Sciences dessus dessous

Sciences dessus dessous - Auteur
  • Jean-François Cliche

    Ce blogue suit pour vous l'actualité scientifique, la décortique, et initie des échanges à son sujet.
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    Lundi 26 octobre 2015 | Mise en ligne à 11h12 | Commenter Commentaires (20)

    Sur le cancer et la «yande» : quelques chiffres utiles pour s’y retrouver (et respirer par le nez)…

    Photo : AFP

    Photo : AFP

    Alors voilà, la nouvelle est tombée, et pour les amateurs de «yande», pizza au pepperoni, proscuitto et autres variations sur le thème du jambon, elle fait mal : le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC, rattaché à l’OMS) vient de publier sa dernière revue de la littérature scientifique, qui conclut que la charcuterie doit être classée parmi les cancérigènes avérés et la viande rouge, à ranger aux côtés des «cancérigènes probables». Voir ici pour un résumé en français et ici pour l’article publié dans The Lancet – Oncology (il faut s’enregistrer, mais l’accès est gratuit).

    Comme le notent la plupart des rapports de presse, ce sont-là deux catégories peuplées par toutes sortes de choses bien peu recommandables. Ainsi, la charcuterie — soit toute «viande transformée» par salaison, fumaison, fermentation ou d’autres procédés visant à en rehausser la saveur — fait désormais partie du «club sélect» des composés pour lesquels on détient des preuves irréfutables qu’ils augmentent les risques de cancer, comme le benzène, la fumée de cigarette, l’amiante et le plutonium, pour ne nommer que certains des plus «illustres» membres de ce cénacle. De même, la viande rouge entre dans le cercle des substances à propos desquelles on a de bonnes raisons de penser qu’elles causent le cancer, mais pas encore de preuve — comme le plomb, les ultraviolets, des pesticides comme le glyphosate et le malathion, etc.

    En examinant quelque 800 études sur les viandes transformées, le CIRC conclut qu’elles accroissent le risque de cancer colorectal par 18 % pour chaque tranche de 50 grammes consommés quotidiennement. Pour la viande rouge, les études sont moins nombreuses et le «signal» est un peu moins fort, mais le CIRC parle tout de même d’un risque accru de cancer colorectal de 17 % par tranche de 100 g consommés chaque jour.

    La nouvelle a rapidement fait le tour du monde — comme il se doit d’ailleurs, car tout le monde devrait être informé de ce genre de chose afin de prendre des décisions éclairées. On ne doit pas prendre cela à la légère, car le cancer du colon est une maladie qui peut tuer et qui le fait souvent, d’ailleurs. Mais il n’y a pas de quoi céder à la panique non plus, car cette histoire est à mon sens une belle illustration de ce disent (et ne disent pas) les catégories du CIRC et les autres échelles du même genre.

    Que signifie, en effet, ce + 18 % de chance de développer un cancer du colon ? Comme le montrent ces statistiques du Center for Disease Control, pour un homme de 50 ans, cela signifie courir un risque sur 10 ans de 0,80 % au lieu de… 0,68 %. Même en prenant la «pire» des catégories, soit le risque sur 30 ans pour un homme de 60 ans, on obtient 4,96 % plutôt que 4,20.

    Au Canada comme dans bien des pays occidentaux, la fréquence (ou le «taux d’incidence», pour être exact) du cancer colorectal tourne autour de 50 nouveaux cas par 100 000 habitants et par année. Alors supposons que toute la population mange 50 g de charcuterie par jour, et que le risque est donc égal à 118 % de ce qu’elle encourrait si elle n’en mangeait pas, ou peu. Dans ce cas de figure, la charcuterie fait donc la différence entre un taux de 50 par 100 000 et un taux de 50 ÷ 1,18 = 42 par 100 000.

    Or comme l’a souligné la chercheuse britannique en nutrition Elizabeth Lund, ce taux avoisine les 8 à 10 cas par 100 000 habitants dans certains pays moins développés, où l’on ne consomme presque pas de viande — et où beaucoup d’autres habitudes de vie diffèrent des nôtres. Et cet écart entre 10 et 40 par 100 000 montre une chose, selon Mme Lund : certes, il est maintenant à peu près indéniable que les charcuteries et probablement la viande rouge accroissent le risque de cancer colorectal, mais il y a plusieurs autres facteurs à l’œuvre, et de plus importants.

