible, soulignent les auteurs de la découverte, que la présence d’une atmosphère assez dense puisse redistribuer la chaleur assez également pour que la possibilité d’une vie (toujours très théorique, on s’entend) persiste. Cependant, et c’est le second point, orbiter proche de son étoile est justement une bonne façon de perdre son atmosphère, puisque cela expose la planète à des «vents solaires» très intenses (voir ces photos de Mars, qui perd justement le petit peu d’atmosphère qui lui reste à cause de cela). Ce n’est pas une certitude, remarquez, puisqu’une planète comme Proxima b peut avoir un champ magnétique suffisamment puissant pour la protéger.

Mais il faudra sonder son atmosphère pour le savoir, et cela risque fort de prendre du temps, dit M. Doyon. Plus de détails dans mon papier sur le site du Soleil.

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