    Ainsi, on sait que la consommation de fruits et de légumes réduit le risque. On sait aussi que l’obésité semble avoir une incidence nettement plus forte que la viande sur la maladie — ça double le risque, d’après cette étude —, que la cigarette joue un rôle là-dedans et que les gros buveurs développent plus souvent ce cancer que le reste de la population.

    Bref, on l’oublie parfois, mais les catégories du CIRC ne disent que si la carcinogénicité d’une substance a été prouvée, et jusqu’à quel point, mais elles sont muettes sur l’ampleur du risque que ledit composé fait courir. Dans le cas de la charcuterie, si elle entre bel et bien dans la même catégorie que la cigarette, le danger supplémentaire qui vient avec elle n’a rien à voir avec le risque accru de cancer du poumon chez les fumeurs (qui est de l’ordre de + 1500 à + 3000 % !)

    Pas étonnant, donc, que parmi les réactions d’experts que j’ai lues jusqu’à présent, personne ne recommande le végétarisme, même si les plus gros carnivores devraient sans doute penser à modérer leurs penchants carnassiers…

    AJOUT (14h15) : Plus de réactions d’experts disponibles ici.


    • Lorsque je prends connaissance de ce genre de nouvelle, me vient à l’esprit la maxime : “La modération a bien meilleur goût.” Le risque (pour la santé) réside dans l’abus des… plaisirs de la vie, il “croit avec l’usage” ! Alors pas de panique, soyons juste (un peu plus) raisonnables.
      Enjoy it !

    • M. Cliche a fait son évaluation du risque de cancer colorectal pour une consommation de 50 g de charcuterie par jour. Les gros mangeurs de viande en mangent bien plus que cela (charcuterie + viande rouge et porc ). Le risque pour une partie importante de la population est donc beaucoup plus grand que celui qu’il évalue.

      Il faut aussi examiner les effets environnementaux de la production de viande. Déforestation, érosion des sols, consommation de pétrole par la machinerie, rejets de méthane par les ruminants. Donc émissions de GES. Et les virus de grippes se développent dans un processus dont font partie les poulets et les porcs –grippes aviaires et porcines.

      Il y a donc plusieurs bonnes raisons de diminuer sa consommation de viande ou de l’éliminer.

    • J’aimerais savoir si ces études n’ont pas été financé par 2 de ces religions qui font un malin plaisir de d’interdire certains type de viande…

      L’homme à mangé de la viande depuis des milliers d’années… Avant de blâmer la viande, peut être serait-il plus judicieux de blâmer la méthode de fabrication.

      Parce que je ne suis pas certains qu’une fois 100% de la planète virée au végétalisme, que la tomate OGM traitée au pesticide et autre produit chimique ne sera pas autant cancérigène que le fameux steak…

    • Pourquoi écrivez-vous la «yande»? Nous ne sommes pas des jouaux.

    • Le végétarisme a toujours été beaucoup plus une question de moralité que de santé. Cet argument de la santé n’est qu’un argument de vente pas très honnête pour influencer les gens qui n’ont pas les aptitudes pour comprendre des valeurs morales supérieures.

    • Hé ben, je viens d’apprendre que les UV ne sont pas une cause avérée du cancer (de la peau), mais une cause probable, similairement au glyphosate dont l’inclusion par l’OMS dans sa liste des causes probables de cancer a fait sourciller des chercheurs fournis en références par notre blogueur.

      Et votre point est… ?
      JFC

    • “Comme le montrent ces statistiques du Center for Disease Control, pour un homme de 50 ans, cela signifie courir un risque sur 10 ans de 0,80 % au lieu de… 0,68 %”. Par contre, la consommation de charcuterie n’est pas la seule chose augmentant le risque de cancer colorectal. Alors, même si la probabilité semble très légèrement plus forte avec une certaine consommation de viande, c’est l’ensemble des facteurs de risques qu’il faut considérer et additionner. Ainsi, une personne ayant déjà des facteurs de risque devrait fortement diminuer sa consommation car cela fait partie des éléments qu’elle contrôle. Pour ma part, ça fait environ 3 ans que j’ai diminué les charcuteries, mon pêché mignon. Est-ce que ma vie est devenu un désert d’ennui pour autant, bien sûr que non.

    • Superbe synthèse. On ne mentionne pas assez le risque en valeur absolue.

      Je pense par ailleurs qu’il est important de considérer les impacts environnementaux de la production/transport/transformation de viande rouge dans une réflexion globale sur le sujet. Hint : les conclusions ne seraient pas à l’avantage du steak.

      Par contre, il est peu probable que le carnivore endurci remplacera son burger par des asperges. S’il remplace le tout par d’autres produits transformés…

      Il me semble que d’un point de vue de santé publique, quand on parle de nutrition, il serait plus productif de promouvoir la consommation de fruits/légumes/viande non transformées que de cibler à répétition des substances “maléfiques” qui deviennent l’ennemi du moment. Recommander la consommation de X plutôt que décourager la consommation de Y. D’un point de vue motivationnel, c’est plus encourageant – et moins moralisateur – de se faire dire quoi faire que quoi ne pas faire.

      Et ça permet d’éviter de demander à la population en général de comprendre des données statistiques qu’elle n’a pas la capacité de bien mettre en perspective.

    • Comment on traduit “fear mongering” ?

    • Ce qui est bien plus dangereux que la “yande”, c’est une yandere avec un couteau à viande!

    • Pour demeurer dans les statistiques et les probabilités, qu’en est-il de ces risques de développer un cancer chez nos cousins français, dont les produits de charcuterie et leur consommation font pratiquement partie du branding français?

    • “avec le benzène” qu’on retrouve dans l’essence qu’on mets dans nos voitures. C’est bon de le rappeler après tout le dérapage qu’on vit avec VW et le diésel.

      C’est drôle mais j’entends presque toujours le “V” dans “viande”. Qui dit “yande” ?

    • Le fait n’est pas nouveau . Les nitrites sont associés aux cancers du système digestif, dont le cancer colorectal depuis les années 80 . Plusieurs études effectuées au cours des années 1980 et 1990 ont établi un lien entre la consommation des viandes rouges et des charcuteries et le risque de cancer colorectal.

      Le nitrite est utilisé pour éviter le développement de la toxine de clostridium botulinum dans les charcuteries, la toxine botulique elle est parfois mortelle, plus besoin alors d’attendre après le cancer ou les statistiques pendant des années…

      Le risque de cancer du côlon augmente de 20 % si on consomme 20 grammes de charcuterie par jour. Sauf que si le risque de départ est de zéro, il restera… à zéro.

      Inutile donc de cracher votre bouchée si par égarement vous avez avalé le saucisson de votre pizza.

      Le Fonds mondial de la recherche contre le cancer recommande de limiter la consommation de charcuterie à 70 grammes par semaine, soit l’équivalent de 2 sandwichs au jambon.

      Ayant un enfant allergique aux nitrites on surveille attentivement la composition qui malheureusement n’est pas toujours assez clairement indiquée , elle entre dans le générique assaisonnement dans les sauces par exemple.

      Il existe également sur le marché des charcuteries «sans nitrites», mais elles sont souvent plus chères. Sauf que le sel de Celeri si «naturel» qui le remplace se transforme en nitrite au contact de la salive …et on vient à peine de les mettre en marché …alors pour les études statistiques faudra attendre .

      Il faut bien sur éviter de suréagir comme cette dame qui par prévention s’étant mis ou riz trois fois par jour et qui a fini par s’empoisonner à l’arsenic résiduel qu’il concentre à partir du sol.
      La diversité à bien meilleur goût…

      Et statistiquement… votre probabilité augmente rapidement avec le nombre de réponse de recevoir une accusation d’avoir pondu encore un article dans le but de promouvoir le tofu OGM… :-)

    • @jfrrrr: Tu peux éliminer chacun de tes péchés mignon, un par un, ça ne rendra pas ta vie invivable. C’est lorsque tu éliminera le dernier, et ensuite rentrer dans un cloitre, que ça sera vraiment plate.

      Autrement dit, tu peux éliminer les charcuteries, la viande rouge, les desserts, les collations salées (chips, popcorn), les jeux vidéos violents, l’alcool, le tabac, la vitesse au volant, les sports extrêmes, les relations non protégées, etc… Et une par une, ça change pas grand chose à ta vie.

      Mais passe-toi de TOUT ce qui est mauvais pour la santé, et ta vie va être plate en sivouplait. Pis quand t’es rendu à éliminer les charcuteries et la viande rouge, c’est que tu es pas mal rendu à la fin du ménage.

    • Il n’y a que des aspects positifs à manger moins de viande (incluant aussi le poulet, poisson, produits laitiers, beurre, et matières grasses, dont l’huile) et à manger plus de légumes, féculants (céréales entières, légumineuses, légumes racines), fruits, et noix entières.

      - La production de viande dépasse de 40% le secteur du transport au complet en émission de gas à effets de serre
      - 90% des gros poissons ont disparus de nos océans dû à la pêche. Le reste va suivre.
      - Le poissons contiennent des hautes concentrations de mercure et contaminants dangereux
      - 1ere cause de mort au Canada: cancer. Plusieurs cancers, dont celui des seins, du colon et de la prostate, sont associés à la consommation de viande et produits de source animale.
      - 2eme cause de mort au Canada: maladies cardiaques. Ces maladies sont inconnues chez les peuple qui consomment (ou consommaient) une alimentation constituée presque exclusivement de plantes. Les docteurs Ornish et Esselstyn ont prouvé scientifiquement que les maladies cardiaques sont réversibles avec un tel régime.
      - Le diabete est associé à la consommation de viande
      - La viande est la plus grande source de pesticides dans l’alimentation, dû à leur concentration dans la chaîne alimentaire
      - Les aliments entiers d’origine végétales contiennent tous les acides aminés (protéines) nécessaires par l’être humain dans les quantités nécessaires. Il suffit de consommer assez de calories.

      Éduquez vous. Tant que vous réagirez avec indifférence face à ces nouvelles, ou en essayant de rationaliser le consensus scientifique, vous serez impuissants face à votre santé. Des doutes? Regardez de quelles maladies souffrent les gens 20 ans plus âgés que vous. C’est ce qui vous attend.

    • Le problème comme plusieurs en parlent est l’exagération. Moi ça fais longtemps que je dis que le problème vient de nos légumes, fruits ou nos légumes en conserves qui viennent de la Chine de l’inde etc etc. La relish à hot dog ou hamburger faite en Inde. Les insecticides et engrais interdit au Canada et ailleurs en Europe sont accepté là-bas. Après cela ont se demande pourquoi nos enfants ont des problème d’autisme et de trouble de tdah et le taux de cancer élevé. Je me pose la question et si des journalistes feraient une bonne enquête d’où viennent les légumes et fruits et dans quoi ça pousse.

    • C’est drôle comment certain tente de récupérer cette nouvelle pour faire avancer leur agenda végétarien et tenter de nous convaincre que c’est la seule manière acceptable de s’alimenter, pour de multiples raisons…

      Le végétarisme est strictement moral comme point de vue, tenter de le rationnaliser avec des arguments misant sur la peur des maladies ou des carences, ou pointer strictement les excès de l’élevage sans pointer ceux des cultures végétales, ne dresse pas un portrait réaliste de la situation.

    • Le risque ne serait pas plutôt de 50 fois 1,18, soit 59/100000 plutôt que 40?
      Marie Roy

      Comme je l’ai écrit, je présume qu’à 50 par 100 000, tout le monde mange 50 g par jour, et qu’on est donc déjà à 1,18.
      JFC

    • “la fréquence du cancer colorectal tourne autour de 50 cas par 100 000″ (JFC) Pour être correct, il aurait fallu écrire “la fréquence du cancer colorectal tourne autour de 50 cas par 100 000 par année”. L’Agence Science-Presse fait la même erreur.

      J’ai sans doute tort, mais 50 cas par 100 000 par année, c’est pas un «taux d’incidence», ça ?
      JFC

    • JFC: dire “le taux d’incidence du cancer colorectal tourne autour de 50 cas par 100 000 par année” est tout à fait correct mais personne sauf les snobs prétentieux ne va vous blâmer si vous dites “la fréquence annuelle du cancer colorectal tourne autour de 50 cas par 100 000″. Le mot “incidence” ne vient pas aisément à la bouche sauf chez ceux qui font de l’épidémiologie à la journée; et n’est pas familier au public.

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